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Hommage à tous ces hommes et ces femmes...

... qui ont œuvré pour la liberté des peuples et lutté pour la paix et contre toutes les oppressions et les oppresseurs

Lundi 11 Mai 2015 - 14:28

Chapitre III

Nous sommes le 27 mars 2043. Le décollage au départ d’Ivato a eu lieu, comme prévu, à huit heures. Je ne l’ai pas dit à ma famille, mais au fond de moi, j’étais très ému. Dans l’avion, je n’ai pas arrêté de regarder ma montre. Au bout d’une heure de vol, l’hôtesse de l’air annonça l’atterrissage sur l’île de Nosy-Bé.

Avant d’arriver sur cette île, l’avion avait survolé pendant une trentaine de minutes, la ville de Diégo Suarez. D’après la petite histoire anecdotique, une es-cadre portugaise de treize navires sillonnait l'océan Indien au début du XVIème siècle, et l'un d'entre eux partit à la dérive. Son capitaine, Diego Dias fut donc le premier Européen à découvrir la Grande Ile le 10 août 1500, et baptisa cette nouvelle terre Lorenzo (le saint du jour), d'où son premier nom de Saint-Laurent. En février 1506, l'Amiral Hernan Suarez reconnaissait les lieux, et la ville acquit ainsi le prénom du capitaine et le nom de l'amiral : Diego-Suarez, capitale des Antakarana dénommée jusqu'alors Antom-boka.

Lorsque l’avion s’est posé à Nosy-Bé, sur la piste de l’aéroport de Fascène, j’ai eu comme un pincement au cœur. Déjà, d’emblée à travers les hublots, j’avais remarqué que de nombreux avions attendaient respectivement leur heure de départ. J’ai pu reconnaître le drapeau italien, malgache, allemand, chinois, brésilien, indien… Je me suis rappelé qu’il y a quarante neuf ans de cela, j’avais quitté cet aéroport, qui était dorénavant devenu international. Il faut dire que je n’étais pas tout à fait déconnecté de ce qui se passait ou de ce qui avait changé à Nosy-Bé, car j’ai eu l’occasion régulièrement, de suivre les informations sur Google actualités, prati-quement tous les jours, et j’ai eu même l’opportunité de me balader à travers les rues de Hell-Ville, grâce à Big Google Earth. Ici, la vérité n’était plus virtuelle, elle devenait physique, palpable et se défilait, sous mes yeux en vrai. De nombreuses choses s’annonçaient à l’horizon, et je n’étais pas totalement prêt à l’affronter…

Les formalités de douanes se sont bien déroulées, bien qu’elles fus-sent interminables. Nous cherchions un taxi parmi les vieilles et élégantes Peugeot et Renault qui étaient stationnées sur le parking.

A la sortie, alors que j’avais la terrible impression d’arriver sur une terre inconnue, une voix sortie d’outre-tombe frôla mes oreilles brusquement.

" - Amith ! Amith, disait cette voix roque et grave. Je ne pouvais pas m’imaginer qu’un demi-siècle après, quelqu’un pouvait encore se souvenir de moi sur cette île. Les générations n’étaient plus les mêmes et le pays était devenu cosmopolite. La population à l’aéroport semblait tellement métissée, ça ne me changeait pas tellement de La Réunion !

- C’est moi, Roger ! disait cette voix qui se rapprochait de plus en plus".
Je me suis retourné et quelle fut ma surprise quand j’ai revu et reconnu mon ami d’enfance, Roger, un métissé créole-malgache avec lequel je jouais aux billes et avec qui je construisais mes propres jouets. Ma mémoire s’éveilla, et comme une fenêtre dont les volets claquèrent brutalement à cause du vent violent de cyclone, ma mémoire ouvrit ses tiroirs un à un en laissant échapper des souvenirs que je croyais enfouis ou oubliés à tout jamais.

