Courrier des lecteurs

La colère des gilets jaunes peut-elle se transformer en véritable révolution ?

Lundi 26 Novembre 2018 - 13:58

Les gilets jaunes sont comme un feu qui a pris dans la société réunionnaise. Chacun de ceux qui participent à ce mouvement est animé par une même flamme, la flamme de la colère dont Krishnamurti invitait à voir la beauté. Au-delà de tout ce qu’on pourra lui reprocher, il y a du vrai, du beau, du bon et du bien dans cette sainte colère populaire dont, heureusement ou malheureusement, une seule chose est sûre : elle passera !

Toute la question étant de savoir si elle sera un feu de paille ou si, au contraire, elle pourra devenir le brasier purificateur d’un système profondément corrompu par le primat de l’argent sur l’humain. Le problème du feu de paille est qu’il brûle dans un peu toutes les directions, de sorte que, faute de coordination, il risque de dilapider sa belle énergie avant d’avoir mis le feu aux poudres. Cette coordination autour d’objectifs bien identifiés, les gilets jaunes la recherchent activement mais la crise actuelle affecte les Réunionnais de mille manières de sorte que leurs revendications ne peuvent être qu’extrêmement diverses et variées. Le risque d’irrésolution, de division et d’égarement est donc maximal et pourrait amener le pourrissement de la situation avant que la flambée révolutionnaire ne prenne.

Pourtant, dans un article très fin, le journaliste Lutton, si bien nommé, rapporte les paroles de Coralie, une des « révolutionnaires » du (rond-point du) Port Est qui, avec un esprit de synthèse éblouissant, résout le problème de l’hétérogénéité des demandes et du manque de structuration qui en découle : « Le peuple est lui-même hétérogène. Donc les revendications le sont aussi. Mais posez la question autrement. Demandez aux gens ce qui les amène ici. Ils vous feront tous le même constat : ils n’ont pas d’argent. » Certains s’exclameront « rien nouveau sous le soleil ! ». C’est vrai. Cette pierre d’achoppement est vieille comme le monde. Mais la première réussite du mouvement des gilets jaunes est justement de l’avoir dégagée de l’épaisse couche du verbiage technocratique pour, en quelque sorte, mettre la roche à nue et nous l’offrir comme point d’appui.

Si, au moins à la Réunion, l’accord peut se faire sur le problème fondamental de l’argent plutôt que de s’égarer du côté de la transition écologique, il deviendra alors possible de renverser ce monde à l’envers pour remettre, enfin, l’humain au-dessus de l’argent. Car c’est bien le système dans son ensemble qui doit être repensé tellement il se trouve corrompu par les puissances d’argent et leurs marionnettes politiciennes. Pour réaliser cela, aussi improbable que cela puisse paraître, une voie évidente s’offre à nous : celle que nous avons déjà parcourue. En effet, il s’agirait de rebrousser chemin et de revenir à l’embranchement où l’humanité a fait le choix malheureux de l’usure, c’est-à-dire, du prêt à intérêt.

A un moment ou un autre, toutes les grandes religions l’ont interdit, en connaissance de cause. Car c’est lui qui engendre le monde infernal dans lequel nous vivons, celui de Mammon, le dieu de l’argent. Tous les pleurs et grincements de dents que nous entendons autour de nous en ces temps d’horreur économique résultent directement ou indirectement de l’esclavage de la dette ignoble qui étrangle les peuples, tous les peuples, réunionnais, français, européens etc. En effet, c’est par le prêt à intérêt que les banques créent l’argent (oui, il s’agit bien de création) alors que le pouvoir de création monétaire était auparavant tout entier dans les mains du souverain et, donc, de la nation souveraine. C’est pourquoi la dette française, qui excède largement les deux mille milliards d’euros, est ignoble et illégitime. Ce pouvoir de création monétaire nous a été volé à nous, le peuple français, il a été, de manière criminelle, abandonné aux banques et il est temps de le récupérer. C’est parfaitement possible.

Aussi étrange qu’il puisse paraître, cela n’est pas bien compliqué : il suffit pour cela de faire tourner l’économie autour d’une monnaie locale (pourquoi pas une cryptomonnaie qui s’appellerait, par exemple, le Run ?) intégralement dans les mains des Réunionnais. Nous, le peuple, aurions ainsi le pouvoir de créer gratuitement (vous ne rêvez pas) autant de monnaie que nécessaire pour fluidifier et dynamiser l’économie en donnant cet argent (oui, vous avez bien lu, en donnant) non aux riches mais aux pauvres ou à la collectivité — afin d’améliorer le service public et de mener les petits et grands travaux nécessaires sur toute l’île. Ceux qui vont répétant que ce serait une recette sûre pour un désastre inflationniste n’ont qu’à contempler les trilliards d’euros créés depuis dix ans par les banques européennes, dont la BCE, pour comprendre à quel point ils sont dans l’erreur.

