Courrier des lecteurs

L'actualité indianocéanienne sur tous les fronts

Mardi 25 Septembre 2018 - 14:29

L'actualité indianocéanienne sur tous les fronts
Le mardi 2 octobre, dans le droit fil de sa tradition en matière de coopération régionale, la mairie de la Possession organise des « assises de la croissance verte dans l'Océan indien ». Ces assises réuniront des maires de Madagascar, de Maurice, des Comores, des Seychelles, de Mayotte, de La Réunion : de l'Indianocéanie.

Les 4 et 5 octobre, l'Université, de son côté, organise un colloque international sur le thème « Définis-moi l'Indianocéanie ». Les 5 et 6 juillet derniers, à l'occasion de la réunion des présidents des universités françaises, un colloque avait été organisé au Moufia, sur le thème des « universités ultramarines face aux défis de l'internationalisation ». Il a été question, là aussi, de l'indianocéanie.


L'indianocéanie du terrain existe. La preuve : cette réunion des maires, à La Possession, le 2 octobre prochain : dans deux semaines. L'Indianocéanie - les « îles du sud-ouest de l'Océan indien » - est un espace particulier relativement nouveau au niveau de la conscience des peuples et de leurs responsables politiques (elle a été officiellement nommée il y a trois ans, par « la conférence des chers d'Etats de la COI » à Moroni, aux Comores), mais cet espace particulier est beaucoup plus ancien dans sa réalité géographique, historique, anthropologique (un peu plus de trois siècles).

Les assises de La Possession, le 2 octobre, c'est l'Indianocéanie du terrain. Comme La Conférence des Évêques de l'Océan Indien (la CEDOI) ; comme « les Jeux des Iles » (que l'on pourrait appeler « Les jeux de l'Indianocéanie ») ; comme « L'association des juristes de l'Océan Indien » (un peu en sommeil) ; comme était la « Fédération Communautaire de l'Océan Indien » (la FCOI), que j'ai présidée pendant quelques années ; comme bien d'autres organisations de plus en plus nombreuses. Par habitude, ces organisations se placent sous le signe de « L'OCEAN INDIEN » (le fameux OI des sigles), mais, en réalité, elles concernent l'INDIANOCEANIE - l'archipel des Comores, l'archipel des Mascareignes (La Réunion, Maurice, Rodrigues), Madagascar, les Seychelles - qui est un espace bien précis à l'intérieur du grand Océan Indien.

Les familles Hoarau, Mohamed, Samy, Chane, Rakoto, que l'on retrouve dans toutes les îles, font de leurs peuples des peuples cousins : cela aussi, c'est l'Indianocéanie du terrain. Les Réunionnais qui choisissent de passer leur retraite à Maurice ; les entreprises réunionnaises qui sont implantées à Maurice, à Madagascar, aux Comores, les étudiants réunionnais qui vont étudier à Mada ou à Maurice, les « volontaires » réunionnais qui vont servir dans d'autres îles : cela est encore l'Indianocéanie du terrain. Les Malgaches, les Comoriens, les Seychellois qui se sont établis à La Réunion, les Karanes qui tiennent des stations-services à La Réunion et qui dirigent d'autres entreprises, les autres Malgaches qui sont au Grand Marché de Saint-Denis, les Mauriciens qui tiennent des garages ou qui dirigent, ici, de grosses entreprises, les étudiants malgaches, comoriens, mauriciens, seychellois qui sont à l'Université de La Réunion : cela, encore et toujours, c'est l'Indianocéanie. Les centaines de milliers de passagers que transportent Air Austral, Air France, Air Madagascar, Air Mauritius entre les îles, les croisières de « Costa » autour des îles : c'est encore l'Indianocéanie de terrain. L'Indianocéanie au niveau des peuples, au niveau des entreprises, vit, bouge, se développe, se tisse.

Cette réalité indianocéanienne de terrain n'est pas due au hasard. Elle est une conséquence de l'insularité : l'Indianocéanie est insulaire. Elle est, aussi, le résultat de l'Histoire et de la politique. Dans le temps de l'Histoire universelle connue, les îles indianocéaniennes ont été peuplées par des femmes et par des hommes venus d'Afrique, d'Asie et d'Europe ; elles ont toutes, à un moment ou à un autre, été colonies françaises ; et elles sont francophones. L'Indianocéanie est un produit métis d'Afrique, d'Asie et d'Europe. Malgré les liens très forts, réels ou rêvés, avec les continents des origines, l'Indianocéanie n'est plus l'Afrique, n'est plus l'Asie, n'est plus l'Europe. Ce fonds culturel commun est un ciment et pourrait être un tremplin pour un développement communautaire des peuples.

