Courrier des lecteurs

Henry Sidambarom, l’indigné de Pointe à Pître

Vendredi 5 Juillet 2013 - 09:56

Henry Sidambarom, l’indigné de Pointe à Pître
2013 marque en Guadeloupe le 150e anniversaire de la naissance de Henry Sidambarom. A titre posthume le prix Félix Eboué a été attribué à ce grand homme, qualifié de sage par Victorin Lurel. L’audace du ministre des Outre-mers l’a conduit à le comparer au militant de l’abolition de l’esclavage Louis Delgrès.
A La Réunion les conférences sur l’avocat des « Malbar » se multiplient.

Le 5 juillet 1863 naissait à Capesterre Belle-Eau (Guadeloupe) Henry Sidambarom. Son père Joseph Sidambarom d’origine  tamoule était venu dans le cadre de la convention franco-anglaise de 1861 pour travailler à l’édification de l’industrie sucrière dans les colonies françaises d’Amérique. Grâce à son dur labeur, le jeune Henry bénéficia d’une existence relativement sereine effectuant des travaux domestiques mais profitant aussi d’une éducation à l’école catholique.

A l’âge de 30 ans,  il est à la tête d’une épicerie et d’une quincaillerie dans la principale ville de l’ile. Définitivement engagé dans la vie de la cité à Pointe-à-Pître, Henry Sidambarom pris part à de nombreuses initiatives en faveur des travailleurs. Président de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen, en 1910, il crée une société de secours mutuels baptisée « l’Obole ».  
En 1912, il construit un complexe culturel  de 300 places dans la capitale de la Guadeloupe.
H. Sidambarom a-t-il été franc-maçon comme le prétend la légende ?  Dès 1883, il aurait siégé dans la loge maçonnique « Les disciples d’Hiram ».

La vie d’Henry Sidambarom est marquée par une somme d’initiatives pour la défense des droits des travailleurs Indiens. Conseiller municipal de Pointe-à-Pitre dès 1897 une déception politique devait marquer sa carrière. En 1904, alors qu’il a noué un pacte avec son colistier, Charles Danae, la mairie de  Capesterre lui échappe. Pourtant sa liste remporta les élections municipales. C’est l’un des premiers  affronts qui éprouva le citoyen épris de l’idéal républicain.

Outre la déconvenue politique, au cours de cette même année, l’humaniste est marqué par une initiative du chef de la colonie. Le gouverneur, le Vicomte de la Loyère ignorant les droits électoraux aux fils d’hindous né en Guadeloupe, les rayèrent des listes électorales. Le mardi 23 février 1904, le gouverneur de la Guadeloupe contesta près le tribunal une décision  de la commission de révision de la liste électorale de Capesterre qui a maintenu Henry Sidambarom et plus de 100 autres électeurs indiens, dont plusieurs fils d’Africains, sur la dite liste. Le tribunal avait eu l’outrecuidance de rejeter la demande de radiation faite contre les susvisés par le représentant de l’Administration. Une foule s’est massée ce jour-là à Basse-Terre pour cet  événement. Henry Sidambarom, fut victime, avec une centaine de guadeloupéens de l’exclusion des listes électorales. Aussi se lance-t-il dans un rapport de force qui s’étale sur deux décennies1. Une succession de procès débute, illustrée plus tard par un opuscule réalisé par l’auteur.


