Concours Prix Célimène des nouvelles des lauréates de l'année dernière: Quand l’art se conjugue au féminin


« J’aimerais que mon œuvre contribue à la lutte pour la paix et la liberté », cette citation de Frida Kalho, célèbre peintre mexicaine reflète bien la philosophie du Prix Célimène. Redonner la parole aux femmes à travers un art, celui qu’elles auront choisi pour exprimer leur créativité, leur talent mais surtout leurs sentiments.

C’est ainsi que des milliers de femmes ont osé montrer une peinture, une sculpture, une photo… symbole d’une parole libérée.

A quelques jours de la remise du Prix Célimène 2019, nous avons souhaité regarder dans le rétroviseur et retrouver le temps d’un échange les lauréates 2018. Toujours aussi fières d’avoir reçu leur trophée, elles reviennent sur ce concours qui leur a permis de sortir de l’anonymat pour se retrouver dans la lumière d’un message d’espoir envoyé à travers leurs œuvres. 

Pour Larissa, notre lauréate de l’année dernière, le Prix Célimène a agi comme une vraie thérapie. Pour Anne, cette deuxième place a provoqué une vraie prise de conscience. Pour Florence, le troisième prix lui a apporté un nouveau souffle et pour Danielle, le prix de l’encouragement lui a donné le courage de s’exposer au regard des autres.
 

Larissa Balthazar : l’art pour vaincre la maladie

« Une seconde chance pour mes mains », c’est l’histoire de deux mains qui tremblent, qui deviennent incontrôlables et qui miraculeusement finissent par se calmer. L’histoire est belle et courageuse, le Prix Célimène fait des petits miracles, Larissa en est la preuve. L’art utilisé comme thérapie lui a donné une véritable seconde chance. »
 
Interviews

Département de La Réunion: Vous avez reçu le 1er prix du jury pour votre œuvre "Une seconde chance pour mes mains", pouvez-vous revenir sur cette œuvre qui donne naissance à une nouvelle expression artistique ?

Larissa Balthazar: Je ne pensais pas que je recevrai le 1er prix. Je voulais y participer juste pour me prouver à moi-même que j'étais capable de faire quelque chose de mes 10 doigts en dépit de mes problèmes de santé.

Au moment où j'ai entendu l'annonce à la radio, je ne savais pas quoi faire. La chose qui était sûre c'était le choix de la catégorie, la photographie. Et puis on m'a soufflé l'idée d'utiliser les objets que je fabriquais. Pour moi, il manquait quelque chose. Je voulais qu'on voit mes mains et surtout je voulais montrer que même si on se moquait d'elles (parce qu'elles tremblaient), ce sont elles qui ont fait ces belles choses.

Une fois le thème et la photo choisis, je voulais les travailler différemment car pour moi la photographie ce n'est pas juste prendre des photos et les passer dans un logiciel de retouche, c'est un vrai moyen d'expression. Je ne suis pas douée dans ce domaine mais j'essaie de transformer mes images pour qu'elles soient plus expressives pour pouvoir faire passer un message, une émotion...

Franchement, je ne pensais pas que mon message toucherait autant surtout avec un titre comme "Une seconde chance pour mes mains" que j’ai choisi vraiment à la dernière minute.

Département de La Réunion: Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

Larissa Balthazar: Mon parcours artistique...? A vrai dire je n'ai pas de parcours artistique. J'ai eu des cours comme tout enfant à l'école mais je n'ai pas suivi de cursus bien particulier.

J'essaie d'apprendre par moi-même, je regarde des tutos sur internet, j'essaie de m'auto-former et je mets en pratique ce que j'ai appris. Il y a beaucoup de ratés mais je n'abandonne pas. Je continue  jusqu'à ce que ça ressemble à quelque chose....

Département de La Réunion: Qu’est-ce que cette récompense a changé dans votre vie ?
 
Larissa Balthazar
: Ce prix m'a vraiment aidé. Grâce à cette récompense j'ai pu avancer l’argent pour pouvoir commencer une thérapie qui a vraiment été bénéfique. Même si cette thérapie est prise en charge et qu’on peut se faire rembourser, il faut quand même avancer les frais pour les soins. Avec la vie actuelle, il est difficile de se créer un budget pour se faire soigner.

Aujourd'hui, j'arrive à contrôler mon bras. Mes tremblements sont beaucoup moins visibles. On ne se moque plus de moi et on ne me pointe plus du doigt. Seul le port de charges lourdes pourrait me faire trembler comme avant. Je continue à  faire de la rééducation. Et je garde l'espoir d'être guérie à 100%.

D'ailleurs, je voudrais remercier ma famille, les membres du jury, mon médecin qui tous m’ont permis de retrouver toutes mes capacités.

