Société

Histoire d’un homme d’exception : Le père Etienne Grienenberger

Samedi 3 Août 2019 - 08:11

Un petit livre vient de sortir, consacré à la vie et l’oeuvre du père Etienne Grienenberger ; une vie qui a failli s’achever à l’aube des années 60 lorsque le Spiritain, alors curé en Haïti, faillit bien être assassiné par les sbires du Papa Doc Duvalier de sinistre mémoire. « Pour cause de grande gueule car personne n’a jamais empêché cet homme de dire ce qu’il pense », précise Jules Bénard.

Nommé chez nous à la tête de la paroisse de Saint-Jacques, Etienne Grienenberger se lança dans une oeuvre monumentale, qui laisse pantois : tant de réalisations au service de la foi par le biais de l’aide aux plus défavorisés, cela paraît impossible et pourtant ! Rappelons qu’à cette époque, cette paroisse (moins étendue aujourd’hui) comptait le plus grand nombre de bidonvilles de l’île. Un obstacle qui fut loin de rebuter ce curé de choc.

Entretien avec Jules Bénard.


Comment avez-vous eu l’idée de ce livre ?
« Ce n’est pas moi. L’association LHPEG, qui poursuit l’oeuvre de « Père Etienne », comme l’appelaient ses paroissiens, a voulu rendre hommage à ce prêtre qui a tout osé et tout réussi. Elle m’a contacté. Moi-même, je le connaissais de réputation, bien sûr, sans plus. Mais au hasard des témoignages, des rencontres avec ceux qui l’ont côtoyé de près, j’ai été estomaqué, époustouflé par la puissance d’action de ce bâtisseur et, surtout, par son immense empathie envers les plus déshérités. Il a créé le premier asile de nuit pour les SDF. Il a pérennisé et amplifié la soupe populaire de Saint-Jacques.

Il a créé des églises (dont celle de la Trinité), des chapelles, des couvents. Il a créé et animé les oeuvres caritatives et centres d’apprentissage pour les démunis. Pour toutes ces réalisations, il s’occupait de tout dans les moindres détails. Avant de débuter une construction, il s’assurait des plans, des matériaux, de la maîtrise-d’oeuvre, des financements. Par ses relations avec tous, il obtenait des financements de tout côté, et des matériaux de construction avec Issop Ravate, par exemple.

On comprend, à travers cette oeuvre énorme, que son propos était bien, en sauvant les corps, en éradiquant la grande misère, de ramener les laissés-pour-compte vers la foi. Car son propos n’a jamais cessé d’être la foi. Mais quand on crève de faim, les choses de la religion sont inévitablement reléguées au second plan. L’amour au service de la foi, la foi au service des autres.

Vous semblez en totale admiration devant ce curé pas comme les autres…
« On le serait à moins…(Long silence)… Je vais essayer de peser  mes mots… Le père Grienenberger me gêne beaucoup, je l’avoue.

Comment ça ?
« Il a tant donné qu’à la découverte de ce qu’il a fait, et en réalisant cet énorme amour envers les défavorisés, il… a failli me rendre la foi. (Rires)

Vous auriez aimé le connaître personnellement ?
« Incontestablement. L’humanisme, la main tendue, l’écoute, la parole, pas forcément mystique d’ailleurs, voilà des valeurs qui ne peuvent qu’émouvoir au plus profond. Il fait partie des gens qui arrivent à transcender une vie. Même celle d’un mécréant. J’ai eu l’immense chance de rencontrer l’Abbé Pierre à Saint-Paul. C’est pareil… Quelqu’un hors du commun ! Que cet autre humaniste qu’était Coluche soit venu saluer lors de son séjour ici, ce n’est pas sans signification, non ? ».