" -Ah, comme la mémoire est magique, disais-je alors à Vijay.
-Roger ! Toi mon ami ! On a joué ensemble, on était à l’école ensemble. Tu m’as reconnu ? C’est incroyable ! Lançais-je à Roger. Tu as tellement changé ! Jamais je ne t’aurais reconnu si tu ne m’avais pas interpellé !
-Eléonore, Vijay et Kareena, j’ai le plaisir de vous présenter mon ami d’enfance, Roger !
-Oui, tu sais, maintenant je suis chauffeur de taxi, reprit Roger. Ça fera à peu près quarante ans que j’exerce ce métier. Le taxi n’est pas à moi. Je suis payé par le propriétaire, salaire fixe quelque soit le chiffre d’affaires journalier.

-Justement, on était à la recherche d’un taxi ! Ça nous intéresse…on a réservé des chambres à l’Hôtel Diamant 10, dans le quartier de la Batterie, au bout de la ville.
-Oui, je vous y emmène, dit Roger dans un parfait français.

Je constatai que la francophonie et la francophilie, n’avaient pas perdu de leur charme, chez les habitants de cette île magnifique.

-Mais tu sais, Amith, poursuivit-il, l’île a beaucoup changé depuis ton dé-part. Tu risques d’être surpris. Avec le tourisme qui s’est développé, des choses hideuses ont choisi Nosy-Bé comme point de chute. Une certaine forme de délinquance et d’insécurité, marquée par la pédophilie, la corruption, la fraude, la circulation des drogues de toutes sortes. Mais aussi et surtout, une haute prostitution infantile se développe à une vitesse exponentielle. C’est le revers ou la face cachée de l’ouverture fortement touristique. Les Malgaches payent un prix fort ! La pauvreté est partout ! Tu verras quand on rentrera à Hell-Ville, poursuivit-il. "

Un moment de silence se fit dans le taxi. Vijay, Kareena et Eléonore semblaient un peu déçus. Ils ne s’attendaient pas à de telles explications venant de notre chauffeur.

" -Eh bien, dis-je à Roger, main-tenant que je suis là, j’ai envie de revisiter cette petite île, qui est quand même très grande dans mon cœur. Es-tu libre les deux prochaines semaines, nous serons tes clients ?

-Excellent choix, dit Roger, vous ne serez pas déçus de cette vieille Peugeot 607, et son moteur de Renault Laguna. Eh oui, cette voiture est une hybride nosybéenne, victime ou sauvée par le système D à la malgache ! Je vous promets la grande découverte, et pour commencer, je vous propose de vous faire faire un tour de Hell-Ville, la capitale, ne serait-ce que pour que vous montrer les choses qui sont restées depuis, et ce qui a été détruit par les changements et les spoliations des terres par certains étrangers manquant de scrupules.

J’entends Vijay et Kareena, qui disent, Ok c’est parti ! ".

Au bout de douze kilomètres de route goudronnée, après avoir traversé les immenses champs de cacao, et respiré la senteur d’ylang-ylang, nous rentrions à Hell-Ville. J’ai eu le temps de raconter succinctement mon parcours à Roger, sous le regard habituellement admiratif de ma famille.

Comme d’habitude, Hell-Ville, la ville de l’enfer pour certains et le paradis pour d’autres, cette ville n’avait pas réellement changé dans sa structure. Quelle fut mon émotion quand le vieux taxi fit son entrée et longea la rue principale, après avoir tourné au rond point du "château d’eau", plus connu sous le nom de Place de l’Indépendance. Retenant mes larmes, j’ai expliqué à Eléonore que cette artère principale qui m’a vu naître, portait toujours le nom de ce grand général qui sortit la France du marasme en 1944, et qui avait prononcé le discours du 18 juin 1940 ! Eh oui, De Gaulle, ce grand militaire qui a sauvé la France du joug nazi, et qui a fini sa vie en tant que président de la République, est immortalisé ici à Nosy-Bé, à Hell-Ville plus précisément où une rue porte son nom.

Hell-Ville, quant à elle, porte le nom d’Anne Chrétien Louis de Hell. De Hell, cet homme a marqué la Réunion, dont il fut le gouverneur du 5 mai 1838 au 14 octobre 1841. Par exemple, à La Réunion, Hell donna son nom au village de Bémaho qui fut désormais rebaptisé Hell-Bourg.

