Courrier des lecteurs

Jésus de Nazareth, Juif ou Chrétien ?

Lundi 15 Avril 2019 - 09:43

« Quand on se coupe de sa racine, on risque d’être emporté par le premier coup de vent ! »
 
Les Chrétiens, en ce temps de carême ‒ temps de prière, de jeûne et de partage ‒, se préparent à célébrer dans la plus grande ferveur la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est Ressuscité », lit-on dans l’Évangile selon Marc (Marc, 16,6). Mais qui est ce personnage historique à l’origine de l’immense aventure spirituelle du christianisme ? D’où venait-il ? Quel était son projet ? Etait-il juif ou chrétien ?
 
Jésus est juif, né d’une famille juive [1]. Ses disciples sont juifs. Et toutes les grandes figures du mouvement chrétien naissant, Jacques, Pierre et Paul, pour ne citer qu’eux, sont des juifs. Ces constats qui relèvent aujourd’hui de l’évidence ne l’ont pas toujours été. La tendance durant de longs siècles a été d’arracher Jésus à ses racines juives, à tout le moins à voiler sa judéité, c’est-à-dire son identité juive. Qu’est-ce qui explique cette "dé-judéisation" de la figure de Jésus qu’on retrouve dans le Nouveau Testament et dans les écrits des auteurs chrétiens des premiers siècles ? C’est toute la question du processus par lequel judaïsme et christianisme se sont différenciés, puis affrontés. C’est la question du « quand, comment et pourquoi des disciples de Jésus ont-ils cessé d’être considérés comme juifs par les autres fils d’Abraham[2] », et où et quand eux-mêmes ont-ils pris conscience qu’ils étaient autres que juifs ?
 
« Comment le même est-il devenu l’autre ? »
 
La séparation ne s’est pas faite en un jour, le jour de la découverte du tombeau vide ou le jour de la Pentecôte, par exemple. Elle ne s’est opérée que progressivement, plus rapidement et plus radicalement du côté des chrétiens d’origine païenne que du côté des chrétiens d’origine juive (les judéo-chrétiens). Il est néanmoins important de rappeler ici que disciples d’un Maître juif de plein droit, les chrétiens[3] des deux premières générations sont juifs dans leur immense majorité. Et leur objectif, à l’époque, n’était pas de fonder une nouvelle religion mais de faire reconnaître à leurs coreligionnaires que leur Maître, Jésus de Nazareth, était le Messie annoncé par les prophètes. Avant l’an 70, date de la  destruction du Temple de Jérusalem par les Romains, les disciples du Nazaréen, les Nazaréens ou Nazôréens, ne forment qu’une fraction à l’intérieur du judaïsme, divers et pluriel de l’époque. Il y a des Juifs nazôréens, comme il y a des Juifs sadducéens, des Juifs pharisiens, des Juifs esséniens … C’est après 70 que le mouvement chrétien, « la secte des nazaréens » (Actes des Apôtres, 24,5) va progressivement prendre son autonomie totale à l’égard du judaïsme rabbinique. Certains spécialistes considèrent que la rupture a eu lieu entre 70 et 100, d’autres un peu plus tard.
 
Au départ, disions-nous plus haut, les disciples de la « secte des nazaréens » ne formaient qu’un courant au sein d’un judaïsme  divers, pluriel, multiple. Une grande famille très éclatée où les controverses doctrinales sont vives, parfois violentes, et où chaque courant ‒ pharisien, sadducéen, essénien, zélote, baptiste … ‒  proclame sa singularité et sa perception propre de la vérité, tout en affirmant son appartenance solidaire à Israël[4]. Selon le livre des Actes des Apôtres (Ac 1-5), les Nazaréens, tout en célébrant leur foi en Jésus, "que Dieu a fait Christ et Seigneur", "fréquentaient assidûment le Temple" (Actes, 2, 36). Et c’est dans la synagogue d’Antioche de Pisidie (Ac, 13-12-52) que Paul, juif du courant pharisien, inaugure sa mission. Lorsqu’il arrive dans une ville, c’est d’abord à ses frères juifs que Paul s’adresse, avant de se tourner vers les païens. 
 
