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Conférence-débat de la GTT Réunion avec la Sénatrice malgache Naika Eliane


- Publié le Lundi 21 Juin 2010 à 16:08 | Lu 2854 fois

La conférence-débat prévue par GTT Réunion avec la Sénatrice malgache Naika Eliane s’est tenue ce 19 juin 2010 dans un grand hôtel de St-Denis de la Réunion. Parmi les invités d’honneur figuraient Mme Rasendratsirofo Ministre des affaires Etrangères et les représentants de GTT international.

Le public était au rendez vous et a pu poser toutes ses questions aux intervenants qui se sont prêtés avec grâce au jeu des questions réponses. La grande surprise a été l’intervention téléphonique du Président Ravalomanana à partir de l’Afrique du Sud. Cette dernière a permis de raviver encore plus, l’espoir d’un avenir meilleur pour Madagascar !

Sylvie Razafintsalama
Présidente
GTT Réunion
Conférence-débat de la GTT Réunion avec la Sénatrice malgache Naika Eliane

Conférence-débat de la GTT Réunion avec la Sénatrice malgache Naika Eliane




1.Posté par Joseph le 21/06/2010 19:23

C'était plus à l'hôtel Lalou Garou de Tananarive cette fois ci, mais à Saint-Denis de la Réunion que l'infatiguable voyageuse de commerce financée par Ravalomanana est venue déverser son fiel sur les régicides de la HAT, sur ces criminels qui violent, torturent, terrorisent, tirent à vue sur des pasteurs, leur fait boire leur urine, etc ...

Oh quelle surprise ! Ravalomanana a téléphoné de Prétoria ! la mère Razafintsalama nous prendrait elle pour des demeurés en parlant de GRANDE SURPRISE ? alors là bravo, quel hasard magnifique a fait que le fuyard a téléphoné pour envoyer la Sainte Onction sur la foule réunie en communion avec le Saint Homme d'Eglise (bien réformé le bougre !) ! Aurions nous une annexe du Magro à Saint-Denis désormais ? mais vous me stupéfiez, Mme Razafintsalama, comment SEM le Président Ravalomanana a-t-il fait pour savoir que le GTT tenait une réunion à Saint-Denis et surtout pour avoir votre numéro de téléphone. Est-ce encore une intervention divine du Andriamanitra des hauts Plateaux ou bien du Zanahary des côtes qui aurait donné votre numéro de téléphone à son élu à vie le très religieux et intègre Président Ravalomanana ? qu'il est grand le mystère de la Foi !

Appréciez aussi, chers lecteurs comment les manipulatrices du GTT ont soigneusement évité d'apparaître en compagnie des gens du Collectif ! A qui vont ils faire croire que le Collectif et le GTT réunion ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet ? Nous, nous savons (de Marseille!). Allons, Andriantavy, montre toi, on t'a vu caché derrière les jupes de maman Naika ! Tu es trop d'accord avec tout ce qu'elle dit pour ne pas l'avoir rencontrée discrètement pour les mises au point pas vrai ?

Admirons aussi comment ce GTT-pays qualifie de Ministre des Affaires Etrangères cette pauvre Elyette Rasendratsirofo, alors qu' elle a usurpé cette fonction-bidon pas même un journée, ayant été intronisée par Manandafy Rakotonirina le Premier Ministre marron nommé par Ravalomanana depuis Addis Abbeba ! Rappelons nous que Manandafy l'ex maoïste qui mange dans tous les plats où il y a à manger, a été aussitôt placé pour ce délit à son retour en résidence de luxe et que ses amis on crié aussitôt à son emprisonnement. Un mensonge de plus dont sont habitués les GTT, branche du TIM-TIKO qu'on peut qualifier d'équivalent d' extrême droite Malgache. Cette même organisation violente qui a saccagé la représentation Malgache à Paris.

Donc pas davantage Ministre des Affaires Etrangères que moi l' Elyette ! N'ayant même pas la décence de préciser que ce titre n'a aucun sens, ils n'ont pas non plus le sens du ridicule. Bien sûre d'elle, cette personne qui usurpe une fonction ministérielle à l'Etranger et qui devra rendre des comptes un jour pour cela, sans nul doute, devant la Justice du pays de ses ancêtres (mais est-ce encore son pays ?).

Pour ceux qui n'auraient pas eu l'extrême jouissance d'écouter les propos mensongers de Naika Eliane, je vous donne l'occasion de l'écouter avec son langage chatié teint de vulgarité (quand j'étais derrière dans la "caisse" (en argot : la voiture), tous des débiles ... etc ... tous saouls bien entendu etc ... et que je remonte mes bretelles de soutien-gorge devant la caméra (geste très délicat !)... aucun pleur, aucune émotion, une hargne toute composée... un psychologue habitué aux pseudo-victimes simulatrices aurait tôt fait de démasquer l'imposture : écoutez, observez et dites moi si vous pensez cette femme sincère :

http://www.news-de-stars.com/madagascar/capture-eliane-naika-par-le-fis_vid514533.html merci qui Mme Eliane pour la pub gratuite ?

Surtout lorsqu'on connaît qu'elle était à Luanda avec le pasteur Lala Rasendrahasina, bras droit de Ravalo pour tenter de manipuler les députés dans leur réunion ACP avec leur copain Louis Michel. Ce pasteur a crié à l'assassin pour avoir été "brutalisé" en son temps à l'évêché, a même inventé qu'on lui aurait fait boire son urine. Ce manipulateur né s'est vite remis d'avoir pris un coup de pied au derrière bien mérité en s'enfuyant aux Etats Unis chez ses lobbiyistes frères Baptistes Buschiens. Une fois son travail de sape tous azimuths fait et qu'il a eu déposé ses jalons, il est revenu et a laissé le champ libre aux excités du HPM pour faire le sale boulot des appels Fahazavana à la révolte et aux crimes.

Et c'est cette mafia que la dite "sénatrice" défend, celle qui a posé des bombes (Manandafy ou Ravalo ? nul ne sait à ce jour) et guidé des "pasteurs" à s'armer en soudoyant des gendarmes, menant ainsi 5 personnes des forces de l'ordre et de son camp à la mort ? cette "sénatrice" ose dire que ces gendarmes étaient venus protéger une réunion de prière et que l'armée à tiré pour tuer ! elle n'a donc aucune limite dans sa capacité à travestir la vérité ? Imagine-t-elle pouvoir un jour rentrer dans ce pays la tête haute après tant de mensonges ?

