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Courrier des lecteurs

La décroissance peut-elle sauver notre monde ? (I)


Décroissance, Fake or not.

Par Bruno Bourgeon - Publié le Mercredi 29 Septembre 2021 à 11:12

La décroissance peut-elle sauver notre monde ? (I)
Consommer moins, ou autrement, pour réduire notre empreinte carbone et lutter contre le dérèglement climatique, voire même ne plus consommer du tout, c’est le principe de la décroissance.

La décroissance s’oppose à la croissance, à l’augmentation perpétuelle du PIB d’un état. C’est un concept économique, politique, et social, estimant que la croissance infinie dans un monde fini ne peut mener qu’à la catastrophe écologique et sociale.

Opposée au capitalisme, la décroissance refuse également la notion de développement durable, car le développement, même durable, requiert une croissance. D’ailleurs développement durable est un oxymore.

André Gorz a été le premier à avoir évoqué cette notion en 1972. Le philosophe et journaliste qui s’inquiète (déjà !) du réchauffement climatique imagine une société où l’individu n’est plus étroitement lié à sa consommation et à son travail. Le Club de Rome venait de publier son célèbre rapport sur les limites de la croissance, rapport qui est le premier à questionner les milieux économiques sur l’impact de la croissance sur la planète.
La décroissance entre réellement dans le débat public dans les années 2000. Elle exige un changement radical de notre mode de vie. Les décroissants tendent vers l’autosuffisance : fabriquer soi-même ses cosmétiques, ses détergents, son pain, ses yaourts, produire ses légumes, tendre au maximum vers le zéro déchet. Donc posséder moins, travailler moins, mais avec plus de sens.

Des communautés ont sauté le pas : éco-villages, éco-lieux, éco-hameaux, se multiplient. Prônant la simplicité volontaire, leurs habitants cherchent à développer une agriculture vivrière, des activités à faible empreinte écologique, avec une organisation communautaire. Selon le Global Eco village Network, ces éco-lieux peuvent rassembler de 20 à plusieurs milliers de personnes. En France, les éco-lieux de plus de 100 personnes sont encore peu nombreux.
La décroissance peut-elle être un mode de société ? Des économistes proposent des pistes (Thomas Picketti, les économistes atterrés) :
  • Taxation différente selon les produits pour inciter à consommer moins mais surtout plus écologique
  • Fiscalité « verte » sur les entreprises polluantes
  • Création d’un revenu de base universel
  • Développement de l’économie circulaire qui vise à limiter l’utilisation des ressources en réutilisant les matières
  • Développement des transports publics
  • Développement des énergies alternatives
  • Réduction du temps de travail pour partager les emplois
Ces pistes nécessitent une volonté politique forte et du temps pour changer les habitudes et les mentalités. Elles exigent aussi une collaboration internationale. Un autre modèle est possible : pour vivre mieux, vivons avec moins !
 
La décroissance peut-elle sauver notre monde ? (II)
Idées reçues sur la décroissance
 
Première idée reçue : avec la décroissance, nous finirons tous au chômage ou pauvres
C’est tout le contraire ! Dans notre société de croissance on n’a jamais autant produit et pourtant on a encore un milliard de personnes en malnutrition chronique. On n’a jamais autant travaillé tout en étant stressé. Et pourtant il y a plein de gens qui souffrent de ne pas travailler. La décroissance ne fait que poser ces questions avec plein de bon sens : qu’est-ce qu’on produit ? Comment le produit-on ? L’idéal serait de répondre de manière soutenable mais aussi intelligente. C’est-à-dire mettre en route l’intelligence collective pour produire des choses intelligemment tout en y prenant du plaisir, en partageant les tâches difficiles et en rompant avec cette construction sociale qu’est le chômage. Donc travailler moins pour tous travailler.
Deuxième idée reçue : la décroissance plongera la France dans la récession
La récession nous pend déjà au nez : cela fait plusieurs décennies qu’on n’a plus de croissance suffisante pour combattre le chômage, on se retrouve dans une société de croissance sans croissance. Deux solutions :
  • Soit on sort de notre dépendance à la croissance pour aller vers une société qui n’en a plus besoin, puisque la croissance n’est plus possible pour des raisons environnementales évidentes. La décroissance nous invite à y réfléchir. Décroissance choisie, i.e. organisée démocratiquement avec justice sociale et justice environnementale. Avec de l’intelligence collective et de la démocratie.
  • Soit récession subie, c’est ce qu’on est en train de vivre, ce qui génère tensions sociales, misère, mal-être, et violences dans la société.
Troisième idée reçue : prôner la décroissance, c’est renoncer à l’innovation
Cela remonte à plusieurs années qu’une « élite » technocratique, politique, médiatique et économique, confond deux choses : progrès et innovation technique. Progresser, c’est se poser la question : de quoi a-t-on besoin pour être heureux ?

