MENU ZINFOS
Courrier des lecteurs

Covid 19 : Il va nous falloir prendre du recul pour tenter de comprendre ce cataclysme planétaire


Par Frédéric Paulus, CEVOI, (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien) - Publié le Jeudi 30 Avril 2020 à 19:19 | Lu 426 fois

La pandémie du coronavirus incitera-telle la médecine hospitalière comme celle du secteur libéral à tenir compte, dans l’abord de leurs patients touchés par l’infection, d'une dimension contextuelle collective à la fois épidémiologique, sociologique et évolutionniste ? Cette même approche manque  assurément à la pratique médicale qui aborde individuellement les patients. Cette crise aura également mis en évidence que nous manquons d’informations fines, cliniques, psychologiques, au plus près des malades, obtenues avec leur participation consentie parce que, comme le dit bien ce dernier mot, ressentie comme essentielle. Ceci permettrait de tenter de circonscrire des « profils » afin de comprendre pourquoi certaines personnes ayant contracté le virus ne présentent aucun symptôme alors que d’autres y perdront la vie. Dans les deux cas, il est important d’obtenir ces informations pour tenter de cerner ce cataclysme collectif que nous vivons alors que nous pensions collectivement que nous possédions en France, sinon en Occident, l’un des meilleurs systèmes de soins médicaux au monde. 
 
Le terme de profil est inadéquat. Chaque être humain étant unique génétiquement et en s’individuant psychiquement, le risque de « profilage » pourrait créer des nosographies qui, malencontreusement, risqueraient de se retourner contre les patients et même contre les praticiens, tant les classements figent les représentations. Ceci dit, nous avons besoin, pour communiquer, de points de repères. Les institutions publiques soignantes devront-elles attendre que des initiatives soient prises hors de la médecine officielle pour rechercher ces informations explorant le psychisme des patients, leur histoire, leur culture ?  
 
Quant à l’institutionnalisation de l'approche en psychologie clinique et médicale, il nous faudra encore attendre, c’est à craindre, un certain temps. Nous devrions prendre conscience que nous subissons assurément les conséquences de la « disjonction des savoirs » sur l'humain - ce qu’Edgar Morin avait dénoncé depuis longtemps - et d'une approche dissociant santé mentale et sante physique. De plus, l'hôpital, performant pour assumer les urgences, aborde le corps, en médecine générale, en pièces détachées dont il est nécessaire d’acquérir un haut niveau de technicité qui s’inscrit dans un isolement des pratiques. Pour Stéphane Velut, chirurgien hospitalier : « Chacune de ces spécialités est devenue si complexe que le praticien exerçant dans l’une ne possède pas le centième des compétences de celui exerçant dans l’autre », p. 26, (1). Les responsables médicaux hospitaliers devraient adopter la posture éthique de reconnaître ce constat et d’y remédier.   Stéphane Velut a soulevé la question d’une position de chercheur impliqué - qui pour nous a une valeur hautement scientifique - du chercheur observateur au sein du « système » qu’il souhaite réformer.  Il nous faudra pour cela un certain courage. Il nous faudra aussi dépasser les intérêts et freins corporatistes qui ont contribué à la fois à reléguer la psychologie hors du champ médical et à décloisonner les spécialités. Ceci faisait déjà dire à Alexander Pope, donc ce n’est pas récent (1688-1744) : « La vie que tu dissèques, tu l’as perdue au moment où tu crois la trouver. » Plus proche de nous, le psychiatre Piet Nijs reconnaît que « le médecin formé à une médecine somatique doit s’ouvrir à la dimension totale d’une relation humaine », p. 44, (2). Les psychologues cliniciens frappent à la porte du médecin en « revendiquant » un avis dès l’établissement du diagnostic comme complémentaire de celui du médecin. Il faudrait se résoudre à ce que les désirs de pouvoir n’entravent pas cet indispensable travail interdisciplinaire, voire transdisciplinaire, impliquant aussi le patient... 
 
Selon notre regard, la pandémie serait révélatrice d’un état de morbidité d’une frange de la population vulnérable existentiellement à l’échelle de la planète, que la conscience collective semblait ignorer et qu’elle découvre aujourd’hui brutalement. Cette ignorance proviendrait du fait que nous avons minimisé la fragilité, la sensibilité et la vulnérabilité du vivant humain que le coronavirus est en train de nous rappeler. 
 
Sur notre continent européen, la lenteur de la réactivité des ARS a été également évoquée. L'exemple de l'Allemagne décentralisée dans la gestion de la crise devrait nous inciter à déléguer des compétences et des pouvoirs en santé publique au niveau municipal (et intercommunal) pour se rapprocher des citoyens et diligenter des expérimentations sur le sujet essentiel de la promotion de la santé. Nous soutenons cette perspective depuis des décennies en nous référant au « Mal français » évoqué, un temps, par Alain Peyrefitte.
 
Réf : 
1) Piet Nijs, « Médecine du corps ou de l’homme ?», pp. 41 à 57, in Cahier de Bioéthique, n° 1, Presses de l’Université de Laval, Québec, 1979.
2) Stéphane Velut, L’hôpital, une nouvelle industrie, le langage comme symptôme, Tracts Gallimard, n° 12, 2020 ; et L’illusoire perfection du soin, L’Harmattan, 2014.




1.Posté par polo974 le 01/05/2020 20:47

"""" La pandémie du coronavirus incitera-telle la médecine hospitalière comme celle du secteur libéral à tenir compte, dans l’abord de leurs patients touchés par l’infection, d'une dimension contextuelle collective à la fois épidémiologique, sociologique et évolutionniste ? """"

Ouais, vous en faites pas, dans 5 ou 6 générations, l'humain aura évolué au point de tenir bon face au virus millésime 2019...

Ah, oui, ok, le virus aura muté 1000 fois d'ici là, mais c'est pas grave, c'est l'intention qui compte...

Nouveau commentaire :
Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
CHARTE DES COMMENTAIRES

Zinfos 974 vous offre un espace commentaires vous permettant de réagir, discuter, informer. Cet espace est ouvert aux internautes inscrits et non-inscrits au site.

Les intervenants doivent respecter les principes élémentaires du débat.

Sont proscrits :

- Les insultes, les attaques personnelles, les agressions, les propos discriminatoires sous toutes les formes - que ce soit envers les intervenants, les commentateurs ou l'équipe de Zinfos 974.

- Tout contenu contraire à la loi : l'incitation à la violence ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation, les propos homophobes, la négation des crimes contre l'humanité, ou la justification des actes violents et des attentats.

- Les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

- Merci d'éviter le hors sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations.

- La répétition d'un même commentaire, assimilée à du spam.

- La publicité. Ne soumettez pas des liens commerciaux.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de Zinfos 974 via l'adresse contact@zinfos974.com

Vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de Zinfos 974 se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l'estime nécessaire pour la bonne tenue du débat.

Zinfos 974 est seul juge des messages qu'il publie ou modère - y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessus. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant l'adresse contact@zinfos974.com, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie
Publicité
 

1F Rue de La Martinique

97490 Sainte-Clotilde

06 92 97 75 75
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales

- CGU

- Politique de Confidentialité

- Nos Journalistes