Il faudrait, pour cela, que les Etats se mettent résolument ensemble pour une gestion politique collégiale de ce développement. À la fin des années 1980, après des débats, des rencontres, des projets, et à la faveur d'une détente dans le contexte de « guerre froide », les Etats ont fini par se doter d'un outil : la Commission de l'Océan Indien (la COI). En 2015, la conférence des chefs d'Etats de la COI a fini par nommer officiellement l'INDIANOCÉANIE.

Les difficultés, sur le chantier de l'Indianocéanie, ne manquent pas. Et l'on constate une timidité des Etats à s'y engager. L'esprit communautaire vécu dans la pratique au quotidien, sur le terrain, par les peuples, au niveau des individus, des familles, des entreprises, des associations, manque aux dirigeants des Etats. Ils ont maintenu les frontières-cloisons dressées par les puissances coloniales de l'époque, pour isoler nos îles entre elles ; ils craignent que la gestion collégiale du développement communautaire n'entraîne des pertes de souveraineté dans la gestion des affaires de leurs pays respectifs ; ils se sentent plus assurés dans les relations bilatérales avec les grandes puissances du monde. Un nouveau pas dans l'engagement communautaire était espéré avec le projet de réforme de la COI. Ce projet traîne en longueur. On sent des réticences.

Pour sortir de cette indécision, il faudrait distinguer, ne pas mélanger, la politique communautaire indianocéanienne et les politiques des Etats entre eux et avec le reste du monde. La politique communautaire est une affaire de famille, une affaire interne entre Indianocéaniens pour la mise en valeur commune des potentialités de chaque île au profit de toutes les îles par des acteurs indianocéaniens ; la politique indianocéanienne n'est pas la politique du riche qui aide le pauvre, mais l'investissement dans un pot commun, des pauvretés et des richesses de toutes les îles pour le développement de la communauté. L'Indianocéanie, c'est la gestion politique collégiale, par les Etats, d'un développement de proximité communautaire, qui laisse aux Etats le soin de régler les contentieux internationaux, de conclure des accords économiques dans des domaines qui dépassent les moyens propres des acteurs indianocéaniens, pourvu que soient sauvegardées les actions de ce développement interne des peuples de la communauté. Le traité franco-mauricien pour un projet de cogestion de la pêche à Tromelin est un exemple intelligent qu'il faudrait faire aboutir : il sépare le contentieux de souveraineté entre les Etats français et mauricien, pour permettre, en attendant une issue sur ce sujet, le développement de la pêche indianocéanienne à Tromelin. De la même façon pourrait être trouvée une méthode pour avancer dans le contentieux franco-comorien au niveau des Etats et des organisations internationales, sans compromettre une action indianocéanienne de développement de Mayotte et des autres îles comoriennes au niveau de la COI.

La communauté indianocéanienne, c'est le développement des peuples directement, à la base : chemins, logements, formation, production artisanale, petite industrie, production agricole, tourisme avec et pour les 25 millions d'Indianocéaniens, dans le cadre d'une cogestion politique des Etats au service des peuples. Avec la prudence qui s'impose, la décolonisation de nos îles sera accomplie lorsque les barrières qui les isolent tomberont, lorsque sur l'ensemble des terres de la communauté, les hommes, les capitaux et les biens indianocéaniens circuleront librement.

A mes cousins les maires qui se réuniront à La Possession le 2 octobre, je leur dis que leur réunion n'est pas une réunion entre représentants de pays étrangers, mais une réunion de famille entre cousins, pour le développement de la maison commune qu'est l'INDIANOCÉANIE. Les maires, c'est la base, c'est le concret, c'est la proximité. Si les maires s'engagent dans la construction de l'INDIANOCÉANIE, ils réaliseront les soubassements de l'édifice, ils pourront peser sur les Etats. Ils ne devront pas se séparer en maires riches qui viennent en aide aux maires pauvres, mais se comporter en maires qui apportent, tous, dans le pot commun de l'action, leurs richesses pour combler les manques des uns et des autres. « Qu'est-ce que je peux apporter ? » devront s'interroger tous les maires.

Aux universitaires qui se réuniront les 4 et 5 octobre au Moufia, je ne puis que dire ma joie de voir le saint des saints de l'intelligence, de la connaissance et de la recherche s'intéresser à l'INDIANOCEANIE. Leurs conclusions pèseront sur l'attitude et sur l'action des politiques. Le présent « journal » (un peu plus long que d'habitude) est ma contribution - une contribution externe - aux travaux du colloque.

Lorsque la conscience des peuples et des Etats s'éveillera, l'INDIANOCEANIE sera une grande espérance pour nos pays, qui ne méritent pas le sort qu'ils connaissent aujourd'hui. La volonté et le goût de trouver les solutions aux problèmes seront plus forts que le scepticisme et le découragement qui pèsent encore trop aujourd'hui.

Paul HOARAU
Paul Hoarau
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