Faits-divers

Fautif ? Roué ? Contrit ? Madré ? L’art de se faire détester…

Mercredi 31 Octobre 2018 - 16:00

​Correctionnelle Champ-Fleuri, mardi 30 octobre 2018


Fautif ? Roué ? Contrit ? Madré ? L’art de se faire détester…
C’est-y pas Dieu possible ? Il voulait retourner en taule, ce gars. Comment expliquer, sinon, qu’il ait déployé tout son arsenal d’anti-sympathie pour se faire honnir à ce point ? Il a réussi à soulever contre sa personne un torrent de détestation qui en était quasiment palpable. Autant vous dire que s’il désirait réintégrer sa villégiature de Domenjod, ben il ne s’est pas loupé, le gus !

"Vous êtes fatigué, monsieur ?"

Pour bien marquer le coup d’entrée de jeu, il débarque débraillé, sale comme un vieux peigne, et pour mettre les juges à l’aise, s’affale sur le bac des témoins, cuisses en éventail, gros soupir d’agacement en guise de bonjour.

C’était mal parti et le président Molié ne s’est pas privé de le lui faire remarquer :
"Vous êtes déjà fatigué, monsieur Lancry ? Je vous prie de venir debout à la barre !" Le tout avec une exquise affabilité qui ne prêtait pas du tout à confusion.

Il faut dire que l’affaire qui le conduisait à la barre du tribunal est hélas trop commune, trop lamentable dans sa navrante répétition. Des affaires comme celle de Judicaël Lancry mettent souvent en cause des tristes sires comme lui et nombre de femmes trop naïves, trop amoureuses pour se rendre compte qu’elles se livrent pieds et poings liés à des fumiers (on ne peut les appeler autrement) qui n’auront de cesse qu’ils ne les ait dépouillées de ce qu’elles ont, bagnole, compte en banque…

Ils ont vécu quand même sept années en commun avant que la malheureuse ne décille enfin ses yeux. Elle gagnait bien sa vie en sa qualité d’aide-soignante. Lui becquait quelque clef ici ou là quand son corps té pas trop maf’. La voiture ? Elle l’a achetée. La marmite ? C’est elle qui la faisait bouillir ? Son argent de poche ? Ben… il s’est débrouillé pour en avoir pas mal. D’abord en utilisant les codes personnels de sa compagne pour se faire inscrire au Pôle emploi. Riez pas ! riez pas ! le Pôle emploi existe bel et bien… Il a même une tétrachiée de fonctionnaires dans ses bureaux. Me demandez pas à quoi ils servent : je n’en sais rien. Personne n’a pu me donner la réponse.

Sept années durant, il vole sa "chérie" et l’État !

Sans doute par manque de contrôle, les employés de ce digne organisme lui versent très vite une rente viagère, à savoir des indemnités de chômage. Au cours des années, on calcule qu’il aura touché la bagatelle de plus de 11.000 euros. Mais à qui la faute ? À lui qui a triché ? Ou aux employés du Pôle-assistance trop surchargés de boulot qu’ils n’en ont même pas le temps de vérifier les sornettes qu’on leur débite au kilomètre ?

Sieur Lancry doit penser que ce n’est pas suffisant. Il pique la carte bancaire de sa trop gentille copine et s’envoie des virements sur son propre compte ou s’offre des cadeaux en loucedé, en tout pour plus de 7.000 euros. La pauvre dame s’en prend à la banque qui lui joue de bien mauvais tours… sans imaginer une petite seconde que le ver est depuis longtemps dans le fruit.

Vous pensiez qu’il s’arrêterait en si bon chemin ? Tiens donc ! Elle a acheté une voiture pour se rendre à son travail. L’autre immonde parvient à lui faire croire qu’il vaut mieux échanger la Fiat 500 contre une moto qui conviendrait mieux à son statut à lui. Comme il a causé des dégâts à la voiture, il s’arrange pour se faire établir un faux certificat de réparations et de contrôle technique, en imitant plus de signatures qu’un dingue du stylo. Et trouve un copain pas très futé, pas très regardant, pour accepter la combine.

