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Courrier des lecteurs

L’académie de La Réunion : quel modèle ?


Par Un retraité de l’Education Nationale soucieux du devenir des étudiants réunionnais - Publié le Samedi 28 Avril 2018 à 00:28 | Lu 2248 fois

En soutien aux 200 courageux étudiants signataires de "la lettre de la honte"

L’enseignement de la philosophie traverse dans l’île et l’académie de La Réunion une crise sans précédent depuis plus de quatre mois, crise qui risque d’ôter tout sens à l’enseignement de la philosophie et même de le faire disparaître dans certains établissements comme en témoignent des faits récents.

Cette crise a débuté en décembre 2017 avec la visite d’une Inspectrice Générale de philosophie, venue en partie pour inspecter certains collègues, en partie pour aborder l’articulation de la laïcité et le respect de la loi de 2004 dans toute l’académie.

C’est de ce dernier point qu’on se souvient le plus. Lequel d’entre nous n’a pas lu avec stupéfaction les nombreuses réactions que son propos a engendrées aussi bien du côté des associations religieuses que de l’association Espace pour Promouvoir l’Interculturel (EPI) face à ce qu’il faut bien appeler un déni des spécificités réunionnaises? La presse n’a pas manqué de soulever les décisions qui ont été prises par le recteur: interdiction de toute signe d’appartenance communautaire (le kishali) et de signes religieux tolérés par la loi de 2004 (le port des petites croix) ou non mentionnés par elle (le poutou ou bindi) sans oublier les points de suspension qui accompagnaient cette liste non exhaustive, points de suspension laissés à l’appréciation d’on ne sait qui..., d’on ne sait quoi...

Mais revenons à la philosophie. Un collègue intervenant en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) (en voie économique et en voie littéraire) est actuellement en congé maladie. Comme c’était jusqu’à présent l’usage, un professeur absent était remplacé par un autre professeur de la même discipline grâce à l’inspection générale de philosophie, (organe de l’éducation nationale qui se subdivise en autant de corps d’inspections générales qu’il y a de matières, destiné à veiller au bon déroulement de l’enseignement de la discipline qu’elles représentent) en accord avec le chef d’établissement et le recteur. Les remplacements sont organisés à partir des forces vives disponibles, et il y en a. Car il y a toujours des collègues qui croient en ce qu’ils font et qui sont tous prêts à aider les étudiants à préparer des concours exigeants.

Mais voilà, la même inspection générale de philosophie qui avait diligenté une Inspectrice Générale en décembre, en a décidé autrement : un professeur de philosophie n’a plus à être remplacé par un professeur de philosophie... Elle ne demande pas pour autant à ce qu’un enseignant non philosophe enseigne la philosophie. Non, plus simplement, on remplace l’absent par un présent dans une des matières déjà au programme ou qui n’est pas au programme ou même qui n’existe pas... On a du mal à le croire mais les emplois du temps provisoires imposés aux étudiants en portent la trace. C’est ainsi que la littérature va intervenir (déjà au programme) ainsi que la culture générale qui n’est pas au programme des classes préparatoires B/L et une « matière non renseignée » pourtant assurée par un professeur qui a un nom et une discipline attribuée, comme tout professeur de l’enseignement supérieur...

Tirons en les leçons qui s’imposent :

Pour des raisons qui n’ont pas été communiquées et pourtant en disposant des moyens pour assurer ce remplacement, l’inspection générale de philosophie avec l’accord du chef d’établissement concerné, choisit de liquider sa propre discipline qui lui permet d’exister. Est- ce là le dernier avatar de la mobilité dont l’inspection générale de philosophie deviendrait le fer de lance sans qu’aucun texte officiel ne l’appuie et que des forces vives existent, sur place, en philosophie, pour assurer le relais du collègue en congé maladie ?

L’inspection générale de philosophie et l’établissement concerné, énoncent donc explicitement qu’un enseignement de philosophie n’est pas nécessaire quand il est pourtant inscrit dans le cursus des étudiants et constitue une part importante du prestigieux concours de l’ENS (l’école normale supérieure) auquel cette classe préparatoire est censée préparer.

L’inspection générale de philosophie et l’établissement concerné mettent à mal les travaux du collègue contraint de s’absenter pour raisons de santé, dont on voit mal comment il parviendrait à remplacer les heures de philosophie manquantes au programme. L’emploi du temps des élèves n’est tout de même pas extensible il est déjà très chargé.
L’inspection générale de philosophie et l’établissement concerné mépriseraient-elles l’enseignement de la philosophie dans une académie parce qu’il s’agit d’une académie ultra marine ? Un tel cas de figure se présenterait-il dans un grand lycée parisien ? Imaginons un instant une défaillance de santé au Lycée Janson de Sailly? Le professeur a à peine le temps de s’absenter qu’il est déjà remplacé. Les élites se soignent et se reproduisent.

L’académie de la Réunion n’est-elle pas destinée à en faire partie ? Des classes préparatoires aux grandes écoles y existent et y préparent les mêmes concours pourtant et M. Le Recteur ne cesse de promouvoir l’excellence...
L’inspection générale de philosophie qui était jusqu’à ce jour l’instance vers laquelle les enseignants se tournaient pour faire respecter leur discipline est devenue le lieu de la dégradation de cette discipline.

On pourrait poursuivre...On arriverait toujours à la même conclusion. L’inspection générale de philosophie, en accord avec le chef d’établissement et donc le rectorat, a décidé de ne plus se soucier de la philosophie, ce qui est difficile à entendre, quand on sait qu’elle est présente dans toutes les classes préparatoires aux grandes écoles. Elle renoue en prenant pour cible La Réunion avec les pires pratiques coloniales qui ont été conduites ici et qu’elle reconduit à sa manière, dans le même silence qui compte toujours sur l’éloignement géographique pour s’exercer.

