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Conférence de Gérard Filoche : La souffrance au travail

Vendredi 24 Octobre 2014 - 11:15

Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, représente l’aile gauche du parti. Devant un parterre confortablement garni au Moufia, il a conféré le 13 octobre dernier sur la souffrance au travail. Aucun élu PS dans l’assistance. Etonnant, non ? En voici un résumé :
Le salariat représente actuellement 93% des actifs, contre 55% en 1955. Soit 7% de travailleurs non salariés. Et 5 des 24 millions travaillent dans la fonction publique. Le salariat produit majoritairement les richesses de ce pays, et n’en touche pas la reconnaissance, puisque la médiane des salaires est de 1650 euros mensuels, et que 90% des salariés gagnent moins de 3200 euros par mois. L’écart entre les divers salaires est de 1 à 2, tandis qu’il était de 1 à 6 avant 1970. Pour le reste, 1% de la population possède 25% du patrimoine. De plus, sur 6 millions d’ouvriers, 2 millions travaillent dans l’industrie, et enfin 18 millions de salariés travaillent donc dans le privé. Derniers chiffres : 4500 handicapés nouveaux chaque année, 650 décès, 700 suicides. Le point commun entre ouvriers, employés et intermédiaires est qu’ils constituent à eux trois la force de travail de ce pays.

Et cette force de travail est vendue à l’employeur, ce n’est pas lui qui donne du travail. Et dans le monde de l’entreprise, il n’y a pas de démocratie : les salariés ne sont pas des collaborateurs, mais des subordonnés. En effet le contrat de travail est un lien juridique de subordination permanente ; en matière de droit du travail, il n’y a pas de volontariat, pas de liberté (en particulier : pas de liberté de travailler le week-end, pas de liberté de travailler en heures supplémentaires). La contrepartie de cette subordination est représentée par le code du travail, 675 pages, mais 400 d’annexes, ce n’est pas un pavé si lourd que cela, contrairement à ce que prétend François Bayrou qui le comparaissait publiquement à la télévision avec le code suisse du travail. De plus, si on compare le code du travail au code civil, au code pénal, ou au code de la santé, il fait bien pâle figure. Autrement dit, moins il y a de pages ou d’articles au code du travail, plus la situation rendra le travailleur précaire !

650000 arrêts de travail chaque année, 4500 nouveaux handicapés, 700 suicides et 650 décès, sur 18 millions de salariés du privé : le tableau est terrifiant ! Plusieurs dizaines de milliers de maladies professionnelles, en plus de beaucoup sous-déclarées donc non réparées. Enfin un tiers à la moitié des maladies cardiovasculaires sont liées à l’activité professionnelle, soit 200000 par an. Il faut donc bien défendre les travailleurs, et c’est le rôle du code du travail. Son non-respect constitue un délit, la première fraude étant la fraude aux heures supplémentaires. Le code du travail a été créé grâce à l’abnégation syndicale, et les syndicats n’ont cessé au cours des décennies de négocier une diminution du temps de travail, c’est d’ailleurs l’un de leurs titres de gloire. On a gagné 5 heures en 70 ans, passant de 40 heures (Léon Blum), à 35 heures (Martine Aubry), mais durant ces 70 ans, on a accompli en fait quatre choses :
- Augmentation de la productivité
- Augmentation du niveau de vie
- Multiplication par deux du nombre d’emplois dans le privé (de 9 à 18 millions)
- Diminution du temps de travail.

Et cette diminution du temps de travail a comme conséquence la diminution du temps de souffrance au travail, pour l’emploi, donc l’économie, et pour la santé humaine. L’économie doit donc être subordonnée aux besoins humains, et non l’inverse.