" -Ah bon ! Me dit Roger, les Malgaches ici disent que Hell vient de l’anglais qui signifie l’enfer. (Et il se mit à rigoler !) Amith, mon ami, bon, moi je serai ton chauffeur durant ton séjour, me dit-il, mais tu vois, est-ce que ça te dirait de m’éclairer un peu plus sur l’histoire de cette ville de l’enfer !

Et il continue à rigoler mettant en place ainsi cette bonne ambiance africaine, cette bonne chaleur typique du pays, qui m’a toujours manqué à La Réunion.

-Certainement, lui répondis-je ! Dans la limite de mes connaissances.
Vijay et Kareena, ainsi qu’Eléonore écoutaient pour une énième fois les explications qui semblaient sorties d’une boîte de Pandore, pour Roger.

-Tu vois, Roger, cette ville porte en fait le nom de Hell, un militaire d’origine alsacienne. Pour la petite histoire, sache que Hell était gouverneur de La Réunion sous la monarchie de Juillet. Le roi des Français Louis-Philippe 1er lui demanda d’envoyer des bateaux explorer la côte Nord de Madagascar. L’amiral de Hell demanda donc au capitaine Passot d’aller faire un tour dans le nord du canal du Mozambique.

-Passot, tu dis Amith, répliqua Roger, comme le point culminant de l’île ?
-Oui, répondis-je, fier de moi, car pour une fois ma passion pour l’histoire me servait à quelque chose. Et j’ai pour-suivi l’explication dans le silence attentif de mon interlocuteur.

- Alors, Roger, le 14 juillet 1840, le capitaine Passot arrivé à bord du navire de guerre la Prévoyante, place l'île de Nosy-Bé sous la protection de la France, après en avoir fait la proposition à son supérieur le contre-amiral Anne Chrétien Louis de Hell, gouverneur de l'île Bourbon (La Réunion). Il ancre en 1841 le navire de guerre le Colibri dans le sud de Nosy-Bé, et signe avec la reine sakalava Bemihisatra Tsioméko, un traité dans lequel elle cède définitivement la totalité de l'île à la France. Ce traité a pour but de soustraire l'île de l'influence merina alors grandissante, et de fournir aux Français un port dans le canal du Mo-zambique. Pierre Passot fonde le chef-lieu de Nosy-Bé et le baptise Hell-Ville, du nom de son supérieur, Anne Chrétien Louis de Hell, Gouverneur de Bourbon. Nosy-Bé devient donc française en 1841. Par ailleurs, le 25 avril 1841, le sultan Andriantsoly, roi sakalava, cède l'île de Mayotte dans l'archipel des Comores à la France, représentée par le capitaine Passot.

Celui-ci l'achète contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres. La vente est entérinée par le roi Louis-Philippe de France en février 1843. Le 13 juin 1843, le capitaine Passot prend pos-session de l'île de Mayotte au nom du roi. La population de Mayotte s'élève alors à 3000 habitants. Le 1er juillet 1847, Pierre Passot, commandant supérieur de Mayotte, promulgue l'arrêté local qui pro-clame la liberté des esclaves de Mayotte. Le volcan de Nosy-Bé a été baptisé Mont Passot en son nom. Voici mon cher ami, Roger, la petite histoire de l’annexion de l’île de Nosy-Bé.

