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Economie

La SAPHIR, au service des agriculteurs ou à la recherche des contrats plus rentables ?


Émanation historique du Conseil départemental en matière d’irrigation des terres agricoles, la société d’économie mixte SAPHIR ne dévie-t-elle pas de sa mission au fil des années ? De son cœur de métier, la société se déporte petit à petit vers une activité plus lucrative : la vente d’eau brute aux intercommunalités. Une orientation commerciale que ne dissimule même pas la direction de la SAPHIR.

Par Ludovic Grondin - Publié le Jeudi 3 Novembre 2022 à 09:40

La société d'économie mixte doit consacrer 80% de son activité au profit des attentes publiques en termes d'irrigation et sous la houlette de son principal financeur, le Département
La société d'économie mixte doit consacrer 80% de son activité au profit des attentes publiques en termes d'irrigation et sous la houlette de son principal financeur, le Département
Depuis 50 ans, sous l’impulsion du Conseil départemental et de propriétaires agricoles visionnaires tels que Josiane Michel, Gilbert Canabady ou encore Charles Isautier, la SEM SAPHIR s’est évertuée à tirer les réseaux d’irrigation agricole dans le Sud de l'île. Mission accomplie haut la main au cours des premières décennies. La SAPHIR peut s’enorgueillir de distribuer de l’eau vers 16.000 hectares de terres agricoles.

L’activité agricole n’étant plus rentable, la SAPHIR se positionne en fournisseur d’eau brute destinée à la potabilisation

Mais la SAPHIR, "Société d’Aménagement de Périmètres Hydroagricoles de l’île de La Réunion", porte de plus en plus mal son nom. L’intérêt pour l’irrigation agricole s'amenuise au profit d'une diversification des prestations. Nous le verrons au cours de l’entretien que nous a accordé le directeur de la SEM. L'irrigation agricole doit pourtant rester son cœur de métier. ​Financée à 80% par le Département, la SEM doit consacrer l'essentiel de ses actions au service du monde agricole, autrement dit dans les mêmes proportions de ces 80%.

Mais l'irrigation agricole est de plus en plus concurrencée par la distribution d’eau brute à destination des intercommunalités, plus lucrative pour la SEM. Une orientation qui interroge sur l’intérêt que porte encore la SAPHIR pour le développement des terres agricoles alors qu'elle est le bras armé historique du Département en matière d'extension des périmètres irrigués. "Quand il y a eu le basculement des eaux de chaque périmètre irrigué, ça a permis aux agriculteurs de monter leur projet. La SAPHIR gagnait de l’argent parce qu’il y avait la maîtrise d’œuvre dessus. Maintenant, l’agriculteur il ne vient à la SAPHIR que pour prendre un matériel d’entretien au magasin. On n’est plus dans de l’investissement, on est que dans l’entretien. La SAPHIR aujourd’hui est surtout mieux payée dans le cadre des marchés publics qu’elle obtient pour les espaces verts avec les collectivités", avise un agriculteur. 

Un chantier gigantesque illustre cette double casquette que porte la SAPHIR au fil des années. Alors qu’elle a construit  un nouveau réservoir en eau brute sur le site de Dassy à Saint-Pierre en tant que maître d’ouvrage pour le compte du Département, la CIVIS y a érigé juste à côté une unité de potabilisation à des fins de distribution d'eau aux particuliers.  

Cette opération interroge. L’unité de potabilisation va donc profiter de l’avancée du réseau d'eau brute à vocation agricole à des fins de distribution d’eau domestique.

L'eau brute à usage agricole "arrose" de plus en plus indirectement les besoins domestiques

Dans l'exemple sudiste, le Département amène sur un tapis rouge l'eau brute à l’intercommunalité CIVIS qui, actionnaire à 10% de la SAPHIR, ne mobilise pas pendant ce temps sa propre ligne budgétaire dédiée à sa compétence obligatoire « eau ». Pourtant, la loi NOTRe du 7 août 2015 qui attribue, à titre obligatoire, les compétences en matière d'eau potable et d'assainissement aux communautés de communes et aux communautés d'agglomération à compter du 1er janvier 2020 indique que ce sont ces dernières qui sont "compétentes à compter de cette date pour gérer le captage des sources et pour en assurer la protection."

