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Courrier des lecteurs

La destruction des requins à la Réunion pourrait impacter toute leur population océanique


Il est facile - et confortable pour les autorités - de faire accroire au public que la destruction des requins tigres et bouledogues à la Réunion n’a qu’un impact très limité (local) sur les populations de ces espèces. Cela permet à l’Etat et au Centre Sécurité Requin (CSR) de continuer à faire leur "petite cuisine" en toute quiétude. La réalité pourrait être très différente…

Par Didier Dérand, Collectif "Requins en Danger à la Réunion" - Publié le Jeudi 4 Août 2022 à 15:27

La destruction des requins à la Réunion pourrait impacter toute leur population océanique
Deux études génétiques de l’Université de la Réunion (Pirog et al., 2019) sont venues préciser le statut de ces espèces dans la zone sud-ouest de l’Océan Indien.

S’agissant des requins bouledogues, les auteurs précisent (1) :

« Nous présentons ici plusieurs résultats clés concernant la structure de la population mondiale de requins bouledogues, qui permettront d'éclairer les questions de gestion et de conservation :
1. L'isolement génétique entre les populations de requins bouledogues de l'Atlantique occidental et celles de l'Océan Indien occidental et du Pacifique occidental implique que les populations de l'Atlantique occidental doivent être gérées séparément.
2. Un faible flux génétique, et peut-être même un isolement complet, a également été mis en évidence entre les populations de requins bouledogues de l'Océan Indien occidental et du Pacifique occidental, malgré une faible différenciation nucléaire. Cela implique que ces populations devraient également être gérées séparément. [….]
3. Dans l'Océan Indien occidental et dans le Pacifique occidental, les mâles et les femelles sont capables d'entreprendre des déplacements de longues distances à cette échelle, avec soit (a) les deux sexes contribuant à une dispersion efficace (c'est-à-dire au flux génétique), soit (b) les mâles contribuant à une dispersion efficace et les femelles faisant preuve de philopatrie vers leurs sites natals pour l'accouplement et/ou la reproduction. Ainsi, les programmes de conservation et de gestion (par exemple, les programmes d'abattage post-attaque) peuvent être inefficaces s'ils sont mis en œuvre à une échelle très localisée.
4. Les estimations de la taille efficace de la population de requins bouledogues utilisant l'ADNmt [ADN mitochondrial] étaient plus faibles que celles utilisant les données microsatellites. Des estimations inférieures peuvent résulter d'un système reproductif complexe ou d'une fréquence significative de paternité multiple chez le requin bouledogue. Bien que les estimations restent comparables à celles d'autres espèces de requins, les estimations de la taille efficace de la population par l'ADNmt peuvent indiquer des populations décimées, et la prudence est de mise lors de la mise en œuvre de directives de pêche pour cette espèce.»


Et s’agissant des requins tigres (2) :

« L'étude présentée ici confirme la connectivité génétique des requins tigres dans l'Indo-Pacifique occidental, en utilisant à la fois des marqueurs microsatellites et mitochondriaux. [....] Les individus de l'Indo-Pacifique forment une population discrète. Les programmes de gestion et de conservation doivent donc être conçus à de telles échelles afin de maximiser leur efficacité potentielle. Par ailleurs, une pêche intensive localisée peut avoir un impact sur l'ensemble de la population. En outre, la détection d'une faible diversité génétique ainsi qu'un goulot d'étranglement récent (à l'Holocène), au cours duquel la taille efficace de la population de requins tigres dans cette région pourrait avoir chuté jusqu'à 111 individus, indique une population potentiellement vulnérable. De nouvelles évaluations de l'état de santé de cette population ainsi que des plans de conservation sont donc particulièrement nécessaires pour conserver le requin tigre dans l'Indo-Pacifique occidental. Son statut de conservation pourrait devoir être révisé vers un niveau de vulnérabilité plus élevé, car la capacité des requins tigres à résister à des niveaux élevés de pression de pêche pourrait être plus faible qu'on ne le pensait auparavant. »

Des résultats confortés par une nouvelle étude génétique très récente sur les requins tigres au niveau mondial (Bernard et al., 2021) (3) :