-Eh bien ! me dit Roger, tu es une encyclopédie ambulante, toi mon grand ! Après toutes ces explications, je pourrai être un bon guide pour les futurs clients qui monteront dans mon taxi. Tes étudiants et élèves ont eu beaucoup de chance de t’avoir eu comme professeur. Un jour, il faut que je vous emmène aussi voir le Mont Passot. Si je comprends bien, mon cher ami Amith, Passot va immortaliser son nom lui aussi sur Nosy-Bé. A une vingtaine de kilomètres du grand village d’Ambatoloaka, à vélo, en 4x4 ou encore en Renault 4L, on peut atteindre le point culminant de l’île. Un point culminant d’où on peut observer un superbe coucher du soleil et admirer – à la nuit tombée, au loin, mais vraiment au loin - scintiller les lumières de Mayotte ! Ce point culminant idéal pour admirer le cou-cher du soleil - surtout en hiver austral - des plantations de teck et de sisal s’appelle le Mont Passot, du nom du fameux capitaine. Le sommet est le point le plus élevé de Nosy-Bé (330 mètres). On peut de même contempler sept lacs formés dans les cratères, toute la côte ouest de l’île et même la minuscule île de Nosy-Sakatia. Ces lacs sont considérés comme étant sacrés par les Malgaches qui viennent pour leurs cérémonies religieuses. Il est interdit de faire ses besoins et de jeter des détritus. Ils sont, par ailleurs, truffés de crocodiles - et d’après des croyances malgaches – peuplés par des créatures mystérieuses et hybrides, mythiques appelées les Bibis... Mont-Passot est pratiquement inaccessible depuis 2005 en taxi ! Il faut y aller, soit à pieds, soit en voiture tout-terrain. Mais je peux vous déposer au pied de la montée. Ça vous intéresse ?

-Bien sûr que oui ! nous répond Eléonore, toute enthousiaste ! "

Pendant que nous roulions et traversions la rue du Général De Gaulle, nous constatâmes que la circulation s’était ralentie.

" -Trop de voitures et de charrettes de zébu ! lança Roger. Nosy-Bé soufre de son insularité et de sa démo-graphie galopante. Nosy-Bé est marquée aujourd’hui par une urbanisation un peu problématique et aléatoire, liée à l’exode rural massif, et aussi due à son essor touristique pesant, depuis les années 2000. Les villages se vident et Hell-Ville connaît une forte croissance urbaine et les illusions du développement économique, typique des villes africaines. Les villages de la périphérie se vident car les personnes migrent vers Hell-Ville en espérant y trouver un travail, des soins et une scolarité pour leurs enfants. Le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé encore ! Hell-Ville est devenue un îlot de richesse dans un océan de pauvreté…
-Regarde les bidonvilles qui défi-lent à ta gauche papa ! me dit Kareena.
-Tu vois Amith, me dit Roger, ça ce n’est encore rien ! Tu verras demain je vous emmènerai à Ambatoloaka, sur la route du village de Djamandjar. Vous verrez par vous-mêmes.

Nous continuions notre visite de la ville. Lorsqu’on a traversé la rue Général de Gaulle, je n’ai pas osé regarder ce qu’il y avait à la place de la maison de mon grand-père. Cette maison, était-elle encore là ? M’attendait-elle ? Dans quel état était-elle ? Qui y vivait maintenant ? "
Nous arrivons au bout de notre périple, et j’ai constaté que la place du grand marché a été entièrement refaite.

" -Vous voyez Vijay et Kareena, ici il y avait un marché qui datait de 1954. Il n’existe plus. Les trottoirs aussi ont été rénovés, remarquais-je.

-Oui, dit Roger, toute la rénovation de l’île s’est faite sous la présidence de Marcus Rakotonirina. Tu te souviens, quand on était petit Amith, on allait écouter les discours d’un président qui avait mal fini sa carrière. Il avait été renversé par les émeutes qui se sont transformées en une révolution. C’était un militaire autoproclamé amiral, tu te souviens de son nom ? Dieudonné Tsatsirajaka. Il avait un certain charisme en tout cas ! Les Malgaches et la communauté inter-nationale (Union Africaine, l’Organisation des Nations Unis, l’Europe, l’OTAN) l’ont considéré comme étant un dictateur…

