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Courrier des lecteurs

La transition écologique comme projet de société


Par Reynolds MICHEL - Publié le Jeudi 14 Mars 2019 à 11:14 | Lu 385 fois

"Ils n’ont toujours pas compris l’essentiel. Le problème, c’est le monde économique" - Nicolas Hulot
 
« Nous sommes d'ores et déjà pleinement entrés dans le "futur climatique"», déclaraient tout récemment 700 Scientifiques français dans un Appel aux dirigeants politiques pour qu’ils passent « de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone » (AFP, 08/09/2018). « Il est temps de se rebeller pour sauver l’avenir », disent pour leur part les jeunes du mouvement Fridays for Future, en appelant à des grèves scolaires pour le climat. Avec une première demande précise adressée à leurs dirigeants : « la réduction annuelle de 4% des émissions de gaz à effet de serre afin de s’aligner sur l’accord de Paris » (Le Monde, 15/02/219). Pour ces jeunes, ces scientifiques et bien d’autres citoyen.ne.s le temps n’est plus à l’inaction et aux beaux discours, comme le montrent les récents chiffres d’émissions de gaz à effet de serre, provenant de la combustion des énergies fossiles, qui indiquent des tendances inquiétantes (+ 1,8 % en Europe et + 3,2 % en France en 2017 par rapport à 2016). Seules des mesures immédiates et des engagements de court terme, dans le cadre d’un cap clair avec des objectifs ambitieux, peuvent nous permettre de relever le défi. Il y a urgence. 
 
Une vraie révolution mentale et culturelle
 
Si la transition écologique[1] est possible, elle ne va pourtant pas de soi, tant les résistances aux changements sont nombreuses et résistantes. Nos décideurs économiques et politiques, dans leur ensemble, savent  ce qu’il faut faire pour éviter la catastrophe, mais devant le changement considérable que cela implique ils prennent peur, peur de mettre en cause trop d’intérêts financiers, de trop bouleverser les choses. Ils préfèrent se contenter de demi-mesures, des ajustements à la marge, alors que des mesures profondes sont indispensables. Un certain nombre de personnes refusent tout simplement de voir la réalité. Des citoyens qui n’ont pas encore en mains tous les éléments du dossier  estiment que la crise économique, sociale et financière est bien plus grave. Pour les plus cyniques, il n’est pas question de renoncer à des gains financiers et à des privilèges. 
 
La transition écologique relève d’un immense défi. Car elle implique une autre manière de produire, de distribuer, de circuler, d’habiter, de consommer… Bref, une vraie révolution mentale et culturelle. Mais n’anticipons pas trop vite. Commençons par dire ce qu’est la transition énergétique, volet essentiel de la transition écologique. La transition énergétique désigne la transformation de notre système de production, de distribution et de consommation d’énergie, basé encore essentiellement sur la consommation d’énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) à une production reposant sur d’autres types d’énergie (solaire, éolien, biomasse), en vue de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la Terre. Elle relève de l’urgence si l’on veut éviter un réchauffement climatique compris entre 5 et 6 degrés d’ici la fin du XXIe siècle, aux conséquences potentiellement catastrophiques. C’est dire que la question énergétique est indissociable de la question environnementale et écologique.
 
Cette transition énergétique, ce passage à d’autres types d’énergie, comme nous l’avons laissé entendre, implique des changements profonds tant dans nos modes de production (moins consommatrice d’énergie) que dans nos habitudes de consommation (moins de viande…), tout en renonçant à la société du « tout jetable » (l’obsolescence programmée des objets, outils, équipements… qui génère beaucoup de déchets et de pollution). Ainsi davantage de monde pourra travailler. Ainsi il faudra plus de bras dans les filières de la réparation et dans le recyclage et dans les champs si nous voulons une agriculture responsable, sans engrais, ni pesticide. Car la transition énergétique postule une agriculture sans carbone et diversifiée capable d’alimenter, via des circuits courts, des petits centres urbains très denses, reliés par des transports publics (Gaël Giraud, 2019). Et de ce fait, une ré-articulation des territoires urbain et rural. Quant à l’industrie, sa décarbonisation entraîne, nous semble-t-il, sa relocalisation et une politique plus centrée sur la demande.
 
Vers un autre projet de société.
 