L’enseignement de la philosophie mérite le même respect à La Réunion que dans une autre académie. Il n’y a pas de département de philosophie à l’université de La Réunion. Les bacheliers qui veulent poursuivre des études en philosophie sont contraints de s’expatrier à grands frais, quand ils le peuvent. On ne demande pas un tel effort à la jeunesse métropolitaine. Il y a des trains, des infrastructures qui permettent aux étudiants de revoir leur famille, ce qui est important quand on se lance dans des études.

Les classes préparatoires qui s’ouvrent ici, sont la seule alternative à une université de philosophie inexistante. Elles se sont ouvertes afin d’offrir aux étudiants d’ici ces mêmes possibilités sans les contraindre à un déracinement immédiat. Elles doivent donc leur permettre de préparer les mêmes concours nationaux que leurs comparses de Métropole et leur garantir les mêmes équivalences dans les matières où ils auront brillé et auxquelles ils se destinent. Pourquoi n’auraient-ils pas droit à la même qualité de préparation ? Notre éloignement géographique empêche souvent des étudiants de poursuivre les études qu’ils voulaient.

Doit-on désormais leur ôter les moyens – à peine accordés- de les poursuivre ici ? Ces écoles ne sont-elles nées que sur le papier afin de leurrer les parents et les étudiants ? Cherche-t-on une fois de plus à nous faire croire que nous faisons partie de la République « une et indivisible » en nous réservant « un traitement de faveur » qui nie nos spécificités tout en nous en imposant de nouvelles qui provoqueraient un tollé en France métropolitaine ? Notre jeunesse n’est-elle pas la leur ? Ne compte-t-elle pour rien ?

Ces classes préparatoires ne sont-elles que des vitrines destinées à gérer les flux migratoires que les établissements du secondaire nous recommandent d’éviter ? On s’est chargé de nous faire comprendre que nous n’étions pas un modèle, ne devenons pas leur poubelle.




1.Posté par Jean le Monstre le 28/04/2018 20:28

Paris, le trou du cul de la France par où tout doit passer, la merde, le "tout-venant" et le nectar, se fout de la province et à plus forte raison de la Réunion.
Alors je ne vous dis pas... la philosophie ! ! !
Prenez les hommes politiques, souvent de la merde, parfois du "tout-venant", rarement du nectar, et demandez leur ce qu'ils pensent de la philosophie. S'ils l'ont étudiée, la plupart n'en savent plus le B-A BA. De toute façon ils s'en foutent (comme de la Réunion), ils ne sont pas à Paris pour se préoccuper de Platon, ils ont assez affaire avec eux-mêmes. Penser, ce n'est pas leur problème, et penser aux autres encore moins. Ils sont là pour leurs avantages
J'allais vous dire la même chose des inspecteurs de l'enseignement. J'ai connu des élèves-inspecteurs et des inspecteurs en fonction. Dans les deux cas, souvent des ex-enseignants. Je leur ai demandé pourquoi ils avaient changé de fonction. L'un d'eux m'a répondu :"Je me faisais chahuter. Alors j'ai préparé le concours". Tous avaient des problèmes avec l'enseignement. C'est simple, quand on est incapable d'enseigner, on devient capable de conseiller les enseignants.
Alors, la philosophie, les lettres, le latin, le grec, tout du négligeable !

2.Posté par L'Ardéchoise le 28/04/2018 20:50

Monsieur le retraité de l'EN, c'est le propos qui a engendré les nombreuses réactions...

3.Posté par Vincent D le 28/04/2018 23:50

« L’inspection générale de philosophie et l’établissement concerné mépriseraient-elles l’enseignement de la philosophie dans une académie parce qu’il s’agit d’une académie ultra marine ? »

Mais bien sûr ! C’est bien pourquoi ils n’ont aucune raison à communiquer. Il faudrait qu’ils puisse en inventer mais là ils sont vaincus par la difficulté.

4.Posté par hum hum le 29/04/2018 10:46

De nos jours je crois que ça se passerait exactement de la même façon ailleurs : les priorités sont hiérarchisées sans considération du lieu, c'est une des bases de la doctrine néo-libérale

5.Posté par Vincent D le 29/04/2018 20:11

Eh bien non, ça ne se passe pas encore comme cela à Paris ou à Lyon, même pas à Toulouse, expérience personnelle. Mais ça viendra peut être.

6.Posté par JD le 01/05/2018 11:32

Cela est étonnant que ni les parents de ces élèves en CPGE ni les étudiants eux-mêmes n'ont protesté auprès du ministère de l'Education nationale. Je souhaiterais comprendre. Que font les syndicats de ce lycée? Approuvent-ils la décision de l'inspectrice générale, du rectorat, du proviseur? Quelle est leur position?

7.Posté par Granvill le 02/05/2018 16:54

A poste 6 - Pour quelques-uns ils sont en position "Fuyons" "pas de vagues" "vite la retraite" etc. et après moi le déluge.

8.Posté par Vincent D le 03/05/2018 09:05

Les étudiants ont protesté auprès du ministère. Les syndicats font parti des assis : « ne les faites pas lever c’est le naufrage » comme dit Rimbaud. Vincent D

9.Posté par JD le 03/05/2018 17:31

A posts 7 et 8 : merci d'avoir éclairé ma lanterne!

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