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Société

Coronavirus: Une infirmière réunionnaise qui travaille en Belgique témoigne


Liloo est infirmière en Belgique. La jeune réunionnaise se pose actuellement beaucoup de questions alors qu'elle fait face, au sein de l'hôpital de l’université libre de Bruxelles, à la menace d'être contaminée par le coronavirus. Elle nous fait part de son ressenti sur la situation dans son pays d'adoption. Tout comme en France, le manque de moyens de protection fait émerger l'impréparation face à un phénomène inédit pour les contemporains que nous sommes. Deux des médecins du CHU de Bruxelles font aussi partie des patients admis en soins intensifs. L'inquiétude est grande, tant au travail que dans sa vie de bruxelloise. Interview.

Par Ludovic. Grondin - Publié le Dimanche 5 Avril 2020 à 08:13 | Lu 9239 fois

Liloo vit en Belgique depuis 5 ans. La voici en situation sur son lieu de travail
Liloo vit en Belgique depuis 5 ans. La voici en situation sur son lieu de travail
Que faites-vous en Belgique ?
Je suis une expatriée réunionnaise, infirmière en Belgique. Je travaille dans un CHU à Bruxelles depuis déjà 5 ans. Je suis originaire du Tampon. 

Quelles ont été les mesures (confinement ou pas?) prises par le gouvernement ?
La situation a très  vite évolué  en quelques  semaines. Tout comme la France, la Belgique  est passée  en confinement, qui a été prolongé jusqu'au 19 avril. Le confinement  a été  mis en place deux jours après  la France, avec les mêmes règles pour les sorties qui ne sont autorisées que pour aller travailler, faire ses courses et s'aérer. Ce que, au passage, je trouve aberrant car quand je  vais travailler,  je vois des personnes sortir en famille, aller se promener comme lors d'un dimanche ensoleillé ou aller courir dans le parc. Inconscience, insouciance ? En tant que personnel soignant, mon ti peu de sang i bou... C'est surtout au niveau des supermarchés qu'il y a eu des changements. Il y a un vigile à l'entrée qui régule le flux, tout le monde garde plus d'un mètre de distance en attendant d'entrer et il faut compter une demi heure de course par personne. 

Comment s’est passée l’évaluation du danger en Belgique ? A-t-on pris la mesure de cette menace rapidement ou pas ? 
Je crois que comme beaucoup de pays, la Belgique l'a pris comme une simple grippe,  tout comme moi, je l'avoue. Au début de cette épidémie, comme beaucoup, je pensais à une grosse grippe qui touchait les personnes âgées et immunodéprimées. Quand les premiers patients sont arrivés et que nos premiers médecins ont été écartés, j'ai commencé à voir les choses autrement. A ce jour, deux de nos médecins font partie des patients admis en soins intensifs sous respirateur. L’un est stable et l'autre pas encore.

Mais on commence seulement à voir les dégâts et à compter nos morts. On a du matériel mais les stocks diminuent à une vitesse phénoménale et les politiques n'ont pas pris les devants pour gérer assez vite la crise. On est face à de gros soucis d'approvisionnement donc on se retrouve à demander l'aide et la solidarité de la population, nous qui sommes sur le continent, nous pays riche ?! 

Est-ce qu’il y a un aspect qui vous fait dire que les autorités politiques ou sanitaires belges ont mieux fait les choses qu’en France ? Ou au contraire, mal fait ?
Au niveau politique, autant en France qu'en Belgique, les décisions ont été compliquées à prendre. En Belgique, parce qu'il y a des conflits au niveau politique, il y a plusieurs  ministres qui n'arrivent  pas à se mettre d’accord. Donc les politiques ont fait ce qui LEUR semblait le mieux mais quand on n'est pas sur le terrain, on ne peut pas comprendre et réaliser vraiment ce qu'il se passe.

Quel est le bilan actuel en Belgique ? 
A ce jour, on compte plus de 5300 personnes hospitalisées dont 906 en soins intensifs. On a dépassé la barre des 1000 décès ici (interview réalisée le jeudi 2 avril. Depuis, le dernier bilan en date de ce samedi 4 avril fait état de 1283 décès, ce qui fait de la Belgique le 7e pays le plus touché en nombre de cas et en nombre de décès à l'échelle européenne, ndlr).

