Faits-divers

Du jamais vu : la victime rapporte les hardes du voleur au tribunal

Jeudi 26 Avril 2018 - 16:33

Les gaietés de la Correctionnelle


Il est des jours où l’on se dit qu’on aurait mieux fait de rester couché. Et d’autres, « qu’un bon rire vaut un bifteck ! » Comme ce matin.

Il vole celui qui l’hébergeait

Michel Nayagom, 26 ans aux caramboles, t-shirt et short foutus comme l’as de pique, comparaît entre ses gendarmes préférés car bonhomme vient de la résidence hôtelière de Cayenne. Il ne s’en cache pas, il se fait tartir à cent sous la demi-heure et semble ailleurs, sauf au tribunal. Ses soupirs à fendre l’âme d’un cordon de moresse parlent assez.

L’amer Michel est voleur compulsif, surtout quand il a bu. Le souci est que ses séances de murge prononcée durent souvent longtemps, d’où larcins en tous genres.

Il a déjà cinq condamnations en guise de viatique judiciaire, ce qui ne le chagrine guère.

Les 4 et 5 février 2017, il est hébergé chez son ami M. Crédule (nom fictif… ou presque) à la Saline. Un brave homme qui prête attention et chambre aux délaissés ou semblants tels. Il donne à dormir, mais aussi à manger et, serviable à n’en plus pouvoir, conduit souvent ses "protégés" là où ils expriment le désir d’aller. Le biset parfait, quoi ! (J’ai bien écrit BISET, tas d’inconvenants !)

Comme ce chic type de M. Crédule ne pense jamais à mal, il laisse traîner ses affaires un peu partout sans penser qu’on peut vouloir les lui subtiliser. Cela part d’un bon sentiment, certes, mais quand il s’agit d’une carte bleue, mieux vaut être un peu prudent, ça mange pas d’pain !

Le 4 février 2017, la CB de M. Crédule joue la fille de l’air.

Dans le même temps, Michel disparaît et, d’un seul coup d’un seul, lui qui est plus fauché qu’un champ d’ananas après Fakir, se met à jouer les grands seigneurs. Hôtel, restaurants et champagne pour les potes, la CB se vide plus vite que Rocco Sifredi. Quelque 2.500 euros en trois jours.

Suite à la plainte de M. Crédule, les gendarmes de l’Ouest remontent une filière pas trop compliquée et c’est la propre copine de Michel qui finit par dire que "peut-être qu’il se pourrait bien qu’il soit possible que je dis ça mais je ne dis rien", et somanqué c’est Michel qui a taxé la carte bleue.

"Moin la appelle à lu 50 fois !"

Vite alpagué par les pandores, l’homme ne fait aucune difficulté pour reconnaître les faits. Oui, il a bien piqué la CB. Oui, elle "traînait" dans la pochette de la portière de bagnole. "Mais que faisait-elle en cette galère ?"

Dans la foulée, tant qu’on y est, il donne la liste impressionnante de ses victimes : 14 en tout, excusez du peu !

Restaurants, cafés-tabacs, discothèques, hôtels dans l’Ouest (huppés, les hôtels), stations-services, magasins d’alimentation, snacks et autres prestataires de services ou de denrées. Il faut croire que l’homme, dans sa dérive, a quand même su choisir ses dépenses car un tel nombre de victimes laisse pantois pour trois jours d’arnaque.

C’est lorsque le propriétaire de la CB, le trop naïf M. Crédule, est arrivé à la barre, que l’atmosphère s’est allégée d’un coup.

M. Crédule traine un baluchon : "Ce sont ses vêtements", annonce-t-il à une présidente Peinaud aussi médusée qu’amusée. "Pour quoi faire ?" demande la Présidente. "Ben lé à lu. Mi voulais pas jeter, akoz lé à lu, ça ! Moin la téléphone à lu in bon peu d’fois pour dire à lu viens rôde ses affaires, au moins in’ cinquantaine de fois. Lu la jamais v’nu !"

"Il aurait eu du mal à vous répondre puisqu’il était en prison", explique la Présidente qui réprime à grand-peine son fou-rire.

"Ben voilà, moin la amène ses affaires jordu alors".

"Je ne sais pas s’il pourra les emporter aujourd’hui", réplique gentiment la Présidente, de plus en plus en joie. Nous aussi.

"Je veux rembourser" - "Avec quoi ?"

Michel ne semble pas avoir vraiment eu besoin de voler : il avait un emploi en CDI peu avant les faits. Pourquoi a-t-il quitté son emploi, voilà qui relève du mystère ; lui-même n’en sait rien et s’il fallait s’attarder à de telles bricoles… semble dire son haussement d’épaules.

À la substitut Coupry qui lui pose malgré tout la question, il ne peut que répondre : "Moin té fine boire, moin té saoul". Comme si c’était pas évident. Le ministère public insiste : "Mais après, pourquoi avoir continué à dépenser sur la carte de ce monsieur ? Vous étiez encore ivre ?"

"Il y a plus de choses dans le ciel, Horatio…" Il n’en sait fichtre rien.

La représente du Ministère public réclame 4 mois fermes. Invité à ajouter quelque chose, le sieur Michel affirme assumer, regretter, se morfondre en désolations diverses et pleurer toutes les larmes de son corps du fond de sa prison où il est aide-cuisinier. En attendant, il veut rembourser sa victime première, monsieur Crédule.

Une note de plus, Michel devra effectuer 5 mois de gnouf en sus de la peine qu’il accomplit (il en avait déjà pour jusqu’en décembre) et rembourser 2.288,39 euros à ce brave Crédule qui est reparti avec le sourire et son baluchon.

"Bon, ma ramène chez moin, alorsss !"

Jules Bénard

P.S. : La réplique de Michel me rappelle une très ancienne audience saint-pierroise où le Président Garric avait dit, avec la cadence de tir d’une MG-42, à un gars qui avait démoli un bistrot alors qu’il était pété comme une figue trop mûre : "Vous avez bu du rhum, du cognac, du whisky, du bourbognac, encore du rhum, encore du whisky, des dodos, de l’esprit de canne, du Punch-des-Îles, et enfin une dernière bière, avant de vous en prendre à ce bistrot qui ne vous avait rien fait. Pourquoi cette dernière petite bière ?" - "Ben… j’avais une tite soif !"

Il fallut évacuer la salle.

Jules Bénard
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1.Posté par KoKo le 26/04/2018 18:30

Pauvre M. Crédule ! J'espère qu'il ne récidivera pas, lui non plus !

"Pourquoi a-t-il quitté son emploi, voilà qui relève du mystère ; lui-même n’en sait rien et s’il fallait s’attarder à de telles bricoles… semble dire son haussement d’épaules." : joliment tourné, c'est beau !

2.Posté par Choupette le 26/04/2018 20:15

"Il est des jours où l’on se dit qu’on aurait mieux fait de rester couché"

Il y a des expressions qu'il vaut mieux éviter ces temps-ci ... . (Voir Maniron)

3.Posté par véridik le 26/04/2018 20:31

Pour une fois, j'ai bien rigolé

4.Posté par L'Ardéchoise le 27/04/2018 01:22

J'ai eu l'impression que cela faisait une éternité que je ne m'étais pas marrée autant !
Drôle d'histoire drôlement bien troussée ...

5.Posté par Michel, l'as de la CB le 27/04/2018 13:48

Compte rendu hilarant comme d'habitude, avec des expressions bien imagées. On en veut d'autres !

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