Pour cela, on peut se réapproprier la technique au service du bien-être.
Mais on peut aussi passer par beaucoup d’autres choses non nécessairement techniques. Ainsi le « care », s’occuper des autres, les solidarités, inventer des modèles techniques alternatifs beaucoup plus transparents et surtout beaucoup plus justes.
Enfin, le progrès peut aussi passer par des formes d’innovations techniques que l’on retrouve dans la décroissance. Se réapproprier les technologies, pas dans le sens qu’elles nous aliènent toujours plus, mais dans le sens qu’elles répondent à des services, donc possiblement plus simples.

Enfin, dans le domaine agricole, les innovations autour de la permaculture, de l’agroécologie, de l’agroforesterie, où on apprend des écosystèmes pour les revitaliser ; et régénérer de la biodiversité. En parallèle, y prendre du plaisir et produire de manière soutenable des choses tout à fait goûtues et délicieuses à cuisiner.

Quatrième idée reçue : miser sur la croissance verte, c’est plus sûr
Ce pari, car il s’agit bien d’un pari, est assez fou. Quand on se penche sur les études scientifiques qui interrogent les problèmes environnementaux –biodiversité, changements climatiques- et qu’on a commencé à investir énormément d’argent dans les nouvelles technologies, les énergies vertes, les énergies renouvelables, la transition écologique, on se rend compte qu’on n’a pas vraiment réussi notre pari. Non seulement on n’a pas spécialement de croissance, mais la base de la croissance verte est une croyance que les technologies nous sauveront demain, lesquelles technologies n’arrivent pas à émerger aujourd’hui.

D’autre part, on n’a toujours pas réussi à réduire notre empreinte écologique, notre impact environnemental, notre impact énergétique. Les études nous montrent que le pari sur lequel tout s’est construit, celui du découplage, c’est-à-dire de penser que l’on pourra continuer de produire toujours plus, à faire toujours plus de croissance, tout en réduisant l’impact environnemental à la hauteur des enjeux, ce pari-là n’a jamais existé.
Aujourd’hui, nous vivons dans une société de surabondance frustrée. Il faut rompre avec ça et se dire : « de quoi ai-je vraiment besoin ? Comment y réponds-je ? » Et derrière, s’épanouir à faire plein de belles choses…

Bruno Bourgeon, aid9400.re
D’après « Décroissance, Fake or not », de Vincent Liegey, chez Tana Editions


 




1.Posté par Poisson le 29/09/2021 11:22

Delphine Batho qui prône la décroissance comme moteur de son projet politique vient de se faire battre à plat de couture lors de la primaire des ECOLOGISTES !
Même les écolos ne font pas confiance à ce concept ? Ou alors ils ont rejeté Delphine Batho qui n'est pas de leur camp ?
Je trouve tout cela un peu bizarre. Qu'en pensez-vous M. bourgeon ?

2.Posté par Euh...attendez...Attendez...Laissez moi donc tranquillement prendre connaissance de cet écrit... le 29/09/2021 13:22

Euh...attendez...Attendez...Laissez moi donc tranquillement prendre connaissance de cet écrit...
André Gorz ? Ah ..d'accord..d'accord...Décroissance plongera la France dans la récession ?ah ...d'accord...d'accord...
'base de la croissance verte est une croyance que les technologies nous sauveront demain" ? Ah d'accord...d'accord.. ça se tient oui...d'accord..d'accord. .voyons voir..
Et derrière, s’épanouir à faire plein de belles choses ? Carrément plat comme programme... C'est la petite maison dans la prairie. Ou est le cake aux fruits ?

D'accord,d'accord...bon j'en suis certain maintenant,ce texte penible remplit brillement son role de laxatif journalier.
Next...

3.Posté par Apax le 29/09/2021 13:55

Se pose la question, à mes yeux essentiels, de l'effet d'une approche en silo sur le système Terre, lequel implique de partir du tout, au préalable, avant d'en venir aux parties qui la composent. La décroissance est un "outil" nécessaire, bien évidemment, mais non suffisant pour changer quoique ce soit à ce dérèglement climatique lancé, par notre folie même, dans une course sans fin aux effets délétères sur le vivant. Il arrivera un jour, si nous continuons sur cette trajectoire, où l'écologie -comme science- nous imposera des ordres sans conditions que même le pire des écologistes aura du mal à accepter et que pourtant nous devrons tous accepter pour une question de vie ou de mort. La décroissance si elle était appliquée mondialement, n'aurait d'effet que des dizaines d'années plus tard, du fait de la force d'inertie du système. les 2 degrés sont dans les tuyaux et le 3e voire le 4e attendent nos ordres.. Il faut effectivement allé voir dans les marges ce qui se fait car elles sont les prodromes d'une organisation mondiale qui nous attend si on agit rapidement, Sinon, pauvre de nous, ce sera la termitière du brave new world qui ne pourra que imposer ; de force bien évidemment..