-Ah oui, il avait obtenu l’asile poli-tique d’abord en Russie, puis au Sénégal suivi de la Libye et enfin au Swaziland, celui-là ! Parfois, je me demande la véritable ligne de démarcation entre la notion de démocratie et celle de dictature ! Une sacrée cavale ! Lui dis-je. Les pays développés sont des grands donneurs de leçons mais les idéaux de la démocratie qu’ils défendent à travers le monde se confondent bien parfois dans la pratique avec les dogmes et la pratique de la dictature ! Des hommes sont morts dans le vide à travers le monde pour défendre le drapeau de la liberté et le pouvoir du peuple. Pourtant des grands pays qui ont acquis et intégré la démocratie depuis des siècles dans leurs institutions ne dé-fendent plus les modèles pour lesquels leurs ancêtres ont lutté jusqu’à la mort ! Et comme le disait Georges Clemenceau, la différence entre dictature et démocratie c’est qu’ " une dictature est un pays dans lequel on n’a pas besoin de passer toute une nuit devant son poste pour apprendre le résultat des élections. " Les peuples souffrent dans le monde car des hommes d’influence et d’ambition utilisent la démocratie comme façade de lutte, alors qu’en réalité, c’est le pouvoir temporel ou l’Argent qui les intéresse. Philippe Bouvard dans son livre Mille et une pensées disait en 2005, " Les vilaines manières des dictatures promues démocraties consistent à bourrer les urnes quand elles n'ont pas suffisamment bourré les crânes" et Georges Bernanos avait dit : " Les démocraties ne peuvent pas plus se passer d'être hypocrites que les dictatures d'être cyniques. » Nombreux sont ceux comme Vladimitref Putchdictatoff en Russie, Alfredo Stroleresshitner au Paraguay, Sergio Bermussoluslifacio en Italie, Humao Tijinzedongtaoteng en Chine, Jean-Marie de Lepoujapende en France ou encore Georges Bouchzidiotnogod aux Etats-Unis qui ont voulu opprimer leurs peuples et outrager les droits des minorités dans le monde. A ce propos, dans la vie quotidienne, dans le monde professionnel aussi, on croise, souvent d’ailleurs parmi les collègues, de ces petits caporaux à deux sous, qui sont très complexés, sournois, mesquins, envieux et jaloux maladifs, et qui s’autoproclament généraux ! Ils sont ubuesques ! Ils sont ridicules, et dans leurs complexes, ils deviennent tellement vulnérables à cause de leur folie des grandeurs et de leurs susceptibilités à diverses échelles, à multiples natures, à divers degrés, qu’ils s’apprêtent naturellement à être ridiculisés, une fois les failles découvertes dans leurs faibles personnalités de militaires machistes ! Sou-vent dans ma carrière, je me suis marré et amusé en les observant ! (rires éclatants dans la voiture). Se cachant sous la bannière de la démocratie et des institutions républicaines, ces dictateurs autocrates ont bafoué leurs valeurs et muselé par la pression et une censure indirecte, non seulement leurs propres peuples, mais aussi, ils ont utilisé le droit d’ingérence comme couverture, pour anéantir d’autres nations plus faibles et non défendues par les instances internationales œuvrant soi-disant pour la paix ! Philippe Bouvard avait dit un jour, " Imprudente démocratie qui a donné aux citoyens le pouvoir de voter contre elle sans prévoir que les caprices du suffrage universel seraient capables de la menacer davantage qu'une hypothétique dictature. " Rares ont été, et sont en effet, dans la grande histoire du monde, les vrais et sincères défenseurs des droits de l’homme et du drapeau de la liberté des peuples. Rares sont ceux qui peuvent admirer avec leurs cœurs et regarder avec fierté le tableau de Delacroix, La Liberté guidant le peuple, visionner le Dictateur de Charlie Chaplin ou encore déchiffrer le livre engagé de Gabriel Gar-cia Marquez, l'Automne du Patriarche, sans oublier Le Dictateur et le hamac de Daniel Pennac.

