MENU ZINFOS
Courrier des lecteurs

La cantine de l’école du centre ville du Tampon dans les années cinquante


- Publié le Jeudi 19 Janvier 2017 à 11:04 | Lu 928 fois

La cantine de l’école du centre ville du Tampon dans les années cinquante
Voici un autre témoignage de cantine qui confirme ce qu’a écrit Jules Bénard, et qui lui non plus n’inspire pas la nostalgie.

L’école du centre se situait derrière la mairie et hébergeait l’une des écoles primaires du centre ville, les autres étant éparpillées dans la ville en fonction de la capacité des maisons existantes à en devenir une. Y fonctionnaient aussi les seuls Cours Complémentaires de la commune. Tout était ordinaire sauf les sanitaires mais pour ne pas être mal noté je ne dois pas être hors sujet.

Le cœur du dispositif scolaire était pour moi et peut-être pour d’autres la cantine où venaient aussi des élèves de quelques unes des autres écoles dont celle de la concession Bertaut où j’ai été en CM1. La cuisine était un petit bâtiment en bois situé à quelques mètres de la mairie et le restaurant avait les limites que lui donnaient les rationnaires.

Quand commençait la distribution des repas, ces derniers se rangeaient par deux le long du sous sol de la mairie et passaient devant un contrôleur bien portant (selon les critères de l’époque), toujours habillé d’un costume kaki jaunâtre avec une montre à gousset à la veste. Après avoir été coché et suivant la disponibilité du service, il nous autorisait à aller nous faire servir. Alors nous nous mettions à la porte de la cuisine et entrions sur un regard du distributeur de riz, homme costaud qui s’activait dans tous les sens devant sa marmite ou celles qui étaient au feu, parlant aux enfants ou le plus souvent à ses deux collègues. Il y faisait très chaud à cause d’au moins quatre foyers dont un ou deux débitaient de grosses flammes sous d’immenses chaudrons de riz ou de grains. Suant à grosses gouttes au-dessus de la marmite de riz, il y plantait sa large lame de bois prolongée d’un manche et balançait un pavé dans l’assiette que nous avions prise dans la pile à l’entrée. Ou plutôt l’écuelle car c’était une petite capeline en aluminium, plus creuse que pour la soupe, avec de larges bords terminés par un ourlet et très légère. A peine nous avait-il servi qu’il balayait son visage d’un coup d’avant bras pour évacuer l’eau qui l’aveuglait et passait au service du suivant. Nous passions ensuite devant des dames, l’une pour les grains, l’autre pour, soit la morue frite, soit le « carri d’zœufs », soit le carri de pommes de terre, soit la sauce de sardines ou de pilchards, soit la sauce de bœuf.

Il arrivait souvent que la distribution s’interrompît parce que le riz de la marmite suivante n’était pas encore cuit. Personne n’était contrarié et ceux qui étaient prêts à se faire servir, roulaient leurs capelines métalliques entre les deux les mains ou s’il faisait trop chaud, s’en servaient comme éventail. Et toujours un nuage de fumée flottait au-dessus des têtes des cuisiniers pour s’évacuer en partie par le haut de la porte d’entrée.

Le repas servi, nous choisissions l’endroit des agapes. Les plus précoces ayant déjà squatté les morceaux de murs ou les marches à l’Ouest de la mairie, ceux qui arrivaient après trouvaient toujours une pierre ou peu importe quoi pour poser ses fesses et lui permettre d’apprécier le repas qui était sincèrement bon.

A la rentrée, 55 ? 56 ? je ne sais plus, quand nous arrivâmes à la cantine, nous constatâmes qu’on avait pensé à notre confort. L’espace derrière la mairie, aussi long que le bâtiment et large d’environ dix mètres a été complètement recouvert de tôle ondulée supportée par de longues barres de fer en haut de très hauts poteaux métalliques. Rien autour sauf l’arrière du sous sol en moellons blanchi à la chaux et l’étage bardé de vieux bardeaux en tamarin de la mairie. Nous n’avions donc plus à chercher un trou pour manger en cas de pluie, ce qui arrivait souvent. Autrefois la saison des pluies tenait ses promesses. C’était une saison pendant laquelle la pluie tombait et cela n’étonnait et ne froissait personne. Par contre le moindre vent ne nous mettait plus à l’abri et de toute façon, vent ou pas, en cas de pluie nous pataugions dans la boue après avoir fait la queue, entré et quitté la cuisine sans aucune protection pendant que le contrôleur se protégeait sous un parapluie. Mais le confort ne s’arrêtait pas là. Des planches de sapin brut accolées par quatre mettaient à la disposition de nos écuelles des dizaines de mètres de tables et pour nos fesses des bancs des mêmes planches solidement fixées. Cet ensemble donnait satisfaction à la masse habituelle d’affamés, dont certains ne devaient pas manger grand chose le matin à cause du ramassage scolaire qui les faisait se lever très tôt et malgré le petit pain et la côte de chocolat distribués certaines années vers 10 heures par le maître des primaires. Aussi, à midi les gonis étaient vides. Mais comme à la fin du repas il n’était pas toujours plein, nous étions une bande à traîner avec notre matériel vide pour attendre la fin de la distribution et à aller voir s’il ne restait pas un peu de « rabiou ». Toujours il y en avait, ce qui changeait c’était le nombre de redoublants qui dépendait du menu. La nourriture était si appréciée que lorsque j’étais au CE2 et qu’il y avait des pommes de terre, soit c’était mon camarade de banc, soit c’était moi, suivant les possibilités de nos poches de culottes, nous les remplissions et mangions en classes et comme nous étions derrière, la maîtresse ne pouvait pas nous réclamer sa part.

