Courrier des lecteurs

"Crépuscule", de Juan Branco, met l’oligarchie à nu

Vendredi 12 Avril 2019 - 11:16

Voici un livre politique qui est en tête des ventes ou à peu près, dès sa sortie il y a quatre semaines, et dont pourtant personne — enfin, aucun « grand média » — ne parle. Il y a là un mystère. Ce livre est-il :
- Inintéressant ? Non.
- Manque-t-il d’originalité ? Point.
- Mal écrit ? On a lu pire.
- Abracadabrant, inepte, mensonger, idiot, benêt, déraisonnable, fade ? Nenni, on vous dit.

Il n’y a qu’une explication au lourd silence des politologues et éditorialistes de tout poil : le livre dérange. Il dérange leur monde, leurs liens, leurs asservissements, leurs idées, leur subordination. Crépuscule ne fait pas dans la dentelle. Dans l’élucidation du système macronien, il décrit quelques oligarques — Xavier Niel, copropriétaire du Monde et de L’Obs, Bernard Arnault, propriétaire d’Aujourd’hui-Le Parisien et des Échos, Patrick Drahi, propriétaire (jusqu’à il y a peu) de Libération, de L’Express et de BFM-RMC —, qui ont organisé l’ascension de leur marionnette, Emmanuel Macron, en usant et abusant de leurs valets médiatiques. Parler de Crépuscule dans un de ces médias serait s’exposer à une douloureuse censure interne ou à quelque vicieuse réprimande, ou encore se livrer à des contorsions hypocrites.

Le mur de silence dont le chœur des valets des puissants l’a accueillirévèle une vérité intéressante : leur silence n’a eu aucun effet sur le public, qui a reconnu un ouvrage qui mérite le détour. Les dizaines de milliers d’exemplaires vendus sont autant de soufflets au visage de l’oligarchie. Le silence des puissants accrédite donc une thèse de l’auteur, Juan Branco, selon laquelle le système macronien est à son crépuscule.

Le contenu décrit un système oligarchique comme un espace public dominé par des individus à l’immense fortune directement dépendante de l’État. Ils investissent dans les médias pour les assécher, en réduire le pouvoir et en tirer une influence qui servira leurs intérêts propres au détriment du bien commun. La suite est un décorticage précis de l’intérieur du fonctionnement de ce système.

Car Juan Branco est un transfuge. Lui-même issu de la grande bourgeoisie, il a fréquenté un des ses lieux de reproduction, l’École alsacienne. C’est dans ces écoles, telles aussi que Franklin — où Brigitte Macron a enseigné, tissant de précieuses relations avec les parents fortunés de ses élèves —, Stanislas, quelques autres, que les héritiers se transmettent le capital culturel et relationnel pour se retrouver rapidement dans les positions dominantes.

Juan Branco décrit Gabriel Attal, nommé à vingt-neuf ans secrétaire d’État chargé de la Jeunesse, « alors qu’il n’a jamais connu ni l’université ni l’école publique, auprès d’un ministre de l’Éducation chargé de les réguler ». Branco a connu aussi ce type d’accélération, se retrouvant en 2012, à vingt-trois ans, directeur de cabinet d’Aurélie Filippetti lors de la campagne de François Hollande. Un itinéraire qui lui a permis de connaître de l’intérieur nombre des acteurs du système, comme Xavier Niel, qui lui parle en 2014 d’Emmanuel Macron comme du « futur président de la République ». Trois avant son élection...

Si Branco décrit les Attal, Séjourné, Emelien, jeune garde d’Emmanuel Macron, il montre aussi que celui-ci « a été “placé” bien plus qu’il n’a été élu ». On connaît assez bien le trajet de Macron à l’ombre de ses nombreux protecteurs (Attali, Jouyet, Hermand). Mais Branco précise nombre de traits, et notamment le jeu du binôme Niel/Arnault, deux des milliardaires les plus riches de France, qui ont acquis un réseau de médias. En orchestration avec les médias détenus par leurs confrères milliardaires Drahi, Bolloré, Bouygues, Lagardère, Dassault, ils ont réussi à transformer l’ambitieux Macron en un président inattendu et mettant l’État au service de leur idéologie et de leurs intérêts.