Plus de voiture ! Mais il a quand même eu le temps de se faire choper par les forces de l’ordre pour conduite sans permis et sans assurance. Car que croyez-vous qu’il ait fait avec l’argent destiné à payer l’assurance ? Oui. Ça minm ! Pour faire bon poids (on n’est jamais trop prudent), il imite des signatures bancaires sur les certificats de non-gage du véhicule, lequel n’a pas été entièrement payé.
Wasabi et piment-martin

Déjà condamné in tas èk in paquet d’fois pour vols, escroqueries diverses, conduite sans permis ni assurance, falsifications de chèques, Lancry a été sacrément assaisonné par le ministère public. Une sauce à base de piment-martin avec un zeste de poivre et une louche de wasabi pour donner du goût. Faut que j’lui demande sa recette.

Les réquisitions ont été vite suivies par les juges. Et quand je dis "vite"… Le tribunal se retire pour rendre sa décision. L’huissier a à peine le temps de dire à la cantonade « Vous pouvez vous rasseoir ! » que les juges sont déjà de retour. C’était réglé comme du papier à musique.

Son canard té trop noir, camarade : un an ferme, à effectuer après l’achèvement des condamnations qu’il purge déjà. Plus le remboursement de ce qu’il a volé à son ex, plus le remboursement des prestations indûment versées par Pol-les-futés.

On se demande bien comment il va casquer tout ça. Ah si : le conseil départemental, dans sa grande empathie, lui a laisser miroiter un petit emploi vert pour quand il sortira. Oui, mais quand ?
Jules Bénard
Lu 1699 fois



1.Posté par jlr le 31/10/2018 16:31

Une remarque en passant : les employés de Pole-Emploi ne sont pas fonctionnaires .

2.Posté par Kom i antan le 31/10/2018 17:49

" Lui becquait quelque clef ici ou là quand son corps té pas trop maf’. "

Voilà l'illustration parfaite, à mon sens de ce qu'il faut faire si l'on souhaite la mort de la lange créole : mélanger dans une même phrase le Créole et le Francais, employer des expressions purement créoles en y insérant des mots français, jusqu'à " re-franciser " des mots créoles venus eux-mêmes du Francais, avant d'être transformés par l'usage local...
Car le verbe bécquer n'existe pas dans la langue française.
" Lui bécquait quelque clef ", c'est une ignominie ! C'est comme si l'on disait en Franglais : I want you parler french !

3.Posté par L'Ardéchoise le 31/10/2018 20:57

A 2 : les noms d'habitants ou de peuples prennent une majuscule, lorsqu'il s'agit de la langue, l'usage veut que ce soit une minuscule...
Ceci dit, au Maghreb, il n'est pas rare d'entendre des conversations mêlant arabe et français.
En France, il est horriblement fréquent d'entendre des conversations mêlant français et anglais.
Au Canada, c'est encore plus flagrant.
Et c'est ainsi dans de nombreux pays.
Alors "ignominie", vous y allez peut-être un peu fort, tout comme "mort de la lange (sic) créole !
Vous n'avez même pas relevé que Jules mélange aussi l'argot à un français châtié (un vrai délice)...

4.Posté par La gitane le 31/10/2018 20:57 (depuis mobile)

@post 1 : avec un salaire moyen de 2000 € c'est tout comme !

5.Posté par Kom i antan le 31/10/2018 21:39

Allez, comme il ne suffit pas de critiquer, voici deux propositions de votre phrase en Kréol :

A li, té i bèk-bèk in klé tazantan, par si par la, kan son kor té pa tro maf.

Lu, lu béké inn klé d tanzantan, par isa, par laba, kan k son kor lété pa tro maf. ( créole dit des hauts )

Ni artrouv

6.Posté par Jp POPAUL54 le 31/10/2018 22:04

Pauvre dame... Vie professionnelle et sentimentale... le même sacerdoce.

7.Posté par un observateur le 01/11/2018 00:04

@ post 2, Kom i antan : allé jouer cannettes don .
Comment i cause la majorité des réunionnais, sinon en créole / francé.
Le Jules la cause in manière tout' t moune i comprend.
L'inogminité cé ou.
Il est parfois très difficile d'accepter sa "couillonisme"... n'est ce pas ?

