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L'enclos (fin)

Samedi 19 Septembre 2009 - 07:47

L'enclos : dernière partie : ch. 15, 16 17.


L'enclos (fin)
Chapitre 15 :
-  Mon enfant chéri, je ne te vois plus ! Que se passe-t-il ? Le mois d'août tire sur sa fin et vous n'êtes venus à aucun pique-nique !
- C'est pourtant les vacances ! Charlotte devrait avoir le temps !
- Je n'aime pas les immeubles, mais j'ai dit à Jules : il faut qu'on vienne constater par nous-mêmes. Quelque chose ne tourne pas rond là-bas en haut. On passera samedi après-midi.
(...)
- Charlotte, excuse-moi de te parler franchement. Mais il faut que je te dise... En montant l'escalier, j'ai senti des ondes négatives. (...) Et quand j'ai franchi le seuil, mon corps entier a été parcouru de frissons. Gros cap-cap comme ça ! (...) J'en tremble encore ! L'appartement n'est pas bon pour vous ! De mauvais esprits rôdent par ici. Des gens pas catholiques ont manipulé. Travaillé toutes sortes de fanafout.
- Et puis tous ces zafér-malbar autour !
(...)
- A l'intérieur même ça ne va pas ! Les choses sont mal placées ! (...)
- Et puis, Charlotte, tous ces livres en face du lit ? De vrais couperets !
(...)
- Regarde ce que tu es devenue avec la jalousie des autres ! Toutes ces copines qui ne te veulent pas que du bien !
(...)
- On connaît un moune là-haut Matouta...
- Un grand siguid !
- C'est pas un sorcier puisqu'il soigne aussi par les plantes !
- Il faut qu'on t'emmène voir ce siguid. Il n'y a que lui pour te guérir, te désenvoûter !

Chapitre 16 :
Vendredi. Un bon jour pour un désenvoûtement.
(...)
"Glisse mille francs dans une enveloppe. Avec nos noms-prénoms dessus. Il comprendra. C'est cinq cents francs chacun". C'est ce que Etienne, la veille, avait soufflé à Charlotte.
(...)
Dans la case de Matouta, toute la matinée se déroule selon le même rituel. Le siguid, en transe, vient chercher les malades, en les désignant du doigt, s'enferme avec eux dans la chapelle pendant une éternité plus ou moins longue, selon le démon qu'il doit affronter.
(...)
Peu à peu le hangard se vide.
- Toi là-bas ! Suis moi !
L'index menaçant du cafre rouge en sueur pointe vers Charlotte. Dans un même élan, monsieur et madame Maurice se lèvent, tirent la jeune femme par le bras et poussent leur fils en avant.
(...)
Enfin le grand sorcier parle (...) :
- Toi... Ensorcelée... La malice le moune... La jalousie... Mauvaise copine noire ! Ah la la la la !
(...)
- Moi je t'ai guérie ! (...) Quand viendra l'heure il faudra donner un cabri vivant aux Dieux de la chapelle. C'est eux que tu dois remercier ! Pas moi !
(...)
A la fin, la famille Maurice reste seule avec le grand siguid. Maintenant il faut s'occuper d'Etienne. Refaire la garantie qui le protège depuis longtemps, mettre plus de fanafout malgache.
Et puis, il y a que son patron tarde à lui faire signer les papiers pour le nommer sous-directeur.
- Siguid ? Est-ce que tu peux faire quelque chose ?
L'enclos (fin)

 Chapitre 17 (fin)

Six heures du soir.
Un monsieur en colère lave sa belle voiture à la station-service avec une jeune femme à l'intérieur.
On dirait...
Derrière la vitre, entre deux jets d'eau, on croirait voir briller des larmes...
Ou bien est-ce seulement le reflet de la lumière indécise à six heures du soir ?
ça doit être ça !
Ce n'est pas possible d'oublier une femme à l'intérieur d'une voiture au lavage.
C'est pas humain !
Les larmes ?
Ce n'étaient pas des larmes ! Juste un reflet sur la vitre...
Et puis il est tard.
Il faut rentrer.
Le monsieur n'a plus l'air en colère.
(...)
Maintenant, la nuit noire s'apprête à happer les dernières âmes errantes de ce mois de zavan qui s'achève.
(...)
Soudain, sans prévenir, la GTI freine brutalement, franchit l'entrée de l'usine de Grands-Bois puis s'engage avec assurance dans la cour encombrée.
(...)
- Il faut qu'on parle !
- ...
- Comme toujours tu n'as rien à dire.
Une phrase lancée tel un couperet au visage angoissé de la passagère. A la lueur du tableau de bord, deux éclats assassins giclent de deux fentes d'acier.
A cet instant précis, Charlotte saisit le dessein obscur et terrifiant de l'homme élégant de "L'Improviste".
(...)
L'enclos (fin)

Sophie Hoarau
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