Ce qui a joué sont les « liens d’endogamie et de népotisme profond faisant jointure entre ces quelques personnes, qui utilisèrent tous leurs moyens publics ou para-publics pour faire campagne pour M. Macron, en dehors de tous les dispositifs de régulation électorale chargés de s’assurer de l’égalité entre les candidats ». Branco détaille aussi moultes histoires et arrangements par lesquels les médias servent concrètement la soupe, et conclut en ramenant ce paysage médiatique à « un putride espace où la peur et l’incertitude règnent ». On comprend qu’aucun plumitif n’ait envie de chroniquer un livre qui dévoile leurs turpitudes.

Oligarques et journalistes asservis, « ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, l’aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérite, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère de mièvres et d’arrogants, de médiocres et de malfaisants ». L’auteur en appelle en définitive à une « destitution et à un bouleversement institutionnel qui nous permette enfin, par un régime parlementaire approfondi, de rendre au peuple ses propres outils ». Il voit ainsi dans les porteurs de Gilets Jaunes les « derniers défenseurs d’une République échancrée et d’une démocratie avariée ». C’est bien l’aspiration qui se joue dans le mouvement profond qui s’est ébranlé depuis quatre mois : refaire la démocratie. Crépuscule est salutaire.

Crépuscule, de Juan Branco, mars 2019, Editions Au Diable Vauvert.

Résumé d’Hervé Kempff, éditorialiste à Reporterre.
Bruno Bourgeon
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1.Posté par Pierre Balcon le 12/04/2019 13:45

Branco dit aussi que Macron n'est pas le génie qu'on nous a présenté .

Élève loin d'être le surdoué qu'on nous a décrit pour justifier les vertus de la soit disant "méritocratie" , il affiche un palmarès assez commun :

- peu doué en maths , alors qu'il est en T S
- a échoué 2 fois à Normal sup
- a échoué 3 fois à l'agrégation
- a échoué une première fois à l'ENA
- s'est réorienté à l'Université sans avoir vraiment capitalisé des diplômes (1)
- sa coopération avec P Ricoeur est indéfinissable

Une pure construction médiatique donc .
Avec une mobilisation de moyens financiers incroyables pour "fabriquer l'opinion " sur sa personne.

Le problème n'est plus à ce stade la personnalité de Macron mais le cerveau des citoyens qui ont décidément un goût prononcé pour la servitude et le consentement .

(1) on ne sait pas s'il a travaillé sur Hegel ou Machiavel mais on sait que son professeur ( Etienne Balibar ) ne se souvient pas de cet élève banal

2.Posté par JORI le 12/04/2019 19:20 (depuis mobile)

En résumé, si ce livre est en tête des ventes et révèlent que macron est la marionnette d'oligargues, on peut donc s'attendre à ce qu'il prenne une déculottée pour toutes les élections à venir ??

3.Posté par JORI le 12/04/2019 19:22 (depuis mobile)

1. Balcon. Rappelez moi le pedigree des candidats aux dernières présidentielles !!

4.Posté par " VIEUX CREOLE" le 13/04/2019 15:29

AU RISQUE DE VOUS "DECEVOI R" , JORI " ( POSTS 2 et 3 ) J’approuve totalement l'article de Monsieur BRUNO BOURGEON CI- DESSUS , dont je lis souvent ,avec beaucoup d'attention, les courriels ! !

- Je précise aussi que je suis un Lecteur trés assidu de la revue "REPORTERRE" QUI A INSPIRÉ L 'AUTEUR d e l’Article DE CETTE PAGE DE "ZINFOS 97-4 " FORT INTÉRESSANT ET INSTRUCTIF DE CETTE PAGE DE "ZINFOS 97-4 " ! ! !

5.Posté par Bruno Bourgeon le 13/04/2019 15:37

JORI, le fait d'être marionnette rend-il à vos yeux la marionnette impopulaire? Certes non, on aime les guignols, les fantaisistes, la Comedia dell'arte, les ventriloques. Et grâce à l'oligarchie médiatique décrite, la victoire appartiendra toujours à leur poulain.