Mais devant le succès rencontré auprès de ces derniers, ses frères lui causent des ennuis auprès des autorités. Alors il tonne en les accusant d’avoir « tué le Seigneur Jésus et les prophètes » (1 Thessaloniciens 2, 14-16). Mais plus tard, le même Paul, dans sa grande méditation sur la destinée d’Israël (Romains 9 à 11), assigne une vraie place au judaïsme dans sa pensée théologique. Dieu, déclare-t-il, n’a pas rejeté son peuple (11,2) tout en laissant percevoir une certaine distance entre le judaïsme et sa foi nouvelle en Jésus-Christ, un écart entre les deux alliances. « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens », clame-t-il (1 Corinthiens, 1, 23). Avec Paul (vers 50-60) le mouvement de dé-judaïsation est en marche.
 
De l’antijudaïsme à l’antisémitisme
 
Les écrits évangéliques (Marc, Matthieu Jean…), postérieurs à la rupture entre judaïsme et christianisme, font tous état, à quelques exceptions près [5], de l’hostilité grandissante des disciples de Jésus envers les Juifs. L’auteur de l’évangile selon Matthieu (vers l’an 90) n’hésite pas à attribuer la mort de Jésus à tout le peuple d’Israël : « Nous prenons son sang sur nous et nos enfants » (Mt, 27,25). Cette auto-malédiction, soulignons-le, a souvent été invoquée pour justifier les malheurs du peuple juif. L’auteur de l’Évangile selon Jean (vers 100-110), instaure, pour sa part, une distance pleine de violence entre Jésus et "les Juifs" qui l’entourent. Projetant sur la biographie de Jésus la situation après la rupture, il met dans sa bouche l’affirmation suivante : « Si Dieu était votre Père, vous m’auriez aimé… Votre père, c’est le diable » (Jn 8, 44). Dans cet écrit de Jean, les chrétiens et les Juifs représentent déjà deux groupes étrangers. Le même antijudaïsme est présent dans l’Apocalyse johannique (vers 95-100). On y trouve dans ce livre deux violentes attaques contre « ceux qui se disent juifs et ne le sont pas », auxquels est attribué le qualificatif de « synagogue de Satan » (Ap 2, 9 et 3, 9). Arrêtons-nous à ces quelques réactions qui font corps avec un certain refus de la judéité de Jésus. 
 
Il faut sans doute replacer ces violentes diatribes contre les Juifs dans leur contexte, comme relevant pour certaines de la controverse interne au judaïsme, pour d’autres de l’antijudaïsme après la consommation de la rupture, mais « l’effet de sens » de ces invectives s’est révélé par la suite catastrophique. Dès le second siècle, un certain Marcion, chrétien de Sinope, oppose le Dieu jaloux et coléreux de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament, la Loi à l’Evangile et supprime des évangiles toutes les racines juives de Jésus. Même si Marcion n’est pas suivi et la décision de conservée l’Ancien testament est prise par la Grande Église au milieu du IIe siècle, le mal est fait. Avec certains écrivains chrétiens des  IIIe et IVe siècles ‒ Jean Chrysostome et d’autres … ‒  l’antijudaïsme se transforme en antisémitisme avec ses sinistres dérives. 
 
Et par la suite à force d’extirper du christianisme tout ce qui pouvait rappeler ses origines juives on a fini, aux XIXe et XXe siècles, particulièrement en Allemagne, à émettre quelques doutes sur la véritable « race » de Jésus, avant d’affirmer avec le philologue allemand Paul de Lagarde : Jésus n’était pas juif. C’est l’invention du Jésus aryen. De là à parler d’un christianisme « germanisé », débarrassé de l’Ancien Testament et un Jésus aryen, le premier des chrétiens, en lutte contre l’influence juive, le pas a été vite franchi par de nombreux pasteurs. D’où la création d’un Institut pour l’étude et l’éradication de l’influence juive sur la vie de l’Eglise en mai 1939. Et dans la foulée l’appel de nombre de chrétiens allemands à l’expulsion des Juifs (Cf. Mireille Hadas-Lebel, 2016 [6]). L’engrenage fatal est enclenché.
 