Il va de soi que ce « nous le peuple » — en maîtrise d’une monnaie souveraine donnée à tous et prêtée avec intérêts à personne — ne pourra s’incarner que dans une assemblée citoyenne authentiquement démocratique. Il faut en finir avec le cartel de groupes d’intérêts particuliers qui préside actuellement aux destinées de la Réunion comme de la France via le petit jeu politicien de la « représentation », véritable « aristocratie élective » héritée d’une Révolution dévoyée. Saluons à ce propos la sagesse de notre évêque Mgr Aubry qui, afin de sortir de cette situation de crise, lance l’idée d’une Conférence Territoriale. C’est assurément par la concertation et l’écoute mutuelle des besoins légitimes des Réunionnais que nous pourrons restaurer la paix, la sécurité et la liberté dont nous avons tous le plus grand besoin au quotidien. Mais seule la participation de tous les Réunionnais — pas seulement tous les gilets jaunes — sera à même de garantir que cette conférence ne devienne pas un espace de récupération politicienne et marchande destiné à tourner la page d’un mouvement ô combien légitime après lui avoir lâché quelques miettes clientélistes. Qui plus est, seule la collectivité citoyenne rassemblée dispose de la légitimité nécessaire pour fonder la monnaie locale qui pourrait libérer les énergies et assurer la prospérité de tous.

Si on se place dans cette perspective, un grand nombre de moyens de démocratie réelle s’offrent à nous comme, par exemple, le tirage au sort de mandataires (je n’ai pas dit représentants) par chaque groupe de gilets jaunes, d’usagers, d’établissements, d’institutions, d’entreprises, d’associations, etc. Ils pourraient former une assemblée régionale en discussion permanente grâce aux ressources des nouvelles technologies. Je ne vais pas, cependant, m’attarder sur ces aspects techniques car il est temps de conclure avec, peut-être, le plus important.

On peut penser que c’est ce qui se trouve à l’origine car, qu’on le veuille ou non, c’est cela qui nous détermine et d’autant plus sûrement lorsque nous restons dans l’ignorance de cette origine. A la fondation du monde de l’argent nous trouvons, étrangement, ce qui a toujours passé pour une belle et charitable institution : les Monts-de-piété instaurés à la fin du Moyen-Age afin d’aider les pauvres à traverser une mauvaise passe grâce à de l’argent prêté en échange d’un bien de valeur laissé en gage. En jouant habilement de la compassion victimaire, l’invention des Monts-de-piété a permis de légitimer le prêt à intérêt que toutes les religions condamnaient car lorsque le pauvre venait rechercher son bien, outre l’argent prêté qu’il devait rendre, une petite somme supplémentaire lui était demandée pour les « frais de fonctionnement ». Ainsi, d’une manière qui a semblé raisonnable, une minuscule trangression de la loi divine a été permise par la loi des hommes. Le ver de l’usure a été introduit dans le fruit des relations économiques.

A partir de là, les puissances d’argent ont aisément ouvert une voie royale autant que mensongère consistant à distinguer l’usure de l’intérêt, la première étant seule jugée abusive alors qu’il s’agit de la même chose. L’usure désigne simplement l’usage de l’argent pour gagner de l’argent. Quel que soit sont taux, le prêt à intérêt en fait partie. Après avoir longtemps combattu ce mensonge, l’Eglise catholique a capitulé avec l'édition  de son code de droit canonique en 1917 et nous a, depuis, laissé sans défense. Malheureusement, il semble qu’elle n’ait pas été la seule à succomber, de sorte que le prêt à intérêt est à présent jugé normal et anodin sur quasiment toute la surface du globe. C’est pourquoi, aussi modeste et isolé qu’il puisse apparaître au regard des enjeux financiers en cause, un mouvement des gilets jaunes bien décidé à se défaire du joug de l’argent-dette nous offrirait une occasion inespérée de commencer à réparer cette monumentale erreur qu’a été la légalisation du prêt à intérêt.

En effet, s’il pouvait seulement amener la création d’un établissement de Crédit Municipal ou plutôt de Crédit Régional qui prêterait sur gage sans aucune prise d'intérêt, sans aucun frais ajouté, le mouvement des gilets jaunes se révèlerait d’une utilité sociale inouïe. Les frais de fonctionnement de cet établissement pourraient être largement et aisément couverts par le principe de création monétaire en monnaie locale mais aussi par l’argent public, ou par des dons privés, le temps que cette monnaie se mette en place.