Département de La Réunion: Quel regard vous portez sur ce prix qui récompense les femmes artistes amateur ?
 
Larissa Balthazar: Le prix Célimène est une opportunité pour les femmes artistes (confirmées et débutantes) de s'exprimer que ce soit au travers de la peinture, de la sculpture ou de la photographie. La Femme est mise en valeur au travers de son oeuvre. C'est un moyen pour elle  de faire passer un message qui lui tient à coeur, de montrer ce qu'elle est capable de faire.

Surtout il ne faut pas hésiter à participer. ll faut se dire qu’on a toutes nos chances. Même si on ne fait pas partie des lauréates,  notre oeuvre est exposée et rien que pour ça on a toutes gagné.
 

Anne Fournier : « J’ai pris confiance en moi »

 « L’attente » ou une ode à la solitude, celle d’un départ immédiat qui n’en est pas un ou d’un départ repoussé de quelques jours. Une attente qui reflète aussi le manque de courage de se dire « j’y vais et j’écris une nouvelle page ». L’homme oiseau hésite entre retourner dans la cage ou s’envoler alors… il attend. »
 
Vous avez reçu le 2ème prix du jury pour votre œuvre "L'attente", pouvez-vous revenir sur cette sculpture et nous dire quelles ont été vos sources d'inspiration ?

 « L'attente représente un homme/oiseau, fragile, installé au bord de sa cage, une valise à côté de lui. On ne sait pas ce qu'il attend pour partir, ni même s'il partira. C'est une œuvre qui évoque la solitude. Elle touche aussi à la question de l'élan qui nous pousse à impulser ou non un tournant à notre vie.

Mes sources d'inspiration viennent principalement de la bande dessinée : Sempé pour sa poésie douce, j'admire sa capacité à retracer en une scène les petits travers de l'humanité et tout cela avec un regard tendre emprunt de nostalgie et d'humour, Cyril Pedrosa et sa BD Portugal (qui parle justement de cette question de l'élan, avec pudeur avec une conception graphique magnifique.) et enfin les films d'animation de Myazaki pour les personnages qui portent une animalité en eux. »

 Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

 « J'ai une formation universitaire plutôt théorique en Histoire de l'art, je peins, je dessine et je sculpte mais je suis essentiellement autodidacte."

 Le Prix Célimène 2018 vous a été attribué, qu'est-ce que cette récompense à changer dans votre vie ?

 « Ce prix m'a offert une certaine forme de « prise de confiance », pour poursuivre dans la création et m'a permis également de m'offrir une œuvre photographique (j'y vois une certaine cohérence). »

 Quel regard vous portez sur ce prix qui récompense les femmes artistes amateurs ?

 « Offrir la possibilité de mettre en avant des pratiques amateurs me semble très pertinent,  je pense que ce genre d’événement valorise l'île de La Réunion en montrant la richesse des créations insulaires.

Aujourd'hui les femmes artistes ont leur place dans la création et dans  l'Histoire de l'Art, (Séraphine de Senlis, à Frida Khalo et tant d'autres).

Toute initiative mettant en avant la place des femmes dans la société est à encourager. N'oublions pas que la place des femmes est essentielle depuis toujours : elles sont sources d'inspirations, artistes, femmes de pouvoir, intellectuelles, mères, sœurs…

Je conseille à tous de lire « Culottées » deux très beaux volumes dessinés qui mettent en avant le parcours souvent trop peu connu de ces femmes qui ont marqué l'Histoire. »
 

Florence Le Guyon : « Le prix Célimène m’a donné un nouveau souffle »

 Une photographie qui pénètre l’âme du modèle et qui fait sortir une rage comme un « exutoire ». Florence Le Guyon a choisi comme modèle l’auteure interprète Ann O’aro car la photo avant d’être l’expression d’un art est avant tout un cri qui vient de l’intérieur.

 Vous avez reçu le 3ème prix du jury pour votre oeuvre "L'exutoire", pouvez-vous revenir sur cette photo et cette femme qui laisse sortir des sentiments qui pourraient être de la rage, du désespoir, de la colère... ou tout cela à la fois ?

 « La photo "l'exutoire" est un portrait de la chanteuse Ann O'aro. Lorsque je photographie, je souhaite mettre en avant des personnes plutôt que des visages, j’essaie de capter un trait, une émotion propre au modèle, qui est la plupart du temps quelqu'un que je connais intimement. La vie d'Ann O'aro a démarré dans la violence d'un père incestueux, alors ce cri, c'est sa colère, sa rage, son "exutoire", lui permettant d'avancer. »

 Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

 « Je pratique plusieurs activités artistiques, navigant souvent de l'une à l'autre. J'ai démarré la musique à 7 ans, puis après un cursus diplômant au conservatoire et une formation pédagogique, j'enseigne aujourd'hui la flûte traversière dans le nord de l'ile. Parallèlement, je pratique le piano en amateur, la photographie bien sûr et aussi le dessin. Le portrait est mon domaine de prédilection car je trouve fascinant de pouvoir capter un regard, un instant, figer dans le temps une expression ou un sentiment… »

 Qu'est-ce que cette récompense à changer dans votre vie ?

