Politique

"Il faut que l’écologie devienne définitivement la matrice à travers laquelle on va redéfinir l'économie"

Le parti Europe écologie les Verts Réunion tenait une conférence de presse ce jeudi 9 mai. Voici l'intervention de sa représentante klocale aux Européennes, Geneviève Payet :

Vendredi 10 Mai 2019 - 17:49

Si j’ai accepté de représenter notre parti à La Réunion pour cette élection européenne c’est parce que j’ai la conviction que nous ne pouvions pas ne pas parler de notre île face à la situation actuelle que traverse notre planète.

Inutile de nous attarder sur ceux qui veulent "sauver la gauche" ou "mettre la raclée à Macron", nous n’avons pas le temps de vous parler de l’écume du moment. Nous, nous sommes, comme depuis le début, au front de l’écologie. Et nous n’avons pas changé de cap. Nous n’avons pas de temps à perdre non plus avec ceux qui collectionnent les petites phrases cinglantes et qui font de la calomnie un art.

Certains sont passés du "green-bashing" qui les a vu pilonner nos positions par leur acharnement productiviste, au "green-washing" qui les amène à repeindre en vert leurs discours pour trouver une jouvence électorale. Face à cela, retenons une formule célèbre : "D’abord ils vous ignorent, puis ils vous moquent, après ils vous combattent et enfin vous gagnez".

Retenez juste qu’après avoir été ignorés par la pensée hégémonique de la croissance aveugle et facile, moqués pendant des années parce que nous faisions de la question écologique l’enjeu déterminant de notre combat, après avoir été critiqués parce nous étions trop radicaux dans notre approche des enjeux environnementaux, nous voilà copiés de toute part. On ne parle plus que d’écologie. Et face à cela nous sommes clair : Pas d’opportunisme, en somme pas d’écologie sans écologiste !

Nous nous mettons au diapason de la jeunesse du monde, qui vient de donner un nouveau souffle au mouvement écologiste en se mobilisant pour sauver le climat. Merci à cette "génération climat" de secouer les inerties, de bousculer les règles obsolètes d’un monde à l’agonie, de faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent l’ordre établi des choses. Comme eux, nous n’avons ni le temps de tergiverser, ni l’envie de céder, ni le droit de perdre.

L’imagination est notre arme. Nos adversaires ont longtemps pensé détenir le monopole de la force symbolique. Notamment armés de la puissance de propagande de la publicité, nos ennemis productivistes ont voulu imposer l’idée que la consommation effrénée était le stade ultime de l’épanouissement individuel. Ils ont généré frustration, haine de soi, dégoût des autres, en érigeant des normes qui sont autant de prisons pour l’esprit.

Pour avoir participé à l’immense Marche pour le Climat en mars dernier à Paris, je dis merci aux milliers de personnes qui se jettent dans la lutte parfois pour la première fois, avec une énergie magnifique et des banderoles dont la créativité et la singularité est remarquable.

Nous voulons graver dans le marbre un droit à la nature. Comme nous l’a dit Marie TOUSSAINT lors de sa visite, nous voulons le respect de l’empreinte écologique avant tout, la nature n’a pas d’avocat pour être défendue face à ceux qui l’attaquent de toutes part. Nous voulons avec l’Europe mettre un terme à l’économie productiviste dopée par des subventions alors que des industries toxiques ne respectent pas le principe de base pollueur-payeur (ex : les centrales à charbon).

Et, pire, il faut que les experts de l’ONU publient ce lundi leur rapport alarmant sur la biodiversité pour que soudain on nous annonce une nouvelle série d’actions pour faire face à l’urgence climatique ... Il faut arriver à cet extrême, au bord du gouffre, pour qu’enfin au plus haut niveau on prenne conscience du désastre que l’on voulait cautionner sur l’autel de l’économie de marché. Enfin, un retour à la raison est-il en train de s’amorcer ? Notre gouvernement réalise tout d’un coup que le projet de la Montagne d’Or en Guyane, pourtant tant décrié depuis tant d’années, arguments scientifiques à l’appui, puisse être remis en question !!!

Mais nous ne sommes pas dupes, ce n’est pas un virage, juste un mirage !

Nous refusons l’effondrement du vivant ! C’est pour cela que nous nous battons pour l’effondrement d’un système inique qui exploite, pille, asservit, détruit et tue sans relâche. D’un système qui, au nom d’un évangile de la compétitivité et du profit, n’hésite pas à vendre nos fleuves, nos mers, nos forêts, ... comme un bien leur appartenant, alors qu’il s’agit de biens communs dont notre vie dépend et que nous avons la responsabilité de protéger.

Il faut que l’écologie devienne définitivement la matrice à travers laquelle on va redéfinir l'économie, l’aménagement du territoire, la démocratie, donc l’égalité sociale ... Toutes les politiques publiques doivent répondre à l'objectif du climat. La France aurait tout à gagner à se doter de juridictions et d’un parquet spécialisé dans la lutte contre la criminalité environnementale. Les politiques européennes et françaises ne sont pas assez efficaces.
 
