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Courrier des lecteurs

Inefficacité et nocivité des emplois aidés


Par Pierre Balcon - Publié le Vendredi 24 Juillet 2015 à 08:41 | Lu 598 fois

Inefficacité et nocivité des emplois aidés
De nombreuses études, réalisées tant en France qu’à l’étranger, avaient déjà mis en évidence l’inefficacité des emplois aidés pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Bien plus ces dispositifs, avaient elles conclu, aggraveraient même plutôt leur situation.

Une nouvelle étude publiée vendredi par l’Insee vient confirmer que "l’effet moyen d’un passage par un contrat du secteur non marchand est significativement négatif sur le taux d’accès à l’emploi non aidé à moyen terme".

C’est une étude un peu savante, basée sur l’exploitation des données recueillies depuis 2008 et mettant en œuvre des outils  statistiques d’analyse incontestables, ce qui garantit la pertinence des observations et des analyses.

J’en résume les conclusions :

Deux ans et demi après leur passage en contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE), ses bénéficiaires n’étaient ainsi que 33 % à disposer d’un emploi non aidé, contre 38 % des personnes présentant les mêmes caractéristiques au départ mais non passées par un emploi aidé (groupe témoin). L’écart monte même à 12 points pour ceux qui avaient bénéficié d’un contrat d’avenir (16 % contre 28 % pour le groupe témoin).

C’est un résultat à première vue contre-intuitif, l’activité appelant l’activité et le travail valant en théorie toujours mieux que l’inactivité pour redresser son employabilité.

Cette étude avance plusieurs explications :

     - les emplois aidés dans le secteur non marchand (associations, collectivités locales, etc.) sont "trop éloignés des emplois auxquels le bénéficiaire est susceptible de postuler ultérieurement". L’Insee évoque ainsi un "confinement dans des emplois publics sans perspective" et pointe notamment que ceux dont le contrat aidé s’est déroulé au sein de l’Education nationale "se réinsèrent sensiblement moins bien".

     - autre grand facteur explicatif avancé : "un signal négatif du passage en contrat aidé pour les employeurs". Un constat cruel mais connu : le jeune en emploi aidé aspirait à prouver sa capacité à travailler et à s’insérer ; il se retrouve au final estampillé "jeune en difficulté, à éviter"…

 La situation est  différente avec un passage par un emploi aidé dans le secteur marchand, qui est lui, selon l’Insee, "significativement positif" : deux ans et demi après, les bénéficiaires d’un contrat initiative emploi(CIE) étaient 66 % à être en emploi non aidé, contre 43 % du groupe témoin non passé par le dispositif. Là encore, plusieurs éléments explicatifs :

     - les bénéficiaires étaient moins éloignés de l’emploi au départ que ceux envoyés vers le secteur non marchand ;

     - l’expérience et les compétences  acquises en entreprise sont plus "valorisables" sur le marché ;

     -les employeurs sont plus nombreux que dans le public à embaucher les jeunes en contrat classique à l’issue de leur contrat, au risque, dans ce dernier cas, que "l’effet positif capte en réalité un effet d’aubaine" (le jeune aurait été embauché de toute façon et coûte juste moins cher le temps de son contrat aidé).

Ces résultats sonnent comme un profond désaveu des politiques de l’emploi en place, particulièrement à La Réunion où on recourt largement aux contrats aidés en les ciblant sur le secteur non marchand.

Alors pourquoi persister dans l’erreur?

Je  vois  quatre  explications :

     - la gestion de ces dispositifs de supposée insertion vise à légitimer l’action et donc l’existence de toutes les structures politico- administratives qui gravitent autour des politiques de l’emploi ;

     - faire baisser artificiellement les statistiques du chômage, surtout celui des jeunes qui sont la cible privilégiée des emplois aidés ;

     - la distribution des emplois aidés est l’un des leviers principaux du système de clientélisme ;

     - enfin et surtout, bien que cela ne soit jamais réellement avoué, l’offre d’emplois aidés s’inscrit dans un enjeu non pas d’insertion mais du maintien d’une certaine forme d’ordre public. Elle est la réponse paresseuse au chantage implicite que subit notre société de la part des exclus ; elle est le prix à payer de la pérennisation d’une société dysfonctionnelle confrontée à une crise structurelle permanente dont les effets sont à échéances régulières amplifiés par des ajustements conjoncturels du marché.

Mais me direz vous, il n’y a pas d’autre alternative. C’est vrai que la Réunion est confrontée à des lourds handicaps à la fois matériels mais aussi et surtout sociologiques. Nos non-valeurs partagées, dont le niveau d’illettrisme est la manifestation la plus patente, me  paraît à cet égard constituer un environnement lourd de dangers. Mais je reste persuadé que dans ce contexte de fortes contraintes,  un allégement des charges sociales serait beaucoup plus efficace et de gestion plus économique que tout ce fatras des emplois aidés.

Mais  évidemment dans la lutte pour le pouvoir, ce changement de cap désarmerait le camp d’en face qui n’a qu'une obsession : garder les manettes en guettant la ligne bleue de l’inversion démographique qui, pensent-ils, diminuera la pression sur le marché du travail. Ceux là oublient que dans une économie dont la croissance est tirée essentiellement par la consommation, la détente démographique s’accompagnera aussi de l’effondrement de l’activité.
 
 Pierre BALCON
 




1.Posté par Yann le 24/07/2015 06:32

En conclusion faut aider les contrats que dans le secteur marchand ou les garanties d embauches sont bien plus élevées.
Mort au social!!!

2.Posté par KLD le 24/07/2015 10:00

l'apprentissage , les allemand l'ont compris depuis longtemps. Le traitement social du chomage est une spécialité française pour espérer que la cocotte puisse laisser sortir la vapeur ..pourvu que ça dure.

3.Posté par pfff le 24/07/2015 12:58

Je suis complètement d'accord avec l'auteur de cet article. Les contrats aidés dans le secteur non marchands ne servent à rien si ce n'est à acheter des voix et baisser temporairement les chiffres du chômage(manipulation de chiffres). De plus cela montre une hypocrisie monstrueuse de nos élus puisque cela prouve que le coût du travail est trop élevé car même les collectivités n'embauchent pas de CDI parce que çà coute trop cher.
Enfin, je vois mal une personne qui a bossé dans une mairie à faire de l'état civil, faire valoir cette expérience sur le vrai marché du travail. çà ne correspond pas aux besoins ni même aux compétences des entreprises qui peuvent embaucher en CDI.

4.Posté par maçonnerie le 25/07/2015 22:35

le but des contrats aidés n'est pas d'obtenir une intégration dans l'emploi durable, mais bien de mettre en situation de travail les publics ciblés.

si en plus l'issue favorable est constatée, alors tant mieux.

C'est un coût d'activité pour le payeur.
C'est une porte ouverte pour le travailleur.

Restons modestes pour les critères d'analyse.

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