Que voyez-vous tous les jours ? 
L'hôpital où je travaille est complètement transformé. Un centre de premier tri sous tente a été installé devant les urgences. Au service de garde, une partie est isolée pour les cas de Covid. il y a 6 unités de soins intensifs dans l'hôpital où je travaille et 5 sont réquisitionnées et occupées par des patients Covid (plus ou moins 50 lits). Il y a aussi 9 étages d'hospitalisation de différentes disciplines dont 6 sont réquisitionnés  pour les patients Covid.

On a dû rassembler tout ça sur 3 étages. Tous les autres étages sont maintenant dédiés aux patients Covid. C'est un grand chamboulement, tout change quotidiennement, autant pour les gestes d'hygiène, le processus d'hospitalisation, que le transfert d'une unité à l'autre. 

Même nos horaires: la direction prévoit de nous passer tous en 12 heures. On sent chaque jour que l'atmosphère est de plus en plus tendue au boulot, parce que certains n'ont pas pu être rapatriés de vacances donc il y a un manque de personnel. D’autres sont tellement angoissés qu'on a dû leur demander de poser des arrêts maladie s'ils n'étaient pas capables de gérer leur stress, d'autres sont écartés car symptomatiques. Mais la réalité reste le manque de moyens dans un hôpital universitaire, dans un "pays riche". Je prends tous les jours le métro donc je suis un peu plus exposée que d'autres, alors je suis inquiète chaque jour qui passe. Mes collègues commencent à hospitaliser leurs proches. Autant leurs parents que leur conjoint ! 

Etes-vous inquiète en allant travailler ? 
En tant  que soignant, on en est presqu'à faire un choix entre aller travailler, essayer de sauver des vies ou protéger notre famille en n'allant pas bosser. J'ai encore la possibilité  de dire que j'ai de la chance de travailler dans un hôpital avec du matériel mais d'autres collègues travaillant dans les maisons de repos n'ont même pas un masque pour se protéger, sachant que la population à risque sont les personnes âgées.  

En tant que soignant, c'est très dur d'aller travailler pour essayer de sauver des vies tout en sachant  qu'on expose nos familles à  ce virus. Certaines de mes collègues ont dû  faire hospitaliser leur mari qui ont commencé à avoir des symptômes.

J'ai vécu deux situations avec des patients Covid qui m'ont marquée. Le tout premier patient Covid est arrivé  dans mon service de cardiologie. Il est passé à  travers les mailles du filet. Quand j'ai su qu'il était positif au Covid, j'ai eu peur pour ma santé et celle de mon conjoint car, dans la foulée, j'ai appris qu'un de nos collègues était  sous respirateur en réanimation. Ça fait deux semaines et mon patient est toujours entre la vie et la mort sous respirateur.

J'ai ensuite fait les nuits. J'ai par exemple le cas d'un de nos patients qui a été diagnostiqué et ma collègue infirmière lui a annoncé qu'il était positif. Il a pleuré parce qu'il ne s'y attendait pas, parce qu'il n'avait pas été hospitalisé pour ça, parce qu'il avait peur de mourir et de mourir seul. Elle a essayé de le rassurer comme elle a pu. Elle est sortie de la chambre et a pleuré. Je suis allée la retrouver et j'ai pleuré avec elle.

Comment avez-vous organisé votre façon de vivre, de vous ravitailler, en limitant vos déplacements ? 
Avec mon conjoint, on s'organise pour les courses, une fois c'est lui, une fois c'est moi. On essaie de faire un maximum de courses pour tenir 10 jours et éviter de sortir le plus possible. On vit en appartement  et comme on n'a qu'une chambre, on essaie malgré  tout de garder nos distances mais on s'inquiète tous les deux parce que j'ai déjà  été  en contact  au début de l'épidémie avec des patients positifs au Covid et à ce moment-là, ils n'avaient pas encore été testés et donc j'ai pris ces patients en charge sans protection.

Etes-vous inquiète par la situation en France et sûrement vos proches à La Réunion ? Comment vous informez-vous ? Quel message souhaiteriez-vous délivrer aux Réunionnais, sur la bonne attitude à adopter par exemple ?
Les gens se sentent emprisonnés chez eux, comme punis mais ils ne se rendent pas compte que c'est une chance pour eux de se protéger,  de protéger leur famille de ce virus. Plus les gens sortiront, plus le virus va continuer à se propager et surcharger les hôpitaux qui ne seront pas capables de prendre tous les patients en charge correctement. C'est ce qu'il faut retenir.