-C’est vrai mon ami, reprit Roger ! Le monde est à l’envers et hypocrite. Et comme l’a dit l’écrivain Umberto Eco, " Il y a quatre types idéals : le crétin, l'imbécile, le stupide et le fou. Le normal, c'est le mélange équilibré des quatre. " Les gens préfèrent les bellicistes, les tyrans et les racistes au détriment des pacifistes, des vrais défenseurs de la liberté et de la tolérance. Les vrais défenseurs des Droits de l’Homme et de l’Egalité entre les peuples, sont morts en martyrs de la Liberté ! Regarde Anouar el Sadate l’Egyptien, le Mahatma Gandhi en Inde, le Commandant Massoud en Afghanistan, Martin Luther King, Malcom X, John Fitz-gerald Kennedy ou Abraham Lincoln aux Etats-Unis, Benazir Bhutto au Pakistan, Yitzhak Rabin en Israël, l’Arménien Hrant Dink. Tous ces hommes et ces femmes qui ont lutté laborieusement en faveur de la paix et des idéaux démocratiques, ont tous été assassinés. Il y a aussi des hommes et femmes qui ont lutté dure-ment en faveur de la démocratie et pour la défense des libertés d’expression et d’égalité de traitement dans leur propre pays. Ils ont été emprisonnés. Pourtant, ils ont été des vrais défenseurs de l’étendard de la Liberté, de l’égalité, de la fraternité et surtout des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ! On peut prendre les cas d’Aung San Suu Kyi en Birmanie, Nelson Rolihlahla Mandela en Afrique du Sud, Chirine Ebadi en Iran, Lech Wałęsa en Pologne qui ont défendu les droits de l’Homme bafoués. Toutes ces personnes qui ont défendu la vérité et les droits ont été toujours mal vues. Certaines ont été tuées et d’autres em-prisonnées. L’Humanité a encore à faire dans les domaines de la paix, de la civilisation et de la citoyenneté. C’est in-croyable, l’humanité est absurde en se lançant dans ces guerres fratricides et cruelles. Tous les continents sont tou-chés. Les assassins de ces défenseurs et martyrs de la paix ont du sang sur les mains. Ce sont des gens qui n’ont rien compris à la vie…et à l’amour de l’humanité…Ils ont dû vivre avec des crimes d’innocents sur leurs consciences. Ils brandissent le drapeau rouge de la violence et du sang. Ils ont subi des bourrages de crâne des fanatiques ennemis de l’Humanité. La paix reste encore très fragile dans le monde à cause de la lutte d’hégémonie entre les puissances. Tous les crimes sont commis soit par des fous politiques, soit par des fanatiques religieux. La religion et la politique sont les deux grandes origines de la barbarie à travers le monde. A cause des gens qui ont une vision figée des choses, l’humanité stagne et ne progresse pas. La colère des peuples gronde, et les grands mouvements sanguinaires des révolutions alimentées par le réveil des consciences collectives, s’annoncent à l’horizon.
-C’est vrai, pratiquement toutes les personnes qui ont lutté en faveur de la paix et de l’équilibre ont été tuées ou emprisonnées, sauf un, je ne sais pas si tu en as entendu parler. Il a été le premier homme noir à avoir été élu Président des Etats-Unis d’Amérique, un certain Barack Obama, qui avait d’ailleurs obtenu en octobre 2009, le prix Nobel de la Paix. C’était l’effervescence dans le monde entier en novembre 2008, lorsqu’il a été élu. Je me souviendrais toujours de ce grand moment international ! Il symbolisait l’espoir et la revanche des peuples qui ont été asservis dans l’Histoire de l’Humanité. Il était devenu l’allégorie de la victoire de la fraternité et de l’égalité entre les peuples du monde. On lui a même dédié une statue géante qui est placée aujourd’hui à la place des deux tours jumelles à New-York. Il a d’ailleurs été réélu ensuite en 2012 avec 96,82% des voix. Cet homme a changé la face du monde en donnant une image plus généreuse et humanisante des USA. Il a eu raison de lutter implacablement contre le terrorisme et en même temps, il a amélioré la société américaine de l’intérieur en créant différents services sociaux (pour les jeunes, pour les exclus, pour les personnes âgées, pour les victimes des guerres et des intempéries) et il a aussi amélioré le sort des minorités asiatiques, indiennes, mexicaines et surtout noires américaines. Cet homme a été respecté partout dans le monde. Depuis la crise boursière qui a secoué le monde en 2008, il a été l’instigateur de la réforme des institutions de l’Organisation des Nations-Unis. C’est lui en effet, qui a mis en avant le droit de veto rotatif, instrument qui a limité l’unilatéralisme des cinq membres permanents, et qui a permis à toutes les puissances petites ou grandes de pouvoir prendre des décisions, rendant ainsi plus dynamique, plus souple et démocratique l’ONU. Cet homme, ce Barack Obama a fait partie, je crois du Con-grès par la suite, et il a créé l’association "Obama Human Revolution People Dream" qui apporte de l’aide humanitaire et des soins aux gens les plus démunis dans les pays africains qui font partie aujourd’hui, du quart monde…

