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Courrier des lecteurs

Je ne partage pas le point de vue d'Enstein


Par - Publié le Vendredi 14 Août 2015 à 15:55 | Lu 909 fois

Je ne partage pas le point de vue d'Enstein
Dans une étude  publiée dans le n°477 d'Economie et statistiques de juillet 2015, L’INSEE concluait, à partir d’un panel 2008 de bénéficiaires de contrats aidés que, deux ans et demi après l’entrée en contrat aidé, le bénéfice de ce dispositif dans le secteur marchand (CIE et CI‑RMA) jouait positivement en faveur de l’insertion professionnelle, à la différence du passage par un contrat aidé du secteur non marchand (CAE et CAV) qui, lui, avait plutôt des effets négatifs  :
 
- dans le secteur marchand, l’effet du passage par un contrat aidé est significativement positif. Ainsi, deux ans et demi après le début de leur contrat aidé, les salariés passés par un CIE ont une probabilité d’être en emploi non aidé (CDD, CDI, intérim, création d’entreprise) de 23 points plus élevée qu’en l’absence du dispositif. Cet effet traduit une augmentation de près de 50 % du taux d’accès à l’emploi non aidé, qui aurait été de 43 % en l’absence du dispositif. L’effet moyen est encore plus fort pour l’accès à un CDI puisque le passage par un CIE augmente de 31 points les chances d’être en CDI non aidé deux ans et demi après entrée en dispositif, par rapport à un taux d’accès de 27 % en l’absence du dispositif. Il en va de même pour le CI‑RMA : l’effet moyen du passage par ce contrat est de 17 points pour l’accès à un emploi non aidé et de 22 points pour accès à un CDI, pour des taux d’accès respectifs de 33% et 19%. Une  étude postérieure conduite par l’inspection générale des finances et celle des affaires sociales a quelque peu atténué ce constat, parlant d’"effet d’aubaine", ce qui laisse entendre que la plupart des embauches se seraient réalisées sans les aides de l’Etat ;

- en revanche, confirmant de nombreuses autres études antérieures, l’effet moyen d’un passage par un contrat du secteur non marchand est négatif sur le taux d’accès à emploi non aidé à moyen terme. Deux ans et demi après l’entrée en contrat aidé, les bénéficiaires de CAE ont une probabilité d’être en emploi non aidé de 5 points plus faible que celle de leurs témoins, dont le taux d’emploi est de 38 %. Cette probabilité est de 12 points plus faible pour les anciens bénéficiaires de CAV (contrat d’avenir version  2005 ), par rapport à un taux d’emploi de 28 % pour ceux qui n’ont pas bénéficié du dispositif.
 
Cette analyse a requis un cadre méthodologique rigoureux pour éviter des biais d’interprétation.
 
Il s’agit en effet de :
 
- s’assurer de la comparabilité entre les deux catégories de publics (ceux qui ont bénéficié d’un emploi aidé et leurs homologues non bénéficiaires) ;
- neutraliser tous les facteurs exogènes qui peuvent influer sur le parcours d’insertion ;
- constater et caractériser l’insertion effective (nature et durée du contrat de travail éventuel venant clore le parcours d’insertion.
 
La difficulté de toute évaluation de ce type de politique publique provient, on le comprend aisément, de l’impossibilité d'observer simultanément la situation d’un bénéficiaire de la mesure et celle qu’il aurait connue en l’absence de ce soutien. Or c’est précisément la comparaison de ces deux situations qui permet d’identifier l’"effet causal" (ou "impact") d’un programme.
 
Le "biais de sélection" peut être corrigé à l’aide de techniques statistiques permettant de rendre comparables a pos­teriori bénéficiaires et non‑bénéficiaires. Ces techniques reposent sur différentes méthodes. L’approche retenue dans l’étude de l’INSEE est celle dite de "l’appariement" qui consiste à associer ("appa­rier") chaque bénéficiaire de contrat aidé au non‑bénéficiaire qui lui ressemble le plus. La comparaison de la situation de ce bénéficiaire avec celle du non‑bénéficiaire auquel il a été apparié, appelé "témoin", permet d’isoler l’effet causal du passage en contrat aidé sur sa situation ultérieure, en particulier sa trajectoire.