« [....] Bien que cette espèce effectue souvent des migrations à grande distance, les données montrent une forte différenciation génétique [....] entre les requins de l'Atlantique Ouest et de l'Indo-Pacifique, ce qui suggère la possibilité de l'adaptation aux environnements spécifiques de ces régions océaniques. [….] Étant donné les préoccupations concernant la perte de biodiversité et les impacts de la surpêche des requins océaniques sur les écosystèmes marins, au milieu d'un changement environnemental rapide, nos résultats suggèrent qu'il est impératif que la gestion internationale des pêches donne la priorité à la conservation du potentiel évolutif des populations de l'Atlantique et de l'Indo-Pacifique, très différenciées génétiquement, de ce prédateur unique. »

Détruire ces deux espèces à la Réunion pourrait donc avoir en fait un impact à grande échelle : sur l’ensemble de la population de requins bouledogues de l’Océan Indien, sur l’ensemble de la population de requins tigres de l'Indo-Pacifique.

En effet, il ne s’agit pas de populations sédentaires et strictement locales, mais bien d’espèces hautement migratrices. Par ailleurs, le programme de destruction réunionnais ne fait "pas de quartier" : pour le CSR, un bon requin est un requin mort : on tue sans aucune limitation de taille, d’âge ou de sexe, tous les tigres et les bouledogues. Ce programme élimine donc en particulier toutes les femelles gestantes, éléments essentiels à la survie des populations.

Or « La plupart des chondrichtyens [poissons cartilagineux : requins, raies, chimères….] se caractérisent par un faible taux de croissance, une maturité sexuelle tardive et une faible fécondité par rapport aux poissons osseux (Frisk et al. 2001 ; Myers & Worm 2005), ce qui les rend vulnérables à la mortalité par pêche. » (Ferretti et al., 2010).

Qui plus est, les requins tigres et les requins bouledogues sont déjà inscrits sur la liste rouge de l’UICN des espèces menacées d’extinction, dans la catégorie « quasi menacé » pour le tigre et « vulnérable » pour le bouledogue.

---

Pirog A, Ravigné V, Fontaine MC, et al. (2019) - Population structure, connectivity, and demographic history of an apex marine predator, the bull shark Carcharhinus leucas. Ecol Evol., 9 : 12980–13000.  HYPERLINK "https://doi.org/10.1002/ece3.5597" https://doi.org/10.1002/ece3.5597
Pirog A, Jaquemet S, Ravigné V, et al. (2019) - Genetic population structure and demography of an apex predator, the tiger shark Galeocerdo cuvier. Ecol Evol., 9:5551–5571.  HYPERLINK "https://doi.org/10.1002/ece3.5111" https://doi.org/10.1002/ece3.5111

Bernard A.M., Finnegan K.A., Pavinski Bitar P., Stanhope M.J., Shivji M.S., (2021) - Genomic assessment of global population structure in a highly migratory and habitat versatile apex predator, the tiger shark (Galeocerdo cuvier), Journal of Heredity, Vol 112, Issue 6, Pages 497–507,  HYPERLINK "https://doi.org/10.1093/jhered/esab046" https://doi.org/10.1093/jhered/esab046
 




1.Posté par A mon avis le 05/08/2022 11:53

Le requin replacé dans son contexte naturel, c'est à dire planétaire !
Et le problème de la destruction locale et sans discernement des requins !

" Le battement de l'aile d'un papillon au pays du Matin calme provoque un ouragan à l'autre bout du monde " !

2.Posté par Francky de Nouméa le 09/08/2022 04:22

Yes !!! Dans les dents de la Martine (et les SS... etc...) 😇

« La province avait-elle le droit d'abattre des squales dans ses eaux ? Le débat s'est tenu devant le Conseil d'État, qui a répondu par l'affirmative. »

https://www.lnc.nc/article-direct/nouvelle-caledonie/grand-noumea/noumea/justice/societe/mer/environnement/faits-divers/la-province-sud-est-bien-competente-pour-capturer-et-euthanasier-des-requins?fbclid=IwAR0gB1P2ctsQwAP0HmsPla55Gj6P3fO8Msf6qUd1l7qrqnJEa5kWTNt3jDg

« Un point de plus pour la province Sud face aux associations environnementales. D'après nos informations, le Conseil d'État a récemment donné un blanc-seing à l'institution provinciale sur la question polémique de l'abattage des requins. À l'origine de ce dossier judiciaire, les associations Ensemble pour la planète (EPLP) et Sea Shepherd, qui avaient attaqué devant le tribunal administratif l'arrêté de la présidente Sonia Backès autorisant un pêcheur professionnel à capturer et à euthanasier des requins-tigres et des requins bouledogues à la suite de l'attaque d'un véliplanchiste sur le récif Ricaudy, en juin 2020.