Pour cette raison, nous défendons dans notre programme la mise en place d’un traité environnemental pour instaurer une obligation générale de protection du climat et des limites planétaires, pour reconnaitre le crime d'écocide en tant que destruction délibérée et complète d’un écosystème.
 
Le réchauffement climatique a des conséquences désastreuses sur l’égalité sociale (Ex : le Bangladesh, ou encore les Kiribati, dans le Pacifique, où la population a dû dresser des digues de fortune et planter des palétuviers pour contenir la mer qui, à chaque tempête, s'infiltre un peu plus, érode les côtes, salinise les puits, ruine les plantations). Nous disons qu’il n’y a pas de justice climatique sans justice sociale, et inversement.

Selon le dernier rapport du GIEC, nous n’avons plus que 12 ans pour inverser la tendance, avant que les dégâts infligés à notre planète ne soient irréversibles. Il y a urgence à mettre en place des réformes fondamentales des systèmes financier et économique mondiaux, au profit d’une économie durable. Nous sommes d’autant plus concernés que 80 % de la biodiversité en France se trouve en outre-mer.

Mais elle compte aussi parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées au niveau mondial. On le sait, l’océan paie un lourd tribut, les zones proches du littoral et les territoires insulaires (comme le nôtre) connaissent les "déclins les plus rapides".
 
Des scientifiques de plus de 130 pays se sont réunis au début du mois de mai à Paris pour dresser l'état de la biodiversité dans le monde. En Europe 80% des insectes ont disparu en l’espace de 30 ans ! 1/3 des espèces sont menacées. La moitié des abeilles, papillons et scarabées risque de disparaître en 20 ans ! Cette situation est une atteinte irréversible à toute la chaîne alimentaire.
 
Les récentes annonces de l’Elysée suite à l’entretien accordé aux scientifiques du GIEC nous confortent dans l’idée que parler d’écologie ce n’est pas être écologiste !
 
  • Concernant l’alimentation, on tend vers une remise en question de nos habitudes, mais sans remettre en question le système qui la produit.
  • Concernant le plastique, on tend vers une réduction et un recyclage, alors que rien n’est fait du côté des industriels, qui sont les premiers responsables, pour en cesser la production.
  • Concernant les GES, notre gouvernement a annoncé sa volonté de revenir un projet qui remonte déjà à 2005 en divisant par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. Bizarrement on en parle peu, car on ne pourra faire face à la crise si l’on ne change pas drastiquement nos modes de vie, de consommation et de production.
Les Etats Unis et l’Europe sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Lors de son intervention à Saint-Denis le mois dernier, David CORMAN a rappelé que la France elle-même ne respecte pas tous ses engagements et objectifs en matière climatique. Nous n’avons plus le choix, il nous faut sortir des énergies fossiles, et au plus vite ! Les conséquences on les connait, on s’en rend compte au quotidien. A La Réunion déjà, 1°7 de plus en moyenne cette année, et la saison qui s’achève a été la plus sèche depuis 48 ans !
 
C’est clair, pour préserver la vie humaine sur terre il nous faut préserver toutes les espèces y compris celles que l’on qualifie de sauvages (les big five, le loup, le requin, ...), mais également notre tuit-tuit, notre gecko vert de Manapany, nos tortues (qui décidemment jouent les trouble-fêtes avec ceux qui veulent à toutes forces dynamiter leur lieu de vie), nos abeilles, surtout nos abeilles !

Vous l’aurez compris, nous vivons ce point de basculement où la montée des périls provoque un sursaut des consciences. Nous devons prendre toute notre part dans la construction d’un récit planétaire de la sauvegarde. Ce récit alternatif, cette narration d’un autre futur possible, nous lui donnons depuis des années le joli nom d’écologie.

Que se passe-t-il dans notre île ? 4 thèmes pour démarrer cette présentation : L’eau, la dengue, les vaccins, les pesticides.
 
1) Dans notre île, compte tenu des énormes quantités de pesticides répandues dans le sol (2 fois et demi plus en métropole), nos eaux de surface et souterraines sont contaminées pour nombre d’années, des dizaines au moins ! Sur le site eaudurobinet.re, on apprend que 100% des captages et prélèvements sont contaminés, dont 78% en-deçà du seuil admis sans que l’on puisse savoir comment ce seuil a été défini.

Est-ce une nouvelle norme industrielle, pharmaceutique, administrative, de toxicité ? Face à ce constat, pas de souci, lorsque l’eau n’est plus potable au robinet, chaque fois qu’il y a et qu’il y a eu une coupure, on vous conseille dans les médias d’acheter «de l’eau embouteillée », pour reprendre la formule consacrée. Mais voilà, ces bouteilles en plastique ont parfois été stockée au soleil, autant dire dans des conditions idéales pour garantir la teneur du précieux liquide en ... perturbateurs endocriniens.
 