Avant d'être expulsé d'Haïti, le père Grienenberger a été quelque peu torturé par les sinistres Tontons Macoutes de Duvalier. Style mains plongées dans l'acide par exemple
Avant d'être expulsé d'Haïti, le père Grienenberger a été quelque peu torturé par les sinistres Tontons Macoutes de Duvalier. Style mains plongées dans l'acide par exemple
Ouvrage en vente au prix de 12 euros
À La Halte Père Etienne Grienenberger
4, rue Henri-Vavasseur, 97400 - Saint-Denis
LG
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1.Posté par potola georges le 03/08/2019 12:34

A l'époque, j'allais déposer tous les semaines, quelques denrées fin DLC à saint Jacques, un jour le père Grienenberger ma demandé, est-ce que tu manges ce que tu nous apporte ? Je lui ai répondu, mon père, j'ai connu la faim dans mon enfance cela ne me dérangera pas. Alors il m'a invité à manger avec les SDF.
Le vendredi comme je terminais plus tôt, j'allais parfois manger avec eux, un plat que j'aimais bien "boudin frit rougaille tomate" je garde un très bon souvenir de ce curé et de cette époque.
Il m'a fait découvrir un monde que je ne voyais presque pas.

2.Posté par SL le 03/08/2019 19:27

J'ai 54 ans, je suis baptisé dans l'église St Jacques, on allait au catéchisme le mercredi dans des classes derrière la salle St Jean (aujourd’hui remplacée par des immeubles d'habitation angle des rues St Jacques/Ste Marie, rare endroit où Ziskakan avait le droit de jouer au début des années 80)...En tant qu'enfants on se faisait un plaisir de trainer et d'arriver en retard. Si par malheur on tombait sur le père Etienne Gienenberger, au détour d'une salle, il nous arrêtait tous et chacun son tour il nous pinçait et tirait fort sur l'oreille en nous faisant répéter très lentement "Avant l'heure ce n'est pas l'heure, après l'heure ce n'est pas l'heure, l'heure c'est l'heure"...C'était des minutes interminables...mais après on riait.... la semaine d'après on sautait la barrière pour esquiver l'entrée principal où se postait le père, pour arriver tranquillement en retard...C'était un homme formidable, bien carré...Il doit avoir une place bien méritée auprès de son créateur...

3.Posté par shenandoah le 04/08/2019 19:22

sa violence et son autoritarisme, m'a fais fuir les églises à l'age de 10 ans .......

4.Posté par Max Emile le 05/08/2019 02:35

Oui il m'a souvent pincé les oreilles avec la même chansonnette "avant l'heure ce n'est pas l'heure après l'heure ce n'est plus l'heure l'heure c'est l'heure' du coup après je bachais le catéchisme j'allais jouer au billard ou baby-foot à la salle pompier pas loin

5.Posté par BABAR RUN © le 05/08/2019 05:35

post 2 .....j'ai vécu ça aussi......ha .....la salle st jean.......

6.Posté par Jules Bénard le 05/08/2019 07:21

à posté 3 :
autoritaire sans doute ; violent jamais.
Il avait lui-même trop subi la violence pour jamais l'imposer aux autres.

7.Posté par GAJAMUK le 05/08/2019 08:16

Il faut reconnaitre ses oeuvres, mais n'oublions sa violence ! Je quittais l'école à 16 h, et le catéchisme commençait aussi à 16 h; de l'école du Butor, ou j'étais, on courrait souvent pieds nus après la classe pour aller à l'église, et si les catéchèses étaient compréhensibles envers nous, lui le père ne voulait rien entendre, ni comprendre. Si on avait le malheur de le rencontrer, alors c'était les oreilles tirées, les coup de "zot", et j'en passe. J'ai toujours trouvé ça profondément injuste de la part d'un prêtre qui savait qu'on ne pouvait pas arriver à l'heure, et que ce n'était pas de notre faute.

8.Posté par SL le 05/08/2019 18:34

Sincèrement je ne voyais pas ça comme de la violence pour l'époque. A l'école Bouvet, à cette époque arrivé en retard ou autre bêtise, c'était coup de règle carré en fer sur la point des ongles ou le dos collé au mur pour faire la chaise par le directeur... Sérieux....Moi je suis reconnaissant à ces hommes de m'avoir mis sur le bon chemin. Bon ils étaient strictes mais je n'étais pas le dernier pour déconner....J'en ris encore...Au final je les ai plus souvent "niqué" que l'inverse...Le problème aujourd’hui c'est de croire que les enfants vont se faire par eux même, sans discipline, sans responsabilité...Regardez le résultat, tous ces petits cons voyous, voleurs, délinquants, sans respect...

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