Courrier des lecteurs

Hommage réunionnais romanesque à deux grands personnages bourbonnais : l'Amiral de Hell et le Capitaine Passot

Mardi 29 Avril 2014 - 09:40

Hommage réunionnais romanesque à deux grands personnages bourbonnais : l'Amiral de Hell et le Capitaine Passot
Au bout de douze kilomètres de route goudronnée, après avoir traversé les immenses champs de cacao, et respiré la senteur d’ylang-ylang, nous rentrions à Hell-Ville. J’ai eu le temps de raconter succinctement mon parcours à Roger, sous le regard habituellement admiratif de ma famille.

Comme d’habitude, Hell-Ville, la ville de l’enfer pour certains et le paradis pour d’autres, cette ville n’avait pas réellement changé dans sa structure. Quelle fut mon émotion quand le vieux taxi fit son entrée et longea la rue principale, après avoir tourné au rond point du « château d’eau », plus connu sous le nom de Place de l’Indépendance. Retenant mes larmes, j’ai expliqué à Eléonore que cette artère principale qui m’a vu naître, portait toujours le nom de ce grand général qui sortit la France du marasme en 1944, et qui avait prononcé le discours du 18 juin 1940 ! Eh oui, De Gaulle, ce grand militaire qui a sauvé la France du joug nazi, et qui a fini sa vie en tant que président de la République, est immortalisé ici à Nosy-Bé, à Hell-Ville plus précisément où une rue porte son nom.

Hell-Ville, quant à elle, porte le nom d’Anne Chrétien Louis de Hell. De Hell, cet homme a marqué la Réunion, dont il fut le gouverneur du 5 mai 1838 au 14 octobre 1841. Par exemple, à La Réunion, Hell donna son nom au village de Bémaho qui fut désormais rebaptisé Hell-Bourg.

« -Ah bon ! Me dit Roger, les Malgaches ici disent que Hell vient de l’anglais qui signifie l’enfer. (Et il se mit à rigoler !) Amith, mon ami, bon, moi je serai ton chauffeur durant ton séjour, me dit-il, mais tu vois, est-ce que ça te dirait de m’éclairer un peu plus sur l’histoire de cette ville de l’enfer !

Et il continue à rigoler mettant en place ainsi cette bonne ambiance africaine, cette bonne chaleur typique du pays, qui m’a toujours manqué à La Réunion.

-Certainement, lui répondis-je ! Dans la limite de mes connaissances.
Vijay et Kareena, ainsi qu’Eléonore écoutaient pour une énième fois les explications qui semblaient sorties d’une boîte de Pandore, pour Roger.

-Tu vois, Roger, cette ville porte en fait le nom de Hell, un militaire d’origine alsacienne. Pour la petite his-toire, sache que Hell était gouverneur de La Réunion sous la monarchie de Juillet. Le roi des Français Louis-Philippe 1er lui demanda d’envoyer des bateaux explorer la côte Nord de Madagascar. L’amiral de Hell demanda donc au capitaine Passot d’aller faire un tour dans le nord du canal du Mozambique.

-Passot, tu dis Amith, répliqua Roger, comme le point culminant de l’île ?
-Oui, répondis-je, fier de moi, car pour une fois ma passion pour l’histoire me servait à quelque chose. Et j’ai pour-suivi l’explication dans le silence attentif de mon interlocuteur.

- Alors, Roger, le 14 juillet 1840, le capitaine Passot arrivé à bord du navire de guerre la Prévoyante, place l'île de Nosy-Bé sous la protection de la France, après en avoir fait la proposition à son supérieur le contre-amiral Anne Chrétien Louis de Hell, gouverneur de l'île Bourbon (La Réunion). Il ancre en 1841 le navire de guerre le Colibri dans le sud de Nosy-Bé, et signe avec la reine sakalava Bemihisatra Tsioméko, un traité dans lequel elle cède définitivement la totalité de l'île à la France. Ce traité a pour but de soustraire l'île de l'influence merina alors grandissante, et de fournir aux Français un port dans le canal du Mozambique. Pierre Passot fonde le chef-lieu de Nosy-Bé et le baptise Hell-Ville, du nom de son supérieur, Anne Chrétien Louis de Hell, Gouverneur de Bourbon. Nosy-Bé devient donc française en 1841. Par ailleurs, le 25 avril 1841, le sultan Andriantsoly, roi sakalava, cède l'île de Mayotte dans l'archipel des Comores à la France, représentée par le capitaine Passot. Celui-ci l'achète contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres. La vente est entérinée par le roi Louis-Philippe de France en février 1843. Le 13 juin 1843, le capitaine Passot prend possession de l'île de Mayotte au nom du roi. La population de Mayotte s'élève alors à 3000 habitants. Le 1er juillet 1847, Pierre Passot, commandant supérieur de Mayotte, promulgue l'arrêté local qui proclame la liberté des esclaves de Mayotte. Le volcan de Nosy-Bé a été baptisé Mont Passot en son nom. Voici mon cher ami, Roger, la petite histoire de l’annexion de l’île de Nosy-Bé.

-Eh bien ! me dit Roger, tu es une encyclopédie ambulante, toi mon grand ! Après toutes ces explications, je pourrai être un bon guide pour les futurs clients qui monteront dans mon taxi. Tes étudiants et élèves ont eu beaucoup de chance de t’avoir eu comme professeur. Un jour, il faut que je vous emmène aussi voir le Mont Passot. Si je comprends bien, mon cher ami Amith, Passot va immortaliser son nom lui aussi sur Nosy-Bé. A une vingtaine de kilomètres du grand village d’Ambatoloaka, à vélo, en 4x4 ou encore en Renault 4L, on peut atteindre le point culminant de l’île. Un point culminant d’où on peut observer un superbe coucher du soleil et admirer – à la nuit tombée, au loin, mais vraiment au loin - scintiller les lumières de Mayotte ! Ce point culminant idéal pour admirer le cou-cher du soleil - surtout en hiver austral - des plantations de teck et de sisal s’appelle le Mont Passot, du nom du fameux capitaine. Le sommet est le point le plus élevé de Nosy-Bé (330 mètres). On peut de même contempler sept lacs formés dans les cratères, toute la côte ouest de l’île et même la minuscule île de Nosy-Sakatia. Ces lacs sont considérés comme étant sacrés par les Malgaches qui viennent pour leurs cérémonies religieuses. Il est interdit de faire ses besoins et de jeter des détritus. Ils sont, par ailleurs, truffés de crocodiles - et d’après des croyances malgaches – peuplés par des créatures mystérieuses et hybrides, mythiques appelées les Bibis... Mont-Passot est pratiquement inaccessible depuis 2005 en taxi ! Il faut y aller, soit à pieds, soit en voiture tout-terrain. Mais je peux vous déposer au pied de la montée. Ça vous intéresse ?

Article culturel et pédagogique rédigé par Tamim KARIMBHAY professeur, historien et romancier auteur d'une monographie culturelle et historique d’un espace culturel et touristique insulaire dans l’océan Indien et le canal du Mozambique : Nosy-Bé : Âme malgache, Cœur français et du roman autobiographique et géopolitique : un hypertexte polyvalent et visionnaire : Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire à contre courant.
Tamim KARIMBHAY
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1.Posté par cabanon le 29/04/2014 15:01

é bin baize quali

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