6.Posté par Jean Le Monstre le 13/04/2019 19:02

Hélas ! Hélas ! Hélas !

Les analyses et les vérités proposées par les bouquins des gens qui réfléchissent se heurtent à la capacité et à la volonté de lecture de la population !

Il est beaucoup plus facile de se tenir au courant des analyses et des vérités imaginées par les Niel, Arnault, Drahi et compagnie. C'est plus ou moins juste, c’est orienté, mais ça ne coûte rien, ni en argent ni en effort intellectuel.

Et surtout à la Réunion !

Si les gens lisaient, ils sauraient, et il n’y aurait pas grand monde (sauf les riches actionnaires) pour supporter le Macron et ses nervis.

Mais le Macron et les ultra-libéralistes comptent sur l’ignorance et la mollesse du peuple.

7.Posté par JORI le 13/04/2019 20:25 (depuis mobile)

, 5. Bourgeon. Si je vous comprends bien, un livre qui serait en tête des ventes est lu par des personnes qui n''en comprennent pas le contenu puisque les médias feront toujours gagner leur poulain !!. Comme disait de gaulle, vive les veaux.

8.Posté par JORI le 13/04/2019 20:30 (depuis mobile)

4. Vieux créole. Pourquoi pensez-vous me décevoir. Chacun ses idées. Cependant contrairement à beaucoup, comme je n'ai pas la prétention de détenir une quelconque vérité, puisque politique et économie ne sont pas des sciences exactes, je questionne.

9.Posté par JORI le 13/04/2019 20:33 (depuis mobile)

6. Jean le monstre. Et selon vous que faudrait il lire, qui ne serait pas "orienté"??. Comme je l'ai déjà dit politique et économie ne sont pas des sciences exactes alors pourquoi pensez-vous avoir raison ??

10.Posté par Grangaga le 14/04/2019 15:32

Un itinéraire qui lui a permis de connaître de l’intérieur nombre des acteurs du système, comme Xavier Niel, qui lui parle en 2014 d’Emmanuel Macron comme du « futur président de la République ». Trois avant son élection...

"Trwa z'an avan son z'élèk'syion" ossi, té y dwa sortt' so livv'.....
Lé byin bo as'tèrr' fé lo z'analiz'.....é si lété pa Macron, èk' satt' nana otourr' de li.....
Domounn' té y vé pi, ni Drwatt' ...(konm' sikk' Giscard, Chirac èk' Sarkozy té sipèrr' dipomé, Balcon), ni de Goss', é ankorr' mwin de Le Pen.....
Lavé pi in gran swa dèr'yièrr'....té zènn', té y koz' byin, té bo é lavé pwin la gross' tètt', pwis'ké li té èk' in vié fanm'....
Nièl...y vyiènn' nètt' la pwin lontan là, avèk' in mar'yiaz' ....aranzé an pliss'...(l'arzan édan)...
Li la pran lo trin an marss' konm'.......Macron.......
La pa bézwin sortt' Sin-Cirr' po konprann' tou sa là.........
Et domin l'aprè Macron.....sortt' lo livv' tou d'switt'........kossa y sa va v'ni La Franss'.......

11.Posté par Saucratès le 15/04/2019 10:45

Bonjour Pierre . Premier à réagir sur cet article ! J'en déduis que vous avez lu ce livre. Cet article plaira à un de mes amis (John) qui m'a conseillé la lecture de ce livre. De mon côté, ce qui m'a le plus géné dans cette élection, apres la présidentielle, c'est de découvrir aujourd'hui que les appels publics à candidature pour se faire élire comme députés de La République en Marche étaient factices. On a fait croire au peuple français que n'importe qui pouvait devenir députés dans ce mouvement, accroissant encore sa popularité, alors qu'il n'en était rien. Les candidats etaient supposés sortir du peuple comme nous, mais ils avaient été choisi parmi ses réseaux. Ils se sont foutus de nous. On nous a vendu effectivement une magnifique histoire médiatique, construite de toute pièce par des maîtres en manipulation. Y a-t-il une chance de sursaut démocratique ? J'en suis moins sûr que vous. Il faut relire le «contre un ou le discours de la servitude volontaire» de La Boétie. Amicalement Pierre. Saucratès

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