Tout le monde sait que les pasteurs activistes HPM (équivalent "religieux" du GTT, c'est à dire extrémistes) sont arrivés au MAUSOLEE hystériques avec des 4X4 armés jusqu'aux dents, avec une trentaine de gendarmes mutinés tirant en l'air des rafales, pendant que la radio Fahazavana appelait les gens à rejoindre l'insurrection armée. Cette radio qui avait déclaré une fausse adresse, abritait de plus une autre radio clandestine qui diffusait sur tout le pays, financée par Ravalo, dont on a retrouvé trace des appels téléphoniques sur les disques durs des ordis de la radio pendant la durée de l'opération HPM / FIGN.

C'est cette radio que défend Eliane Naika et le GTT, ainsi que Zafy et bien sûr l'autre mouvance moribonde ratsirakienne. Nous savons que Fetison autre pion local de Ravalo,au même moment lançait de son côté une attaque contre le journal la Gazette dont les journalistes ont failli être tués. Vitres cassées ... accusations de la Gazette jamais démenties par le "courageux" Fetison.

Non, Mme Naika et Mme Rasendratsirofo, vous êtes trop impliquées dans la défense inconditionnelle d'un Homme qui s'est enfui avec les millions volés au Malgaches, pour qu'on puisse croire une seule minute à votre bonne foi. Qui paye vos incessants voyages, vos locations d'hôtels pour des conférences , votre staff ? répondez à çà avant toute chose.

Vous pourrez multiplier les actes de propagande,dans tous les pays du Monde et auprès de qui vous voulez, vous ne convaincrez que ceux de votre bord qui le sont déjà. Votre visage est marqué par le sourire amer de la tromperie, et soyez sûres que Madagascar avancera sans vous et contre vous vers son avenir démocratique, inexorablement.

2.Posté par Joseph le 21/06/2010 20:32

une réflexion sur les liens familiaux :

Madame Naika, avez vous oublié que votre parent, le Colonel Balbine, gendre du général Monibou a été incarcéré à Tsiafahy par votre ami Ravalomanana en 2002 ?

Il est vrai que la mémoire défaille ainsi que les sentiments familiaux lorsque les intérêts en jeu dépassent un certain montant. C'est humain. Vous devez faire partie de ces gens qui oublient et pardonnent vite, ce qui explique votre philosophie de l'impunité que vous réclamez désespérément et inlassablement à Dada Chissano pour votre mentor ?

Nous n'avons pas oublié que c'est cette impunité là que vous nommez amnistie (non pas une demande de pardon après un jugement empreint de regrets sincères, non : vous réclamez un effacement immédiat de l'ardoise, meilleur chemin pour une récidive tout aussi immédiate, une demande de satisfecit et un lavage des fautes pour un retour au statu-quo ante).
Votre exigence à Maputo était encore pire que çà : une autoamnistie entre trois coquins. De quoi replonger Madagascar dans une nouvelle nuit jusqu'au prochain bain de sang. Mais qu'avez vous donc dans le coeur ?

Avez vous aussi oublié que vous êtes parente avec le Premier Ministre Camille Vital dont le frère ainé, Luc Vital a été aussi emprisonné et a été empêché de se présenter aux élections à Toliara ? Expliquez nous alors ce qui vous motive à soutenir ce président déchu et malhonnête dont vous savez la liste infinie des exactions qu'il a commises? Qu'est-ce qui vous motive ?

Vous trouvez sans doute que ce pays était sur une bonne voie avec 7% de PIB gagnés en 7 ans dont les 90% étaient captés par une minorité ?
Approuvez vous que ce pays que vous prétendez aimer soit soumis de puis 50 ans aux aides internationales, alors qu'on sait pertinemment que les contreparties de ce deal de "charité" ce sont :
1- les pourcentages de la corruption au Président et à son Clan
2- l'accès aux multinationales des minerais à bas prix ?

Qui a bradé la véritable indépendance de ce pays aux puissances étrangères et aux Sociétés Tiko-TIM ?

Un certain dirigeant du Collectif Réunionnais est bien famille avec feu Jacques Sylla le Premier Ministre de Ravalo de 2002 à 2007 (remplacé par Rabemananjara). Jacques Sylla a eu l'extrême intelligence de renier Ravalomanana publiquement et de s'allier aux réformateurs. Il allait dans le sens de l'Histoire, mais son "famille" local n'a rien compris et a continué jusqu'à ce jour à défendre un homme corrompu, se cachant aujourd'hui dans les jupes de Naika Eliane.

Jacques Sylla n'est plus et l'autre est resté. Comme quoi il ne suffit pas d'être de la famille de gens bien pour l'être soi-même, pourtant la proximité avec des personnes capables de réflexion et de remise en cause devrait influer sur leur sensibilité et leur intelligence politique. Que nenni ! l'argent et le profit immédiat sont là pour justifier la fermeture des coeurs aux intérêts suprêmes de la majorité des gens. Les petits intérêts mesquins prennent la direction des corps et des âmes.

Quel dommage que ceux qui ont des oreilles ne puissent plus rien entendre. Ce n'est pourtant pas une question d'intelligence ni de science, mais de sensibilité aux souffrances de tout un Peuple et de Patriotisme primaire.

3.Posté par Joseph le 22/06/2010 23:29

article de ce jour de la Gazette de lMadagascar sur ce sujet :

A La Réunion: Deux prétendues exilées s’exhibent

Mardi, 22 Juin 2010 06:03

Deux femmes, Elyette Rasendratsirofo et Naika Eliane, ayant chacune la nationalité française, respectivement ministre éphémère des Affaires de Marc Ravalomanana et ancienne sénatrice TIM, se mobilisent beaucoup à l’île de La Réunion pour discréditer Andry Rajoelina et la HAT. Samedi dernier, elles ont tenu une conférence à Saint-Denis, devant un parterre plutôt clairsemé, en vue d’appeler les Réunionnais à soutenir M. Ravalomanana. Bref, deux femmes hystériques qui n’ont finalement pas convaincu totalement l’assistance…
En tout cas, l’on s’étonne que les autorités réunionnaises aient autorisé celles-ci de dénigrer le pouvoir à Madagascar à partir d’un territoire français. Quid du devoir de réserve ? Jusqu'à preuve du contraire, elles n’en ont pas le droit. Mais, de par la complaisance, voire la complicité, du préfet de La Réunion, Mmes. Rasendratsirofo et Naika ont pu largement s’exprimer, à travers des propos mensongers, quant à la situation politique qui prévaut actuellement dans la Grande Ile. Malheureusement, les proches d’Andry Rajoelina ne disposent pas d’un réseau à l’île sœur pour donner la réplique à cette campagne de désinformations... Une carence de plus dans les rangs de la mouvance d’Andry Rajoelina.

