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Courrier des lecteurs

De l’intérêt commun et de la politique : deux notions intiment liées et pourtant trop rarement associées à la Réunion (et ailleurs…)


Actualités municipales obligent, je souhaite partager ici une petite réflexion sans prétention sur la notion de l’intérêt commun et sa place - ou plutôt sa « non place » - dans la politique comme un des principaux enjeux du bon fonctionnement et de l’efficacité de la politique dans notre société.
J’étayerai dans ces quelques paragraphes ma vision de la politique en donnant ma réponse à la question « Pourquoi a-t-on besoin de politique ? » et je comparerais cette dernière avec le mésusage constaté aujourd’hui dans la pratique.

Par K P - Publié le Jeudi 27 Mars 2014 à 16:08 | Lu 752 fois

De l’intérêt commun et de la politique : deux notions intiment liées et pourtant trop rarement associées à la Réunion (et ailleurs…)
Du besoin d’intérêt commun…
 
Ma réponse à la question « Pourquoi avons-nous besoin de la politique ? » se trouve dans une idée principale que je pose en postulat : l’intérêt personnel ou individuel prédomine sur l’intérêt commun ou général. 
Probable survivance de l’amour de soi de l’ « état de nature » de l’Homme tel que décrit par Rousseau (Rousseau suppose l’existence d’un « état de nature » purement théorique avant l’instauration de l’état social dans lequel l’ « Homme naturel » est animé par deux passions : l’amour de soi et la pitié. L’amour de soi, c’est l’instinct de conservation, ce qui fait que l’homme cherche à se préserver et à se conserver. La pitié incite, quant à elle, l’homme à avoir une « répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible et principalement nos semblables »), on peut difficilement contredire que la majorité des femmes et des hommes ont naturellement tendance à prioriser leur propre bien-être, leurs propres besoins et leur propres intérêts personnels. En soi, cette attitude peut être justifiable voire légitime.
Si nous pouvons nous accorder sur le fait que chacun peut avoir des besoins et des intérêts différents selon leur contexte de vie, leur position dans la société ou leur motivation personnelle, il paraît alors évident que la vie en société puisse devenir problématique. En effet, vivre en société, et donc sur un espace commun et partagé, où chacun chercherait à faire le meilleur pour lui-même en tenant compte principalement de ses propres besoins, de sa volonté et de sa vision, rendrait le bon développement et le progrès de cette société très difficile et complexe.
 
… à la politique
 
C’est là que la notion de politique intervient. Sans entrer dans de nouvelles considérations philosophiques, on peut définir unanimement que la politique est le cadre donné à une société organisée pour développer et faire fonctionner cette dernière. La politique établie dans une société doit permettre de faire progresser celle-ci plus efficacement en définissant un projet et un mode de fonctionnement qui aura été validé par les habitants de cette société afin que cette dernière soit le plus profitable à l’intérêt de général. Par ailleurs ce projet d’intérêt commun ne peut être la simple somme des intérêts personnels de chaque individu car ces derniers sont souvent trop divergents.
L’intérêt général peut être interprété comme la recherche du bien-être de tous, ou du moins du maximum de personnes sans oublier la réduction complète ou du moins maximale du « mal-être » ou l’inconfort pour tous les habitants d’une société. 
La politique apparaît donc comme un moyen d’aller au-delà de l’instinct de l’intérêt personnel de chacun pour définir l’intérêt général.
 
Ramenons maintenant ces considérations théoriques au contexte du vote et de nos municipales.
 
De la responsabilité du citoyen et de ses choix politiques (légitimes ?)
 