Seule la durée maximale du travail est fixée par la Loi, elle est de 48 heures hebdomadaires, dont 44 heures consécutives maximum, 10 heures la durée maximale quotidienne. Et si l’on considère les Lois Aubry, chaque salarié fait donc de fait 48-35 = 13 heures supplémentaires d’office. Et l’on s’aperçoit que travailler 35 heures n’a jamais gêné quelque entreprise que ce soit, ainsi demander de travailler plus, de casser les 35 heures, est bien une forme déguisée de diminuer le salaire, puisque les heures supplémentaires sont payées plus cher. Répétons-le, l’attaque contre les 35 heures est une tentative de diminution du coût du travail, une diminution du salaire réel. Garder les 35 heures est du domaine de l’ordre public social, la contrepartie à la subordination (cf. supra).
Une autre attaque porte sur les seuils sociaux : chaque entreprise, en fonction du nombre de ses salariés, doit disposer d’un CHSCT à partir de 50 salariés et d’un CE (Comité d’entreprise) à partir de 11 salariés. Le gouvernement veut modifier ces seuils à 50 pour le CE et à 100 pour le CHSCT. C’est une attaque délibérée contre la protection salariale des PME, pour soi-disant favoriser la production et moins gêner l’employeur. Or en France, les entreprises de plus de 50 salariés représentent 3% de celles-ci, et sur 1 million d’entreprises, il n’y a que 44000 CHSCT. En quoi cela gêne la production et l’employeur ? La remise en cause des seuils sociaux est donc une vraie attaque contre les droits du travail, et ce n’est pas en détruisant des pans entiers du code du travail que l’on va favoriser l’emploi. Bien au contraire, on ne va que favoriser la précarité. La flexibilité n’a jamais augmenté la productivité. Et pourtant le droit du travail continue de reculer…

Les propositions de Gérard Filoche :
- SMIC à 1700 euros
- Retraite à 60 ans
- Maximum de l’écart salarial entre un salarié et son patron = 1 à 20 (Henry Ford avouait avec honte gagner 40 fois plus que le salaire le plus bas de son entreprise ; actuellement les cadres dirigeants des entreprises du CAC40 gagnent 450 fois plus que la moyenne salariale de leurs entreprises)
- Travail hebdomadaire à 30 heures

Question :
Vous proposez la lutte contre l’évasion fiscale, une taxe plus équilibrée sur les bénéfices non réinvestis des entreprises (et qui vont dans la poche des plus hauts salaires non plafonnés et des dividendes des actionnaires), passant de 25% (taux français le plus bas dans le monde) à 40% (taux maintenu aux Etats-Unis, avec une redistribution plus équitable au profit des salariés, une diminution du temps de travail au regard des gains de productivité, et un meilleur partage de celui-ci, une taxe sur les transactions financières digne de ce nom, vous constatez avec moi une disparition de la démocratie au profit des lobbies financiers : ceci, Monsieur Filoche, est une partie du programme de Nouvelle Donne. Ma question est : que faites-vous encore au PS ?
(J’avais ajouté : nous divergeons sur deux points : le revenu de base et la nécessaire décroissance démographique).

Réponse : voilà 50 ans que je suis au PS, ce n’est pas maintenant que je lui ferai des infidélités ; la ligne Valls est minoritaire à 15% dans le parti, nous travaillons de l’intérieur.

Une semaine plus tard, la mort de De Margerie suivi du tweet de Filoche, la réaction de Valls et de Cambadélis, laissent à penser que les jours de Filoche au sein du PS sont comptés… Mais la vraie question est : que font Hollande, Valls, et Cambadélis, au PS ?

Bruno Bourgeon, Nouvelle Donne
Bruno Bourgeon, Nouvelle Donne
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1.Posté par La possession trop fort le 27/10/2014 20:12

Bruno et Gérard,
la majorité du salariat n'a pas le temps de s'occuper de la souffrance au travail.
Aujourd'hui dans le privé ou le public lorsqu'on demande la moindre chose, même notre salaire qui est bien souvent en retard, le patron menace. Il y à des milliers de demandeurs d'emploi, personne n'est indispensable!

Le respect n'existe plus, la France connaît un recule grave en matière de respect de l'individu et les conditions de travail sont tellement dégradées, que les salariés ferment les yeux sur presque tout pour un peu de paix. Ils n'ont pas compris que sans employés un patron n'est rien.

Le pays des droit de l'Homme n'aura bientôt plus aucune leçon à donner si personne ne réagi.

il n'y à plus de PS, UMP, FN, PG ou autre.
Nous devons tous, nous battre pour ce qu'il nous reste de dignité et arrêter de reculer sans cesse.

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