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(Pierrot Dupuy) Le Rassemblement national en tête, Emmanuel Macron perd son pari

Lundi 27 Mai 2019 - 02:28

Rarement, les résultats d’une élection européenne auront été aussi attendus. Et rarement, ils auront été porteurs d’autant d’enseignements.
 
Notre analyse va se partager au plan local, dans les outremer, au niveau national mais aussi européen car on aurait parfois un peu tendance à l’oublier, mais ce sont pour des élections européennes que nous avons voté aujourd’hui.
 
A La Réunion, forte poussée du Rassemblement national
 
C’est le Rassemblement national qui arrive en tête à La Réunion, avec un peu plus de 31% des suffrages, devant la France insoumise avec 19%, la liste Renaissance soutenue par Emmanuel Macron avec 10,5% et Europe Ecologie avec 8,5%. La liste des Républicains arrive en 4ème position et ne fait que 6%.
 
La poussée du Rassemblement national est indéniable, alors même qu’aucun Réunionnais ne figurait sur la liste de Jordan Bardella. Preuve assez étonnante que la présence d’un originaire de l’ile n’est pas un critère déterminant dans le choix au moment du vote.
 
Le fait que la liste de Marine Le Pen arrive en première position n’est pas vraiment une surprise. Elle était attendue. C’est l’ampleur de la victoire, avec 31% des suffrages, qui constitue un événement politique, avec une forte progression par rapport aux présidentielles (23,5%). Même si l’on ne peut pas vraiment comparer les deux scrutins, le nombre de votants étant différent.
 
Incontestablement, Marine Le Pen a su mieux tirer profit du mouvement des Gilets jaunes, bien plus que La France insoumise qui est en net recul par rapport à la présidentielle.
 
Notons au passage le mauvais score de la liste des Républicains qui n’obtient que 6%. La conséquence peut-être de la faible implication du parti dans l’ile pour ces élections. Michel Fontaine, le patron du mouvement, a été étrangement absent et on ne l’a pratiquement pas entendu de la campagne. Marine Le Pen arrive en tête même à Saint-Pierre, tout un symbole…
 
Ces mauvais résultats auront peut-être un effet positif malgré tout : la prise de conscience que quand la Droite est divisée, elle fait le jeu de ses adversaires. C’est David Lorion, un proche de Michel Fontaine, qui l’a le mieux exprimé ce soir en appelant clairement à l’union : « La Droite républicaine ne peut plus se permettre d’être aussi dispersée entre plusieurs partis politiques. (…) Nous devons retrouver le sens de la raison pour éviter que les extrêmes ne gouvernent tôt au tard ».
 
Même Michel Fontaine appelle à se « recentrer sur l’essentiel et retrouver les fondamentaux de ce qui fonde notre pacte républicain », tandis que Didier Robert appelle « à plus de cohérence dans les actions portées par les uns et les autres dans le sens de la défense des intérêts des Réunionnaises et des Réunionnais ».
 
Va-t-on vers un rapprochement entre les frères ennemis, au vu de la progression du Rassemblement national ? On le saura dans les mois à venir…
 
Quoi qu’il en soit, c’est surtout la politique d’Emmanuel Macron qui a été sanctionnée lors de ce scrutin puisqu’il passe de 19% aux présidentielles à un peu plus de 10% ce soir. Et cela malgré une forte mobilisation de Didier Robert derrière la liste Renaissance et le candidat Stéphane Bijoux.
 
Emmanuel Macron est annoncé pour le mois de septembre à La Réunion. Il a intérêt à prévoir quelques annonces fortes et un changement radical de politique s’il veut faire un score honorable aux présidentielles dans l’ile.
 
La Réunion est en retard dans nombre de domaines et le gouvernement s’évertue à nous traiter comme les autres départements de métropole. Nous subissons les mêmes coups de rabot de Bercy, alors que nous devrions bénéficier d’un régime de faveur pour nous permettre de rattraper notre retard.
 
Nous assistons à une véritable régression dans tous les domaines, que ce soit social avec par exemple la suppression des centaines d’emplois des contrats aidés, mais aussi dans le domaine économique où les entreprises sont malmenées et où les quelques avantages qui nous restaient, qui n’avaient pour unique objectif que de favoriser l’emploi, sont supprimés les uns après les autres.
 
Tous les mois, nous apprenons la suppression ou la réduction, souvent en misouk, de lignes budgétaires portant sur des millions d’euros. Comment s’étonner dans ces conditions de la remontée du chômage dans l’ile, alors que nous détenons un record national, et même européen mis à part Mayotte, dans le domaine ?
 
Contrairement à Jacques Chirac, Emmanuel Macron n’a aucune affection particulière pour les outremers, et sa ministre Annick Girardin, malgré sa bonne volonté et son sens du dialogue, est bien légère face à Matignon et à Bercy.
 
Ce qui amène à s’interroger sur la nécessité de conserver un ministère des Outre-mer, si nous devons continuer à être traités comme tous les autres départements de métropole…
 
Raz-de-marée du Rassemblement national partout en Outremer
 
Le Rassemblement national arrive en tête dans la plupart des départements et territoires d’outremer. LREM n'est en tête, de peu, qu'en Martinique et à Wallis et Futuna, et plus largement en Polynésie.
 
