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Courrier des lecteurs

L’humanité a-t-elle encore le futur de la planète entre ses mains ?


Par Reynolds MICHEL - Publié le Lundi 19 Août 2019 à 14:36 | Lu 780 fois

 « Il y a un risque qu’il ne soit trop tard pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique » - Jean Jouzel, ancien membre du GIEC

Dans un rapport spécial sur le changement climatique et l’utilisation des terres, présenté le 8 août dernier, le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)[1] nous alerte, cette fois, sur les enjeux d’une gestion durable des sols pour limiter le réchauffement planétaire et assurer la sécurité alimentaire. La surexploitation actuelle de nos sols et nos forêts conduit à l’épuisement de nos ressources, appauvrit la biodiversité, amplifie nos émissions de gaz à effet de serre, donc le réchauffement climatique, et met en danger nos conditions de vie et de subsistance. D’où l’urgence d’adopter, à l’échelle mondiale, une gestion des terres plus durable avant qu’il ne soit trop tard. Tel est l’avertissement que nous lance la centaine de chercheurs de cinquante-deux pays dans ce dernier rapport du GIEC consacré, selon son intitulé complet, au « changement climatique, à la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres » (Cf. Le Monde et Libération du 09/08/2019).

Nous ne sommes pas sur la bonne voie     

Ce rapport fait suite à celui rendu public, le 8 octobre 2018, sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et sur les efforts sans précédent à accomplir pour contenir la température à ce niveau (1,5°C) dans les prochaines décennies. Pour atteindre ce but de 1,5 °C, il faudra, toujours selon ce rapport spécial qui a fait grand bruit l’an dernier, réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2), mondiales de moitié d’ici à 2030 et d’atteindre la neutralité à l’horizon 2050, tout en réduisant l’impact sur le climat des autres gaz à effet de serre (GES) et particules. Il s’agit là d’objectifs d’une ampleur énorme, nécessitant une reconversion rapide de nos filières « carbonnées » qui produisent 80% de besoins énergétiques en seulement quelques décennies. Est-ce seulement possible ? 

« Contenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C n’est pas totalement impossible, déclare Valérie Masson-Delmotte, la spécialiste française de l’histoire du climat et co-présidente du GIEC. Mais cela demande des changements sans précédent, des efforts herculéens, une volonté citoyenne et politique forte » (Le Journal du Dimanche, 22/07/2019). « Avec suffisamment de volonté politique à l’échelle appropriée, ajoute le climatologue belge Jean-Pascal Van Ypersel, ex-membre du GIEC, on pourra éviter de franchir cette ligne (1,5°C). A ce stade, déclare-t-il, personne ne doit donc dire qu’il est trop tard pour rester en dessous de 1,5°C » (Eurative.com, 13/07/2018). Il convient d’ajouter que les bons sentiments et les déclarations d’intention ne suffisent pas. Il faut des actes extrêmement courageux.

Or, pour l’instant, force est de constater que nous ne sommes pas sur la bonne voie. Les émissions mondiales continuent d’augmenter et  le réchauffement des terres émergées a déjà atteint le 1, 53°C, selon le dernier rapport du GIEC du 08/08/2019.  Et le moindre demi-degré compte. « Le réchauffement à 1,5°C permettrait de réduire de 10 cm la montée du niveau des mers par rapport à 2°C, et donc de gagner du temps pour l’adaptation dans les régions littorales. Du côté des populations, ce demi-degré de différence représenterait 10 millions de personnes en moins exposées aux risques liés à la montée des eaux et deux fois moins de personnes qui risqueraient de souffrir d’une pénurie d’eau. Il faut bien avoir à l’esprit que 1,5 °C d’augmentation moyenne ne signifie pas 1,5 °C partout. Avec 1,5 °C en plus, c’est par exemple 3 °C en plus lors des pics de chaleur, sans prendre en compte l’effet amplificateur des ilots urbains », déclare la paléoclimatologue française Valérie Masson-Delmotte (JDD, 22/07/2019). En outre, à 1,5 / 2 °C on pourrait être à la limite de la température de conservation de la calotte glaciaire du Groenland et celle de l’Antartique occidental !
Le temps est compté et la marge étroite, d’autant plus que la population mondiale est appelée à passer de 7, 5 milliards en 2019 à 9,8 milliards en 2050. L’urgence climatique impose de se donner les moyens d’atteindre les objectifs déjà annoncés dans l’Accord de Paris (en dessous des 2 °C), tout en les renforçant à la lumière des autres recommandations du GIEC. 

Changer nos modes de productions et nos habitudes alimentaires

C’est là qu’entre en jeu la gestion des terres qui selon le dernier rapport du GIEC est à la fois partie des problèmes et des solutions. L’agriculture, l’exploitation forestière et d’autres activités directement liées à l’utilisation des terres représentent pas moins de 23% des émissions de gaz à effet de serre. En y ajoutant les industries de transformation des aliments, la part nette monte à 37%. La fertilité des sols décline de façon inquiétante. Près 40% des terres au niveau mondial, selon un rapport de la FAO, sont déjà dégradées à cause de l’érosion des sols, de la diminution de leur fertilité par destruction des vers de terre et du surpâturage. Et l’eau potable qui devient de plus en plus rare dans certaines régions du monde (Revue Projet, février 2017). 