4.Posté par Compatriote de Joseph le 23/06/2010 18:41

J'apporte des éclaircissements à mon compatriote. La venue de la sénatrice n'a pas été financée par Ravalomanana mais par des militants qui cherchent le rétablissement de la démocratie à Madagascar.
Cessons les disputes, les allégations mensongères, les divisions. Chacun des deux parties ont fait des erreurs: Ravalomanana par la tentative de monopolisation et Rajoelina par les arrestations arbitraires et l'anarchie " fanjakan'ny Baroa" qui règne actuellement dans notre pays.
A ce stade, cessons d'être instrumentalisés et manipulés par les impérialistes de toutes sortes, qui ne cherchent qu'à piller notre île et nos richesses.
Tendons-nous la main, TOUS. Réconcilions-nous.
Chaque camp peut avoir des avis et des idées divergents sans pour autant se détruire comme nous sommes en train de le faire.
Faisons la gloire de nos ancêtres en réalisant le proverbe "NY FIRAISANKINA NO HERY, IZAY MISARAKA VERY" (c'est la SOLIDARITE qui fera notre force).

5.Posté par Razafintsalama le 24/06/2010 13:34






L’INAUDIBLE MASSACRE DE LA TERRE DES ANCETRES





Il se trouve parfois que les plus atroces des actes sont loués et ce par les grandes puissances mondiales.

Madagascar, depuis le début de l’année 2009, jusqu’à maintenant, sombre promptement dans la souffrance, de plus en plus atroce. Le 17 mars 2009, un coup d’état a eu lieu par des militaires rebelles. Depuis, que des morts, des bléssés, des emprisonnements, des pertes d’emploi, de la terreur, la population laminée par la pauvreté subi encore plus fort ces affres. Des innombrables victimes.... dans un état terroriste qui n’est pas reconnu internationalement et qui vient des nouer des coopération étroite avec la Turquie et le Pakistan, les seuls pays qui ont reconnu indirectement cet état putschites : Comme cela ne suffisait pas, la France qui a commandé le coup d’état reconnaît cet état terroriste. Ainsi le tueur des malgaches est elevé au rang des « gand homme d’état » par la France , qui le soutient financierement , militairement et politiquement.



Cependant, les cris de douleur et protestations Malgaches reste inaudible en France, les media françafricaine reduit la crise qui a dure depuis 18 mois, à une querrelle entre deux hommes. Effectivement la meilleure manière de banaliser la crise et de botter en touche l’importance de la situation.

Ainsi le peuple français sont soit, mal informé soit ne pas étre informé du tout. Alors qu’un massacre systematique est entrain de s’opérer par le bras de la France en Afrique qu’est la Francafrique. Le systeme qu’active la france c’est l’ecran épais des medias qui dévalorisent l’importance de la crise et en accentuant le sentiment nationaliste en France,ainsi, toute voix africaines ou anciennes colonies de la France se perdent dans l’océan d’information qui leur permet de dire qu’il y a une libetré d’expression.

Madagascar passe de 7,5% de croissance économique annuelle en 2008 à 0,4% actuellement. Une centaine de prisonniers politiques sans compter ceux qui sont déjà relachés. Présence militaire et représsion é toutes les occasions : clute religieux, plantation d’arbre, reunion dans un lieu privé, match de fooball... l’autorité de fait, dite, Hautre Autorité de la Transition n’ont qu’une reponse à tous les problemes que traverse le pays : la répression.

Cette répression est dirigée par le colonel de la gendarmerie, richard ravalomanana, et un lieutant colonel de la Force d’Intervention spéciale, le FIS, rené lylison de rolland.



Le 26 juin est censé être le 50ème anniversaire de l’indépendance. Malheureusement il n’y a pas d’independance, la France utilise ses collaborateurs pour réprimer davantage. D’un coté la HAT prépare une fête en invitant des artistes étrangers, à coup de milliard de Franc Malgache, alors que les fonctionnaires ne sont pas encore payés, depuis des mois. De l’autre, tous ceux qui émettent un avis contraire à la HAT sont jettés en prison. Ainsi, il y a des journalistes, des religieux, des politiciens, des militaires, des simples citoyens qui croupssent en prison uniquement pour leus idées. Nous, peuple légaliste, lançons un appel pour que le monde entier sache ce qui se passe ici, à Madagascar. Et nous tenons à ce que la population francaise soit bien informée de l’exacte situation à Madagascar. Ici on meurt, et pour les vivants que de la terreur et de la pauvreté. La France cache sa vraie politique en Afrique à la population francaise.

LA FRANCE DESTABILISE L’AFRIQUE ET ECRASE L’INDEPENDANCE DE MADAGASCAR

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6.Posté par Razafintsalama le 24/06/2010 13:41

Ouvrez vos yeux Joseph et regardez la réalité au Pays...C'est le chaos total, un Etat de non Droit...
N'oubliez pas que c'est un pouvoir illégal condamné par les instances internationales.....
Le pouvoir a été acquis par la force....
Il n'y a que l'argent qui parle....Les malgaches traitres vendent leur Pays au nom de l'ARGENT.....Voilà où on en est arrivé......
Laissez le Peuple au moins faire son choix...
Cessez les répressions et laissez la presse faire son travail avant de dire que Madagascar va inexorablement vers une démocratie..........

7.Posté par Malagasy le 25/06/2010 20:18

Qu'est-ce que c'est que cette histoire de Françafrique ?

Note : L'article est relativement long et il est préférable de le lire tête reposée, ou de l'imprimer.

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Qu'est-ce que c'est que cette histoire de Françafrique ? D'où ça vient ? Et comment le peuple français a-t-il été roulé dans cette affaire ? Je ne vais pas refaire toute l'histoire de l'Occident et de la France avec l'Afrique, rappeler l'esclavage depuis trois ou quatre siècles, et la colonisation depuis le XIXe siècle, etc. Remontons seulement de soixante ans.