2) Dans notre île, qui a pourtant déjà été durement éprouvée par le chikungunya, connait un pic épidémique de dengue qui se maintient à un niveau élevé (1322 nouveaux cas ont été confirmés durant la dernière semaine d'avril, portant à 16 000 le nombre de personnes atteintes depuis le début de l'épidémie et 14 décès). Mais il s’agit là des personnes pour lesquelles une analyse biologique a confirmé la maladie.

C’est sans compter sur le chiffre noir composé : des porteurs sains (asymptomatiques) qui participent tout de même à la diffusion du virus, et des malades qui n’auraient pas consulté, estimant que de toute façon, mis à part les antalgiques et traitements contre la fièvre, il n’y avait rien à faire.

Plus grave, niant le fait que les répulsifs ont un coût non négligeable pour une population dont le 1/3 vit en-dessous du seuil de pauvreté, l’ARS préconise l’utilisation de répulsifs ! On a tout simplement oublié que dans les années 80 les services de la PMI distribuaient des moustiquaires aux familles. Et je m’en souviens !
 
3) Dans notre île, un groupe de médecins et chercheurs indépendants, qui ne sont pas des anti-vaccins, c’est important de le préciser, a mis au jour le scandale du Gardasil, ce vaccin utilisé dans la prévention du cancer du col de l’utérus. Ils sont allés jusqu’au Sénat pour démontrer que l’efficacité de ce vaccin est aujourd’hui totalement "hypothétique". Si le vaccin prévient certaines lésions précancéreuses, son efficacité contre le cancer n’a pas été démontrée par les essais cliniques.

D’une part, on apprend dans un reportage sur France-Inter cette semaine que les signataires de l’appel des 50 recevront des lobbies pharmaceutiques plusieurs milliards d’euros si on passait au stade de la généralisation du vaccin pour les garçons ! D’autre part, on oublie aussi de promouvoir l'usage du préservatif alors qu’il est indispensable pour se protéger des maladies sexuellement transmissibles.

4) L’utilisation abusive de produits phytosanitaires en faveur d’une agriculture productiviste détruit nos sols et provoque des maladies graves en milieu rural. Un récent rapport de santé publique, dresse un bilan sanitaire désastreux à La Réunion concernant les travailleurs et travailleuses agricoles (elles sont 25%) qui ont été exposés à, au moins, un pesticide (fongicide, insecticide, herbicide, rongicide, ...) ; sachant que l’exposition répétée et durable à ces substances peut porter gravement atteinte à leur santé, qu’elle est cancérogène, reprotoxique et induit une perturbation endocrinienne.

Certes, pour reprendre les mots de la fable de La Fontaine : ils n’en meurent pas tous, mais on sait désormais que 88% en sont atteints ! Notre position est claire et nous n’avons pas le choix : Nous voulons une Europe sans produits toxiques, qu’il s’agisse de pesticides, perturbateurs endocriniens, diesel, nucléaire, métaux lourds ou déchets dangereux.
 
L’écologie est en ébullition, en état de réinvention, de révolution. Nous sommes confrontés à l’immense défi de nous transformer nous-mêmes pour parvenir à remporter des victoires décisives. Notre écologie est un enfant de bohème qui n’a jamais connu d’autres lois que celles de la nature.

Notre écologie est une écologie sensible qui défend la biodiversité, les espèces animales et les paysages. Vous l’aurez compris, ce que nous voulons c’est une Europe solidaire et égalitaire, une Europe pour le climat ! Nous ne voulons pas être des acteurs et observateurs de la fin d’un monde.
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Regis Labrousse
Faits-diversier Passionné par tout ce qui vole, j'ai eu la chance de pouvoir effectuer une longue... En savoir plus sur cet auteur




1.Posté par A mon avis le 10/05/2019 22:58


Notre écologie est une écologie sensible qui défend la biodiversité, les espèces animales et les paysages. Vous l’aurez compris, ce que nous voulons c’est une Europe solidaire et égalitaire, une Europe pour le climat ! Nous ne voulons pas être des acteurs et observateurs de la fin d’un monde.qt[

EELV : le vrai parti écologiste !

2.Posté par Lakouène le 11/05/2019 08:43

lorsque je vois fonctionner les écolos à St-Denis (ver plito mir", j'imagine un instant ce qu'ils pourraient faire pour changer le modèle tellement ils ont changé à St-Denis depuis 30 ans avec la droite comme avec la gauche.
à l'affût d'un petit strapontin, prêt à être dans une majorité qui soutient Macron à haute voix, prêt à saisir les avantages des fonctions, prêts à changer de chemise au gré du temps, l'exemple même de la tête de fil Marchaud, il est partout, ramasse toutes les indemnités, mange à tous les râteliers et vient régulièrement nous faire des leçons sur la protection de la planète !
C'est votre modèle de fonctionnement qu'il faut déjà changer !

3.Posté par Marcl le 11/05/2019 14:46 (depuis mobile)

Les écolos ne font rien . Une matrice? En économie la vision ecolo bobo nous emmène droit vers un abîme pour le PIB de l'île et le taux de chômage

4.Posté par FREXIT le 14/05/2019 21:09

Union Européenne ou Ecologie il faut choisir !

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