Après avoir été déboutée en première instance, EPLP avait décidé de poursuivre son combat judiciaire et de porter l'affaire devant la cour administrative d'appel de Paris. Cette fois-ci, en mars 2022, la décision des magistrats parisiens a été plus mesurée car, en plus d'annuler le jugement du tribunal administratif considérant qu'il était entaché d'irrégularité, le Conseil d'État a été appelé à la rescousse.

Question de compétences
La cour administrative d'appel avait en effet reconnu que les arguments de l'association soulevaient "une question de répartition de compétences jamais tranchée par la jurisprudence". La raison : la décision de prélever des espèces marines susceptibles de se déplacer sur de grandes distances, comme les requins, devait-elle être prise par la Nouvelle-Calédonie, compétente en matière de gestion et de conservation des ressources naturelles et biologiques dans la zone économique exclusive, ou par la province Sud, qui détient la même compétence dans les eaux intérieures de la mer territoriale ?

La question de la cour était claire : "Au regard des règles de compétences déterminées par la loi organique, les provinces sont-elles compétentes, et le cas échéant, dans quelles conditions, en matière de destruction des individus appartenant à des espèces marines protégées susceptibles de se déplacer indifféremment dans la zone économique exclusive et dans les eaux de la mer territoriale ?". Cinq mois plus tard, la réponse de la plus haute instance administrative est tombée. Et va dans le sens de la province Sud.

Retour en appel
Dans son jugement, le Conseil d'État estime que, sur le Caillou, "les provinces sont compétentes pour établir la liste des espèces animales qu'elles entendent protéger et réglementer dans les eaux intérieures et dans les eaux surjacentes de la mer territoriale" et qu'elles sont également libres des "conditions dans lesquelles il peut être dérogé aux interdictions qu'elles édictent dans le cadre de cette protection, y compris s'agissant d'espèces animales qui se déplacent dans la zone économique exclusive". Un avis en phase avec les conclusions du rapporteur public.

Le jugement devrait être chaleureusement accueilli par la province Sud. Le secrétaire général, Nicolas Pannier, s'était inquiété, en mars, d'une réponse du Conseil d'État qui aurait pu avoir "des conséquences sur le Code de l'environnement. Car si nous ne sommes pas compétents pour capturer des requins dans un cadre spécifique, pourquoi serions-nous compétents pour protéger, par exemple, les tortues qui, elles aussi, ne sont que de passage ?"

Désormais, le dossier repart à la cour administrative d'appel qui avait simplement opté pour "un surseoir à statuer" en attendant la décision du Conseil d'État. La juridiction devra donc statuer sur la légalité de l'arrêté attaqué même si peu de doutes subsistent quant à la décision finale.

Quels arguments ?

L'association Ensemble pour la planète estimait que "la présidente de la province n'est pas compétente pour abattre des espèces protégées qui ne sont pas sédentarisées dans les eaux provinciales, mais seulement de passage", avait expliqué l'avocate Me Céline Joannopoulos. EPLP considérait en effet que l'arrêté avait été "pris en méconnaissance des attributions des institutions dès lors qu'il a pour effet de conduire à la destruction d'espèces maritimes protégées susceptibles de se déplacer dans toute l'étendue des espaces maritimes, dont la zone économique exclusive, où la protection des espèces marines relève des autorités territoriales". La réponse du Conseil d'État pourrait également influer sur un autre débat juridique, puisque EPLP a attaqué la délibération relative au retrait des requins-tigres et des requins bouledogues de la liste des espèces protégées en province Sud. »

https://www.facebook.com/148419971897086/posts/pfbid0bNjX51MxgsvVv2jdPFiRA9rGSbeF3jdAw8t6jBoHw1ex6iptZPeecJS3PHgyCtxnl/?d=n

3.Posté par JANUS le 09/08/2022 09:49

Que se passera-t-il si les requins, prédateurs en haut de la chaîne alimentaire, disparaissaient de nos océans ???

Cela verrait peut-être nos réserves halieutiques augmenter de façon exponentielle ???
Serait-ce une mauvaise chose pour les humains ???

Que se passera-t-il si les humains, prédateurs en haut de la chaîne alimentaire, disparaissaient de notre planète ???

Cela verrait peut-être notre nature (faune et flore) se mettre à respirer à nouveau et revivre ???
Serait-ce une mauvaise chose pour la planète ???

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