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L'Electro-Maloya d'Arash Khalatbari

Vendredi 31 Janvier 2014 - 10:29

Arash Khalatbari ou la passion de la musique
Arash Khalatbari ou la passion de la musique
Artiste polyvalent et autodidacte, Arash Khalatbari, vient de finir son album solo Isis Island avec quelques invités créoles tels que Fixi du groupe JAVA, Madia du groupe LINDIGO, Donnadieu, Yan Costa.
Depuis son échange musical et culturel avec l’île de la Réunion il y a 12 ans, le percussionniste d'origine iranienne "la gagné saisissement ".  Et c’est tout naturellement qu’il s’installe en 2011 et est devenu un véritable Réunionnais car: "Je suis ici chez moi et je serais honoré d’y mourir ".

Ses débuts de musicien

Il commence dès l’âge de deux ans à taper sur les barreaux de son lit, il n’a jamais pris de cours particuliers car il est trop dissipé. Son savoir c’est auprès de tous les musiciens rencontrés au fil des années, musiciens classiques iraniens, africains, arabes, turcs… qu’il le doit.

"Je n’ai jamais pensé à devenir musicien mais en tapant mes doigts sur toutes sortes de surfaces, j’ai eu des moments d’émotions fortes avec le son, comme les trompes sacrées dans une mausolée ou le son de la bombarde d’un gitan dans un village".

En 1994, Arash devient un des fondateurs du trio EKOVA (label Sony en France, Six degrees aux USA), groupe très remarqué dès le premier album pour l’originalité de son alchimie sonore naviguant entre Word et Electro.

Malheureusement, en 2003, le marché du disque s’effondre et le trio s’arrête. Durant ces années, Arash collabore à de nombreux projets de la scène world parisienne (musique iranienne, kurde, turque, africaine, comorienne et indienne) et participe à la création de musiques pour le théâtre sur les sujets des mythologies du monde.

Sa démarche artistique

Arash n’est pas seulement un artiste talentueux, il s’exprime aussi dans d’autres domaines. En devenant architecte, il mène des recherches universitaires en philosophie sur le thème "Mystique, Espace et Territoires" et travaille pour  la réhabilitation des quartiers sensibles en banlieue d’Ile de France.

"L’architecture est justement une discipline qui se tient au carrefour de plein de domaines, elle est faite de questions philosophiques, esthétiques, techniques et politiques, c’est une tentative d’équilibre entre tous ces points".

En 2010, il réalise son premier album solo In La Chapelle du nom de son quartier cosmopolite du 18ème arrondissement de Paris où il a habité pendant plusieurs années. Particulièrement métissé, l’album reflète l’ambiance urbaine, les voies ferrées, la toxicomanie et multi-ethnie de l’environnement du quartier qu’on retrouve également à travers le documentaire de la BBC perse.

Ses souvenirs d’enfance

De parents médecins francophiles, il vit ses premières années tranquilles. Puis c’est l’effondrement avec la révolution islamique interdisant la joie, toutes musiques et l’embrigadement à l’école.

"Après quatre années, je montais sur les toits pour regarder les bombardements comme un spectacle de feu d’artifice, la tristesse et  la mort, les pleurs des mères et les visages glorifiés des martyrs".

Perdant sa mère à l’âge de 13 ans, il quitte l’Iran sans son père et part rejoindre ses sœurs, déjà en France pour études.

Ses premières sensations devant le public

En 1986, à l’âge de 15 ans, il joue sur une chaise en métal avec des effets genre flanger au Gibus Club de Paris avec des projections de diapositives. Il aime s’éclater devant le public qui lui réserve à chaque fois un très bon accueil.

Son passage aux USA l’a énormément marqué, un mois avant le fameux septembre 2001, des photos devant les Twin Towers dans une ambiance de cette fracture civilisationnelle chère à Huntington, mais également la Russie, l’Italie et la magnifique France dans tous les recoins de petits bistrots aux grandes salles de concert, petits MJC des cités périurbaines et festivals en pleine campagne.

Sa musique, son appartenance

"Sons du monde, Ethno groove, Ethno noise", Arash estime que la musique est la réponse du cerveau à son environnement sonore car le sien est fait de sons ambiants de la nature, de la musique mais aussi de la diversité des sonorités du franc parler des humains.

Enfant des sociétés urbaines et métissées, il a découvert l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud à Paris dans les couloirs du métro. Les chants du monde l’ont bouleversé au même titre que la musique de son pays d’origine car son identité est perméable à l’altérité.

"Il y a tant de ressemblances dans les musiques comme des rosaces graphiques que l’on retrouve dans toutes les cultures, des mélodies éternelles qui appartiennent à toute l’humanité au-delà des cultures de terroirs".

Arash met un point d’honneur à défendre la liberté de créer que l’on retrouve à travers sa musique. Dans In La Chapelle, il y a toutes sortes de sonorités. Chaque mélodie a une charge émotionnelle, une invitation "à l’autre monde, à l’invisible derrière le rideau, à la transe…".

Son ressentit face à la musique créole

Fan absolu de maloya, une de ses motivations pour venir à la Réunion, il mélange couleurs et sons et trouve là le moyen d’allier ses connaissances, son expérience avec sa cuvée d’électro.

Inconditionnel des rythmes ternaires, Arash tient à saluer l’ensemble des acteurs du maloya. Il trouve le niveau élevé à la Réunion, les postes sont occupés par de vrais passionnés, "le PRMA, la Région, les mairies, et les acteurs privés font vraiment un très bon boulot".

Il apprécie Lo Griyo et trouve que Jako Marron ou Psychorigid, Zone, et Zadig 2.0 sont des artistes de qualité dans une démarche semblable.

"Je suis fan absolu de Patrick Manent que j’écoute en boucle, grand artiste, grand cœur pas assez connu. J’aimerais reprendre ses chansons. J’ai une grande estime également pour Christine Salem, Nathalie Natiembé et pour mes grands amis Lindigo, ce sont de grands talents du maloya traditionnel".

Arash ne conceptualise pas son "style" mais espère évoluer naturellement car il est un être éclaté dans plein de domaines différents.

Il participera bientôt au festival Babelmed à Marseille en Mars, au Kriol Jazz Festival au Cap Vert en avril et est programmé au Sakifo pour cette année.

 "La musique est un système qui n’a pas besoin de définition intellectuelle", souligne Arash Khalatbari.
 
Un artiste à suivre de près

Karoline Chérie - caroline@zinfos974.com
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