8.Posté par Kom i antan le 01/11/2018 01:55

A l'Ardéchoise

Dont acte pour les majuscules. On mettra cela sur le compte de la passion. Et je ne parle même pas du lange dans lequel je me suis empêtré...

Cela dit ( et non " ceci dit ", soit dit en passant ), l'arabe et le français ne sont pas menacés comme l'est la langue créole, fragilisée par l'absence de graphie officielle et par sa proximité avec la langue française.

Non, le mélange francais / anglais ne se fait jamais dans la même proportion que le mélange francais / créole dans les écrits de votre ami Jules, sauf quand on veut se moquer... Ce qu'un certain Alain Hubert, humoriste Réunionnais, faisait très bien en se moquant d'Auguste Legros !

Vous trouvez le mot "ignominie" un peu fort, c'est à dessein ! D'abord l'enjeu me semble important, ensuite votre ami Jules, lorsqu'il apostrophe quelqu'un, y va rarement avec le dos de la cuillère. Qu'il fasse donc attention avec mon amie la langue créole !

9.Posté par Jules Bénard le 01/11/2018 07:47

À posté 2 "Kom i antan" :

Votre point de vue est éminemment respectable, monsieur. Toute pensée transporte l'intime conviction de son auteur. Je vous remercie d'avoir lancé le débat.
Ceci posé, si je respecte votre opinion, je ne la partage pas.
D'abord parce qu'une langue qui n'évolue pas est une langue morte. Et je serais le premier à être malheureux si nos belles langue, française et créole, venaient à disparaître.
Ensuite parce que dans cette chronique juridique, je ne vise nullement à de la haute littérature. Je veux juste piquer la curiosité de mes lecteurs à l'aide de quelques petites audaces de vocabulaire.
Ce mélange des mots, je n'en fais pas... "une grammaire", c'est le cas de le dire. Je ne veux surtout pas donner de leçon à qui que ce soit. J'essaie juste d'établir une petite complicité amicale et comique entre mon lectorat et moi. Ce qui semble marcher pas trop mal, vous ne croyez pas ?
Heureux d'avoir débattu avec vous, cher lecteur. Et au plaisir de vous relire bientôt.
Bien cordialement, JULOT.

10.Posté par Kiki le 01/11/2018 17:03 (depuis mobile)

Non, c t-y pas dieu possible ? Il existe encore des femmes comme ça? El n''avez la bile dane zié koué ? Sa m''derange pas kreol, francé.Au moin,mi comprends. Et c la mort de rien di tou! J''me suis marré en le lisant ! Franchement!

11.Posté par Kiki le 01/11/2018 17:13 (depuis mobile)

Ben quoi ! On melange bien l''anglais et le français. Toute langue est issu d''un mélange de l''une de l''autre.On le parle tout naturellement, s''en est pas offusquent!Par contre,un profond respect pr l''orthographe francais. Indeniable !

12.Posté par Kiki le 01/11/2018 17:41 (depuis mobile)

Que dire du kreol de mes grd parents!navé un taco d'mot ke pers.noré compris zordi!toué ,moué,aster,mi,look,soubik...que faire? Tout evolue.Mais,on n'oublie pas ses racines pr autant.Oubli pas ton racine ti frère,racine la terre....

13.Posté par L'Ardéchoise le 01/11/2018 20:06

A kom i antan -
Mon cher, vous lancez là deux vastes débats, dont le sempiternel "langue créole", laquelle sans graphie, ou alors de multiples graphies, tend à rester un langage parlé que malheureusement la jeunesse n'emmène pas vers de beaux jours.
Le second, c'est le "ceci dit" ou "cela dit", qui n'en finit pas de diviser jusqu'à nos dictionnaires et leurs auteurs !

Quant à l'anglais qu'utiliserait Jules, on ne peut effectivement pas comparer, car il me semble que c'est rarissime. Je ne parlais pas de lui en ce qui concerne le galimatia français-anglais, mais des Français en général, notre "éminent" président y compris...
Cordialement.

14.Posté par Kiki le 01/11/2018 21:36 (depuis mobile)

Galimatia francais-anglais. L''anglicisme est dans le vocabulaire français.Ce n''est pas comme le sketche de F.Renaud ou il dit :"ns sommes en France, parlons français! " a notre époque c''est devenu pire ! Lol !