Face à cette initiative gubernale, Henry Sidambarom devait déclarer que :
« Les hommes politiques nous ignorent (…) pourtant nous payons l’impôt. Cultivateurs et agriculteurs que sont les Hindous et leurs fils, nous sommes les premiers artisans de la fortune publique » soulignait Henry Sidambarom2. De ces échanges procéduraux interminables, il est à relever qu’en 1919, le ministre des Colonies E. Clémentel affirma que les fils et descendants d’hindous devaient intégrés les listes électorales. En 1922, le président du Conseil, Henry Poincaré mis fin à cette longue procédure juridique en donnant raison à Henry Sidambarom.
Après le droit de vote, le recensement
Malgré  les efforts constants de ce dernier en 1904 puis en 1906, le problème des droits des fils d’Indiens ne trouva pas facilement d’aboutissement, puisqu’en 1919 et 1922, le problème se posa à nouveau sous une forme différente. En 1922, l’Administration pris le loisir ne de ne pas intégrer les fils d’hindous dans la population globale à des fins de recensement. Henry Sidambarom dû reprendre le flambeau pour s’insurger avec force contre une circulaire du gouverneur  précisant que « les Hindous et les fils d’Hindous ne doivent pas être recensés ». Le gouverneur pria le 26 avril 1922 son interlocuteur de se référer au Journal Officiel de la Guadeloupe (25 novembre 1915), sur un avis échangé entre les gouvernements français et britannique, où il en résultait que « les descendants d’Hindous immigrés sous l’empire de la convention du 1e juillet 1861 doivent être considérés comme dégagés de toutes obligations militaires ». H. Sidambarom s’interrogea si les fils d’hindous étaient réellement français ou si l’on créait une nouvelle fois deux catégories de citoyens. Rappelons que le code civil l’envisageait mais depuis la loi de juin 1889, les fils d’étrangers sont français puisque nés sur le sol français3.
Le 15 septembre 1923 Sidambarom écrit au Ministre des Colonies en en lui disant qu’il proteste (une énième fois) contre la thèse britannique reprise par le gouvernement français qui a fait renvoyer dans leurs foyers les fils d’hindous déjà sous les drapeaux en froissant profondément dans patriotisme éclairé des citoyens français. L’ardeur de l’avocat des Indiens de Guadeloupe ne devait pas baisser d’intensité, puisque  dans une sorte de clin d’œil à La Réunion, il fustigea les grands planteurs de La Réunion, qui voulaient retenir les fils d’Indiens dans les champs, en les privant de leur droit militaire. L’histoire ira aussi loin qu’un élu rétorquera à Sidambarom en public « si j’étais maire d’une commune, j’aurais moi aussi rayé des listes électorales tous les fils d’hindous  qui ne sont pas soumis au Service militaire » selon la formule « A droits égaux, charges égales ».

L’itinéraire d’Henry Sidambarom fut exceptionnel. A La Réunion il n’y a pas eu à notre connaissance de parcours identique. Or ne peut s’empêcher de lui trouver quelques points communs avec Joseph Mourouvin. Tous les deux, d’origine tamoule, étaient des fils d’engagés.
L’histoire locale a retenu leur nom pour leurs actes de bravoure ou leur génie :
Joseph Mourouvin, était propriétaire d’une sucrerie à Ravine Glissante (Ste Rose) et courtisait l’espoir d’en acquérir une seconde.
-Henry Sidambarom, candidat malheureux à l’achat d’une sucrerie s’illustra surtout dans la défense des droits des fils d’Indiens pendant plusieurs décennies (notamment leur droit de vote). Mais ces deux personalités ont été décorés de la légion d’honneur.
Joseph Mourouvin était aussi un politique puisqu’il siégea au moins une fois en tant que président du Conseil général, au bénéfice de l’âge.

Deux conduites de fils d’engagés ou de petit-fils différentes dont l’objectif était le même : s’intégrer dans la société de naissance ou d’adoption. Les moyens pour y parvenir n’étaient pas les mêmes. Dans un raisonnement schématique : J. Mourouvin était absorbé par l’idée que tout passait par l’économique. Sidambarom lui répondait  un peu que rien n’était  possible si l’on était pas respecté dans ses droits comme tout citoyen français.

Henry SIDAMBAROM meurt le 21 septembre 1952 après une carrière de luttes incessantes. En 1948, le conseil municipal de Capesterre appuya la demande de la légion d’honneur en sa faveur. La Guadeloupe reconnaissante à son égard, lui a érigé une stèle dans la même commune. Ce n’est pas la seule marque de reconnaissance.

S’il de bon ton de souligner que le leader de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela (Madiba) pris se référa à la lutte menée par son prédécesseur le Mahatma Gandhi en Afrique du Sud, l’avènement d’Aimé Césaire (la Martinique) trouve-t-il sans doute une relation avec le combat mené par Henry Sidambaron en Guadeloupe.

Né dans les colonies de la Guadeloupe ou de La Réunion, les fils d’Indiens, estimaient évidemment que leur destin se jouait sur cette d’adoption, pour laquelle leurs pères s’étaient totalement investis. D’où l’acharnement de Henri Sidambarom et des siens pour l’intégration. Prenons le risque de tomber dans un bel anachronisme en se demandant ce qu’aurait le destin de ces ex-travailleurs et leurs descendants si la loi sur la naturalisation français (par extension le droit du sol) n’existait pas ?

J-R Ramsamy-Nadarassin,
ODI, Organisation des Diasporas indiennes
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