Que ce soit à la Guadeloupe (5 points d’avance sur LREM), en Guyane où la liste Renaissance n’arrive qu’en 3ème position, à Mayotte où le RN fait 45% des suffrages contre 9% à la liste LREM, en Nouvelle Calédonie, et bien sûr à La Réunion, partout le Rassemblement national arrive en tête.
 
Mais c’est à Saint-Pierre-et-Miquelon, le territoire d’origine d’Annick Girardin, que la claque est la plus retentissante. Pour la première fois, la liste du RN devance de 6 points celle soutenue par le Président de la République.
 
Du coup, on peut s’interroger sur la légitimité de la ministre des Outremer. Peut-elle encore rester rue d’Oudinot après de tels résultats ?
 
Alors que la rumeur voulait qu’un remaniement gouvernemental survienne après les Européennes, l’Elysée a fait savoir ce soir que ce n’était pas à l’ordre du jour dans l’immédiat.
 
Il n’empêche que la ministre a perdu, au vu de ces résultats, beaucoup de sa crédibilité. On verra si elle peut conserver son portefeuille dans ces conditions.
 
Emmanuel Macron perd son pari face à Marine Le Pen au niveau national
 
La liste du Rassemblement national arrive en première position au niveau national avec 23 % des voix, un point devant celle de la majorité, menée par Nathalie Loiseau, à 22 %. EELV arrive en troisième position avec 12,5 %, devant Les Républicains, qui plongent avec 8,5 % des suffrages. Le PS est à égalité avec La France insoumise (7%), qui s’effondre littéralement.
 
Nathalie Loiseau a peut-être été une bonne ministre des Affaires européennes mais elle a été une tête de liste exécrable. Ce qui a contraint Emmanuel Macron à s’impliquer personnellement dans la campagne, et donc à s’exposer.
 
Du coup, il avait appelé les Français à faire barrage au Rassemblement national et à éviter que le parti de Marine Le Pen n’arrive en tête. Il a échoué.
 
Tout n’est cependant pas aussi négatif qu’il n’y paraît.
 
Après plus de six mois de crise des Gilets jaunes, la sanction aurait pu être bien plus sévère. Finalement, l’écart n’a été que de 1 point, un moindre mal pour la majorité présidentielle.
 
Le parti de La République en Marche, que certains voyaient disparaître il y a deux ans, au lendemain de la présidentielle, s’est inscrit durablement dans le paysage politique français.
 
Mais s’il a perdu son pari d’empêcher le RN d’arriver en tête, Emmanuel Macron peut malgré tout avoir le sourire ce soir en ayant réussi à réduire ce scrutin à un duel RN/LREM, avec une disparition de presque tous les autres partis.
 
La France insoumise s’écroule, tout comme Les Républicains et le Parti socialiste. Au eux deux, ces deux derniers partis, qui ont monopolisé le pouvoir jusqu’ici sous la Vème République, ne représentent plus que 15% des voix !
 
Du coup, ces européennes se sont résumées, comme les présidentielles, à un duel Macron/Le Pen. Ce qui arrange bien les affaires du président de la République. Dans l’hypothèse où un tel scénario se reproduirait aux prochaines présidentielles, il lui garantirait à nouveau de bonnes chances de victoire puisqu’une majorité des Français, pour le moment, ne semble pas prête à donner les clés du pouvoir à Marine Le Pen.
 
Enfin, notons le très bon résultat enregistré par Les Verts (12,5%).
 
Et si Macron sortait au final grand vainqueur au parlement européen ?
 
Même si certains ont voulu faire de ces élections un 3ème tour de la présidentielle, on a un peu trop oublié que l’on élisait aujourd’hui des députés européens. Et que l’objectif était donc de dégager une majorité au parlement, à même de voter les lois et règlements.
 
Jusqu’ici, le Parlement était dominé par deux grands mouvements, le Parti populaire européen (PPE) de Droite, et les sociaux-démocrates de Gauche.
 
Ce soir, aucun de ces deux grands groupes n’obtient la majorité qui est de 376 sièges. Le PPE n’en comptera que 178 et les S&D 147. Et même une alliance entre ces deux groupes ne serait pas suffisante pour leur assurer une majorité.
 
Du coup, l’ALDE, le nouveau parti auquel les candidats de La République en Marche vont adhérer, pourrait bien être le « faiseur de rois » avec ses 101 élus et il pourra peser fortement sur le programme à venir de cette nouvelle majorité puisque, sans lui, rien ne sera possible.
 
D’autant qu’au sein de l’ALDE, les députés français constitueront le plus gros bataillon.
 
Le plus surprenant de cette élection sera peut-être que, de ce beaucoup analysent ce soir comme une défaite d’Emmanuel Macron au plan national, se traduise au final par une plus grande influence du président de la République sur le plan européen.
 
On sera très vite fixés puisque l’élection du président de la Commission européenne, un poste clé, interviendra début juillet.
 
Ce n’est que là que l’on pourra désigner les gagnants et les perdants de ces élections, au niveau européen.
 
Pierrot Dupuy
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