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Jean-Marie Colombani : "Internet s'imposera comme média numéro un"

Jeudi 29 Octobre 2009 - 14:24

Véritable espace de réflexion et d'échanges, le Grand Forum organise une fois par an la venue de personnalités dans des domaines très variés. Cette année, c'est Jean-Marie Colombani, ancien patron du groupe Le Monde, qui a accepté l'invitation et s'est livré hier au jeu du questions-réponses des journalistes locaux. Pour le plus grand bonheur de Zinfos974, une majeure partie des échanges s'est concentrée autour de la place d'Internet en tant que nouveau média.


Vous êtes à l'origine de la création de plusieurs sites d'informations, pourquoi se tourner vers Internet?

Je me suis efforcé de mettre le net au Monde rapidement. Je crois que pour une entreprise de presse, le développement sur le net est indispensable. Beaucoup de gens n'y croient pas encore, pourtant tout se passe par le net, il finira par s'imposer comme média numéro un.
Concernant slate.fr, mon idée était que dans l'âge actuel du net, même si nous ne sommes encore que dans les balbutiements, les temps sont assez mûrs pour laisser place à l'explication, à la contextualisation, à la mise en perspective. J'ai donc souhaité créer un site d'analyses, d'explications, de commentaires.

Après slate.fr, j'ai lancé un autre site, youphil.com. La conjonction de la générosité de nos compatriotes, l'immensité du tissu associatif et la notion de responsabilité sociale dans les entreprises, tout cela fait que le domaine au sens large de la solidarité est amené à se développer. Ce site rend compte de la planète solidarité. Je suis actuellement à la recherche d'un fond d'investissement.

Justement, comment un site d'informations peut-il devenir pérenne sur Internet?

Je n'ai jamais pensé que le net puisse vivre que d'une seule source. Aujourd'hui, tout le monde tâtonne, chacun essaie des choses... Je n'ai jamais cru à l'Internet payant. La gratuité est indispensable à qui veut constituer une audience. Une fois cette audience construite, il faut chercher des revenus... Qui dit forte audience, dit part publicitaire à ne pas négliger. Puis on peut mettre en place de la vente de contenus. En effet, une foule d'entreprises spécialisées cherchent du contenu. Et puis il est possible de faire apparaître des zones payantes (application sur Iphone...). Je pense qu'il ne faut pas délaisser la prime à l'inventivité sur les recettes. A titre d'exemple, un site américain avait fait appel aux internautes pour financer le site et suivre l'ensemble de la campagne présidentielle américaine.

La presse écrite est-elle menacée par le web?

On n'en sait rien. Son développement sera surpuissant mais il ne condamne pas pour autant les autres canaux de diffusion. Slate.com a créé petit à petit des sites satellites, ce que nous allons aussi faire pour slate.fr. "Foreign policy" est l'un de ces sites satellites, et est devenu par la suite une revue. Pourquoi ? A des fins strictement financières. La publicité que rapporte cette revue permet de financer, quasiment dans sa totalité, le site.

La presse régionale a-t-elle sa place sur la toile?

Je pense que l' "hyperlocal", la presse départementale, a sa place sur le net. Cela implique une modification du fonctionnement de la presse régionale.

Entre information, internet et communication, où est la frontière?

Internet est une révolution mais les journalistes doivent aujourd'hui prouver d'avantage car tout le monde informe. Un site a comme slogan : Chaque citoyen est un journaliste. Le journaliste qui vit de l'information doit se relégitimer et faire la preuve qu'entre une information vérifiée et le reste, le choix est vite fait.
Par ailleurs, je suis contre le fait de comparer information et communication. La communication, c'est un message bien préparé, ordonné. L'information c'est aller voir derrière la communication. L'information ne doit pas s'en tenir au message...

Sur le débat des relations étroites entre monde politique et médias...

On a toujours le moyen d'être libre quand on le souhaite. Jamais la presse n'a autant été aidée par l'État qu'aujourd'hui. Quand un porte-parole d'un parti s'en prend à la presse, c'est perçu comme un signe de faiblesse en terme d'opinion. Il n'y a pas de pression sur la presse aujoud'hui. Il faut arrêter avec ces discours. C'est un débat hypocrite. Au fond, la presse trouve son compte à ce genre de débats. C'est une façon de se refaire une virginité que de dire qu'il y a un grand méchant loup... Par contre, pour chaque organe de presse, existe un code génétique. Le monde a une plume orientée gauche, la ligne du Figaro tend d'avantage vers la droite, Libération est à gauche, TF1 présente un visage sympathique au pouvoir... En même temps, il y a un phénomène de suivisme, on a tendance à parler de la même chose.

Pour moi, le seul problème qui existe en France en matière de liberté de la presse, c'est le carcan législatif qui est trop serré. La disposition de protection des sources n'est toujours pas dans la loi. Ça c'est un vrai problème, cela permettrait en France de faire complètement ce métier.
Melanie Roddier
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1.Posté par Aimé LEBON le 29/10/2009 15:30

« Entre information, Internet et communication, où est la frontière ? » Il n’y a peut-être pas à placer de frontière, comme il n’y a pas à placer sur une graduation (une échelle de valeurs) information et communication. Une information n’est pas nécessairement complète, et objective (encore faut-il définir l’objectivité ?), ni suffisamment étayée, pour apporter une bonne compréhension des événements. Tout dépend aussi des grilles de valeurs de tous ceux qui ont participé à sa construction. Une communication peut avoir un bon niveau d’information ; au moins, tout est clair, puisque que l’on sait, par les sources, qu’elle sert un but tactique et/ou stratégique. En tout cas, tout doit participer à aiguiser l’esprit critique des uns et des autres, d’autant qu’aujourd’hui les produits d’information circulent à une vitesse extraordinaire par Internet, et pas dans le même tempo par rapport aux autres médias – ce qui fait qu’il y a une véritable création en chaîne de nouvelles informations. Les seuls à se plaindre de cette mutation, ce sont ceux qui n’aiment pas voir circuler les idées des autres. À prédire une chose, c’est sûr que ceux-là vont le plus en souffrir…