Courrier des lecteurs

Collaposologie et économie (suite)

Lundi 4 Novembre 2019 - 09:55

C'est une vaste question à laquelle je vais tenter d'apporter quelques interrogations supplémentaires : pourquoi le monde continue-t-il de tourner alors que la collapsologie devrait nous conduire à penser que le Monde va dans le mur et qu'il aurait déjà dû s'effondrer ou qu'il risque de s'effondrer à court ou à moyen terme si rien de drastique n'est fait ?

 

Je ne pense pas déformer l'analyse des collapsologues en écrivant cela. Et pourtant, la collapsologie n'est pas une invention récente. Elle date des années 1960-1970. Les premiers écrits sur la décroissance économique datent de ces mêmes décennies. Je pense notamment aux écrits de Nicholas Georgescu-Roegen parus dans les années 1971-1976. Evidemment, la collapsologie a longtemps été confinée à une poignée d'illuminés, de survivalistes, de fous persuadés que la Terre allait s'effondrer, ou à une marge des partis écologistes européens. Mais aujourd'hui, la situation a changé. Il est devenu de bon ton de s'affirmer comme collapsologue, de défendre la collapsologie. Et la collapsologie prend de plus en plus d'ampleur, d'importance médiatique. Ces tenants sont désormais invités dans les principaux lieux de pouvoir ; Assemblée nationale française, forum économique de Davos, Assemblée générale des Nations Unies ...

 

Pourtant, pour ma part, je ne suis pas du tout un partisan de l'économie capitaliste, du marché, de la concurrence pure et parfaite, du libéralisme ou de l'ultralibéralisme. Bien au contraire. Je suis partisan de la régulation de l'économie par l'Etat, par la loi, par la Communauté internationale, seule à même d'imposer des législations aptes à encadrer la toute-puissance des marchés. Je suis aussi favorable à une réforme de l'économie qui prenne en compte les concepts de la collapsologie, de l'environnement. Par exemple, le concept même d'économie d'échelle propre à l'économie capitaliste et à sa loi fondamentale, la concurrence pure et parfaite, est une aberration : plus vous produisez, moins vous produirez cher, alors que pourtant, les conséquences écologiques, de destruction de l'environnement, de pollution, de votre production vont croissantes. 

 

Et pourtant, je reste circonspect, dubitatif, sur les collapsologues, sur cet effet de mode, sur les personnalités qui se métamorphosent comme grands gourous ou grandes prêtresses de la collapsologie, de la fin du monde. De cette jeunesse qui se découvre à suivre une énième religion à la mode, un énième combat du siècle, une énième grande cause mondiale. De mon temps, en 1983-1984, il s'agissait de récolter des fonds pour le Tiers-Monde, pour l'Ethiopie. Aujourd'hui, ils luttent pour le climat. Nouvelle passade d'adolescents et d'adolescentes en quête de grands combats ? 

 

Le problème des modes en économie et en politique, c'est que souvent, elles deviennent la nouvelle doxa des années futures. Le monétarisme triomphant des années 1980-1990-2000  était une théorie ultra-minoritaire jusque dans les années 1945-1975. Milton Friedman a été un ennemi mineur de John-Maynard Keynes avant de devenir le théoricien de la théorie dominante à partir des années 1980 et jusqu'à aujourd'hui. Il n'y a que la crise financière de 2007-2009 qui a pu laisser penser que le monétarisme et l'ultralibéralisme n'étaient pas les réponses parfaites, uniques et absolues aux problèmes posés à l'économie. Et aujourd'hui en 2019, les leçons de la crise sont déjà oubliées et l'ultralibéralisme est reparti de plus belle. La collapsologie et son intégration dans le champ économique, par exemple le concept de décroissance, peuvent devenir la nouvelle doxa de l'économie lors des prochaines décennies. Ou pas.

 

Je crois donc en l'économie. Je crois dans le principe des prix, des lors qu'ils sont capables d'intégrer les composantes des décisions et des politiques publiques. C'est aux États, à la Communauté internationale, de fixer le prix de la pollution, de l'impact du réchauffement climatique, au niveau mondial pour que nul ne puisse y échapper, s'y soustraire, afin qu'il intègre les échelles de prix et de valeur des consommateurs.