Aujourd’hui la situation est tout autre. La longue et douloureuse histoire des relations entre juifs et chrétiens a cédé la place à un dialogue où héritage commun est assumé. Les chrétiens ont reconnu leur part de responsabilité dans l’antisémitisme qui a conduit à la Shoah. Un regard nouveau sur le judaïsme a vu le jour grâce à la progression de la recherche en la matière, suite aux découvertes de Qumrân[7]. Autrement dit, nous avons aujourd’hui une meilleure connaissance du milieu où Jésus est intervenu. Bref, nous redécouvrons sa judaïté, sa grande proximité et aussi sa différence avec les grandes figures juives de son temps.
 

[1] Juif : Déformation du terme « judaeus », le judéen – habitant de la tribu de Juda, puis de la province de Judée en Palestine et ensuite pour désigner tous les juifs, le peuple original qui parvient à garder son identité.
[2] BLANCHETIERE François, Le moment de la séparation, In Le Monde de la Bible, n° 150, avril-mai 2003.
[3] Selon l’auteur des Actes des Apôtres le terme chrétien, issu du latin "christianos", est apparu pour la première fois  à Antioche : "C'est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de 'chrétiens'"(Actes 11, 26).  Vers l’an 40 estime l’historienne Marie-Françoise Baslez.
[4] MARGUERAT Daniel, Le christianisme a été un ascenseur social, par C. MaKarian, L’express, 27/12/2010
[5] A l’exception des judéo-chrétiens  qui ne se considèrent pas en rupture avec le judaïsme
[6] HADAS-LEBEL Mireille, Une amnésie théologique : le "Jésus aryen", Conseil National de l’AJCF – Paris, 14 février 2016.
[7] La découverte dans les grottes de Qumrân,  au voisinage de mer Morte en Israël, à partir des années 1947-1949, de plus de 9000 manuscrits de l’Ancien Testament et autres textes d’une communauté religieuse, dite essénienne.
Reynolds MICHEL
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1.Posté par Lesseps le 15/04/2019 10:50 (depuis mobile)

C’est fou comme les ragots d’il y’a 20 siècles résonnent encore dans certaines têtes vides :)

2.Posté par Grangaga le 15/04/2019 14:16

" Jacques, Pierre et Paul, pour ne citer qu’eux, ".......
Mwin té y krwa bann' ...Juifs, té y apèl', Moshé, David, Yaël èk' toutt' sa y fini konm' Israèl, mwin......
Et lo bann' Yézidis an Irak,an Syrie an Kurdistan....èk' toutt' sak' y s'tan é y s'détan....
Zot' la pwin z'is'twarr', té tro povv'.....
Pourtan zot' la arivv' an promié..........

Le calendrier des yézidis débute 4 750 ans avant le calendrier chrétien, 990 ans avant le calendrier juif et 5 329 ans avant le calendrier musulman.

3.Posté par Kayam le 15/04/2019 17:59

1- C'est compliqué... lol

Quelle tête et style avait le juif dans la génération de Jésus ? Parce que celui qui nous a été imposé à tous, p'tin, il est beau hein !! le teint, les cheveux, les yeux... sur des images, il aurait devancé, et de très loin des mannequins actuels qui font le bonheur dans les yeux de certaines femmes ! >>> 2- C'est de l'escroquerie mentale de nous avoir menti alors qu'à ce jour, personne n'a vraiment vu comment il était.

Dans n'importe quel magasin, on peut acheter une statue. Mais elle n'a aucune valeur !! Pourquoi certains abusent ainsi de la crédulité d'autres tout en sachant que ces bouts de plâtre ne seront jamais vivantes...

Si dans les églises y'avait des statues - au passage qui restent froides, figées et qui font le bonheur de la manne financière des vendeurs et autres charlatans - avec des visages qui se caractérisent comme "vilains" : est-ce que la dévotion aurait été aussi forte ? >>> 3- c'est de la manigance psychologique

Juif ou Chrétien, éradication de l’influence juive, expulsion des Juifs...peut être question > de croix : INRI vs gammée, de personnalité : roi vs führer...ou de foire au choix.