Après la deuxième guerre mondiale, il y a eu une pression des peuples pour se libérer - un phénomène qu'on a appelé la décolonisation. Cela s'est fait de proche en proche, avec des tentatives de résistance tragiques, comme la guerre d'Indochine ou la guerre d'Algérie, successivement, puis la guerre du Vietnam, où les États-Unis ont pris le relais de la France. Donc, le mouvement de l'histoire et d’autres phénomènes ont acculé De Gaulle, revenant au pouvoir en pleine guerre d'Algérie en 1958, à décider officiellement d'accorder l'indépendance aux anciennes colonies françaises au sud du Sahara. Ça, c'est la nouvelle légalité internationale proclamée.

Le général De Gaulle

En même temps, De Gaulle charge son bras droit Jacques Foccart, son homme de l’ombre - responsable du parti gaulliste, de son financement occulte, des services secrets, etc.-, de faire exactement l'inverse, c'est-à-dire de maintenir la dépendance. C'est ça le point de départ de la Françafrique : si vous avez une nouvelle légalité internationale qui est l'indépendance et que vous voulez maintenir la dépendance, c'est illégal ; donc, vous ne pouvez le faire que de manière cachée, inavouable, occulte. La Françafrique, c'est comme un iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée de l’iceberg : la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’Homme, etc. Et puis, en fait, vous avez 90% de la relation qui est immergée : l’ensemble des mécanismes de maintien de la domination française en Afrique avec des alliés africains. Je vais le détailler par la suite.

Pourquoi ce choix de De Gaulle de sacrifier les indépendances africaines à l’indépendance de la France ? Il y a quatre raisons. La première, c’est le rang de la France à l’ONU avec un cortège d’Etats clients, qui votent à sa suite. La deuxième, c’est l’accès aux matières premières stratégiques (pétrole, uranium) ou juteuses (le bois, le cacao, etc.). La troisième, c’est un financement d’une ampleur inouïe de la vie politique française, du parti gaulliste d’abord, et puis de l’ensemble des partis dits de gouvernement, à travers des prélèvements sur l’aide publique au développement ou la vente des matières premières. Et puis il y a une quatrième raison, que j’ai repérée un peu plus tardivement, mais qui est aussi très présent : c’est le rôle de la France comme sous-traitante des Etats-Unis dans la guerre froide, pour maintenir l’Afrique francophone dans la mouvance anticommuniste, contre l’Union soviétique. Donc, pour ces quatre raisons, on met en place un système qui va nier les indépendances. Et c’est là que le peuple français a été roulé. Parce que, après la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, quand on a demandé aux Français par referendum : «Est-ce que vous voulez tourner la page de plusieurs siècles de domination et de mépris de l’Afrique ?», les Français ont voté oui à 80%. Cela voulait dire : «Oui, on a fait des saloperies, mais il faut en finir ; on tourne la page et on veut traiter avec ces pays comme avec des pays indépendants». Or, vous allez le voir, on a mis en place non seulement un système néocolonial mais une caricature de néocolonialisme.

Comment s’y est-on pris ? Comment a-t-on construit cette face cachée de l’iceberg ? Premièrement, Foccart a sélectionné un certain nombre de chefs d’Etats « amis de la France », qui sont en fait des « gouverneurs à la peau noire ». Des gouverneurs à la peau noire c’est très pratique, parce qu’on a l’impression d’avoir des Etats indépendants, mais en fait ils ont des présidents français, ou tout comme. Un certain nombre d’entre eux ont la nationalité française et plusieurs, même, sont tout simplement des membres des services secrets français. Omar Bongo le reconnaît : il appartenait aux services secrets français. La manip’ est assez formidable : on avait des gouverneurs à la peau blanche, ce qui est un petit peu gênant pour faire croire à des indépendances ; et puis là, on recrute des gouverneurs à la peau noire.

Ruben Um Nyobé, plus grand révolutionnaire Camerounais

Comment fait-on pour recruter ces gouverneurs ? On a commencé par une violence extrême. Il y avait un mouvement indépendantiste exceptionnel au Cameroun, l’UPC, mené par un personnage de la dimension de Mandela, qui s’appelait Ruben Um Nyobé. Ce mouvement, qui avait la confiance des populations camerounaises, luttait pour l’indépendance. Il a été écrasé entre 1957 et 1970 dans un bain de sang digne de la guerre du Vietnam, qui a fait entre cent mille et quatre cent mille morts, une centaine d’Oradour-sur-Glane…Cela ne figure dans aucun manuel d’histoire. Moi-même, je ne l’ai découvert qu’il y a une dizaine d’années. On a fait l’équivalent de la guerre d’Algérie au Cameroun ; on a écrasé un peuple, détruit une partie de ce pays.

Et puis ensuite on a eu recours à l’assassinat politique. Il y avait des leaders élus, de vrais représentants de leur peuple, comme Sylvanus Olympio au Togo. Eh bien, quatre sergents-chefs franco-togolais revenus de la guerre d’Algérie, après la guerre du Vietnam, ont fait un coup d’état avec l’appui de l’officier français qui était soi-disant chargé de la sécurité d’ Olympio : ils ont assassiné ce président le 13 janvier 1963. Quarante ans plus tard, un de ces officiers, Etienne Gnassingbe Eyadema (ndlr : aujourd'hui son fils), est toujours au pouvoir, avec un règne digne de Ceaucescu, et un pays qui a sombré dans le chaos et la pauvreté. En Centrafrique, vous aviez un homme d’Etat très promoteur, Barthélemy Boganda : Il est mort dans un accident d’avion extrêmement curieux.

Pour le reste, on a procédé à la fraude électorale de manière massive ; on retrouvera ça un peu plus tard. On a écarte des candidats qui représentaient vraiment l’opinion de ces pays en promouvant des gens tout a fait dévoués à la cause française. Un seul a résisté, Sékou Touré, en Guinée. Mais il a subi en l’espace de deux ou trois ans tellement de tentatives de coups d’Etat et d’agressions de la part de Foccart qu’il a fini par imaginer de faux complots et par devenir paranoïaque. Vers la fin de sa vie, d’ailleurs, il s’est réconcilié avec Foccart.