Ce confort n’avait pas supprimé l’obligation de venir à la cantine avec sa fourchette car la mairie avait fini par ne plus en fournir puisqu’à peine mises à disposition elles disparaissaient. Ceux qui n’en avaient pas mangeaient avec les doigts. Il devait y avoir des robinets, peut-être pas pour nous laver les mains mais au moins pour nous désaltérer surtout les jours de morue frite. Pour ma part, lorsque j’arrivais devant la serveuse avec mon riz-gros-pois, je lui demandais discrètement de m’en mettre surtout ce que je préférais, la raclure. Ma fourchette qui ne quittait jamais une des poches de mon sac, sauf pour aller manger, était en aluminium. Seules les deux dents internes avaient encore approximativement leur dimension d’origine, celles de côté étant devenues plus courtes avec les bords arrondis, usées par les frottements dus au transport du sac qu’elle ne quittait que pour aller à la cantine. Puis de retour en classe elle retrouvait sa place jusqu’au lendemain. La faim qui me tenaillait permettait de la garder toujours propre.
Quelques années plus tard des assiettes et des fourchettes avaient été de nouveau mises à notre disposition. Quand j’ai définitivement quitté l’école à la fin de l’année 62/63 après deux années de troisième, rien n’avait changé.

Jr BOYER




1.Posté par Axel Payet le 19/01/2017 21:06

"....à la fin de l'année 62\63, rien n'avait changé" . Effectivement. Puis est arrivée l'année 1964 et la décision municipale de construire une nouvelle mairie au Tampon. L'ancienne fut donc rasée à ce moment là, et avec elle le réfectoire évoqué ici, la petite cuisine, le poste de police municipale, et un petit garage faisant office de "caserne de pompiers". La nouvelle mairie fut inaugurée en 1965.
Pour revenir au réfectoire en question, il n'a été aménagé qu'en 1958. Je peux l'affirmer car, à mon arrivée en 1957 au "Cours Complémentaire", j'ai vécu également ces moments épiques de repas à la cantine si bien décrits par notre ami Jean Rock. Moments épiques et difficiles, dont on se souvient avec émotion, et qui n'avaient rien à voir avec les petits conforts et les normes d'aujourd'hui....

2.Posté par Jules Bénard le 20/01/2017 10:36

à JR Boyer et Axel Payet :
Content de vous lire, les amis. Très belle évocation qui, effectivement, n'appelle pas à un retour en arrière.
Mais il est bon de ne pas oublier.
Amicalement à vous deux, JULOT.

Nouveau commentaire :
Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
CHARTE DES COMMENTAIRES

Zinfos 974 vous offre un espace commentaires vous permettant de réagir, discuter, informer. Cet espace est ouvert aux internautes inscrits et non-inscrits au site.

Les intervenants doivent respecter les principes élémentaires du débat.

Sont proscrits :

- Les insultes, les attaques personnelles, les agressions, les propos discriminatoires sous toutes les formes - que ce soit envers les intervenants, les commentateurs ou l'équipe de Zinfos 974.

- Tout contenu contraire à la loi : l'incitation à la violence ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation, les propos homophobes, la négation des crimes contre l'humanité, ou la justification des actes violents et des attentats.

- Les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

- Merci d'éviter le hors sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations.

- La répétition d'un même commentaire, assimilée à du spam.

- La publicité. Ne soumettez pas des liens commerciaux.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de Zinfos 974 via l'adresse contact@zinfos974.com

Vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de Zinfos 974 se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l'estime nécessaire pour la bonne tenue du débat.

Zinfos 974 est seul juge des messages qu'il publie ou modère - y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessus. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant l'adresse contact@zinfos974.com, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie
Publicité
 

1F Rue de La Martinique

97490 Sainte-Clotilde

06 92 97 75 75
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales

- CGU

- Politique de Confidentialité

- Nos Journalistes