Alors quand je vois la situation en Belgique, je m'inquiète pour ma famille à La Réunion, pour les Réunionnais et encore plus pour le personnel hospitalier qui est déjà en sous-effectif, fatigué et sans moyen. Qui va les remplacer quand la moitié d'entre eux sera positif, symptomatique ou sous respirateur ? Je me suis rendue compte que, encore aujourd'hui, beaucoup de personnes n'ont pas compris ce qu'était le virus, quels étaient les gestes barrières et surtout qu'il n'y a PAS de traitement. Je n'ai qu'une chose à  dire: protège  à zot, reste zot kaz. J'ai demandé à ma famille de vraiment prendre leurs précautions et d'éviter au maximum les sorties, même de se voir entre frères et soeurs, cousins et cousines. J'ai même demandé à ma mère de ne pas retourner bosser le temps que ça se passe. À tous ceux qui sont obligés de travailler, vous êtes certes remplaçables au boulot mais pas auprès de votre famille alors protégez vous!




1.Posté par Tipaul le 05/04/2020 08:40 (depuis mobile)

Pierrot pas la faute ladoucette la situation en Belgique ??!

2.Posté par JORI le 05/04/2020 13:24 (depuis mobile)

Tiens personne pour critiquer "l'incompétence" des autorités belges ?.

3.Posté par spartacus974 le 05/04/2020 16:50

L'incompétence n'est pas une exclusivité française malheureusement;il y a aussi des Macron en Italie ,en Espagne.Mais,nous avons le professeur Raoult qui réussit à mettre au point un protocole à 12 euros pour guérir le covid 19 et nos brêles du gouvernement font la fine bouche comme si la vie milliers de Français e les concernaient pas.Ils nous envoient une Karine Lacombe empêtrée dans des conflits d'interets avec 2 gros labos qui proposent des alternatives très couteuses qui ne fonctionnent pas.On pourrait croire à une mauvaise blague belge mais non,c'est notre gouvernement qui dirige notre pays vers l’abîme en croyant que le peuple est lobotomisé.Ce n'est plus Jupiter qui nous guide mais Hadès....

4.Posté par JORI le 05/04/2020 17:32 (depuis mobile)

3. Spartacus974. Vu ce qu''il se passe dans le monde, nous avons affaire à beaucoup de pays qui se dirigent vers l''abîme avec des hades à leurs têtes. Vous allez devoir déménager !!.

5.Posté par Docteur Bob le 05/04/2020 18:23

les masques prévus et stockés par l'armée (pour H1N1) on été detruits "pour faire de la place" ! sic Bienvenue dans un monde capitaliste.
ceci dit, le pic belge est pour cette semaine si on y est pas déjà.

6.Posté par Docteur Bob le 05/04/2020 18:25

Ah oui bon nombre de Belges sont traités au plaquénil meme en dehors de l'etude discovery, mais qui va retomber comme un soufflé en phase descndante de l'épidemie

7.Posté par Charles le 05/04/2020 18:52

3.Posté par spartacus974
Ce n'est plus Jupiter qui nous guide mais Hadès....

Merci Spartacus. On attend l'avis de Neptune avant de prendre une décision pour la commande de matériel...

8.Posté par spartacus974 le 05/04/2020 20:33

@JORI.Je nai pas prévu de déménager mais j'en connais qui va se faire gicler le jour d'après.Pendant longtemps,sa garde prétorienne protégeait le petit marquis poudré mais le jour d'après,plus personne pour les grenades et les LBD car cette garde prétorienne se rappellera comme elle fut maltraitée pendant le COVIDl.Lui qui demandait qu'on vienne le chercher,aura beaucoup de monde derrière la porte de l'Elysée......Les Gilets Jaunes......un défilé de scouts en comparaison de ce qui arrive car les gens seront justes désespérés.Le désespoir est le terreau de la révolte...

9.Posté par JORI le 05/04/2020 22:20 (depuis mobile)

8. Spartacus974. Vu le nombre de brochets, je ne me fais pas de souci pour macron, contrairement à vous !.

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