Avec Nelson Mandela, il restera sans doute, un de ces hommes dont le charisme et l’aura resteront universels et des modèles pour les générations sui-vantes et pourquoi pas pour l’humanité entière… ".

Nous poursuivions le Boulevard de l’Indépendance, pour arriver vers la rue qui s’appelle la cour de Hell, l’ancienne ville, vestiges de la colonisation, où on voit les restes de canons, la prison, le dispensaire, l’église, la mairie, la sous-préfecture. Nous poursuivons la visite de Hell-Ville, en parcourant l’Avenue de la Libération. La jetée, le port de Hell-Ville se dressait là. J’étais en train de penser qu’un de mes étudiants réunionnais, avait préparé une thèse sur l’étude des toponymes qui est très intéressante à explorer sur Nosy-Bé. Les noms des rues (exemples. rue principale du Général de Gaulle, rue du Père Raimbault, Rue Lamy, Boulevard de l’Indépendance, rue du Docteur Mauclair, rue Cours de Hell, rue Albert 1er), les noms des écoles (ex. Ecole Lamartine) et aussi la présence de canons sur le littoral, la prison, le dispensaire, les maisons au style colonial, rappellent encore la France.

" -Tu vois la jetée, c’est de là que partent depuis 1990, les bateaux vers la pointe d’Ankify, le nord de Madagascar, me dit Roger, et aussi les excursions vers les îlots satellites de Nosy-Bé.

-Ah oui, les îlots satellites comme Nosy-Komba, Nosy-Tanikely, Nosy-Iranja et Nosy-Sakatia, sans oublier plus loin les îles Mitsiou, font de Nosy-Bé, un endroit touristique, répliquais-je à Roger. Je me souviens qu’avec des amis d’enfance, à l’époque de mes quatorze ans, on les avait tous parcourus en pirogues à ba-lancier dotées de moteur hors-bord.

- Mais tu sais Amith, s’il y a une excursion à faire, emmène ta famille vers les îlots paradisiaques de Nosy-Iranja. C’est à deux heures de traversée, émotion garantie, en plein canal du Mozambique et, tu pourras leur montrer, parallè-lement la Baie des Russes.

-La Baie des Russes ? me de-manda Eléonore, qui était d’origine bul-gare par son arrière-grand-père. Qu’est-ce-que les Russes sont venus faire à Nosy-Bé ? Rajouta-t-elle.

-Eh oui, ma chérie ! Lui dis-je. C’est une histoire incroyable, néanmoins les Russes sont bien passés par-là. Il existe même un cimetière russe sur Hell-Ville. Pour la petite histoire : Le Japon avait acquis une sphère d’influence en Chine. Dès 1874, puis 1895, il dominait la façade maritime de la Chine, avec la Corée, Formose et les îles Pescadores ainsi que l’archipel des îles Ryuku. Or l’impérialisme russe de son côté se développait puissamment dès 1902, en Mandchourie et s’infiltrait en Corée, dans la zone d’expansion justement japonaise. Le conflit - entre les Russes impérialistes et les Japonais expansionnistes - devenait donc inévitable.

-Et Nosy-Bé dans tout ça ? me demanda Roger.