 

Le problème n'est donc pas vériblablement l'économie. Une science économique intégrant les principes de l'école de la régulation peut parfaitement intégrer les concepts de cherté et d'impact carbone de l'économie. Le problème est cette branche de l'économie qui refuse l'intervention de l'état en faisant croire que cet interventionnisme est mauvais, que le fonctionnement normal, pur des marchés, permettra de résoudre tous les problèmes. Cette branche de l'économie est l'ultralibéralisme. C'est cependant elle qui guide et reproduit le fonctionnement réel des marchés, puisque les États ne peuvent plus intervenir que de manière marginale dans le fonctionnement des marchés. 

 

Le fonctionnement actuel des marchés ne permet donc pas d'intégrer optimalement les concepts de pollution et d'impact du réchauffement climatique dans les choix des usagers et des consommateurs. Il faudrait une concertation mondiale sur une taxation et sur une imposition générale, qui est aujourd'hui pratiquement inaccessible. Les sociétés internationales, les entreprises essaient de se légitimer en s'appliquant des engagements et des politiques de responsabilité sociale. Mais tout ceci n'est que poudre aux yeux. Il faut une action internationale pour légiférer, pour imposer et taxer les activités émettrices de gaz à effet de serre. La collapsologie peut être un moyen pour permettre une prise de conscience et imposer la nécessité d'une action étatique collective. Sauf que la collapsologie vise au delà d'une action collective mondiale. Elle veut aussi régir nos comportements individuels, criminaliser nos actions individuelles, et en ce sens-là, je m'oppose au fait qu'elle veuille régenter nos vies, nos comportements, ce que nous aurons le droit de faire ou de ne pas faire !

Saucratès
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1.Posté par IXE le 04/11/2019 11:59

Je partage tout ce que vous avez écrit et bien davantage votre conclusion: combien de leaders religieux n'ont jamais rêver de régenter la vie de leurs ouailles ? A combien de dérives n'avons-nous pas assisté ?

C'est bien pourquoi, spiritualité et politique se rejoignant souvent comme ici, je suis partisan de la religion qui libère !

2.Posté par A mon avis le 04/11/2019 14:39

https://www.liberation.fr/debats/2019/11/03/naomi-klein-les-gens-veulent-qu-on-leur-montre-un-futur-ou-le-monde-ne-s-effondre-pas_1761343

3.Posté par Saucratès le 04/11/2019 14:53

Le Post scriptum que j'ai rajouté à mon article sur mon blog pour répondre aux contradictions qui ne sauraient tarder, sur la finitude des ressources, et que je n'aborde pas dans cet écrit ...

« Je pars toujours du principe que la finitude du Monde et l'épuisement des ressources peuvent être traités par l'économie et ne nécessitent pas forcément une privation volontaire par les individus, une privation imposée ex-nihilo par les tenants de la collapsologie. Je sais qu'il s'agit de la critique primordiale de mes principaux contradicteurs de ZINFOS, à savoir B. Bourgeon et Mister À Mon Avis. Le fait que je ne prenne pas en compte cette finitude des ressources, de ce que l'on peut extraire de notre planète Terre.



Mais je pense que c'est l'absence de régulation internationale de l'économie qui peut tout à fait permettre le maintien de comportements de consommation, de production et d'usage contraires à un mode de développement économe en ressources. Chaque pays est en effet incité à proposer les conditions fiscales et sociales les plus attractives pour attirer les grandes entreprises, engranger quelques recettes fiscales supplémentaires et accroître l'emploi.



L'imposition de normes mondiales et de taxation mondiale permettrait selon moi de réguler le modèle et le fonctionnement de l'économie capitaliste. Evidemment, ces normes et ces taxes auraient plusieurs effets : des rencherissements des prix forcement, puisque ces taxes auraient pour objectif de réguler les modes de consommation néfastes pour l'environnement ou trop consommateur de ressources épuisables. L'essence, le pétrole, la viande animale, les voyages en avion pourraient devenir hors de prix et devenir réserver à une élite. Autre impact, les bénéfices des multinationales diminueraient forcément puisqu'elles ne pourraient plus jongler entre les pays les moins-disants en matière de taux d'imposition des bénéfices ou de l'activité, ou de normes sociales. Les mécanismes de taxations mondiaux pourraient aussi pour favoriser les échanges commerciaux courts, proches du consommateur, taxer l'activité polluante croissante des multinationales pour en contrebalancer les effets pervers des économies d'échelle.