Le Conseil départemental de La Réunion exerce en effet depuis 2014, et par dérogation, la fonction d’autorité de gestion des fonds du Programme Rural Régional du FEADER. Sur la période 2014-2020 par exemple, l’enveloppe FEADER allouée à La Réunion s’élevait à 385 millions d’euros.  Dans ce volume financier, les élus du palais de la Source avaient décidé de flécher 48 millions d’euros pour "optimiser, sécuriser et développer des périmètres irrigués" :

La source financière FEADER coule jusqu'au robinet des particuliers 

Ainsi, le renforcement de la capacité de stockage d’eau brute du site de Dassy, grâce à la construction d’un deuxième réservoir d’une capacité de 20.000 m3 (le premier réservoir fait 10.000 m3), a coûté 9 millions d’euros. "9 millions cofinancés par l’Union européenne et notamment le FEADER, le fonds européen agricole pour le développement rural", écrit la propre réclame du Département en mars 2021. Or, à La Réunion, l'augmentation de cette capacité répond plutôt à l'augmentation démographique du bassin Sud qu'à des besoins croissants du monde agricole. Pourtant, le FEADER, écrit l'Union européenne, est censé "contribuer au développement des territoires ruraux et d'un secteur agricole plus équilibré, plus respectueux du climat, plus résilient face au changement climatique, plus compétitif et plus innovant ".

La SAPHIR doit conserver la partie agricole mais c’est ce qui lui rapporte le moins 

Entre les lignes de notre entretien avec le directeur de la SAPHIR, nous comprenons que l'activité agricole offre peu de rentabilité à la SAPHIR. Ce qui l’incite à se positionner en tant que fournisseur d'eau auprès des intercommunalités qui en délèguent la gestion à des fermiers comme RUNEO ou la CISE.

Dans ce tableau issu de l'ordre du jour de l'assemblée plénière du Département du 9 septembre 2020, nous pouvons ainsi constater que le prix au m3 de l'eau brute vendue par la SAPHIR aux intercommunalités est quatre fois plus cher que celui vendu aux agriculteurs. Là où le m3 destiné aux usages agricoles est facturé 8 centimes, il est vendu jusqu’à 33 centimes aux intercommunalités. Cette différence incite donc la SAPHIR à aller chercher des contrats avec les collectivités territoriales : 

La SAPHIR prospecte

Philippe Lorion, directeur de la SAPHIR, nous confirmait en milieu d'année 2021 faire les yeux doux au TCO pour que l’intercommunalité de l’Ouest en vienne à acheter de l’eau brute à la SAPHIR. Depuis trois ans en effet, les communes sont dessaisies de la compétence « eau » au profit de leur intercommunalité.

Dans ces conditions, l’orientation nouvelle de la SAPHIR en matière de vente d’eau brute aux fermiers ne s’éloigne-t-elle pas de la mission d’aménagement des périmètres hydroagricoles qui fonde l’existence même de la SAPHIR ? Est-ce que le rôle de la SAPHIR est d’aller prospecter des intercommunalités plutôt que de se consacrer à amplifier le nombre d'abonnés agricoles ? A minima de ne pas en perdre ? Malheureusement, nous n'avons pas eu de retour du président de la SAPHIR, une fonction traditionnellement dévolue au vice-président du Conseil départemental délégué aux affaires agricoles, à savoir Serge Hoareau.

La salle de réception utilisée à des fins privées

En tant que société d’économie mixte, la SAPHIR bénéficie des bâtiments mis à disposition du Conseil départemental à titre gratuit. C’est le cas de son siège à la Ligne Paradis à Saint-Pierre. Sur ce site, qui comprend une partie constituée d’un bâtiment administratif et d'un magasin de vente de matériels, le personnel dispose aussi d’une salle de réception.

Lors de notre entretien, le directeur confirmait nos informations selon lesquelles les agents sont autorisés à y organiser des réceptions à titre privé tout au long de l'année. Anniversaires, baptêmes ou autres réunions familiales y sont permises les week-end, sans contrepartie. Une pratique qui s’est installée sans doute par force d’habitude mais qui ignore le fait que ce sont bien des fonds publics qui sont injectés dans la structure. Un privilège, certes minime, qui devrait interroger le Conseil départemental, garant des deniers publics. 

La société d’économie mixte ne délaisse-t-elle pas sa mission initiale qui est d’apporter les conditions favorables d’irrigation en faveur du monde agricole ? Son directeur répond à toutes nos questions dans un entretien à retrouver ici .





1.Posté par Mag'ouille le 03/11/2022 12:03

Bizness entre amis..

2.Posté par DOGOUNET le 03/11/2022 15:26

Excellent article ! La boucle est bouclée. On profite des subsides publiques, on tourne la casquette et on jouit des garanties du pseudo-privé (via nos factures et nos impôts). Lequel se frotte les mains en vendant l'eau globalement de bonne qualité de la SAPHIR 10 fois plus chère au cochon de contribuable. Bref on paye 2 fois. Melchior le président lamok et Lorion le directeur sont les pieds nickelés de l'eau réunionnaise. REMBOURSEZ !

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