Ainsi, pour faire chauffer la marmite et traverser une mauvaise passe sans avoir à subir la violence légale des usuriers, les Réunionnais pauvres et moins pauvres ne seraient plus obligés d’aller céder leurs biens à vil prix dans ces Convertisseurs de Cash qui, par le profit qu'ils tirent de la misère sous l'apparence d'un service rendu, forment le stade ultime et ô combien révélateur de la nature malsaine des Monts-de-piété. La société dans son ensemble se remettrait ainsi en phase avec les principes originels de chacune des religions de l’île.

C’est d’ailleurs pourquoi je veux croire qu’un dialogue inter-religieux spécialement fructueux pourrait se tenir, ici, à la Réunion et faire ainsi une précieuse contribution à la nécessaire révolte contre la dictature de l’argent et pour l’instauration d’une économie de paix entre les hommes sans laquelle on ne pourra jamais laisser la nature en paix. Car se débarrasser du prêt à intérêt, c’est tarir le besoin diabolique de faire de l’argent à tout prix qui incite à l’exploitation de l’homme et de la nature. Le cauchemar sera alors fini. Nous serons libres. La Réunion pourra véritablement être le petit paradis qu’elle a toujours promis d’être.
Luc-Laurent Salvador
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1.Posté par Fabien F le 26/11/2018 14:47

Enfin !
Votre langage est soutenu mais il est bon de se raccrocher. On finit par comprendre l’excellence de votre demonstration.
Promis je vais relire une seconde fois. Je suis sûr qu’en je comprendrais d’autres choses encore.
Bravo

2.Posté par klod le 26/11/2018 18:38

non besoin , d'un langage "soutenue" ou pas, d'un langage d'énarque ou d'HEC ou des "Mines " ( et j'en oublie !!!) , la soi disante "nomenklatura à la framçaise" qui nous dirige ...............................

vous voulez d'une société avec moins de "tentions" avec les mots d'un HEC ou autres ou les mots d'un citoyen "lambda" : Intéressement des Salariés Aux Bénéfices des Entreprises pour un libéralisme plus humain ......................

3.Posté par klod le 26/11/2018 19:09

d'autre part , nous n'avons pas besoin d'une "Révolution" ou pas , après tout oui : ou pas ?! . :

la démocratie représentative est actée en France , Dieu merci , et c'est ce que l'on a trouvé de mieux à travers le monde !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! la dose de "proportionnel" reste à discuter, mais trop de proportionel nous ramènerait à la IV ème république ................................. chacun le sait , à part les rn ou fn , rien de nouveau !

et OUI, le fn ( ou rn , pour les comiques ), reste un danger pour la France ! Sur ce point , comment le dire ?????????????? les "natios" de tout temps et de tous pays n'ont amener que haine ...............

la libre entreprise est actée en France ............ et c'est bien


mais tant qu'il n'y aura pas d'Intéressement des salariés aux bénéfices de l'Entreprise" , il n'y aura pas de "système libérale" acceptée par tous ! Certes , nous ne sommes plus au tant de ZOLA , ou plutôt du libéralisme du 19 ème siècle ............... et oui il a existé un "libéralisme du 19ème siècle" ( no comment /................................................) mais quand meme...............

le libéralisme ne sera acceptable pas avant l'ISABE ( Intéressement des Salariés Aux Bénéfices de l'Entreprise)

sot y pourra sobat tank zot y veu , les tenants du "monde comme il va et ces contents d'eux" ...................... si pas de libéralisme "humain" , pas de monde "humain " .................

et naura des "gilets jaunes" pendant longtemps , avec d'autres noms , d'autres formes ............... d'autres temps

c'est pas compliqué , sak mi dit , ni de droite , ni de gauche , juste du bon sens , en respect de CHAQUE SALARIE, de chaque "citoyen" , terme respectueux de la "citoyenneté française" issu de l'aprés 1789 !!!!! ...................... i

na un affair mi rappel / "Chaque fanal y éteind , naura 1000 va allumé , ziska , chemin la , y arjoint la SOURCE ........." copyright " : Ziskakan . ................. na un peu y rappel ............ na un peu y sobat .