Des réseaux de commercialisation plus courts, des prix plus élevés grâce à un système de taxation permettant la mise en œuvre de politiques et de services publics, tout ceci pourrait conduire à une moindre empreinte carbone de la consommation humaine, à une décroissance des quantités de ressources prélevées dans la biosphère terrestre, sans forcément s'accompagner d'une diminution de la production de richesse. On pourra consommer differemment, mieux, plus économement. L'un n'est pas incompatible avec l'autre !



Il y a évidemment un gouffre avec les positions des collapsologues et je le mesure bien. On le lit à travers les interventions de la jeune Greta Thurnberg, invectivant les puissants sur leurs hélicoptères et leurs jets privés. Jamais les callopsologues de cette sorte n'accepteront qu'une élite puisse continuer à utiliser et à consommer des biens potentiellement pollueurs, ou que certains puissent continuer à en profiter épisodiquement en se privant et en se serrant la ceinture. Ce n'est pas d'une régulation que les collapsologues à la Greta Thurnberg, mais d'un régime fascisant réglant et réglementant la vie de tous, décidant pour les autres de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. D'où l'opposition de principe entre économie et collapsologie. »

4.Posté par Saucratès le 04/11/2019 15:37

Salut IXE. En espérant que vous allez garder ce pseudo. En tout cas, j'aime bien ce pseudo qui devrait permettre de vous reconnaitre. Quelle peut bien être cette religion qui libère ? Même si au fond, je pense que les discours de certains frères ou prêtres catholiques participent et défendent cette voie de libération. Amitiés. Saucratès

5.Posté par A mon avis le 04/11/2019 17:12

@ Saucratès vous écrivez :

"Sauf que la collapsologie vise au delà d'une action collective mondiale. Elle veut aussi régir nos comportements individuels, criminaliser nos actions individuelles, et en ce sens-là, je m'oppose au fait qu'elle veuille régenter nos vies, nos comportements, ce que nous aurons le droit de faire ou de ne pas faire !"


Aini, vous refusez que la collapsologie dicte nos comportements. (Encore faudrait-il que les "collapsologues" soient au pouvoir, ce qui est loin d'être le cas)

Et vous écrivez dans le même paragraphe :
" Il faudrait une concertation mondiale sur une taxation et sur une imposition générale, qui est aujourd'hui pratiquement inaccessible. Les sociétés internationales, les entreprises essaient de se légitimer en s'appliquant des engagements et des politiques de responsabilité sociale. Mais tout ceci n'est que poudre aux yeux. Il faut une action internationale pour légiférer, pour imposer et taxer les activités émettrices de gaz à effet de serre."


Et "en même temps" vous voulez "une action internationale pour légiférer, pour imposer et taxer les activités émettrices de gaz à effet de serre." C'est à dire indirectement régenter les comportements individuels !

Ainsi, en fin de compte vous acceptez implicitement que "les collapsologues" n'ont pas tout à fait tort !

6.Posté par A mon avis le 04/11/2019 17:37

@ 3.Posté par Saucratès

"Je pars toujours du principe que la finitude du Monde et l'épuisement des ressources peuvent être traités par l'économie et ne nécessitent pas forcément une privation volontaire par les individus, une privation imposée ex-nihilo par les tenants de la collapsologie."


Pas clair du tout ! Et même contradictoire !

1°) vous admettez "la finitude de Monde et l'épuisement des ressources". (Comme les collapsologues )

2°) vous refusez une "privation volontaire imposée ex-nihilo" (bel oxymore) par les collapsologues.

3°) vous êtes partisan d'une "économie" qui traiterait ce problème. Très bien. Mais traiter ce problème aboutit en définitive à de la privation si les ressources diminuent. Quel mode de privation proposez vous alors ?
Un privation "involontaire mais imposée "?

Allez ! Avouez le !
Vous êtes en train de vous convertir à la collapsologie ! 😊😊😊

7.Posté par C.J. le 04/11/2019 18:26 (depuis mobile)

@@Saucrates..mon salut amical et mon respect pour ce texte sérieux..trop pour moi.je ne me prononcerai pas..la sagesse me gagne parfois..bonne continuation sur le sujet.

