Justice

Dur-dur d’être honnête ! "Boir de l’eau… Boir de l’eau..."

Mercredi 1 Février 2017 - 12:06

Correctionnelle Sud – Mardi 31/01/2017


L’honnêteté ne paie pas ; la filouterie non plus, Gilbert, commerçant au Tampon, l’a appris à ses dépens.

Gilbert est âgé de presque la cinquantaine et c’est un travailleur. Petit, chauve et assez décontracté, il n’a pas de casier judiciaire. Depuis de nombreuses années, il gère une petite épicerie : pains, viennoiserie, chocolats, plus quelques articles de consommation courante. Il a tenu ce petit commerce de proximité avec sa compagne, des années durant.

La mésentente ayant fait ses ravages, Gilbert est devenu seul gérant du commerce mais les choses se sont mises à aller de mal en pis. Pas la faillite mais pas loin.

Et puis " youpi… youkaïdi… yacou… alalamon zaffair… ", la buvette d’à côté ferme ses portes. Cela fait la désolation des poivrots nocturnes ayant pris la titubante habitude de venir se biturer là jusqu’à très tard dans la nuit… et jusqu’à plus soif.

A quelque chose malheur semble bon. Et pour rester dans les on-dit, le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres. A condition la loi i engarde pas ou !

Les gosiers pentus perdent leur centre de ravitaillement. Grave question : où se soûler tranquillement maintenant ?

Notre ami boutiquier, bien que prudent côté loi, récupère la clientèle à son corps défendant. Il n’y voit qu’un moyen sûr de remonter la pente du magasin qui penche du côté qui va tomber ! Au début, les mômes Picrate ne font que lui acheter leur bibition nocturne avant de se  mettre carrément à consommer sur place.
" Moin lavé bien dit à zot i boir pas en’-dans là mais mi pouvais pas fé la police non plus. En pluss’ que ça, c’est d’z’habitués, toujours les mêmes têtes. Si ou mette in’ déor, toute i chappe ! "

Deux circonstances joueront contre notre timoré boutiquier.

D’abord, les picoleurs font du bruit, ce qui est gênant à partir d’une heure avancée. Secondement, les voisins le dénoncent à la gendarmerie akoz corbo i dort pas. Les gendarmes vont donc établir une surveillance digne d’Eliott Ness pour constater… que c’est vrai : si certains clients causent, chantent et picolent à loisir au-dehors, quelques-uns se poivrent à l’intérieur, ce qui est formellement interdit quand on n’a pas de licence IV.

A la barre, avec une bonne volonté touchante, Gilbert reconnaît tout. Son épicerie ne débitait plus grand-chose, il courait vers la ruine et n’y consentait pas : " Mi voulais travailler, moin, et gagne ma vie. " Depuis, il a fait le nécessaire pour obtenir la fameuse licence IV.

Gilbert fait du commerce depuis près de 20 ans et c’est bien la première fois qu’il a des bricoles avec la loi. Depuis, il ne sert plus à boire, en attendant l’autorisation des services concernés.

Eu égard à sa bonne volonté, et pour ne pas lui ôter ses moyens d’existence, le tribunal ne l’a condamné qu’à 2000  euros d’amende, dont 1500 avec sursis.

Il n’a pas manqué de remercier chaleureusement la présidente Corrine Peinaud.
Jules Bénard
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