15.Posté par Kiki le 01/11/2018 22:08 (depuis mobile)

C un code ke les anciens avaient pr ne pas se faire comprendre de leur "maitre "et maintenant c pr ke vs primo-arrivants le vive comme un "galimatia "notre dialecte aura encore de beaux jours.Écrit comme parler....

16.Posté par Kom i antan le 02/11/2018 14:11

Merci, Jules Bénard, d'avoir pris le temps de revenir sur ce sujet qui me tient à cœur. Nous sommes tous les deux soucieux du devenir de la langue créole, mais nous divergeons sur la façon de la protéger.

Certes, une langue qui n'évolue pas est vouée à disparaître, mais le problème ne se pose pas du tout en ces termes pour notre créole. C'est plutôt l'inverse qui se produit. Elle évolue trop vite, inondée d'apports extérieurs trop nombreux qui ont pour effet de diluer son capital de mots dejà bien modeste. C'était d'ailleurs l'une des craintes de notre regretté Daniel Honoré qui s'évertuait à répertorier tout ce qui pouvait aider à consolider notre langue.

Traduction de ce paragraphe par un proverbe créole : Inn ti pe langré i nouri, tro langré i brul !

Pour ce qui est de " piquer la curiosité du lecteur " en utilisant des mots et pressions créoles, vous avez raison, ça marche bien, mais j'alerte ces mêmes lecteurs sur le risque du mélange involontaire que cela comporte si l'on ne prend pas quelques précautions.

Daniel Honoré donnait l'exemple suivant : " Le pon sur lekèl mwin la pasé... " C'est une tournure qui n'existe pas en créole. " Le pon mwin la pas desu..." Ça, c'est du créole !

Alé, ni artrouv !

17.Posté par Kom i antan le 02/11/2018 14:30

A l'Ardéchoise

Je crois que nous ne nous sommes pas totalement compris...
Je ne parlais pas du tout de l'utilisation du franglais par Jules Bénard. J'extrapolais en inventant une phrase me paraissant aussi incongrue que ce que j'avais relevé dans le franséol utilisé par Jules Bénard.

Quant à la langue créole, je pense que de la parler la fait vivre et de l'écrire garantit son avenir. Mais nous sommes à l'heure du choix de la graphie, ce qui n'est pas une simple affaire...

Ni artrouv !

18.Posté par Kom i antan le 02/11/2018 14:45

O Kiki, koman i lé ?

Mi konpran pa tro kosa ou ve dir, surtou dann post 11, tro for pou mwin.
Mé mi ar-tonm dakor sanm ou dann post 15 : nout krėol lé pa in galimatia, foutor !!!

Mé di a mwin in kou, Kiki, mi éspér ou pran pa mwin pou in primo-arivan ?

Ni artrouv !

19.Posté par Kom i antan le 02/11/2018 16:50

A Un observateur, post 7

Eskuz si mwin la tardé pou réponn a ou, mwin la parti jwé kanèt. Byin domaj ou té pa la, sinon mwin noré dégos out bann zagat !

Bon, koz sérié. Swa ou na rézon é i fo pa tro nou lé étoné si in bon pe rénioné i pérd lér pou koz é pou ékri en fransé.
Swa ou na tor pars ou la pa byin rouv out kanèt le zie é surtou out zorèy. Kan rénioné i mélanj, i mélanj pa ninort koman. Par égzanp, pérson' i di pa " sa couillonisme ". I di " sa kouyonis " ou byin " " son kouyonis ".
Si ou rod doulér, mi lans a ou in défi : trouv a mwin in mo dan la lang kréol i fini par " isme ".

Dérnié zafér, mi wa ou la ésèy débat pou invant in mo kréol : " l'inogminité ". Lès tonbé, mounwar, mi wa pa kèl kréol i sar ansérv sa in jour.

Ni artrouv si ou ve.

20.Posté par Kom i antan le 02/11/2018 18:32

Ayayay, ankor in léskuz pou Un observateur...

I fo pa lir " ninort koman " mé " ninport koman " dann mon post 19.

Sakinn son tour pou k le dwa i trok...

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