Société

Harcèlement sexuel: "Pour certains individus, le travail est un terrain de chasse"

Jeudi 5 Avril 2018 - 15:47

La Caisse Générale de Sécurité Sociale (CGSS) est à l’initiative d’une série de conférences-débats sur le thème du harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Le Procureur de la République, Eric Tuffery est intervenu sur le cadre légal et le risque pénal auquel s’exposent les auteurs de harcèlement.


La campagne "Arrêtons-les", lancée par le Secrétariat d'état chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes.
La campagne "Arrêtons-les", lancée par le Secrétariat d'état chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes.
"Il y aura un avant et un après l’affaire Weinstein" débute le Procureur de la République, Eric Tuffery. Et pour cause, notre île, terreau fertile de violences faites aux femmes figure dans le triste top 10 national.

C’est en partant de ce constat que la CGSS a décidé d’initier le débat, une première à La Réunion. "Montrer l’exemple, je ne sais pas si on peut se permettre d’aller jusque là mais en tous d’être moteur, forcément la CGSS a un rôle majeur dans la prévention des risques professionnels. C’est délicat de porter ce message de prévention à l’extérieur quand on n’est pas soi-même exemplaire", explique Emmanuelle Hoarau-Sautière, directrice déléguée à la CGSS.

Puni de 2 à 3 ans de prison

"Nous débattons aujourd’hui d’une infraction qui, il y a 20 ans n’existait pas, le harcèlement sexuel. Ce n’est qu’en 2012 que le Parlement a voté le nouveau texte en vigueur", relate le Procureur.

Pour rappel, le harcèlement sexuel est puni de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende, et 3 ans assortis de 50.000 euros d’amende si il y a abus d’autorité, sur mineur de moins de 15 ans, sur personne vulnérable ou en réunion.

En un an, une seule plainte déposée

"Il s’agit de propos ou de comportements à connotation sexuelle, portant atteinte à la dignité à raison du caractère dégradant ou humiliant, créant une situation intimidante, hostile ou offensante" rappelle Eric Tuffery.

La réalité rattrape pourtant le fait que ces agissements sont très rarement dénoncés. "En un an, je n’ai vu qu’une plainte pour harcèlement sexuel, et c’était un homme à l’encontre d’un autre homme", déplore le Procureur.

"Pour certains individus, le travail est un terrain de chasse"

Souvent, la victime est en position d’infériorité hiérarchique, elle peut avoir honte d’avoir été prise pour un objet sexuel, ou encore peut craindre de ne pas être crue ou soutenue. "Pour certains individus, le travail est un terrain de chasse. Nous parlons là de comportements qui peuvent être aussi destructeurs qu’un viol. La victime va devoir se lever tous les jours en sachant qu’elle devra être confrontée à son agresseur et elle n’a parfois pas d’autre choix, sinon de démissionner et s’exposer à une précarité financière" dénonce Eric Tuffery.

C’est donc pour prévenir ce type de situations que la CGSS a pris les devants. "Nous avons mené un état des lieux sous forme participative auprès de nos 1.200 salariés il y a un an et demi, sous la forme de groupe de travail. Tous ont réfléchi à leurs contraintes, leurs doutes, leurs incompréhensions. Nous avons recueilli 4.300 propositions.
 
Cette action s’intègre dans un plan d’action large qui vise à améliorer le cadre de vie au travail à la CGSS. Nous avons un axe qui porte sur la lutte contre le sexisme et le harcèlement", précise Emmanuelle Hoarau-Sautière.

"Ce qui était toléré par la société il y a 50 ans ne l’est plus maintenant"

Même si il est rare que le harceleur reconnaisse les faits, le Procureur tient à souligner que "ce qui était toléré par la société il y a 50 ans ne l’est plus maintenant. Aujourd’hui, les tribunaux portent un regard moins favorable envers les auteurs de harcèlement sexuel."
Laurence Gilibert - laurence.gilibert@zinfos974.com
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1.Posté par cmoin le 05/04/2018 17:10

Pour certains individus,le chantage à la plainte pour harcèlement sexuel est un outil pour avoir un emploi ou une promotion.

2.Posté par justice_ou_non? le 05/04/2018 22:10

et si un salarié est harcelé à la CGSS par sa direction comment fera le procureur de la république après s’être montré aux côtés d'un des parties ? il étouffera la plainte pour éviter que la question de sa partialité ne se pose et pour éviter la honte ? Ou il se déclarera en conflit d’intérêt ?
pas très avisé ce manque de réserve... Le risque de dissuader des plaignants éventuels à la cgss n'est pas nul.
Tout comme le risque d'avoir des employeurs qui utilisent des fausses accusations de harcèlement pour régler leurs comptes...

3.Posté par No comment le 06/04/2018 00:22 (depuis mobile)

Facile de le dire par contre pour le prouver avec des preuves

4.Posté par CQFD le 06/04/2018 07:47

"En un an, je n’ai vu qu’une plainte pour harcèlement sexuel, et c’était un homme à l’encontre d’un autre homme", déplore le Procureur.

ah bon? et peut-on savoir ce qu'est devenue cette plainte? instruite ou aux oubliettes comme tant d'autres?

5.Posté par sexisme le 06/04/2018 08:39

et l'affiche qui illustre l'article, elle n'est pas sexiste ? Pourquoi qu'un homme sur l'affiche ?
Cela ne s'est jamais vu une femme qui utilise sa position hiérarchique pour obtenir des faveurs sexuelles ? Si vous répondez non, demandez a Mariah Carey et allez voir google.

Il est indéniable qu'il faut soutenir les victimes (hommes et femmes) de harcèlement de toutes natures et plus que cela, être conscient de risques et oser les dénoncer (là c'est une responsabilité collective de ne pas fermer lâchement yeux et oreilles quand on est témoin et ce même si on a peur de conséquences pour soi-même -loi de protection a faire comme pour des lanceurs d'alerte ?) et les condamner (encore faut-il des preuves solides si on refuse une justice impartiale).

Mais si c'est en attisant la guerre des sexes, je ne sais pas si cela sera tellement productif... car les prérequis sont l’éducation et l’émancipation pour faire évoluer favorablement notre société

6.Posté par SNOEK le 06/04/2018 18:16

Post N° 5. Plutôt d'accord avec vous même s'il faut bien reconnaître que dans l'immense majorité des cas ce sont des hommes qui pratiquent le harcèlement sexuel. La " libération de la parole " à laquelle nous assistons est globalement plutôt salutaire mais il y aura inévitablement des excès, des abus, de l'aveuglement et du fanatisme. Il ne faudrait pas oublier non plus que ce sont TOUS les rapports de domination qui sont intolérables pas seulement ceux à caractère sexuel et pas seulement entre hommes et femmes.

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