L’étude de l’INSEE de juillet 2015 est à cet égard un modèle de rigueur, ce qui en rend d’ailleurs ardue la lecture. Elle appelle un examen attentif, même critique, de la part des experts, des décideurs politiques mais aussi des citoyens qui ont aussi le droit d’être éclairés.
 
Ces derniers n’ont hélas que difficilement accès aux études à faible diffusion.
 
Privés le plus souvent de cet éclairage expert, ils doivent se replier sur les articles de vulgarisation que devraient leur offrir les journaux .
 
Hélas !

Intuitivement, connaissant les contraintes qui pèsent sur notre marché du travail, nous pensions que la situation de La  Réunion était   beaucoup plus dramatique que celle de la métropole en termes de débouchés pour les jeunes.
 
Le JIR dans son édition d’aujourd’hui, en pleine page, nous apporte le démenti le plus formel. Le diagnostic métropolitain, soutient il, ne serait pas localement pertinent. Le passage par les emplois aidés serait ici au contraire de là bas, bénéfique. La preuve? La plupart  des jeunes bénéficiaires sont, selon le sous-directeur de la Mission Locale Nord, à l’issue de leur stage embauchés dans les mairies   ou les associations périphériques. Par quel miracle ? On n'en saura rien.
 
Nous  pourrions objecter que :
 
- passer d’un emploi aidé à un poste à la mairie, c’est finalement passer d’une forme d’emplois aidés à une autre forme d’emplois aidés et saturer encore un peu plus un secteur public déjà hypertrophié, en générant une charge financièrement insoutenable à moyen terme;
- faire  appel à un contrat aidé pour pourvoir à un emploi public, c’est opérer simplement une substitution qui consiste finalement à préférer une voie "clientéliste" de recrutement à la voie normale des concours ;
- privilégier la voie des emplois aidés dans le secteur non marchand, c’est tripler l’effet d’enfermement mentionné dans l’étude INSEE,  en ajoutant aux handicaps de l’insularité et de l’éloignement, ceux du confinement définitif dans l’emploi public et dans les basses qualifications.
 
Mais notre journaliste d’avant-garde ne s’est pas embarrassé de ces subtilités. Une occupation en vaut bien une autre, pourvu qu’on ait l’ivresse. Au passage, la preuve qu’il ou elle n’a sans doute pas lu réellement l’étude de l’INSEE est apportée par le fait qu’il ou elle confond les contrats d’avenir (modèle 2005), dont il est question dans l’étude INSEE, avec le nouveau dispositif dont le JIR nous vante  les mérites.
 
Pas  besoin d’analyser les chiffres. Il suffit d’aller voir la Mission locale Nord, dont la gestion des emplois aidés est le fond de commerce, qui confirmera que les emplois aidés sont la solution et que les Missions locales servent au moins à quelque chose.
 
Gilbert Annette a raison. Mais il manque d’ambition. Ce ne sont pas 60.000 emplois aidés qu’il nous faut, ce sont 150.000 et le problème du chômage sera définitivement réglé !
 
Tout cela est dramatique .
 
Etienne Klein, grand physicien et philosophe, rapportait récemment qu’au cours d’une de ses conférences, l’un de ses élèves avait demandé la parole pour déclarer qu’il n’était pas d’accord avec les théories d’Einstein.
 
Cet audacieux objecteur n’est sans  doute pas  promis à  un grand avenir dans les sciences physiques et Isabelle Benoteau qui a réalisé l’étude pour l’INSEE n’est pas Einstein. Le JIR, lui, fabrique chaque jour l’opinion et sans doute pour longtemps...
 
Sa  fonction n’est pas d’informer mais d’entretenir la bonne conscience de ceux qui pensent que le chômage n’est pas, même à La  Réunion, une fatalité. Suffit d’avoir quelques relations à la mairie.
 
Cette consolation vaut bien chaque jour 1euro .
 
Pierre BALCON


Pierrot Dupuy
Pierrot Dupuy est le fondateur de Zinfos974. C’était le 1er septembre 2008… Aidé d’une petite... En savoir plus sur cet auteur


1.Posté par Mathieu le 15/08/2015 22:50 (depuis mobile)

Je trouve que votre titre n est pas en adéquation avec le sujet mais ajoutez surtout le petit "i" pour ce grand homme

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