- J’y viens ! J’y viens …! Lui ré-pondis-je. En 1904, sans déclaration de guerre, la flotte japonaise attaquait les navires russes à Port-Arthur, et l’armée japonaise s’emparait de la ville. La victoire de Moukden leur permit de chasser les Russes du sud de la Mandchourie. La flotte japonaise de l’amiral Togo coulait en 1905 une flotte russe de renfort. La flotte russe d’Extrême-Orient était insuffisante (28 cuirassés d’un vieux modèle) pour faire face aux Japonais. Les Russes, sur ordre du Tsar Nicolas II (1894-1917), avaient décidé d’envoyer en renfort leur flotte de la Baltique (37 na-vires très anciens) commandée par l’Amiral Rojdestvensky. Ces navires quittent le port de Saint-Pétersbourg en octobre 1904. L’Amiral Rojdestvensky, pour éviter les navires britanniques, amis du Japon, avait dû descendre la mer du Nord, la Manche, l’Atlantique jusqu’au cap de Bonne Espérance au Sud de l’Afrique. Après avoir contourné l’Afrique et fait son entrée dans l’océan Indien, la flotte russe de l’amiral Rojdestvensky a longé le Canal du Mozambique et s’est retrouvée dans la baie de Nosy-Bé. A la mi-décembre 1904, une escadre russe entra dans la rade de Nosy-Bé, sur la côte ouest de Madagascar. Les amiraux du Tsar Nicolas II conduisaient une armada de vaisseaux de la Baltique vers l’Extrême-Orient pour faire la guerre contre le Japon. Parmi ces vaisseaux il y avait l’ « Aurore ». L’escadre russe resta quelques mois à Nosy-Bé. On réparait les machines. Le matin, on entendait des coups de feu sur la rade paisible, et les maîtres d’équipage qui hurlaient dans les porte-voix : les bateaux s’entraînaient au tir. L’ " Aurore " se trouvait non loin d’un cuirassé amiral, et de son bord. On voyait les commissaires s’agiter. Le commandant était nerveux. Chaque jour lui apportait des nouvelles plus mauvaises que celles de la veille. La guerre contre le Japon touchait à sa fin. La forteresse de Port-Arthur s’était déjà rendue, et les na-vires de l’escadre du Pacifique avaient été détruits. Il allait falloir traverser l’océan, les mers du Sud, gagner les îles rocheuses de Tsushima. Depuis cet épisode de l’histoire, la baie s’appelle la Baie des Russes entre Nosy-Bé et Nosy-Iranja.

-Eh bien, tout cela, on ne le retrouve pas forcément dans les livres d’histoire, me dit Vijay. "

Je voyais qu’il était fier de son père. Il comprenait beaucoup de choses.

Enfin, après le récit de cette anecdote historique, le taxi de Roger rentra dans la rue Mauclair, où se trouvait notre hôtel. Il était déjà tard. Juste le temps de se reposer un peu, ouvrir les valises, couler un bon bain, puis chercher un bon restaurant où manger.

" -Il y a un bon restaurant, bien animé qui s’appelle " Délices de fruits de mer " juste à l’entrée de l’ancienne rue Gallieni, récemment baptisée la Rue Tsioméko, me dit Roger ! Si vous voulez, je peux vous y emmener. Je reviens vous chercher dans deux heures, si vous voulez.

-Non, merci Roger ! On aura besoin de toi, plutôt demain pour nous emmener au village d’Ambanoro ! Lui dis-je courtoisement.

-Marodoka ! me fit-il d’un air étonné. La route est très mauvaise…comme d’habitude…me lança t-il. Tu veux partir sur les rails de ton passé, toi, hein ?

-A demain, disons… vers huit heures… "

Article culturel, historique et géopolitique rédigé par Tamim KARIMBHAY professeur, historien et romancier auteur d'une monographie culturelle et historique d’un espace culturel et touristique insulaire dans l’océan Indien et le canal du Mozambique : Nosy-Bé : Âme malgache, Cœur français et du roman autobiographique et géopolitique : un hypertexte polyvalent et visionnaire : Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire à contre courant.

 
Tamim KARIMBHAY
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