Faits-divers

L’occasion fait le larron : Il soutire 62.000 euros à un commerçant très très naïf

Mercredi 6 Mars 2019 - 10:13

Correctionnelle Champ-Fleuri, mardi 5 mars 2019


L’occasion fait le larron : Il soutire 62.000 euros à un commerçant très très naïf
Sylvio, la cinquantaine avantageuse, se tient bien droit à la barre et, dans un débit plus que fourni, n’a pas assez de toute son assurance pour expliquer au tribunal comment lui, agriculteur en 2015, s’est transmuté en "fournisseur d’affaires" pour piquer 62.000 euros à un brave homme ; lequel ne s’est pas méfié un dixième de millième de seconde de cet homme, rude orateur et présentant beau.

"Fournisseur d’affaires", une sinécure payante

Sans doute que l’agriculture ne nourrit pas assez son homme (ce qui est parfaitement vrai au demeurant). Sylvio décide de devenir "fournisseur d’affaire". C’est quoi, ce truc ? Quelque chose de très simple, un métier qui ne nécessite pas d’avoir fait Scien-Po ni même l’ENA.

Imaginez que demain vous apprenez que votre copain Douvain vend son camion-bar pour la modique somme de 40.000 euros. Pas de problème, vous vous faites fort de trouver l’acheteur. Là, vous allez chez une vague connaissance, Jérémy Lacoljak, qui a quelques économies et cherche une affaire. Vous lui proposez le camion-bar mais pour mettre l’acheteur en relation avec Douvain, il vous faut une petite compensation de la main à la main. Mettons 30.000 rien que pour vous. L’acheteur accepte et le tour est joué ; vous êtes fournisseur d’affaire. Par ici la monnaie.

Là, c’est un tout petit peu plus compliqué…

Un certain Bodzen "aurait dit" à Sylvio qu’une station-service du Boulevard Banks à Saint-Pierre, serait à vendre. Lequel Bodzen "aurait " adoubé Sylvio en qualité de "conseiller financier", qualité dont ce dernier va se prévaloir pour aller appâter le client. Usage de fausses références, l’escroquerie est en marche. Fouette cocher !

Sylvio, qui est de Saint-Leu, va ratisser dans cette commune où il connaît beaucoup de monde et où, à ce qu’il semble, il est honorablement connu. Ce qui ne va pas durer autant que les impôts.

" Tsy ita rano !"

Notre "fournisseur" cherche vite et bien ; il tombe très vite sur un honorable commerçant qui désire placer ses économies dans une affaire rentable. Sylvio lui fournit les feuilles de comptes de la station-service (très prometteurs) et passe si bien la pommade au brave homme que ce dernier accepte.

Notre chevalier du fuel emmène même le futur acquéreur jusque dans le Sud sauvage admirer sa future corne d’abondance. Effectivement, cette station très connue présente bien et, pile à cet instant, la file d’attente s’allonge. Miam !

C’est alors que Sylvio assène son argument massue : pour emporter l’affaire haut-la-main, il lui faut arroser la SRPP (laquelle n’y est absolument pour rien) ; mettons… allez, 25.000 euros. Pour commencer, ça va de soi. Et en liquide car "ils" seraient méfiants. Quand on sait qu’en France, les paiements supérieurs à 1.000 euros ne peuvent s’effectuer en espèces. Aucune puce ne s’incruste pourtant dans l’oreille de l’acheteur, qui casque sans sourciller : "Z’affair-là lé pou ou minm, ça !" l’assure l’ara (pardon : le beau parleur).

Quelque temps plus tard, Sylvio revient à la charge et fait virer 21.000 euros… sur le compte de son épouse. Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère ? On n’en saura rien, les soi-disant explications étant noyées dans une logorrhée indigeste.

Après quoi, Sylvio se fait remettre 16.000 euros, en espèces ce coup-ci.

L’acheteur, brave homme, rassuré par les propos lénifiants de Sylvio, certain de son jackpot, n’y voit que du feu. "Tsy ita rano", disent les Malgaches : il n’y a vu que de l’eau. C’est du pareil au même.

60.000 euros contre rien !

La seule chose que le trop crédule acheteur ne verra jamais, c’est la station-service, à peine entrevue lors d’une séance d’enfumage.

L’acheteur finit bien par se dire qu’il s’est peut-être fait avoir sur ce coup-là et porte plainte.

L’affaire sera jugée une première fois en 2017, Bodzen et Sylvio écopant de 6 mois avec sursis. Si le complice accepte le verdict, trop heureux de s’en tirer à si bon compte, Sylvio conteste le jugement, ce qui lui valait de revenir hier à la barre.

"Pourquoi contester la décision ?" demande le président Molié. Je vous le donne en mille : "Parce que je ne suis pas si coupable que ça, tout-de-même !" D’où sans doute cette mirobolante notion du "coupable mais pas responsable" en vogue chez les politiciens et reconvertie aujourd’hui au civil.

"Vous faites fort, très fort, constate le président. Vous parvenez à soutirer plus de 60.000 euros en échange de rien. Bravo !"

"Je suis prêt à rembourser", réplique le Sylvio. Ce à quoi le président lui fait remarquer qu’il aurait pu commencer avant d’attendre de comparaître.

À noter que cézigue a déjà été plusieurs fois condamné pour escroqueries diverses et recels variés.

En plus des six mois auxquels il croyait pouvoir se soustraire, il devra payer une amende de 5.000 euros. Faire appel ou seulement contester, ça n’est pas toujours judicieux.
Jules Bénard
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1.Posté par Bassem B. le 06/03/2019 10:38 (depuis mobile)

S il y a des aigles c est au il y a des pigeons
Comprendra qui pourra

2.Posté par Ald'eau le 06/03/2019 12:09

Jolie chronique, très vivante et qui n'omet pas la morale de l'histoire.

3.Posté par Réveillez vous le 06/03/2019 13:00

y a au aucune saisie sur les comptes ? puisqu'on connait la tracabilité de certaine transaction comme des virements ....

4.Posté par Bibi la Bicrave le 06/03/2019 14:13

@Post.1 Bassem B.

" Salam Alaykoum les gens ! Bassem 6.9.2.0.0 en espérant que ça va, que les choses se passent ? "

🤣🤣🤣

5.Posté par MôveLang le 06/03/2019 18:31 (depuis mobile)

Pas compris pourquoi il a fait appel, je ne connais d''ailleurs pas la teneur du premier jugement.
A-t-il été obligé de rembourser ( je ne le crois pas solvable) et les avocats sont des requins il fallait lui déconseiller l''appel

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