Sékou Touré, l'homme qui a dit « non » à De Gaulle

Donc, à part la Guinée de Sékou Touré, l’ensemble des ex-colonies francophones ont été embarquées dans ce système, avec un certain nombre de chefs d’Etat auxquels on disait, en contrepartie de leur soumission : « servez-vous dans les caisses publiques, confondez l’argent public et l’argent privé, bâtissez–vous des fortunes». Un certain nombre ont pris ça au mot et ont constitué des fortunes égales à la dette extérieure de leur pays : Mobutu, Eyadema, Moussa Touré, etc. Donc « confondez l’argent public et l’argent privé, enrichissez-vous, mais laissez votre pays dans l’orbite française, laissez-nous continuer de prélever des matières premières à des prix défiant toute concurrence et de détourner une grande partie des flux financiers qui naissent de là».

En plus de ce choix d’un certain nombre de chefs d’Etat «amis», ou plutôt vassaux, les mécanismes de la Françafrique ont touché l’ensemble des domaines : politiques, économiques, financiers policiers, militaires… Par exemple, on a aussitôt recyclé les anciens de l’OAS, l’Organisation de l’armée secrète (qui avait mené la guerre contre les accords d’Evian, accordant l’indépendance algérienne), dans les polices politiques de ces pays africains. Nombre de ces Etats ont été doté de polices tortionnaires. Récemment, vous le savez, on a révélé que les tortionnaires dans la bataille d’Alger, Aussaresses et ses émules, ont été ensuite former les tortionnaires latino-américains, tellement on avait apprécié leurs expériences. On a mis en place auprès de chacun de ces chefs d’Etats un officier des services secrets chargé de le protéger… sauf lorsqu’il cessait de plaire. Le jour où le Nigérien Hamani Diori a voulu vendre son uranium ailleurs qu’en France, il a été déposé instantanément. Quant aux Comores, il y a eu deux chefs d’Etat assassinés, et un certain nombre d’autres déposés, par Denard et ses mercenaires. Les mercenaires, parlons-en. D’un côté, il y a la présence militaire officielle… mais c’est parfois gênant d’intervenir trop ouvertement. Alors, il y a un moyen beaucoup plus commode : ces gens qu’on présente comme des électrons libres, dont Denard est le prototype, et qui sont recrutés essentiellement dans les milieux d’extrêmes droites -j’y reviendrai.

Et donc, on dit : « Voila, il y a des coups d’Etat, des révolutions, des renversements de présidents qui sont faits par des gens qu’on ne contrôle pas, ces fameux mercenaires, et ce Bob Denard qui sévit depuis 40 ans», désormais transformé en papy gâteau par la grâce du petit écran. Sauf que, chaque fois que Bob Denard a un procès, le gratin des services français vient dire à la barre: «Mais Bob Denard il est des nôtres ! C’est un corsaire de la République, pas un mercenaire. Il a toujours servi le drapeau français». Derrière ce fonctionnement opaque des mercenaires, la réalité, c’est bien un rappel aux chaînes de la dépendance.

le Franc CFA, un moyen d'asservissement

Autre moyen de contrôler ces pays : Le franc CFA. On vous dit : «C’est formidable, on a doté ces pays d’une monnaie, avec le franc CFA». (CFA, cela veut dire : Colonie française d’Afrique…). Sauf que ce franc CFA convertible a permis, pendant des dizaines d’années, de faire évader les capitaux de ces pays. Au moment des campagnes électorale en France, on se mettait à pleurer sur le fait que tel Etat africain, le Cameroun ou le Togo, par exemple n’avait plus de quoi payer ces fonctionnaires. Donc, on envoyait un avion avec une aide financière directe, un chargement de billet CFA, à Yaoundé ou à Lomé.

Et cet avion repartait aussitôt en Suisse où les francs CFA touts neufs étaient convertis, puis partagés entre le chef d’Etat destinataire et le décideur politique français. On faisait de même avec certains prêts. Autrement dit, c’est l’un des multiples moyens par lesquels on a enflé démesurément la dette du Tiers monde, avec des sommes dont les Africains n’ont évidemment jamais vu la couleur.
Autre moyen de détourner l’argent et de constituer des caisses noires : la création d’entreprises faux-nez des services français. Le Floch-Prigent, ancien PDG d’Elf, a reconnu que Elf avait été crée pour ça. Dans cette compagnie, il y avait au moins quatre cents agents secrets. Et l’énorme différence, l’énorme rente qui peut provenir de l’argent du pétrole –payé très peu cher et en partie non déclaré-, toute cette énorme masse a servi aux services secrets à entreprendre un certain nombre d’actions parallèles, comme déclarer la guerre au Nigeria pour lui chiper son pétrole, ou faire des coups d’Etats dans un certain nombre de pays. Mais il y a eu aussi des faux-nez plus petits : un certain nombre d’entreprises de sécurité ou de fourniture aux missions de coopération facturaient deux ou trois fois le coût de leurs prestations pour détourner de l‘argent, par exemple vers un Bob Denard, qui contrôlait directement certaines de ces sociétés.
Je pourrais continuer longtemps comme ça. Je vous en donnerai un exemple encore plus tard.

Ce dont il faut se rendre compte, c’est que dans la Françafrique, il y a eu une inversion permanente de ce qu’on vous déclare. Dans la face émergée de l’iceberg, vous avez la France qui affiche ses principes, et dans la face immergée, on voit l’application d’un monde sans lois, d’un monde sans règle, plein de détournements financiers, de criminalité politique, de polices tortionnaires, ou -on le verra tout à l'heure- de soutiens à des guerres civiles. Ça, c'est la réalité. C'est au moins 90% de la réalité. Alors, cette Françafrique, qui dure encore jusqu'à aujourd'hui, on conçoit bien qu'elle comporte un certain nombre de risques pour ces pays, qu'elle a de graves conséquences sur leur situation économique et politique.

Tout d'abord, quand on dit aux chefs d'Etat: «Servez-vous dans la caisse», peu à peu, la corruption va passer de la tête jusqu'au bas de la société. Et ce qui restait encore de services publics au moment de la décolonisation s'est transformé progressivement en self-service public. Aujourd'hui, les capacités de santé ou d’éducation dans ces pays sont tout à fait démontées.