4.Posté par A mon avis le 16/04/2019 11:57

Jésus de Nazareth, Juif ou Chrétien ?

La bonne question , c'est : Jésus de Nazareth a-t-il réellement existé ?

N'est-il pas seulement une construction mythologique ?

Il n'a rien écrit.
Aucune trace archéologique : la résurrection et la "montée au ciel" sont bien pratiques comme explication !
Aucune trace historique (par de VRAIS historiens)
Beaucoup d’invraisemblances et de contradictions dans les diverses évocations de son procès et de sa crucifixion !
Les premiers évangiles sont écrits plus d'un demi-siècle après sa supposée mort !
Et les versions diffèrent et évoluent en fonction des copies et des traductions !

Religion chrétienne : une secte qui a réussi. Grâce à l’empereur romain Constantin et sa mère Hélène qui a "découvert" en 325 le Golgotha et le titulus

5.Posté par Luc-Laurent Salvador le 18/04/2019 09:45

@ l'auteur

Votre présentation est trompeuse et injuste.
Vous insistez lourdement sur "l’hostilité grandissante des disciples de Jésus envers les Juifs" et laissez complètement dans l'ombre l'hostilité historique et tradtionnelle des juifs envers les disciples de Jésus.
Vous faites en définitive une lecture juive (victimaire) de la délicate trajectoire judéo-chrétienne, avec les chrétiens en coupables tout trouvés.
Il suffit de prendre un peu de recul pour observer que tout au long de leur histoire et, partout où ils se trouvaient, même dans des contrées ou des temps hors chrétienté, les Juifs ont connu des expulsions et des persécutions. Par conséquent, les chrétiens ne sont pas la source de l'antisémitisme.

6.Posté par A mon avis le 18/04/2019 11:22

@ 5.Posté par Luc-Laurent Salvador
"Par conséquent, les chrétiens ne sont pas la source de l'antisémitisme."
concluez vous !

C'est exact. Mais les chrétiens, les catholiques particulièrement, ont largement contribué à entretenir l’antisémitisme au cours des siècles. Il n'est pas certain que cela ait réellement changé malgré les apparences !

7.Posté par Luc-Laurent Salvador le 18/04/2019 12:19

@ mon avis post 6

Pour continuer à discuter, il faudrait encore savoir de quoi on parle.

Qu'il y ait eu des expulsions et des violences terribles à l'égard des populations juives, c'est un fait mais était-ce pour autant de l'antisémitisme ?

Quelle définition donner à ce terme ?

Même les principaux intéressés n'ont, jusqu'à présent, pas été en mesure d'en donner une définition claire et précise.

La meilleure preuve de ce confusionisme régnant étant que d'aucuns voudraient réduire l'antisionisme à de l'antisémitisme alors qu'historiquement les antisémites revendiqués étaient sincèrement sionistes ;-)

8.Posté par Lesseps le 18/04/2019 21:06

@5 : en fait si le monde se trouvait enfin a vivre sans juifs, chrétiens et en y rajoutant toutes les autres religions de même pacotille on n’en serait que plus heureux ... Trouver un coupable des pires exactions entre eux seraient comme à choisir le plus gentil des serials killers... les serial killers faut les éliminer, tout comme les religions car chez les deux ils ont de sacrés pets au casque ...

9.Posté par Luc-Laurent Salvador le 19/04/2019 06:08

@ Lesseps post 8

Votre vision des religions est celle qu'entretiennent ceux qui se sont laissés bourrer le mou ou lessiver le cerveau si vous préférez. Les religions ont, certes, été des prétextes pour maints conflits qui étaient avant tout politiques. Qu'elles n'aient pas réussi à nous en protéger, c'est regrettable mais c'est surtout l'occasion de reconnaître la facilité avec laquelle nous nous laissons manipuler.
Car notez bien qu'actuellement la même critique que vous faites porter sur les religions est adressée aux nations. On en fait les responsables de tous les maux alors qu'il n'y a rien de mieux pour vivre en paix. Quand il n'y a plus de nations, il n'y a que le chaos (cf. la Libye par exemple) ou ... un nouvel ordre mondial peut-être ?

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