C’est dire qu’actuellement l’exploitation des sols pollue et participe au réchauffement climatique, tout en conduisant à cultiver de nouvelles terres ‒ plus de 70% des terres émergées et non recouvertes par les glaces sont aujourd’hui exploitées par l’homme. Ce qui a pour conséquence un déboisement massif et des émissions de gaz à effet de serre, alors même que les sols avec leur couverture végétal et boisé auraient dû jouer un rôle positif en absorbant près de 30% de la totalité des émissions humaines de CO2, donc de diminuer considérablement ce même réchauffement climatique. La quadrature du cercle !

Ce dernier rapport du GIEC ne se contente pas d’alerter. Il propose également des pistes pour sortir de l’impasse actuelle comme une déforestation réduite combinant avec de vastes programmes de boisement/reboisement ainsi que de l’agroforesterie (mode d’exploitation combinant production agricole et arbres), la diversification des cultures, l’optimisation de l’usage de l’eau…. En outre, tout en repensant l’usage de nos terres agricoles, il est urgent, souligne le rapport du GIEC, de changer nos habitudes alimentaires, notamment en réduisant notre consommation de viande. Selon le GIEC, des habitudes de nourriture plus durables pourraient contribuer à libérer jusqu'à des millions de km2 de terres. Et ce tout en luttant contre les pertes et le gaspillage : actuellement, de 25 à 30% des denrées produites par l’agriculture mondiale sont détruites sans être consommées, alors qu'environ 820 millions de personnes souffrent de la faim. 

Les aliments ne nécessitent pas tous les mêmes ressources. L’industrie de la viande est la première consommatrice d’eau potable ainsi que la première contributrice au réchauffement climatique devant l’industrie automobile. Elle l’est aussi en céréales et en terre (Paul Watson, Reporterre, 10/01/2018 ; Rapports de la FAO, 2006 et 2013). Quant à notre usage de la terre, « nous devons penser de manière beaucoup plus approfondie à la façon dont nous allons utiliser chaque hectare. Les terres doivent permettre de cultiver notre nourriture, fournir la biodiversité et l'eau douce, donner du travail à des milliards de personnes et capturer des milliards de tonnes de carbone », déclare Piers Forster, professeur du changement climatique à l’université de Leeds du Royaume Uni (Microsoft Actualités, 08/08/2019). 

Un changement de société, voire de civilisation

A quoi, sommes-nous invités ? À changer nos modes de production et de consommation énergivores et non durables qui se sont développés dans le monde industrialisé, et donc globalement notre manière de vivre et de vivre ensemble, ainsi que les systèmes de valeurs qui régissent le fonctionnement actuel de nos sociétés. Bref, à un changement de société, à engager avant l’irréversible. Car il y a un risque qu’il ne soit trop tard si nous ne prenons pas les moyens pour un changement radical de cap, au sens où il touche à la racine de notre organisation économique et sociale axée sur le profit et la production effrénée de biens matériels. 

La lutte pour le changement climatique est une véritable opportunité pour se mettre sur la voie effective d’une transition écologique et d’un développement durable ‒ les deux sont liés ‒ axés sur les valeurs de partage, de solidarité, de convivialité, de justice et d’équité. Dans cette transition écologique ‒ inéluctable que nous l’anticipons ou qu’elle s’impose à nous ‒ vers une société durable, la question de l’emploi est posée en relation avec toutes les transformations systémiques nécessaires. Bien menée, elle est créatrice d’emplois, d’innovation et de justice sociale, nous disent un certain nombre d’économistes (Gaël Giraud, Marianne, 15/05/2019; CESE, Juin 2015…). Outre ces opportunités de revenir aux vraies valeurs de la vie, elle permet de retrouver la place de l’humain dans la nature en se délestant d’une pensée centrée exclusivement sur la personne humaine et ses besoins et selon laquelle la nature et l’environnement ne sont que des ressources à exploiter.

[1] Le GIEC, organe des Nations-Unies, a été créé en 1988 pour fournir aux décideurs des évaluations scientifiques régulières sur le changement climatique, ses implications et les risques futurs potentiels, et pour proposer des stratégies adaptation et d’atténuation. Le GIEC compte 195 États membres.




1.Posté par polo974 le 19/08/2019 15:14

""" Nous ne sommes pas sur la bonne voie """
Si, mais on va dans le mauvais sens...

""" Bien menée, elle est créatrice d’emplois, d’innovation et de justice sociale, nous disent un certain nombre d’économistes. """
Chez les bisounours peut-être, mais pas dans la vrai vie...