Deuxièmement, on peut comprendre que ces «Etats» néocoloniaux, fondés sur ce qu'on appelle une économie de rente, de pillage, de prélèvement de la richesse des matières premières ou de détournement de l'aide publique au développement (au moins 50% de cette aide), n'ont aucun intérêt au développement économique. C'est une constante. Parce que, quand vous avez un développement productif - des usines, des lieux de fabrication-, des classes d'acteurs économiques apparaissent - des classes de salariés ou d'entrepreneurs- qui vont se mettre à contester l'usage de l'argent public. On voit surgir des gens qui n'ont plus un besoin absolu de l'argent de l'Etat pour vivre, qui se mettent à penser librement et à contester le pouvoir. Donc, si dans ces pays il n'y a pas de développement économique hors des matières premières, ce n'est pas un hasard ; ce n'est pas du tout parce que ces pays en seraient incapables. Si on oppose aux entrepreneurs des obstacles administratifs ubuesques, c'est tout simplement que le dictateur ne veut pas d'un développement économique qui contesterait son pouvoir. A Madagascar, l'un des seuls entrepreneurs qui a réchappé à cette mise en échec, Marc Ravalomanana, est devenu président avec un fort soutien de la population, parce qu'il produisait malgache et que, maire de la capitale, il avait rompu avec les traditions de pillage des biens publics. Donc, beaucoup de dictateurs ont préféré éviter ce danger. Ils ne tolèrent d'entrepreneurs que totalement corrompus et assujettis, vulnérables à des accusations de détournement.

La poussée démographique en Afrique...

D'autres phénomènes ont encore aggravé la situation, comme la poussée démographique. Et puis il y a eu, à la fin des années 1970, ce qu'on a appelé «La dette du tiers monde». En fait, il y avait trop d'argent dans les caisses de l'Occident et des pays pétroliers ; il fallait le recycler. Donc, on a poussé ces pays à s'endetter. On leur a dit : «Tout ça, c'est cadeau; on va vous faire une nouvelle forme d'aide publique au développement, on va vous prêter à 3, 2, voire même 0% et la différence avec le taux d'intérêt normal, on va compter ça comme de l'aide. Sauf que, quand ces prêts sont en partie ou totalement détournés, quand ces prêts vont dans des comptes en Suisse ou dans des paradis fiscaux, comme c'est le cas le plus souvent, avec quoi va-t-on rembourser ? L'argent a disparu et on n'a rien produit avec... Le cas du Congo-Brazzaville est caricatural, c'est une espèce d'alchimie extraordinaire. Voilà un pays qui avait beaucoup de pétrole. Ce pétrole, on le pompe, on l'achète presque pour rien, on n'en déclare pas une partie –un tiers, un quart ou la moitié, selon les gisements. Et donc, peu à peu, ce pays perd son pétrole. Mais en même temps, la dictature au pouvoir et ses amis de la Françafrique -les Sirven, Tarallo, Chirac, enfin tous les réseaux de la Françafrique- ont de gros besoins d'argent. Donc, au bout d'un certain temps, on ne se contente plus de la production présente mais, avec l'aide d'un certain nombre de banques, on va se faire prêter sur gage : le pétrole qui sera produit dans deux ans, trois ans, dix ans... Résultat, ce pays finit par avoir une dette qui est égale a trois fois sa production totale annuelle. Regardez la magie : ce pays a un plus, le pétrole, et ça se transforme en 3 moins, une dette égale à trois fois sa production pétrolière (et même davantage).

Et puis, en plus, avec une partie de cet argent, on achète des armes pour armer les deux clans de la guerre civile, qui va détruire le pays au milieu des années 1990. Alors, vous allez dire: «Tout ça, c'est un fâcheux concours de circonstances». Sauf que je démontre dans un ouvrage, L'envers de la dette, que c'est le même personnage, Jack Sigolet, établi à Genève au cœur des paradis fiscaux, bras droit d'André Tarallo, le Monsieur Afrique d'Elf, qui à la fois vend le pétrole, gère la dette et achète les armes. Alors, dire que c'est une coïncidence, c'est un peu difficile. Donc, si le Congo-Brazzaville a été détruit -j'y reviendrai-, c'est la responsabilité d'Elf, et comme Elf était nationalisée, c'est la responsabilité de la France, c'est notre responsabilité à tous, en tant que citoyens de ce pays qui laisse opérer la Françafrique : à la fois nous pillons le pétrole, nous montons une dette totalement artificielle, la moussant comme œufs en neige à travers des commissions prélevées dans une kyrielle de paradis fiscaux, et nous achetons des armes pour détruire ce pays. C'est un petit raccourci de la dette du tiers monde. Vous le voyez, en fait de dette, si on fait les comptes, c'est plutôt nous qui devons de l'argent à ces pays.

La dette n'est-elle pas une vaste escroquerie pour l'Afrique et tous les Africains ?

Je continue : donc, à cette époque-là (les années 1980), on commence à enfler la dette. La dette, quand on y regarde de près, quand on regarde où est passé l'argent, c'est dans la plupart des cas une escroquerie absolument gigantesque. Alors, avec tout ça, on arrive à la fin des années 1980. Il y a une poussée démocratique après la chute du mur de Berlin. Et à ce moment-là, les dictateurs ont beaucoup de mal à résister à cette pression. Ils vont devoir affronter des élections, mais ils ne peuvent plus tenir comme discours politique: «Je me représente parce que je fais le bien du peuple, parce que je vais assurer son développement».

Ce n'est plus crédible, et donc ils se mettent à utiliser l'arme ultime du politique, le bouc émissaire, qui malheureusement marche depuis les débuts de l'humanité. Ils se mettent à expliquer que, s'il y a des malheurs dans le pays, ce n'est pas leur faute, c'est la faute de l'autre ethnie, «cette ethnie que vous haïssez, n'est-ce pas, et qui, si elle vient au pouvoir, va vous ôter le pain de la bouche, prendre toutes les hautes fonctions, et même, éventuellement, vous massacrer». C'est ce discours qui a été tenu au Rwanda, c'est ce qui menace dans un certain nombre d'autres pays. C'est un scénario sous-jacent à ce qui se passe en Côte d'Ivoire. A la criminalité économique et à des régimes dictatoriaux souvent tortionnaires, on a rajouté une criminalité politique de masse en dressant les gens les uns contre les autres. Encore un dernier exemple du fonctionnement de la Françafrique. Rappelons le schéma de l'iceberg qui représente la Françafrique : en haut, vous avez la France meilleure amie de l'Afrique, patrie des droits de l'homme, etc. ; sous la ligne de flottaison, vous avez ces fonctionnements de solidarité entre un certain nombre de Français et d'Africains qui se sont organisés pour tenir ces pays politiquement (par la dictature), militairement (avec les mercenaires), et à travers un certain nombre de circuits financiers pompant l'argent des matières premières, l'argent de la dette, l'argent de l'aide publique au développement.