4.Posté par A mon avis le 29/09/2021 22:42

Intéressant.
Mais utopique.
Comment penser changement radical ( pas plus que progressif raisonnable) de mode de vie qui vous définissez dans vos différents critères, quand on voit le comportement de l'humanité.

Au niveau international, les COP se succèdent, mais les gouvernements ne modifient pas d'un iota leur gouvernance : partout il est question de conflits sur fond économique ou idéologique ou religieux. L'industrie des armements ne s'est jamais aussi bien portée ; la fonte de l'arctique permet de créer de nouvelles lignes de transports, de novelles prospections minières ou pétrolières, etc;

Plutôt que chercher à économiser l'énergie, on invente chaque jour des technologies dévoreuses d'énergie et dont l'utilité n'est pas prouvée : crypto-monnaies, multiplication de technologies de la communications superflues (Facebook, Instagram etc.). (voir : "le coût économique d'un like") tourisme dans l'espace etc

Alors que la question de la surpopulation mondiale est posée, de nombreux états pratiquent une politique de natalité (indispensable à la croissance économique). La Chine qui voit vieillir sa population abandonne sa politique de l'enfant unique et se met à promouvoir la natalité.

En Europe, en ces temps électoraux, l'immigration et l'identité nationale sont au cœur des débats.
En France, et à la Réunion, c'est Zemmour qui marque le tempo des "débats" électoraux. L'écologie ne semble pas être la priorité des Français.
Même au sein d'EELV, les questions identitaires s'invitent dans le débat interne.

Le système capitaliste mondialisé a encore de beaux jours devant lui. Jusqu'à l'effondrement qui de plus en plus paraît inéluctable devant l'inertie des gouvernements de l'ensemble des Etats de la planète.

5.Posté par A mon avis le 29/09/2021 23:44

@ 3.Posté par Apax
Il arrivera un jour, si nous continuons sur cette trajectoire, où l'écologie -comme science- nous imposera des ordres sans conditions que même le pire des écologistes aura du mal à accepter et que pourtant nous devrons tous accepter pour une question de vie ou de mort.


Mais ce jour est arrivé ! Les travaux du GIEC et les scénarios évoqués ne sont contestés par plus personne. Et pour autant, (malgré les discours et semblant d'action qui donne bonne conscience qu'est la voiture électrique), le changement radical nécessaire n'est même pas amorcé.

Nous, humains, refusons inconsciemment d'envisager que le pire soit possible, du fait que ce pire n'est pas instantané et qu'il occupe une dimension de temps et d'espace que notre entendement a de la peine à se représenter.

6.Posté par Apax le 30/09/2021 10:07

Vous pointez là, AMA, un problème vieux comme le monde : comment passer des faits aux normes..
La science n'est pas normative, seul l'homme décide en dernière instance ce qui a valeur ou non de décider ou de faire. D'où précisément l'écart abyssal entre le discours des scientifiques dont la modalité de leurs discours est de l'ordre du "si, alors" ; et le discours des politiques dont l'intérêt pratique prend assurément le pas sur l'intérêt général mondial. Comment passer des faits aux normes universalisables?
l'obstacle, tangible, effrayant, revers implacable de nos compromissions et de notre veulerie ; sur lequel et par lequel la réflexivité s'activera en nous mettant au pied du mur : survivre ou mourir, faites vos jeux, rien ne va plus..

7.Posté par A mon avis le 30/09/2021 11:15

@6.Posté par Apax.

En effet : "les dés sont jetés" !

Le seul espoir c'est de tricher un peu pour retarder l'échéance !

8.Posté par Bruno Bourgeon le 01/10/2021 10:19

http://aid97400.re/spip.php?article835 : Poisson, voici ce que j'en pense, publié sur le site d'AID

9.Posté par A mon avis le 01/10/2021 21:56

«Il n’y a plus qu’un mois avant la COP 26, la conférence climat la plus importante depuis Paris», en 2015, où avait été scellé cet accord historique, a déclaré António Guterres. «Je ne saurais trop insister sur le fait que le temps nous manque. Des points de bascule irréversibles se rapprochent de façon alarmante», a-t-il ajouté. Mais «nous avons un pouvoir immense. Nous pouvons soit sauver notre monde soit condamner l’humanité à un avenir infernal». Mi-septembre, il avertissait : le monde est actuellement «sur un chemin catastrophique, vers +2,7°C de réchauffement».


https://www.liberation.fr/environnement/climat/manifestation-pour-le-climat-derriere-greta-thunberg-une-internationale-a-milan-20211001_5X5OYVLOYFEGBEBNF55CJLRHFE/://

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