 « J'ai participé au concours Célimène grâce aux encouragements de certains amis. Comme beaucoup il m'arrive très souvent de remettre en question ce que je fais... Obtenir le prix Célimène m'a donné un nouveau souffle, avoir une validation de professionnels est valorisant et très encourageant. Mon rêve serait maintenant de pouvoir exposer un jour. J'aimerais travailler sur une série présentant des femmes musiciennes, ou plus généralement artistes. »

 Quel regard vous portez sur ce prix qui récompense les femmes artistes amateures ?

 « Ce concours est une belle opportunité pour les artistes amateures d'exposer leur travail et d'échanger autour d'une passion commune. C'est aussi une mise en lumière qui permet de découvrir des artistes parfois discrètes. Pour la journée internationale des droits de la femme, mettre en avant leurs regards et leur créativité est je pense un très bel hommage. »

https://www.facebook.com/leguyon/
 

Danielle Marimoutou Wipf : « Figer le temps qui passe »

 Avant d’être peintre, Danielle Marimoutou Wipf est une historienne. Remettre en mémoire et garder une trace pour que la transmission se fasse. L’artiste a choisi les « friches industrielles du Port » qui au moment de la création de l’œuvre s’effaçait des yeux des passants et par là-même de leurs mémoires.
 

Vous avez reçu le prix d’encouragement du jury pour votre peinture "Friche industrielle du Port", pouvez-vous nous dire quelles ont été vos sources d’inspiration et pourquoi avoir choisi ce thème si particulier ?

 « Cette peinture parle du temps qui passe, de la mémoire des lieux. Je suis sensible aux odeurs, aux sons des endroits que je visite et ils ont de l'importance dans le rendu final du tableau. J'ajoute quelque chose de nouveau afin d'appréhender ces vieilles choses ou ces lieux sous un autre angle. Je cherche à raconter une histoire. L'historienne que je suis a besoin de relater la mémoire des lieux et des choses. Cette usine était en cours de démolition quand je l'ai vue. Le chevalet a été rapidement installé.

Pendant la séance de peinture j'ai pu recueillir les émotions des habitants du coin et des ouvriers. Ils m'encourageaient à "immortaliser" leur lieu de travail. »

 Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

 « Je peins depuis une vingtaine d'années. J'ai pratiqué pendant plusieurs années la peinture à l'huile dans des ateliers. La passion pour la peinture sur le vif et en plein air est le fruit d'une rencontre avec l'artiste Laurence Burvenich. C'est lors de voyages en sa compagnie que j'ai appris à peindre par tous les temps et dans des conditions pas toujours pratiques. Aujourd'hui j'utilise divers médiums en peinture selon mon inspiration et les lieux. »

 Qu'est-ce que cette récompense à changer dans votre vie ?

 "En 2018, le Concours Célimène a été un déclencheur. Jusqu'à ce moment je parlais peu de ma peinture. Depuis mon entourage m'encourage à montrer mon travail. »

 Quel regard vous portez sur ce prix qui récompense les femmes artistes amateures ?

 « Ce concours est une initiative heureuse pour les femmes qui y trouvent un moyen pour aller de l'avant, et se faire confiance. »

 Propos recueillis par Florence Vendôme
 

 Prix Junior : « La femme mosaïque »

 Des femmes artistes amateures mais aussi des classes qui se mettent à l’art. C’est pour sensibiliser les jeunes à la création artistique que le Département a ouvert le Prix Célimène aux collèges de l’Ile. Et le hasard fait bien les choses puisque cette récompense a été attribuée à un collège qui rend également hommage à Célimène. 

En 2018, c’est une classe de 4ème du collège Célimène Gaudieux qui a été récompensée pour une œuvre à plusieurs mains intitulée « la femme-mosaïque ». Une ode reconnaissante à toutes les femmes de La Réunion en une palette de couleurs, de formes, de portraits exécutés avec l’aide de leur professeur d’Arts Plastiques et d’une artiste Lory Beaudet.
 
Qui sera sacré cette année ? Rendez-vous à l’occasion de la journée de la femme et de la remise des récompenses du Prix Célimène. 
Mercredi 6 Mars 2019 - 16:30
Département de La Réunion
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