Société

"Cyclone-48", Jenny, Hyacinthe, Firinga… Z’histoires des cyclones oubliés

Mercredi 8 Février 2017 - 12:29

Photos d'illustration
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Janvier 1962… Un matin radieux, une scène invraisemblable, presque un vaudeville sur le perron de la préfecture. Un petit homme, barbu, rouge comme une pivoine, engueule un autre homme ventru, grand et fort, qui rigole à perdre haleine. 

Le petit barbu rougeoyant n’est autre que le sympathique mais caractériel Malik, directeur des services météorologiques. L’autre est Perreau-Pradier, "divan-le-terrible", préfet de La Réunion. Un fonctionnaire, si haut placé soit-il, enguirlandant le préfet, on n’a jamais vu ça, et pourtant…

Fou-rire contre apoplexie

Au-dessus de Saint-Denis, le ciel n’a jamais été aussi bleu. Pas un nuage, pas le plus petit nimbus, juste un souffle d’alizé plus ténu qu’un soupir de moustique…

L’enragé barbu explique pourtant qu’un foutu abruti de tonnerre de cyclone s’apprête à dévaster l’île malgré les apparences lénifiantes. Rien n’y fait, le Perreau s’étouffe encore plus de rire au fur et à mesure que le petit Malik file vers une apoplexie inquiétante.

"Mais voyez donc, mon cher Malik, le temps n’a jamais été aussi beau !"
Malik le sait pourtant bien, lui. Des stations perdues sur des Iles plus éparses que le puzzle de Bernard Blier, là où prévoit encore le temps avec le doigt levé (demandez à ti-Guy Zitte), lui parviennent régulièrement des indices prouvant que le tonnerre va se déchaîner. Le préfet, plus sceptique qu’une fosse, n’y croit pas et refuse de déclencher l’alerte.

Il a tort…

40 pêcheurs disparus!

Il a tort car à 14 heures, sans prévenir, sans crier gare, sans sourciller… Jenny rase La Réunion.

Le cyclone, annoncé par Malik à l’autre incrédule rigolard, déboule par la région de Saint-Benoît, effectue ses ravages sur les Plaines, et ressort en trombe, c’est le cas de le dire, par la région Etang-Salé-les-Bains/Saint-Leu. Région de pêche intense à la pirogue.

Bilan de cette incrédulité préfectorale : près de 40 marins pêcheurs portés disparus. Parce qu’on ne les avait pas prévenus !

Ce n’est pas le premier gros cyclone à porter mort et désolation sur le "caillou". De mémoire de vieux Réunionnais, on se souvient de 1917 et, pire encore, du "cyclone-48" qui fit des dizaines de morts, des millions de dégâts, des centaines de kilomètres de routes à rectifier, des radiers à recouvrir, de milliers de gens à reloger… et les écoles fermées pendant des semaines, le temps de les arranger sinon de les reconstruire.

C’était le temps où les cyclones ne se nommaient que par leur année d’épouvante ; c’est à partir de 1962 qu’on les baptisa… de noms féminins, allez savoir pourquoi.

Volcan contre cyclone

Jenny eut tout de même le bon goût de ne pas s’attarder, rasant l’île en moins de temps qu’il ne lui en fallait. Les filaos d’Etang-Salé-les-Bains y laissèrent la moitié de leur population.

Mais comment faisait-on avant, direz-vous ?

Les Créoles, de longue date accoutumés à la venue des météores, regardaient les signes avant-coureurs multi séculaires. Lorsque les guêpes nichaient dans les cases à partir d’octobre, c’était signe que cela chaufferait sévère en janvier-février, à tous les coups. Si les fourmis, en longues colonnes obstinées, transportaient leurs oeufs sur leur dos, de l’extérieur vers l’intérieur des cases, même conclusion : elles cherchaient un asile. Enfin, de vieux gramounes disaient que "si volcan i pète, pas besoin moude poiv’, cyclone i trouve pas son chemin !" Luc Donat en a même fait une chanson mais la nature lui a donné tort puisque si le volcan s’est manifesté en 1962, on eut droit cette même année au cyclone Carol. Et paf pour les dictons !

Firinga-la-mutine

Annonces ou pas, les Créoles avaient l’habitude, acquise de longue date, de se méfier des vacances janvier-février. Bougies, allumettes, graisse, tout était stocké mais en quantité raisonnable, personne ne s’attendant à soutenir un siège de plusieurs mois. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’on souffre de cette redoutable pandémie appelée "la peur d’manquer" !

Plus qu’inquiétant, le cyclone était surtout un spectacle. Une fois portes et fenêtres assurées, une fois de gros galets bien posés sur les toits de paille ou de tôle, on s’installait sur le pas-de-porte pour profiter du spectacle. Ah! une toiture complète voltigeant gaiement… Elle est verte ? C’est celle d’Arsène.

Dans Firinga, bien calé dans mon fauteuil aux Casernes, j’en ai vu plusieurs profiter ainsi du vent pour aller baguenauder et voir du pays. Ce qui prouve que les tenons et mortaises de nos gramounes sont plus sécurisants que les tôles juste maintenues avec quelques plaquettes en fer-blanc assujetties par des pointes ridicules. Gramoune té pas couillon, ça !
Ceci me rappelle une blague très prisée par notre ami polémiste en chef… Un gars et sa femme, sur le pas de leur porte, regardent la pluie tomber à verse. "La plu i coque", dit l’homme. "Elle na d’l’chance", réplique sa femme..

Des routes en peau de mandarine

Le cyclone Clotilda a encore laissé la preuve que les méthodes de nos anciens avaient fait leurs preuves et que changer pour laisser son nom n’est qu’une attitude de trou-du-cul !

Des ingénieurs de l’Equipement, daoir té qui sorte déièr soleil, ont jugé que les caniveaux étaient dangereux. Ce à quoi Jacques Lougnon avait dit que les voitures étaient faites pour rouler sur la route, pas dans le caniveau. Peine perdue, on boucha nos antiques caniveaux.

Total des courses, quand il y a trop d’eau, comme lors de Clotilda, et pas de caniveau, l’eau va où elle veut. C’est ainsi que le Boulevard-Banks de Saint-Pierre (et bien d’autres axes routiers) se transforma en peau de mandarine décossée !

Où sont les 5 ports dionysiens ?

Oublie bande loçons gramounes i coûte toujours cher. Ainsi ceux qui osèrent construire dans un lit asséché de la rivière d’Abord où les cannes avaient poussé. Certain riche possédant, au plus fort de Firinga, vit sa belle Mercédès se barrer à travers les cannes… toute seule. On n’a jamais retrouvé la Mercédès, laquelle constitue sans doute un magnifique casier à langoustes au large du port de Saint-Pierre.

Il faut dire que Firinga, qui a traversé très vite La Réunion, comme Jenny, n’y est pas allée de main-morte : elle a contraint les édiles à refaire entièrement le port de Saint-Pierre. Seul point positif de l’affaire.

Ceci est un avis, un avertissement sans frais à ceux qui ne tiennent JAMAIS compte des leçons de l’Histoire :on ne gagne jamais contre les forces déchaînées de la Nature.

Il y eut ainsi 5 ports différents à Saint-Denis. Où sont-ils ?
Jules Bénard
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1.Posté par kersauson de (P.) le 08/02/2017 12:51

encore ce benard
pffffffffffffff

2.Posté par annonyme le 08/02/2017 13:26

Belle histoire . Pour ceux qui koner pas. Et surtout triste aavant on aavait pas tt les techniques pour annoncer les cyclones.

3.Posté par Jules Bénard le 08/02/2017 16:25

à posté 1 :

encore ce kersauzon ! Buerkkkkk !!!!

4.Posté par lan le 08/02/2017 16:57

Dommage qu'à l'époque on avait pas de smart phone sinon : "ohh la belle verte ooh la belle bleue...." voiture bien sûr et firinga aussi bien sûr et dans le sud bien sûr. pour remplacer ton pffffffffffffffffff par "tonnerre de brest" : https://www.youtube.com/watch?v=r_EzCyWseYg

5.Posté par A Jules le 08/02/2017 17:52

Granmoune et pas gramoune.
C'est monde grand et non pas monde gras.

6.Posté par Pamphlétaire le 08/02/2017 18:47

Un petit homme, barbu, rouge comme une pivoine, engueule un autre homme ventru, grand et fort, qui rigole à perdre haleine.
Le petit barbu rougeoyant n’est autre que le sympathique mais caractériel Malik, directeur des services météorologiques. L’autre est Perreau-Pradier, "divan-le-terrible", préfet de La Réunion.

Le préfet, plus sceptique qu’une fosse, n’y croit pas et refuse de déclencher l’alerte. Il a tort…

Conclusion : Il suffit d'un décret pour faire un préfet mais on ne fera jamais un homme du monde avec un décret.

7.Posté par L'Ardéchoise le 08/02/2017 18:56

C'est gros, cette histoire de gras, néna démoune i cherche la tite bête !
Au lieu de s'attacher à ce récit du tan lontan, qui prouve que dame Nature reprend toujours ses droits, tôt ou tard.

8.Posté par Jean-Marie A. le 08/02/2017 19:39

Granmoune et pas gramoune, merci au post 5 de le rappeler ou de l'apprendre à JB. Dans Granmoune (qui vient de grand-père ou grand-mère, on disait aussi dans certaines familles gros-père, gros-monmon, gros-tonton, gros-matante, mais jamais gras) il y avait le respect du vieux créole, dans gramoune il y a la trivialité, la vulgarité. Rappelle à zot, il n'y a pas longtemps encore on disait et on écrivait Granmoune Lélé (voir son premier disque). Les jeunes journalistes y sortent sortent dehors ont popularisé le mot impropre. On voit aussi que JB n'a pas connu la case en paille : jamais de galets sur son toit,. les galets c'était pour empêcher les feuilles de tôle de s'envoler.

9.Posté par pipo le 09/02/2017 05:40

la case en paille : jamais de galets sur son toit,. les galets c'était pour empêcher les feuilles de tôle de s'envoler.

ok ok je vois...

10.Posté par lapoletchi le 09/02/2017 08:53

"heureusement " que Firinga n'a touché que le sud . si le nord ( la capitale) avait été dévasté comme le sud les réparateurs ( eau éléctricité , routes ) auraient mis deux fois plus de temps à remettre en état nos réseaux .
2 mois sans eau et sans electricité vers Bérive.......
Firinga est passé très vite heureusement , mais ses dégats ne sont pas près d'etre oubliés , sauf par ceux qui ont reconstruit dans la ravine leur maison emporté par les eaux .....

11.Posté par Bayoune le 09/02/2017 09:31

Post 8, effectivement sur les toits de paille, vétyver ou canne, on pesait les rames de pailles avec bambou, mat de soka ou encore des piyé de figue. Pour le cyclone Jenny, sauf si ma mémoire me trompe, ce n'était pas en janvier, mais le mercredi 28 février 1962 - que tous les habitants de Cemin Sévère à Ste Anne ont été balayé par la mer qui a traversé la route nationale et jeté les kazes dans la ravine Bras Maltèr?. Il n'y a eu que deux kazes qui sont restées debout sur le parcours de la vague, un certains Marc B. et Rémane G.

12.Posté par li le 09/02/2017 10:27

Gra'moun Granmoun
Comment dire?
Selon que l on soit plus proche du nord que du sud
Qui ne tient que de la prononciation "à la patate chaud"
Zot la pa fini débat' marmay

En attendant dé sertin té di : di enkor de lu " gra'moun""granmoun" é zot va gout' son respé. La té cloué su place direc!
Et ben oui, cela n est pas non plus au goût de tous !

13.Posté par Calou le 09/02/2017 10:32

Rappel d'une histoire relatée par un célèbre humoriste de chez nous :

Le journaliste questionne Baba Théo, un vieux gramoune Grand-coude, assis sur le pas-de-porte de la petite case en paille en train de râler sur son coucoune :

Dites-moi, l'Ami ; je m'aperçois que vous n'avez pas de télé : que faites-vous lorsque la nuit tombe ?

