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L'enclos (4)

Samedi 5 Septembre 2009 - 07:03

Suite du roman "L'enclos" - quatrième partie


L'enclos (4)
Chapitre 9 (extrait n°2) :

Aux premières lueurs de l'aube, des relents de bière macérée dans de l'herbe sèche s'engouffrent dans les escaliers, s'infiltrent entre les lattes de bois. Une main lourde pousse violemment la porte du 113.
Sous ses paupières baissées, Charlotte ne dort pas. S'est-elle seulement assoupie cette nuit-là ? En entendant le bang de la porte d'entrée, elle s'est réfugiée dans la plus infime partie d'elle-même, recroquevillée en foetus dans le grand lit comme pour se protéger d'une fin du monde.
Le temps d'avoir peur, il est déjà trop tard.

Comment ça commence ? On ne le sait jamais vraiment.

Quand c'est fini, on le sait.
Au râle qui secoue le tas de chair. A la brûlure des larmes. Au silence qui rouille. On le sait rien qu'à effleurer les traces sur une peau meurtrie. Rien qu'à la douleur qui cogne à exploser. Quand c'est fini on le comprend. Mais pas tout de suite. Tout doucement. Par soubresauts. Par vagues.

Chapitre 10 :

Grand-mère Valentine a confectionné un beau tapis mendiant aux couleurs chatoyantes, expressément choisies.
Depuis le départ de Charlotte, elle a recommencé à coudre. Dans sa vieille boîte métallique elle a retrouvé un losange en carton, un dé à peine rouillé. Suffisait de racheter les aiguilles et le fil. Ainsi, sur le lit vide, on pouvait voir s'aligner des petits tas de rosaces colorées. Depuis, elle avait eu le temps d'assembler les rosaces en losanges, les losanges en losanges plus grands et de les réunir enfin en un superbe tapis mendiant. Un cadeau pour sa petite fille.
(...)
Ce soir est un grand soir. Avec la petite pointe d'angoisse qui vient toujours troubler les instants les plus heureux, Valentine arpente l'allée de pierres en attendant Charlotte et son amoureux.
Ils avaient promis.
Faut dire qu'ils n'ont pas eu beaucoup de temps pour elle ces derniers mois.
- Mais je comprends. Ils sont nombreux dans la famille d'Etienne. Et puis, le temps de s'installer, de se comprendre. C'est pas facile la vie à deux !
(...)
Pendant ce temps, dans le sentier casse-cassé, le fiancé roule aussi lentement qu'il peut, épousant chaque bosse, chaque creux, comme s'il retardait qualque chose... Les derniers rayons du soleil enfin se dissipent plongeant le sentier dans une heureuse obscurité. Presque simultanément, l'appel vespéral des moineaux envahit le gros coeur de Charlotte. Surtout ne pas pleurer... Sur les lèvres honteuses d'Etienne meurt un timide pardon.
(...)
Sur les joues froissées de Charlotte, un fond de teint épais tente de dissimuler les traces d'une main meurtrière, et le grand pulle noir qu'elle a trouvé au fond du placard est suffisamment ample pour laisser respirer les côtes malmenées.

Chapitre 11 :

- Ce soir, maman nous attend. Elle et papa sont rentrés de leur sortie en amoureux à Cilaos. Ils nous ont préparé des lentilles.
- Un mercredi soir ?
- Pourquoi pas ? Et ne me dis pas que tu as des cours à préparer... Tu as eu tout le temps cet après-midi ! A moins que tu n'aies fait autre chose...
- ça va.
Depuis un moment déjà, Charlotte avait choisi de ne plus contrarier Etienne. En avait-elle encore seulement la force ? Pouvait-elle encore se révolter ?
(...)
Une dizaine de minutes après le repas, alors que les hommes se sont réfugiés devant la télé et les femmes à la cuisine, par intermittence échappés du salon, des rires gras entrecoupés de singuliers silences intriguent Charlotte. En prêtant un peu plus d'attention, on perçoit plus distinctement des halètements insolites.
Ne pas comprendre ? Ou faire semblant ?
Des ah ! des oh !  des han ! transpercent les parois, s'engouffrent dans l'étroit couloir avant de ricocher entre les murs de la cuisine.
(...)
Charlotte s'attendait à tout, sauf à ça ! Les Maurice rassemblés autour d'un film porno, un mercredi soir !
Quel est ce refrain déjà ? Celui que chante le groupe "Oussanousava" ?
                                                                      "Dé troi i sava la méss
                                                                    E zot i pass zanfan d'kér
                                                                Samedi soir sava oir film la féss
                                                                 Mé kosa in pé nana dann kér ?"
(...)
Sur le seuil, au moment du départ, les membres de la famille s'échangent des adieux maladroits, la mère, poitrine en avant, se coule entre la fente de la porte entrebâillée et le corps chiffonné de son fils... Une intimité qui lui dessine un sourire rare. S'il était un peu plus près, monsieur Maurice aurait pu entendre sa femme soupirer d'un plaisir qu'il n'arrivait plus à lui donner depuis longtemps. Peut-être même qu'il aurait douté de tout.
Sophie Hoarau
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1.Posté par daliba le 05/09/2009 19:03


désolé, personnellement à chaque fois je ne comprends pas le texte, c'est quoi cet article !!!
si c'est un livre, ça ne me donne pas trop envie de lire

bonne continuation à vous