4.Posté par Lebon le 26/11/2018 19:30

Plutôt qu'un langage soutenu, je dirai un langage clair et précis. Cette monnaie locale à laquelle vous faites allusion existe déjà dans d'autres régions et a montré son utilité. Je pense qu'il serait intéressant de réfléchir à sa mise en oeuvre dans l'île.
Quant aux Monts de Piété, je serai pour : emprunter sans se faire étrangler...
Et dire que cela existait depuis longtemps ? On peut se demander ce qui a perverti les hommes ? le pouvoir ou l'envie de devenir plus....que les autres ?

5.Posté par Luc-Laurent Salvador le 26/11/2018 19:37

@ Fabien F

Merci pour le compliment, j'apprécie, et désolé pour le langage que je ne pense pas tant soutenu que dense et très serré dans son argumentation car il fallait faire rentrer beaucoup d'idées dans un minimum de mots. Si j'avais pris davantage de place, les choses auraient été plus fluides mais ensuite c'est plus difficile pour publier. Je vais peut-être essayer développer tout ça point par point par une série d'articles... A réfléchir !

6.Posté par Luc-Laurent Salvador le 26/11/2018 19:43

@ klod

Pourquoi vous attacher au langage ? Ce qui compte ce sont les idées.
Si vous m'aviez mieux lu vous auriez compris que je ne recherche pas nécessairement une société avec moins de tensions car il faut parfois plus de tensions pour amener la crise d'où naîtra la solution qui mettra tout le monde en accord.
Bref, fuyons les consensus mous qui n'apaisent que superficiellement. Pour avoir la paix, il faut d'abord crever l'abcès.

7.Posté par Luc-Laurent Salvador le 26/11/2018 20:41

@ Lebon

Merci pour le compliment ! Me voilà récompensé de mes efforts. Si la question de l'histoire vous intéresse, je vous recommande de lire "Dette : 5000 ans d'histoire" de David Graeber. On découvre que depuis la nuit des temps la dette est liée à la mise en esclavage des hommes par d'autres hommes. Donc oui, il y a bien une volonté de domination à l'oeuvre et grâce au prêt à intérêt, l'argent est certainement le plus puissant et le plus insidieux moyen de domination de l'homme par l'homme.

8.Posté par Luc-Laurent Salvador le 26/11/2018 20:46

@ klod 3

Désolé, je croyais que vous réagissiez à mon article. Je vois que ce n'est pas le cas.

Maintenant, permettez-moi de saisir l'occasion de votre commentaire pour rappeler que le terme "nation" renvoie à la "naissance". La nation, ça d'abord été historiquement celle où on est né. Ce n'est donc pas la haine qui s'y rattache, c'est surtout l'amour.

9.Posté par L'Ardéchoise le 26/11/2018 21:30

"sainte colère...", "brasier purificateur...", "dialogue inter-religieux..."

Désolée, mais je ne vous suis pas, c'est trop tendancieux !

10.Posté par klod le 26/11/2018 23:19

oui post 6 !!!!!!

on s'est mal compris, et je salue votre "langage" ! bravo à vous .

"fuyons les consensus mous " : OK :

pour ma part, je le dis et le redis , "haut et fort" , comme les marins le disent , en fuyant les "consensus mous" :

- intéressement des salariés aux bénéfices de l'entreprise et

- prise en compte de la vie chère en "mon ti péi" pas seulement pour les fonctionnaires et pour ceux qui bénéficient d'"une convention collective" favorable mais aussi pour tous les minimas sociaux !

c'est mieux et plus éthiques que "le bat karé annuel" ..................... égalité salariale plutôt que égalité pour la démagogie comme le fait la "région 974" .....................


effectivement , stop aux consensus mous endémiques !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! n'est il pas ?HIN ?

11.Posté par Luc-Laurent Salvador le 27/11/2018 09:45

@ l'ardéchoise

Je suis étonné que "tendancieux" puisse être un reproche. Bien sûr que je suis tendancieux, comme vous l'êtes. Chacun sa ou plutôt ses tendances. C'est cela qui crée la diversité des points de vue, l'opportunité du dialogue et, accessoirement, le plaisir de la conversation.

Maintenant pour ce qui est de la thématique "sacrée" qui semble susciter votre mécontentement, sachez qu'elle a ici toute sa place pour de multiples raisons anthropologiques que l'académicien René Girard a brillamment dégagées tout au long de son oeuvre.

Je saisis l'occasion pour vous indiquer que ce vendredi 30 de 18h à 20h, je ferai une conférence à l'Eglise Notre Dame de la Paix afin de présenter l'oeuvre de René Girard. Elle a pour titre "Violence, Responsabilité et Réconciliation." Un temps de discussion sera consacré à une lecture girardienne du mouvement des gilets jaunes. Vous êtes la bienvenue.

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