Santé

Greffe de rein: "Le système peut être optimisé à La Réunion", estime Alexandre Loupy

Vendredi 2 Mars 2018 - 09:25

"L'insuffisance rénale chronique est reconnue aujourd'hui comme un énorme fléau majeur qui touche tous les pays". C'est l'inquiétant constat que dresse le Professeur Alexandre Loupy. Le néphrologue réunionnais, de renommée internationale, participe aux journées de l'insuffisance rénale organisées par l'Aurar, réunissant experts, professionnels de santé et patients pour dresser un état des lieux des parcours de soins.

"Il y a à La Réunion des populations qui sont un peu plus vulnérables", souligne le spécialiste, énumérant problèmes d'hypertension artérielle, diabète, surpoids, mais aussi facteurs génétiques -ces derniers facteurs n'étant pas encore totalement élucidés.

De plus en plus de maladies rénales 

Si pour beaucoup de patients, la greffe de rein (aussi appelée transplantation) apparaît comme la seule solution pour vivre correctement, les organes disponibles manquent cruellement. "La situation de pénurie d'organe est mondiale. En France, 10.000 personnes sont sur liste d'attente. Il n'y a que 3.500 transplantation par an et 85.000 patients insuffisants rénaux terminaux pour lesquels des traitements de suppléance sont effectués", décrit Alexandre Loupy.

Actuellement, à La Réunion, "il y a 2000 patients qui sont traités par dialyse ou transplantation ; les trois-quarts sont traités par hémodialyse. Ce sont des chiffres qui progressent chaque année", précise-t-il. Car les maladies rénales bondissent de "7% par an", selon le Professeur, ce qui en fait un problème de santé publique, au même titre que le cancer du sein, ou de la prostate. Pour toutes les personnes présentant des facteurs de risque, un dépistage annuel est indispensable.

De la sensibilisation pour faire face à la pénurie d'organe

Alors que ce sont "des millions de personnes [qui] meurent chaque année dans le monde à cause des dégâts causés par l'insuffisance rénale chronique", les acteurs travaillent sur plusieurs niveaux d'améliorations, notamment celui de la sensibilisation à la greffe. 

"Pour ce qui est des donneurs décédés, il s'agit de sensibiliser l'opinion, les collectivités, les acteurs de santé au prélèvement d'organe, et pour les donneurs vivants, il y a un travail important à faire sur les populations. À La Réunion il y a des fratries importantes donc potentiellement un pool de greffons utilisables. Ça passe par de l'information, de la collaboration, et, comme le permettent ces journées, par des échanges d'informations entre professionnels de santé, pour permettre d'optimiser le système. Le système peut être optimisé à La Réunion, c'est évident".

La greffe, une "renaissance"

L'intelligence artificielle ouvre également des perspectives d'amélioration. "Nous développons des outils qui sont des aides au diagnostic de l'humain. Le médecin pourra s'aider de la machine pour mieux sélectionner les personnes pour qui la greffe sera indiquée. Ce n'est pas de la science-fiction, on l'utilise déjà". 
 
Pour Natacha Rabour, transplantée il y a 28 mois, l'opération a été une renaissance. "J'ai été greffée grâce au don de ma maman en octobre 2015", confie celle qui a été frappée par la maladie dès l'âge de 12 ans. "La dialyse c'est une survie, si on n'a pas la machine on meurt. Pour moi, la greffe c'est une nouvelle vie, c'est une date de naissance. Ceux qui ont envie de donner un rein à un proche, renseignez-vous, c'est possible", tient-elle a adresser. 
--

L'interview du Professeur Alexandre Loupy : 



 

Le témoignage de Natacha Rabour, transplantée il y a 28 mois : 

Marine Abat - marine.abat@zinfos974.com
Lu 2443 fois



1.Posté par noe le 02/03/2018 09:55

Tienbo les reins tous les 2 serrés !
Belle chanson !
La greffe est très utile s'il y a des donneurs morts sur la route ...

2.Posté par Bruno Bourgeon le 02/03/2018 10:22

C'est un peu plus compliqué que cela. la greffe donneur vivant doit être promue, c'est sûr, elle est insuffisamment pratiquée dans l'île (moratoire depuis 13 ans, l'activité devrait reprendre en avril). Certes les familles sont nombreuses, mais le poids des pathologies est important : prendre un rein à quelqu'un, ce n'est pas anodin, on ne le fera que si le donneur évidemment volontaire est en parfaite santé. Or diabète et hypertension ont une connotation familiale importante. Autre problème du donneur vivant : bien souvent c'est la femme pour l'homme dans un couple. Et lorsque c'est l'inverse (cas idéal), la femme s'est souvent immunisée contre son époux via ses grossesses, et la greffe devient tout simplement impossible. Donc la greffe entre vifs n'est pas simple.
De plus, esprit subversif oblige, si l'on mettait tous les moyens financiers que l'on met actuellement pour la greffe et la dialyse, vers la prévention, c'est certain qu'il y aurait beaucoup moins de personnes à dialyser ou à greffer. Deux points à méditer.

3.Posté par bismarck le 02/03/2018 12:46

Oui Mr Bourgeon
Et si faisait un peu plus attention à l'hygiène alimentaire il n'y aurait pas non plus de pathologies induites ni de chirurgie de l'obésité mutilante

C'est vrai
Mais ça repose sur la volonté , la discipline , autant dire une denrée rare

4.Posté par dionysien le 02/03/2018 13:02

La personne qui donne son rein de son vivant , devrait être prioritaire de recevoir un en cas de besoin lui meme , car je pense que c'est également un des freins du don .

5.Posté par spartacus974 le 02/03/2018 13:43

Quand on sait que certains dialysés refusent la greffe de peur de perdre leur allocation d'adulte handicapé ....la promotion de la greffe du rein peut paraitre un trompe œil.La dialyse est une contrainte lourde,pénible et dangereuse à long terme .Le refus de certains pour une greffe en dit long sur leur détresse sociale.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter