MENU ZINFOS
AFP

Crise au Liban: le chef de la Banque centrale dénonce l'absence de réformes


- Publié le Mercredi 29 Avril 2020 à 22:00 | Lu 199 fois

Des ouvriers installent des barrières métalliques devant la façade d'une banque à Beyrouth comme mesure de protection après que des manifestants antigouvernementaux ont saccagé des banques, le 29 avril 2020 - ANWAR AMRO / ©AFP

(AFP)

Critiqué en plein marasme économique, le gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé, a affirmé mercredi que la non-adoption de réformes par les gouvernements successifs était à l'origine de l'aggravation de la crise, marquée par un regain de la contestation populaire.

Le pays est confronté à sa pire crise depuis la guerre civile (1975-1990). Ce naufrage économique a été l'un des déclencheurs en octobre 2019 d'un mouvement de contestation inédit contre la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence.

Le confinement et le couvre-feu nocturne imposés face au virus ont accentué les difficultés. Mercredi soir, des heurts limités ont de nouveau éclaté à Tripoli entre des dizaines de manifestants et forces de sécurité, les premiers lançant des cocktails Molotov et des pierres et les seconds ripostant à coups de gaz lacrymogènes, selon une correspondante de l'AFP sur place.

Cette ville du Nord a été le théâtre ces deux derniers jours de heurts entre manifestants et soldats qui ont fait un mort et 50 blessés parmi les contestataires, selon des secouristes. Quarante militaires ont été blessés selon l'armée.

"Je suis au chômage et je n'ai plus de quoi nourrir mes trois enfants", a fustigé Mohamed Khalil, 34 ans, descendu avec d'autres habitants de Tripoli dans la rue à Tripoli pour crier son ras-le-bol face au pouvoir et à la hausse vertigineuse des prix. "On a perdu notre pouvoir d'achat et l'Etat n'est pas à nos côtés."

La Banque centrale a été particulièrement critiquée pour avoir été incapable d'enrayer une forte dépréciation de la livre libanaise face au dollar, à l'origine de l'inflation.

Mais son chef a rejeté la faute sur le gouvernement. 

"La Banque centrale finance l'Etat", a souligné M. Salamé, tout comme des institutions internationales ou financières ont apporté des aides, "parce qu'il y avait des promesses de réformes de la part de l'Etat".

"Ces promesses ne se sont pas concrétisées pour des raisons politiques", a-t-il poursuivi lors d'une rare allocution télévisée, en allusion aux crises à répétition, avec des vacances à la présidence ou au gouvernement qui ont duré plusieurs années parfois.

"Je ne sais pas s'il y avait vraiment une volonté de réformes, mais je sais que la Banque centrale les a toujours réclamées."

- "Enflammer la situation" -

Au Liban, environ 45% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, selon des estimations officielles.

La crise s'est amplifiée avec les mesures adoptées pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, qui ont mis à l'arrêt l'économie, avec la fermeture des commerces et des restaurants par exemple. Officiellement, 721 cas ont été recensés, dont 24 décès.

Ces dernières semaines dans les bureaux de change la livre libanaise a poursuivi sa dégringolade, franchissant le seuil des 4.000 livres pour un dollar, alors que le taux officiel de 1.507 livres est resté inchangé. La monnaie nationale est indexée sur le dollar depuis 1997.

Le gouvernement planche sur un plan de relance économique qui pourrait être finalisé mercredi en vue de son adoption prochaine.

"Sans aucun doute, les conditions sociales sont très difficiles", a reconnu le Premier ministre Hassan Diab, cité par ses services, évoquant des aides financières distribuées aux plus démunis.

Il a salué "la sagesse et la discipline" des forces de l'ordre face aux manifestations.

Mais Human Rights Watch (HRW) a dénoncé un "usage injustifié d'une force létale", qui a "enflammé la situation" à Tripoli et coûté la vie à un jeune homme "qui réclamait ses droits".

Lors d'un entretien téléphonique avec M. Diab, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a dit attendre "des mesures concrètes et crédibles" du gouvernement libanais pour répondre "aux attentes" de la population et "rétablir  la confiance dans l'économie du Liban".

- Pas de "haircut" -

Dans le climat délétère des derniers jours, plusieurs banques ont été incendiées ou saccagées, notamment à Tripoli.

Depuis octobre 2019, les banques, accusées par la rue de complicité avec le pouvoir politique, sont dans le viseur des contestataires.

Elles ont imposé des restrictions draconiennes sur les retraits en dollars, avant de les arrêter complètement en mars, et d'interdire les virements à l'étranger.

Ces derniers mois, les craintes d'un haircut, mesure financière consistant à ponctionner une partie des dépôts des clients, se sont ravivées.

"Le haircut n'est absolument pas nécessaire, et il n'y a aucune raison de l'adopter", a assuré M. Salamé.

Rouba EL HUSSEINI



Source : ...


 

1F Rue de La Martinique

97490 Sainte-Clotilde

06 92 97 75 75
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales

- CGU

- Politique de Confidentialité

- Nos Journalistes