8.Posté par IXE le 04/11/2019 18:44

4.Posté par Saucratès le 04/11/2019 15:37

Je me suis un jour demandé ce qui se passerait si je lisais avec foi les évangiles sous l'angle séditionniste d'un message laissé par une puissante civilisation E.T. Je fus comblé...Je fus engagé...

Voir dans et au-delà de la lettre. Il existe un temps dans la prière, par-delà le temps, où les deux ne font qu'un (comprenez-moi). Depuis, tout est réalisé, accompli.

;)

9.Posté par Saucratès le 05/11/2019 00:28

Merci Carl. Salut amical aussi. Saucratès.

10.Posté par Bruno Bourgeon le 05/11/2019 08:22

Voir mon prochain texte sur le réchauffement climatique ("Le réchauffement climatique : à quoi s'attendre")
J'ai compris, Saucratès, que vous préférez ne pas avoir de gourou du climat pour dicter votre conduite, mais que votre conduite soit dictée par les Lois du Marché, c'est-à-dire par des ordinateurs faisant la pluie et le beau temps sur les places économiques, ou tout simplement par l'argent, cet anonyme qui régente tout et est notre dictateur. On n'est pas loin de SkyNet...
Pour votre gouverne, il n'y a pas de gourou parmi les spécialistes de l'effondrisme. En revanche, les entreprises transnationales, leurs dirigeants, et la complicité des gouvernements mondiaux, nous amènent, comme vous le dites ailleurs, droit dans le mur : quel dictature préférez-vous alors? Croyez-vous de plus que vos prières pour une Régulation mondiale du Marché soient entendues? Et quand bien même elles le seraient, cette Régulation suffirait-elle à contenir notre empreinte écologique? En admettant que oui, pour aller dans votre sens, cela ne nous conduirait-il pas inéluctablement vers la décroissance individuelle et l'effondrement collectif? (Je rappelle que notre planète est limitée).

11.Posté par Saucratès le 05/11/2019 09:43

Salut Bruno. Nous sommes en phase sur votre analyse. Nous avons à choisir entre une dictature des spécialistes de l'effondrisme, qui conduiraient le public, les médias, les experts climatologues, les gourous et les grandes prêtresses, à décider de ce que l'on a droit de consommer et ce que l'on n'a pas le droit de consommer (c'est-à-dire à peu près tout) ... et une régulation mondiale intergouvernementale, démocratique, du libre fonctionnement des marchés économiques et financiers ...

Cette régulation suffirait-elle à nous permettre de réduire notre empreinte écologique ? Pas sûr évidemment, si les lois du marchés et les taxes n'y réussissent pas. Cette régulation est-elle même possible sachant la puissance des multinationales ou bien n'interviendra-t-elle trop tard ? C'est aussi tout à fait possible. Nous avons besoin des collapsologues pour conduire le monde à légiférer sur ce sujet, parce que l'on a besoin d'uniformisation fiscale et sociale, de taxation des productions et des consommations polluantes, mais à un rythme compatible avec le fonctionnement des marchés, permettant aux individus et aux entreprises de s'adapter. Et parce que le monde de la finance et des affaires est trop puissant, les riches trop riches. Mais je crains tout autant la dictature des Greta Thurnberg et des Bruno Bourgeon ... Dans l'attente de votre texte. Saucratès.

12.Posté par A mon avis le 05/11/2019 10:57

@ 11.Posté par Saucratès
Nous avons à choisir entre une dictature des spécialistes de l'effondrisme, qui conduiraient le public, les médias, les experts climatologues, les gourous et les grandes prêtresses, à décider de ce que l'on a droit de consommer et ce que l'on n'a pas le droit de consommer (c'est-à-dire à peu près tout) ... et une régulation mondiale intergouvernementale, démocratique, du libre fonctionnement des marchés économiques et financiers ...


Vous ne cessez de vous répéter.
Vous ne sortez pas de votre obsession ! De cette opposition absurde !


"les-gens-veulent-qu-on-leur-montre-un-futur-ou-le-monde-ne-s-effondre-pas"

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