Hé bien ni mange, ni coque, ni dort ! Pas plus compliqué que ça !

14.Posté par LEBON le 09/02/2017 11:38

Ce cyclone de 1962, le premier dont je me souvienne. J'étais enfant et mes grands-parents, chez qui nous vivions mes soeurs et moi, avaient recueilli une famille voisine (les parents et 4 enfants). Il n'y avait plus d'électricité et l'on s'éclairait à la lampe à pétrole et aux bougies. Les enfants étaient heureux de se retrouver plus nombreux pour jouer. Par contre le lendemain je n'oublierai jamais le regard et la détresse de nos voisins quand ils ont découvert qu'ils avaient tout perdu car le toit de leur maison était parti.

15.Posté par Choupette le 09/02/2017 12:11

@ 5.

N'importe quoi.

On dit et on écrit bien "Gramoune". On zappe le n dans ce mot-là.

16.Posté par 51889 le 09/02/2017 14:45

@13: pour être plus complet, (selon certaines versions)

"Ben mi lave mon pied, mi mange, mi di mon prière, mi coque et mi dort..."

17.Posté par 51889 le 09/02/2017 14:50

Une petite pour la route, et je sais que l'ami Jules saura la replacer dans le contexte, et même sans doute dire dans quelles circonstances et quel personnage a sorti cette réplique d'après cyclone.

Le préfet, contemplant des arbres dénudés dont les fortes rafales de vent avaient soufflé toutes les feuilles: "C'est triste de voir tous ces arbres dépouillés"

Le personnage en question: "Casse pa la tête, M. Préfet, ou va voir, bientôt zot va rempouiller!"

18.Posté par Jules Bénard le 09/02/2017 18:27

à 51889 :
On ne prête qu'aux riches.
En l'occurence, c'est notre ami Tatave, qui n'a jamais été en manque de répliques retentissantes, du style :
"Envoye le pont, la rivière va v'nir après !"
Merci de vous en souvenir.

19.Posté par Calou le 09/02/2017 19:24

C'est ce même Tatave Bénard, alors Maire de l'Etang-salé et conseiller général qui, pour obtenir des

subventions réclamait à l'assemblée suffisamment d'argent pour implanter dans le lagon des parcs à huitres.

S'apercevant que les sommes allouées étaient bien en-dessous de ce qu'il avait prévu, il réclama la parole et déclara à l'assemblée sur un ton dissuasif :

" Nos parcs, hé bien, il faudra les faire beaucoup plus haut, sinon nos huitres y risque de sauter ! "

Sacré Tatave !

20.Posté par y.féry le 09/02/2017 22:03

Jules, moi, au moment où Jenny est passé j'étais seul dans le dortoir du pensionnat ( oui, c'était la veille ou avant-veille de la rentrée- j'étais en 6e) dans une école privée de saint-Denis Les autres camarades étaient au réfectoire à l'autre bout de l'école. J'avais des difficultés pour marcher, car la veille un célèbre docteur du côté du Butor m'avait ouvert ce qu'on appelait un "dépôt", autrement dit un phlegmon sur la jambe." Quand il a sorti son bistouri enveloppé dans du coton jauni, il a dit la phrase suivante au directeur du pensionnat:" ne vous en faites pas, c'est passé à l'autoclave."
En tout cas dès le premier coup de vent qui a fait voler en éclat la fenêtre proche de mon lit, je peux te dire que j'ai fait le vif pour sortir de là et me réfugier derrière la très grande armoire du dortoir.

21.Posté par @ post 1 kersauson le 11/02/2017 22:48

Alors kersauson, pas un petit commentaire sur la NRL ? pffffffffffffff
Un commentaire sur la "sécurité" des filets lors de grosses pluies ?
Votre avis à ce sujet lors des X jours de fermeture totale de la RDL ?
Je prédit un gros silence assourdissant en guise de réponse... lol !

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