L'un des exemples les plus récents et les plus achevés de ce fonctionnement en iceberg, c'est ce qui s'est passé après la poussée démocratique des années 1990.La Françafrique a été prise au dépourvu par une révolution démocratique au Bénin. Aussitôt, elle a organisé un système qui a marché de manière quasi infaillible pendant pratiquement dix ans. Il consiste en ceci : avec notre argent, l'aide publique au développement, on envoie des urnes transparentes, des bulletins de vote et des enveloppes dans ces pays ; on déclare : «Oui, vraiment, c'est bien, ils arrivent à la démocratie; donc, on va les aider» ; et en même temps, on envoie dans les capitales de ces pays des coopérants très spéciaux, des réseaux Pasqua ou de la mairie de Paris, qui vont installer un système informatique de centralisation des résultats un peu spécial : alors que les gens ont veillé jour et nuit auprès des urnes pour être sûrs que leur suffrage soit respecté, alors qu'ils ont voté à 70 ou 80% pour chasser le dictateur, ils se retrouvent à la fin avec un dictateur réélu avec 80% des voix... ou 52% s'il est modeste. Voilà encore une alchimie extraordinaire.

Nous, avec notre argent, on aide les gens à se doter d'instruments de démocratie; au même moment, les réseaux de la Françafrique arrivent à faire en sorte que ces peuples aient encore pire qu'un dictateur, un dictateur «légitimé démocratiquement». Et ça ne s'est pas passé que dans un pays ; ça s'est passé cinquante fois entre 1991 et 2003, avec chaque fois le même système, chaque fois le même discours, que ce soit au Togo, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Gabon, à Djibouti, en Mauritanie, etc.

La Françafrique, de FX Verschave

Il n'y a eu que trois ou quatre exceptions, dans deux pays pauvres d'abord, parce qu'ils sont trop pauvres pour intéresser beaucoup la Françafrique : le Mali, avec le renversement du dictateur Moussa Traoré, et le Niger, où quelques officiers progressistes ont renversé le dictateur installé par Foccart, qui s'appelait Ibrahim Baré Maïnassara. Alors là, quand ils ont renversé le dictateur, la France a crié à l'interruption du processus démocratique. Elle a coupé sa coopération. Et donc les Nigériens ont organisé leurs élections sans et malgré la France. Et ça a donné les élections les plus incontestées depuis quarante ans en Afrique. Il n'y a pratiquement pas eu un bulletin contesté.

Et puis, il y a encore deux exceptions célèbres. Au Sénégal, où il y avait une fraude instituée depuis très longtemps, s'est produite une invention démocratique. La société, qui en avait marre de l'ancien régime corrompu -ça ne veut pas dire que le nouveau est parfait, loin de là-, voulait au moins pouvoir changer de président. Eh bien, ils ont jumelé les téléphones portables et les radios locales de manière à annoncer en direct les résultats à chaque dépouillement d'urne, pour que l'on ne puisse pas truquer la totalisation. Dans d'autres pays, on a retardé du coup la mise sur le marché des téléphones portables… Un autre exemple, extraordinaire, presque unique dans l'histoire de l'humanité, c'est Madagascar. Jour et nuit, pendant quatre ou cinq mois, entre cinq cent mille et un million de personnes ont tenu la rue pour défendre le candidat élu et obtenir son installation à la place du dictateur soutenu par l’Elysée et par la Françafrique. Sous la pluie, des femmes de soixante-dix ans, des mères de famille, etc., une marée humaine se gardant de toute violence, a réussi peu à peu, par son courage, a dissuader l'armée et les milices du régime. Chaque fois que l’armée voulait attaquer le mouvement populaire, il y avait toujours une femme ou une fille de général dans la manifestation qui appelait sur son téléphone portable le père ou le mari pour dire: «Nous sommes dans la manifestation». Et peu à peu, les généraux, les officiers ont craqué l'un après l'autre, ils sont passés dans le camp du président élu. C'est un exemple vraiment assez exceptionnel, tellement inquiétant pour les dictateurs en place qu'ils ont mis un an avant de reconnaître le nouveau régime.

Donc, tout n'est pas désespéré. Mais disons que pour ce qui est de notre rôle, du rôle de la France, on a passé son temps à faire «valider» par les urnes l'inverse de la volonté du peuple, quitte à dégoûter les gens de la démocratie.

Alors, J'avance. Je passe rapidement car je n'ai pas le temps de faire l'histoire de la Françafrique. Je vais quand même vous décrire brièvement ses réseaux, très, très sommairement. Et puis, je vous donnerai un ou deux exemples récents avant de passer à la mafiafrique.
Ces réseaux, Je vais d'abord vous les énumérer tels qu'ils nous sont apparus en première lecture, si je puis dire, et puis ensuite vous les décrire tels que nous les voyons maintenant, parce que c'est un peu différent, et à force d'y travailler, on y voit un peu plus clair. Je vous le dis rapidement, je n'ai pas le temps de détailler et d'insister -tout ça se trouve dans mes différents ouvrages.

Jacques Foccart

Simplement, je vais d'abord vous décrire un foisonnement. II y a ce qu'on appelle les réseaux politico-affairistes. Le plus important d'entre eux, c'était le réseau Foccart, créé sous De Gaulle ; disons que c'était le réseau gaulliste. Et puis il y eut les réseaux néogaullistes -principalement le réseau Pasqua-, le réseau Giscard, le réseau Mitterrand, le réseau Madelin, le réseau Rocard, etc.
Ensuite, il y a quelques très grandes entreprises qui jouent un rôle dominant là où elles se trouvent. Il y a Elf, bien entendu, qui faisait la politique de la France au Gabon, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Nigeria, en Angola, etc. Il y a Bouygues, qui contrôle les services publics en Côte d'Ivoire, qui a hérité d'une grande partie des subventions d'investissement de l'aide publique au développement. Il y a Bolloré qui a le monopole des transports et de la logistique sur une bonne partie de l'Afrique. Il y a Castel, qui contrôle les boissons, etc.

Et puis il y a les militaires. La plupart des hauts dignitaires de l’armée française ont fait leurs classes en Afrique où ils ont eu des carrières accélérées, deux ou trois fois plus rapides, avec des soldes faramineux. L'armée française tient beaucoup à l'Afrique ; elle fait encore la politique de la France au Tchad ou à Djibouti. La plupart des généraux africains francophones, y compris les généraux-présidents, sont ses «frères d'armes».

