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[Dossier] 20 ans après : un hommage national problématique pour Kaya


Comment rendre un hommage national à une célébrité défunte quand l’épouse même de la personnalité refuse d’y être associé ? C’est le dilemme du gouvernement.

Par E. Moris - Publié le Samedi 9 Février 2019 à 12:40 | Lu 819 fois

Ce 21 février 2019, cela fera 20 depuis que le décès du chanteur emblématique Kaya à Alcatraz. 

Il s’agit non pas de la célèbre prison située sur une île dans la baie de San Francisco, mais du surnom donné au centre de détention situé aux Casernes centrales. Joseph Réginal Topize, connu comme Kaya, est donc décédé alors qu’il était en détention. Cela avait débouché sur des émeutes qui auraient pu mettre le pays à genoux économiquement et même socialement.  

Cette année, le gouvernement veut offrir un hommage national à Kaya. Et hier, le Conseil des ministres a avalisé la liste des activités qui seront organisées afin de commémorer la vie (et la disparition) de celui surnommé le roi du seggae.  

Ainsi, plusieurs concerts sont prévus dans la journée du 21 février prochain. Les membres du Conservatoire national de musique François Mitterrand seront devant l’esplanade de la mairie. Quant à l’association 'Les Vents d’un Rêve’, ses membres se produiront devant le bâtiment d’Air Mauritius. Enfin, les musiciens de l’atelier Mo’zar seront au marché de Port-Louis. 

Le même jour, et toujours à la mairie de Port-Louis, est prévue une table ronde où les paroles des chansons seront analysées et disséquées. Enfin, dans la soirée, une grande animation musicale réunissant plusieurs artistes se tiendra au Caudan Waterfront. 

« Une commission d’enquête » 

Le hic, c’est que l’épouse même de Kaya ne sera pas de la partie. Dans les médias, depuis que ce projet d’hommage national a été évoqué, sur la motivation du gouvernement. 

Est-ce que cette initiative découle d’arrière-pensées politiques, surtout en une année de campagne électorale ? C’est la question qu’elle a posée dans son intervention à une radio.  

Pour Véronique Topize, le meilleur moyen de saluer la mémoire de son défunt mari est d’instituer une commission d’enquête pour faire la lumière sur son décès. Elle insiste que ceux responsables du décès de Kaya en cellule n’ont pas été traduits devant la justice.  

Rappelons qu’en 2000, Véronique Topize avait entamé des poursuites contre le commissaire de police et l’État, qu’elle rendait responsables du décès de son époux. Elle a basé sa plainte sur différents rapports d’autopsie faisant état de multiples blessures et de lacérations sur le corps du chanteur. Elle réclamait des dommages de Rs 10 millions avant  d’accepter la proposition de l’État, qui lui offrait Rs 4,5 millions.  

Le rapport Matadeen 

Kaya avait été arrêté le 19 février 1999 pour avoir fumé du gandia lors d’un concert du Mouvement Républicain en faveur de la dépénalisation du cannabis le 14 février. Suite à son décès, des émeutes avaient éclaté dans tout le pays. Par la suite, une commission d’enquête avait été instituée pour faire la lumière sur ces troubles et autres désordres survenus dans différentes parties du pays. Elle était présidée par le juge Keshoe Parsad Matadeen, l’actuel chef juge. Il avait Azad Jeetun, alors directeur de la Mauritius Employers Federation et le défunt Rivaltz Quenette pour assesseurs.  

Le rapport, publié en octobre 2000 par le gouvernement MSM-MMM, était d’une sévérité extrême à l’égard de Navin Ramgoolam, Premier ministre et ministre de l’Intérieur à l’époque durant les émeutes, le Commissaire de police, le Mouvement républicain et ses dirigeants, dont Rama Valayden. La commission d’enquête a reproché à Navin Ramgoolam son mode de fonctionnement et surtout le fait qu’il n’a pris aucune mesure au début des émeutes.  

Soulignons cependant que Navin Ramgoolam et Rama Valayden avaient contesté certaines conclusions du rapport Matadeen et avaient obtenu gain de cause.  

Période noire  

Ce triste 20e anniversaire et l’hommage national prévu auront quelques avantages. D’abord, ils permettront de revenir sur la vie de cet immense artiste. Ensuite, Les plus jeunes, qui ne l’ont pas connu, auront l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) son grand talent. Enfin, avec de la chance, peut-être que certaines langues se délieront à cette occasion. Et ainsi, la population aura l’occasion de mieux comprendre ce qui s’est passé durant ces jours d’émeutes. Car de nombreuses zones d’ombre demeurent toujours.
 
 


 

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