2.Posté par Zarin le 19/08/2019 15:47

L'homme pourra-t-il un jour coloniser une nouvelle planète ?
Par Vincent Bordenave Mis à jour le 06/02/2018 à 22:51 / Publié le 06/02/2018

L'humanité sera un jour ou l'autre forcée de quitter la Terre, selon le physicien et écrivain Christophe Galfard, auteur du documentaire En quête d'une nouvelle Terre, diffusé mardi soir sur France 5.

À l'instar du physicien britannique Stephen Hawking, dont il a été l'élève, Christophe Galfard, physicien et écrivain, est convaincu d'une chose: si l'humanité veut survivre, il lui faudra un jour quitter la Terre. Ne serait-ce que parce que le Soleil n'est pas immortel. Ce moment n'est pas encore arrivé, mais si l'homme veut un jour coloniser une autre planète, il n'y a pas de temps à perdre. Avec pédagogie et enthousiasme, le physicien-vulgarisateur nous emmène, dans le documentaire En quête d'une nouvelle Terre , diffusé ce soir sur France 5, tout autour du globe. Son objectif: rencontrer ceux dont les recherches pourraient nous permettre d'envisager une telle aventure.

3.Posté par C.J le 19/08/2019 16:26 (depuis mobile)

"Changer nos modes de productions et nos habitudes alimentaires " ça ne suffira pas si l'on ne s'attaque pas au problème de la surnatalité. ..mais sur le sujet il n'y a plus personne.

4.Posté par C.J le 19/08/2019 17:32 (depuis mobile)

’humanité a-t-elle encore le futur de la planète entre ses mains ?" En tt cas, elle en a les clés à condition de s''en servir intelligemment plutôt que d''ouvrir avec force et à coups de pieds , et en gueulant à tout va!

5.Posté par C.J. le 19/08/2019 17:40 (depuis mobile)

Mon poste 3 suite. .plus personne pce que s''engager ds une réduction de la surnatalité c comme s''engager ds une récession économique donc de la consommation donc de la production. ..Les lobies comme les idéologiques sont absents.

6.Posté par Nivet le 20/08/2019 10:10

En accord avec C.J.. La clé est dans le contrôle de la natalité. En France métropolitaine, les chiffres sont truqués. Les français de souche ont moins d'enfants, mais les .....autres, venus de l'extérieur....produisent plus , notre système social le permettant !
A cela se greffe bien sûr le problème des retraites car celles-ci sont payées par les actifs.
D'autre part on s'emballe vite. Nous réfléchissons à court terme. Il faut savoir que des cycles de glaciation et des cycles de sécheresse ont toujours existé. Il faut réfléchir à l'échelle de l'espace temps. Notre petit siècle rempli d'écolos et de donneurs de leçons est infiniment petit, c'est le cas de le dire, au regard de l'existence de notre planète. Notre séquence de vie est un grain de sable. Vous et moi ne verrons pas l'évolution du climat, mais, pour en revenir à C.J.,si la natalité est contrôlée, à moyen terme, le rééquilibre viendra car si la terre est moins peuplée, les besoins de tous ordres seront réduits.

A.N.

7.Posté par A mon avis le 20/08/2019 11:01

L’humanité a-t-elle encore le futur de la planète entre ses mains ?

NON !
Et vous le démontrez très bien !

8.Posté par Saucrates le 20/08/2019 12:39 (depuis mobile)

Totalement en accord avec CJ et Alain Nivet. Le problème est avant nataliste, notamment dans les pays en développement. Si l’on pouvait stopper les naissances dans le monde entier pendant quelques années ou dizaines d’années. Saucratès

9.Posté par C.J le 20/08/2019 13:13 (depuis mobile)

@6..je ne me placais pas ss cet aspect des choses. ..mais de façon globale au niveau de la Planète. Réduire la consommation et revoir la production oui, mais ça ne suffira pas pr apporter de quoi vivre ds le cas de doublement de la population mondial

10.Posté par Saucratès le 20/08/2019 13:25 (depuis mobile)

Il n’y a qu’un seul organisme qui se comporte comme l’homme, qui se reproduit jusqu’à détruire son hôte. Les virus. J’ai retrouvé cette même idée dans «Matrix» et dans «Le jour où la Terre s’arreta».

11.Posté par A mon avis le 20/08/2019 16:47

@ 10.Posté par Saucratès :
Les virus ne sont pas une exception !
C'est le cas de la plupart des parasites de se reproduire jusqu'à détruire leur hôte, l'hôte constituant une source de matière et d'énergie.
Et les nouveaux parasites vont ensuite infecter de nouveaux hôtes !

L'Homme est en effet le plus redoutable des parasites pour la planète Terre, sauf que dans ce cas là, ce n'est pas l'hôte qui va disparaître, mais le parasite humanité qui va succomber victime des ses propres pollutions ! Et il n'a pas d'autre hôte à sa disposition !

12.Posté par Nivet le 21/08/2019 10:48

1& ) Exact ! l'Homme est le plus grand prédateur !

A.N.

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