En reprenant le postulat sur la prédominance de l’intérêt personnel, on peut comprendre que le citoyen lambda aille voter pour un projet qui va maximiser son propre intérêt personnel même si ce projet ne permet pas forcément un réel développement et progrès pour la commune elle-même. Certains citoyens vont même encore plus loin dans cette démarche et on le voit trop souvent à la Réunion puisqu’il va préférer voter pour un candidat qui va lui promettre de l’aider personnellement (facilitation à certains services, déblocage de situation administrative, problématique personnelle de foncier, projets pour son quartier ou promesses d’embauche et j’en passe…) en ne considérant pas ou du moins peu le projet global pour la ville.
Pour résumer vulgairement : « Je vote pour ce candidat car il pourra m’aider ou améliorer mon quotidien en s’occupant de moi, de mes problèmes et de mon quartier ».
Je ne critique nullement ces comportements qui sont souvent légitimes mais on peut distinguer deux catégories de personnes (je prends volontairement deux cas extrêmes comme illustration) :
La personne qui a du mal à gérer le quotidien et qui est dans une difficulté permanente. Ainsi, n’est-il pas compréhensible que quelqu’un qui a du mal à payer son loyer ou acheter suffisamment à manger pour sa famille n’ait pas de considération pour le réel développement de sa ville sur le moyen/long terme et qu’il préfère voter pour celui qui lui promet un contrat de travail même si celui-ci ne dure que deux mois.
La personne aisée qui n’a pas de grosses difficultés mais qui est un peu égoïste et va chercher à maximiser son propre intérêt d’abord avant de s’intéresser réellement aux autres qui sont dans un contexte de vie complètement différent. 
Si l’on sort du cadre illustratif de ces deux cas extrêmes, on peut illustrer cette divergence d’intérêts personnels et de problématiques différentes en faisant le lien avec les tendances de vote parfois commune au sein d’un groupe de même catégorie socio-professionnelle où chacun soutient le projet qui est dans l’intérêt de sa propre situation.
Si ces comportements sont compréhensibles et légitimes, sont-ils réellement justes et bons d’un point de vue purement moral et politique où l’intérêt général doit primer ?
En effet, lors de ses choix politiques, ne devrait-on pas essayer, autant que faire se peut, d’intégrer un peu plus cette notion d’intérêt général ? Ainsi lorsqu’on analyse un projet et les promesses d’un candidat, posons-nous la question des bénéfices pour nous mais également des bénéfices ou conséquences négatives pour les autres habitants de notre ville. Quel est alors le bon choix entre :
un candidat (associé à son projet, ses idées, ses promesses ou autre) qui peut faire « avancer notre propre bien-être » de 10 pas mais laisser au même stade ou pire faire reculer celui d’autres habitants de la ville de 5 pas,
un candidat dont le programme politique va moins servir notre intérêt personnel en nous faisant « avancer seulement de 5 pas » mais qui va servir également les intérêts des autres pour les faire « avancer également les de 2 ou 3 pas »
Dans le deuxième cas, vous gagnez moins d’un point de vue personnel mais vous servez davantage l’intérêt commun et donc la politique.
 
De la responsabilité des représentants politiques
 
Ces considérations sur la responsabilité du citoyen dans ses choix politiques restent théoriques et applicables par peu d’entre nous surtout dans un contexte où la vie apparaît comme difficile et où il est légitime de regarder en priorité sa propre situation. Je ne cherche donc pas à juger les électeurs même si chacun doit s’efforcer de laisser une plus grande place à cette notion d’intérêt commun dans ses choix politiques voire de vie.
Par contre, je me permets de condamner sans gêne les personnes qui s’engagent soit disant en politique mais qui nuisent à cette raison d’être de la politique qui est l’intérêt commun.
En effet, selon moi, s’engager en politique est un choix et une responsabilité qui n’est pas à la portée de tous. Pour s’engager en politique, il faut se sentir capable de faire passer l’intérêt général et le bien commun avant ses propres intérêts personnels et cela n’est pas chose facile. Le principal problème en politique réside bien dans cette incapacité à faire passer l’intérêt commun avant les intérêts personnels et cela s’observe pleinement dans nos élections municipales. 
Je ne citerai que quelques exemples de cas à la volée : le candidat ou représentant politique dont l’intérêt premier est l’accès au pouvoir et à la mairie pour servir leurs propres intérêts (utilisation du pouvoir pour des fins personnelles et professionnelles, placement au sein de la mairie des proches et du réseau ou accord à ces derniers de certains avantages ou facilités ; le candidat qui se rallie avec un autre dont les idées sont parfois en totale opposition pour obtenir des postes d’adjoint même si les projets qui seront mis en place vont à l’encontre de ses convictions ; les candidats qui font preuve de démagogie et de clientélisme en soudoyant et en leur promettant de belles choses (contrats aidées ou autre aide ponctuelle sans compter les bons d’achat et autre moyen de pression) à des personnes démunies face aux difficultés du quotidien et qui n’ont pas d’autres choix que d’accepter ces propositions qui restent rassurantes même si les effets de ces dernières sont éphémères.
 
Même si mon courrier est un peu caricatural, que la réalité est bien plus complexe et subtile et qu’il ne faut pas tout généraliser, je pense sincèrement que cette notion d’intérêt commun gagnerait à être mise en avant plus souvent dans les débats politiques…




1.Posté par Mwa la pa di le 27/03/2014 18:07

J'abonde dans cet écrit. C'est une vision réelle de notre petite société ou le souci de soi efface le souci des autres. Et où les candidats et les élus maitrisent parfaitement l'art de maintenir les personnes fragiles dans une dépendance à l'égard de la quête attendue ou de la dette entretenue.

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