Economie

Deux tiers des exploitations de vaches laitières de l'île ont mis la clé sous la porte ces cinq dernières années

Mercredi 11 Décembre 2019 - 14:21

Près de deux tiers des exploitations de vaches laitières ont mis la clé sous la porte à La Réunion ces cinq dernières années. C’est ce qui ressort de la dernière enquête menée par le média indépendant La Relève et La Peste, qui s’est penché longuement sur l’épineux de la leucose bovine, qui touche plus de 70% du cheptel dans l’île.

La fermeture de ces exploitations laitières s’est accompagnée ces dernières années "d’une augmentation des suicides dans l’île, accompagnant l’augmentation des suicides chez les paysans en France", rapporte le média.

Pour rappel, la leucose bovine, une maladie contagieuse non transmissible à l'homme, touche plus de 70 % du cheptel laitier à La Réunion. Une présence encore très marquée dans l’île alors que sur le territoire national, grâce à des opérations de prophylaxie régies par arrêté ministériel de 1990, la maladie a ainsi quasiment disparu après abattage systématique des vaches contaminées. Il n’existe à ce jour aucun traitement contre ce cancer des vaches.

Une inaction qui avait valu au ministère de l’Agriculture de se faire taper sur les doigts par le Conseil d’État en mars 2017. Ce dernier reprochait en effet au ministère l’exclusion de La Réunion des conditions de lutte et de surveillance contre la leucose bovine enzootique.

La Relève et La Peste s’interroge sur cette exonération et se demande si les mesures appliquées sur le territoire hexagonal  n’ont pas été prises pour des raisons sanitaires, mais plutôt pour des raisons économiques, "pour que la métropole puisse continuer à exporter ses vaches". "La Réunion, elle, n’est pas exportatrice, et l’importation de bovins (d’un pays étranger) interdite".

"Ainsi la coopérative Sicalait, qui détient le monopole de l’importation et de la vente des  vaches sur l’île, a continué à vendre aux producteurs réunionnais des génisses venant de métropole qu’elle savait porteuses du virus. 70 % de son lait est infecté par le virus. Le taux de mortalité sur l’île est ainsi deux fois plus élevé qu’en métropole : 11,7 % contre 5,9 %", écrit le média.
Ruinés, des anciens éleveurs balancent sur le système Sicalait-Urcoopa
Willy Bélizair, l’éleveur en faillite n’a plus que sa voiture pour maison

Malgré ces chiffres et les remontées de terrain, les autorités sanitaires et les préfets successifs ont durant de longues années soutenu que les vaches touchées par la leucose vivaient parfaitement avec la maladie. La Sica Révia était également montée au front, estimant être la cible d’attaques sans fondements sur la qualité de la viande bovine locale. « Cette campagne de la peur, d’abord conçue pour jeter le trouble sur la filière laitière, fait de la filière bovine viande la première victime de ces dommages collatéraux", avait indiqué la coopérative dans une tribune libre le 1er août dernier.
La leucose bovine "ne présente strictement aucun danger pour l’homme"

"La DAAF nous dit que tout va bien, mais s'il s'avère que les vaches meurent de cette maladie, il faut que les autorités trouvent rapidement des solutions. Recommencer sur de nouvelles bases (…) Ces dernières années, 50 % des éleveurs ont mis la clé sous la porte. La filière est en danger", avait déclaré le 11 mars dernier Jean-Bernard Maratchia (CGPER), lors de la mobilisation des éleveurs devant la DAAF de Saint-Pierre. Une opération qui faisait suite à l’exclusion de deux éleveurs de la Sicalait, Jean-Paul Bègue et Georges Lauret, après une opération coup de poing particulièrement médiatique.
Exclus de la Sicalait: Les 2 éleveurs déversent des litres de lait devant la Cité du Volcan

À l’heure actuelle, les risques sanitaires sur l’être humain sont officiellement "minimisés", ajoute le média. Néanmoins, "des études américaines ont montré un lien entre le développement du cancer du sein chez la femme et la séropositivité des vaches".

Le site revient par ailleurs sur le jugement rendu le 30 octobre dernier par la cour d’appel de Saint-Denis, qui a rendu un arrêt condamnant la Sicalait et la reconnaissant comme responsable de la contamination d'un élevage. La Sicalait avait vendu 41 vaches (dont 30 séropositives au regard de la leucose) entre 1997 et 2000 à un éleveur, Joseph Payet. Des génisses vendues avec un certificat de bon état général, mais n'avaient fait l'objet d'aucun dépistage de leucose. Après avoir constaté une baisse de sa production et de la fécondité de ses vaches, Joseph Payet avait été contraint de mettre la clé sous la porte en 2003.
Leucose bovine: La Sicalait enfin reconnue coupable

Si "aucun montant d’argent ne pourra réparer" les pertes de Joseph Payet, La Revue et La Peste estime malgré tout que  "cette victoire peut encourager d’autres agriculteurs à oser parler, dans ce milieu où l’isolement règne".

Dans un communiqué faisant suite à ce jugement, la présidente de la Sicalait, Martha Mussard, avait indiqué que la coopérative allait bien faire appel de la décision. Tout en se refusant à commenter la décision de justice, Martha Mussard avait assuré que la "Sicalait a toujours respecté les réglementations sanitaires en vigueur à La Réunion". 

Pas de quoi calmer les relations de la coopérative avec les associations de consommateurs UFC Que-Choisir et CLCV. Quelques jours après la prise de positon de la Sicalait, les deux associations reprochait à la coopérative son manque de transparence sur le devenir du lait et de la viande provenant de vaches réformées.  

Lors de sa venue dans l’île fin octobre, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé un plan "zéro leucose à La Réunion". Et avait employé une célèbre formule de feu Laurent Vergès ("nou lé pa plus, nou lé pa moin") pour exprimé sa vision sur le sujet. "Le cheptel devra être assaini en quatre ans. C’est l’objectif qui paraît atteignable", avait affirmé le chef de l’Etat…
Emmanuel Macron annonce un plan zéro leucose à La Réunion

À lire également:

Bœuf pays : CLCV Réunion et UFC Que Choisir OI dénoncent "un abus de position dominante"

Filière lait: Les associations de consommateurs interpellent la présidente de la Sicalait

Plaine des Cafres: Des éleveurs retiennent des fonctionnaires de la DAAF sur leur exploitation

La préfecture rassure sur la situation sanitaire du cheptel bovin à La Réunion

Les agriculteurs "ignorants" de l'ADEFAR attendent une explication du préfet
Nicolas Payet
Lu 1921 fois




1.Posté par Samwinsa le 11/12/2019 19:00 (depuis mobile)

Tout va bien madame la marquise...

2.Posté par BEN VOYONS le 12/12/2019 19:35

Si je comprend bien, j'ai intérêt à acheter des briques de lait qui viennent de l'extérieur !

3.Posté par GIRONDIN le 12/12/2019 21:14

2.Posté par BEN VOYONS
Oui, tu en trouves dans toutes les grandes surfaces et les marmailles trouvent bon.

Allez-y !

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie

Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 24 Janvier 2020 - 10:02 La Chambre de métiers d'attaque pour 2020