La transition écologique dans sa globalité engage donc à des choix rationnels importants, des choix individuels et collectifs qui orientent la société vers d’autres modes et styles de vie. C’est dire que nous ne pouvons plus raisonner en mettant en priorité la croissance économique, assise sur la consommation croissante de ressources énergétiques abondantes et polluantes. C’est parce que la transition écologique nous oriente vers un changement de cap qui touche à la racine de notre organisation économique et sociale qu’elle implique un vrai projet de société, un projet de société à construire avec les citoyens et les peuples en faisant vivre la démocratie participative et délibérative. C’est ensemble qu’il faut décider de la transformation de nos systèmes de production et de consommation vers des modes de vies et mobilités durables. Mais pour qu’elle devienne une réalité, elle doit mobiliser le principe de la justice sociale. Urgence écologique et urgence sociale vont de pair [2]. 
 
Avons-nous affaire à un projet antilibéral ?  L’écologie est politique, nous dit la philosophe Catherine Larrère, parce quelle « engage un projet social d’ensemble dans lequel la transformation des rapports sociaux dans un sens plus égalitaire et la modification de nos rapports à la nature sont inséparables » (L’humanité, 13/04/2018). Selon Cécile Renouard, autre philosophe, la transition écologique est «un projet qui favorise une façon de vivre en commun où s’équilibrent le travail, les engagements familiaux, associatifs et politiques, le repos, la détente, la gratuité ; nous avons sans doute à inventer de nouveaux rythmes, de nouvelles manières de vivre pleinement l’instant présent, de revenir à l’essentiel ». C’est vers une transformation radicale de nos systèmes de production et de consommation qu’elle nous invite d’avancer (L’Atelier métaphorique, 14/03/2012).
 
Pour l’économiste Gaël Giraud qui a, en 2009, cosigné avec Cécile Renouard « Vingt propositions pour réformer le capitalisme » (Champs essais), la transition écologique est le grand projet, le grand récit, la grande utopie capable de se substituer au modèle de la croissance infinie dans une société entièrement privatisée. Et il suggère dans L’illusion financière ((Editions de l’atelier, 2013) des pistes pour lever les obstacles financiers à sa mise en œuvre [3]. C’est un projet de longue haleine, qui appelle un vrai débat démocratique pour trancher entre les différents scénarios possibles de mise en œuvre de cette transition. Mais des décisions politiques importantes sont à prendre dès maintenant. 
 
Certes, un peu partout dans le monde des initiatives naissent sur le terrain, mais « quelles que soient la richesse et la densité des initiatives issues de la société civile, si elle n’ont pas un effet de levier plus important, elles vont rester très "micro" et risquent de s’épuiser ». D’où la nécessité d’articuler ou de réarticuler « ces initiatives locales avec une vision stratégique globale de long terme [4] ». Les États-nations doivent assumer en lien avec les sociétés civiles leurs responsabilités en investissant massivement dans la transition écologique. L’Europe a un rôle important à jouer en mettant ses forces politiques et financières dans la bataille pour avancer vers un modèle de société respectueux de la planète et de ses habitants.

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[1] « La transition écologique renvoie à l’idée d’un changement progressif d’un modèle vers un autre en même temps qu’à une volonté de mise en pratique immédiate, face à un sentiment d’urgence écologique et à une perspective de changement profond par  rapport au mode de développement actuel » l’Avis du CESE de Juin 2015,  Journal officiel

[2] Cf. MICHEL Reynolds, Impératif environnemental et justice sociale, In, ImazPress, Zinfos974 (04/12/2018), Témoignages et Le Mauricien (05/12/2017). 

[3] Il demande que la Banque centrale européenne (BCE), aujourd’hui indépendante, soit replacée sous contrôle démocratique et qu’elle fasse de cette transition écologique le cœur de son mandat, aujourd’hui réduit au contrôle de l’inflation » (Cf. La Vie.fr, 09/10/2012). Également  le Manifeste pour la démocratisation de l’Europe, Thomas piketty…

[4] GIRAUD Gaël, Entretien, Terre Solidaire, 27/06/2019 ; GIRAUD Gaël, Entretien par Jérôme Latta, Regards.fr, 19/06/2014 ; GIRAUD Gaël, La balle est dans le camp du secteur public, In L’Humanité, 11/09/2018
 




1.Posté par Zarin le 14/03/2019 12:17

L’agriculture syntropique, évidente réconciliation des Humains avec la Nature...

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