Vous avez encore les différents services secrets, qui se disputent entre eux et qui ont chacun un rôle dans la Françafrique. Vous avez la DGSE, le principal service secret vers l'étranger, qui contrôlait de près chacun des «gouverneurs à la peau noire». Vous en avez un autre, qu'il est beaucoup plus surprenant de rencontrer en Afrique, la DST (Direction de la sécurité du territoire). En principe, elle ne devrait s'occuper que de l'intérieur de la France. Mais elle s'occupe aussi de l'extérieur pour diverses raisons. D'abord parce qu'il s'agirait de protéger la France des dangers de l'immigration. Ensuite, la DST, qui est une police politique, fait de la coopération avec l'ensemble des polices politiques de toutes les dictatures du monde. Donc, elle devient copine avec toutes les «sécurités intérieures» des pires dictatures. Et du coup la DST se retrouve impliquée dans beaucoup de pays, comme le Gabon, le Burkina, l'Algérie, l'Angola, etc. J'ai oublié de dire que, bien entendu, les réseaux françafricains sont devenus les mêmes au Maghreb qu'en Afrique noire, avec exactement les mêmes mécanismes en Algérie, en Tunisie et au Maroc que ceux que je vous ai décrits jusqu'à présent. Après la DGSE et la DST, il y a la Direction du renseignement militaire, poisson-pilote de l'armée, qui fait la propagande de la France lors des conflits en Afrique, et puis l'ancienne Sécurité militaire, qu'on appelle maintenant DPSD -sur laquelle je reviendrai-, qui, entre autres, contrôle les mercenaires et les trafics d'armes.

Il faut rajouter un certain nombre de réseaux d'initiés : une obédience franc-maçonne dévoyée, la Grande Loge Nationale Française (GLNF), fort à droite, à laquelle appartiennent tous les dictateurs franco-africains, une forte proportion des responsables des services secrets, des généraux français et africains, les dirigeants de grands médias comme TF1, une partie du lobby nucléaire et pétrolier, etc. Vous avez des sectes, très présentes en Afrique et liées à la Françafrique, comme les Rose-Croix ou même le Mandarom...
Il y a encore le Trésor, du ministère des Finances, l'administration française la plus puissante : elle applique à l’Afrique les politiques de la Banque mondiale.

Après cette description panoramique un peu éclatée, je vais revenir à un historique plus unifié, que je n'ai compris qu'assez tard, au début des années 2000, en travaillant sur le livre Noir Chirac. La relecture de la guerre froide m'a fait un peu déplacer les accents en considérant notamment que la dépendance de la France ou des décideurs français vis-à-vis des politiques américaine et atlantiste était beaucoup plus importante qu'il n'y paraissait. J'ai compris en particulier que le discours antiaméricain, qui est la propagande de base de la Françafrique, et notamment des réseaux Pasqua, est une propagande à usage subalterne. Parce qu'en réalité, ceux qui crient le plus fort leur antiaméricanisme sont les plus liés aux Américains : vieille astuce

Selon ma perception d'aujourd'hui, l'historique des réseaux de la Françafrique s'est passé de la manière suivante. Vous avez au départ le réseau Foccart, qui agrégeait tous les éléments anticommunistes des réseaux de la guerre froide, ce qui incluait notamment un certain nombre d'éléments issus de l'extrême droite ou de la mafia corse -y compris mêlés à des trafics de drogue. J'ai expliqué dans La Françafrique et dans Noir silence que Charles Pasqua avait été l'initiateur de la French connection vers les Etats-Unis. Il m'a attaqué en diffamation, mais pas sur ce point. Sous couvert de Pernod-Ricard et au nom des services secrets, il a couvert un trafic de drogue, mais c'est un grand classique des services secrets. Et puis, en 1970, Pasqua se dispute avec Foccart et donc crée un réseau dissident, un réseau néogaulliste (les néogaullistes se distinguent des gaullistes en étant beaucoup plus dans la mouvance américaine). Et Pasqua devient le financier de la carrière de Chirac, qui est en train de monter en puissance et qui va devenir Premier ministre en 1974. A partir de 1974, le tandem Pasqua-Chirac prend les rênes du futur RPR et de la Françafrique, tandis que le réseau Foccart est déclinant. Ensuite, apparaît Mitterrand. On croît qu'il va changer les choses, mais pas du tout : Mitterrand suivait les traces de Foccart depuis 1948. Il se contente de montrer sa capacité de nuisance en faisant publier Affaires africaines par son ami Pierre Péan, dénonçant le système Elf et le Gabon de Bongo. La Françafrique comprend, on lui donne une part du gâteau et Jean-Christophe Mitterrand se branche sur les réseaux Pasqua : le réseau Mitterrand, c’est en fait une simple branche des réseaux Pasqua.

En 1986, Chirac se réconcilie avec Foccart, qu'il emmène à la cellule Afrique de Matignon. Par conséquent, à partir de 1986, Chirac détient toutes les clés de la Françafrique : non seulement Pasqua, mais aussi Foccart. Et comme toute instance trop dominante a tendance à se diviser, à partir de 1989 se manifeste une tension extrême entre Pasqua et Chirac, avec des alternances de dispute et de réconciliation, c’est ce que j'appellerai plus tard «le conflit des anciens et des modernes» -grâce auquel nous avons appris a peu près tout ce que nous savons sur la Françafrique. Parce que tout ce que je vous raconte n'est pas seulement le fruit d'un travail considérable de dépouillement d'informations et de recoupements. C'est aussi paru crûment dans la presse, parce que les deux camps -Chirac-Juppé contre Pasqua et les anciens- se bombardaient par presse interposée, exposant les saloperies de l'autre. Ainsi, ce qu'on a appelé l'Angolagate, c'est tout simplement la guerre des modernes -Juppé, de Villepin contre les réseaux Pasqua, la guerre aussi de la DGSE, du côté des modernes, contre la DST pasquaïenne, du côté des anciens. Je n'ai pas le temps de vous détailler tout ça, mais ce qui est clair, c'est quand même que le néogaullisme chiraquien contrôle la Françafrique depuis 1974, c'est-à-dire pratiquement depuis trente ans, et qu'il est l'ami des principaux dictateurs africains.

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