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Cimetière îlet à Guillaume


- Publié le Lundi 2 Novembre 2009 à 10:52 | Lu 2933 fois

Samedi dernier, la région et la Maison des Civilisations ont érigé un monument commémoratif en l’honneur des esclaves anonymes enterrés au cimetière dit "du Père Lafosse" à Saint-Louis. Le texte de ce monument précise :

"Tout être humain a droit au souvenir". Il est évident qu’on ne peut qu’approuver une telle déclaration, et applaudir une telle initiative.

Toutefois, une question lancinante me tourmente depuis plusieurs années déjà et m’interpelle avec plus de force depuis cette inauguration. Quand on déclare que "tout être humain a droit au souvenir ", englobe-t-on les enfants dans cette dénomination d’ "être humain" ?
La question n’est nullement provocatrice.

Jugeons-en : dans les hauts de la rivière Saint-Denis, un site historique se meurt dans l’indifférence générale, celui du pénitencier pour enfants de l’îlet à Guillaume où, de 1864 à 1879, on expédia plusieurs milliers de jeunes âgés de 8 à 21 ans pour y purger des peines de quelques jours à plusieurs années (5, 10 voire même 15 années) au motif qu’ils avaient volé… pour manger ; qu’ils étaient vagabonds… car souvent sans famille ; que leur conduite était "mauvaise"… donc pas assez soumise à leur engagé ; ou tout simplement pour attentat à la pudeur… c’est-à-dire, par exemple, surpris à uriner contre un  mur.
Ces enfants, âgés de 8 à 21 ans, ces "Oubliés du 20 décembre" comme je les ai une fois surnommés, ont abattu des travaux titanesques durant leur condamnation, leur rédemption passant forcément par la prière et le travail physique. Pendant les 15 années de travaux de construction d’une route carrossable, à flanc de falaise de la rivière Saint-Denis ; au cours des 8 années  passées à édifier un pont d’une seule arche au-dessus du Bras-Guillaume, des accidents eurent lieu et certains périrent.

Ils sont vraisemblablement une douzaine de petits bagnards enterrés dans le cimetière de l’ancien pénitencier pour marmailles de l’îlet à Guillaume. "Que douze !" serait-on presque tenté de dire au vu de la durée d’existence de l’établissement (15 années) et de l’extrême difficulté des travaux entrepris. Oui, mais douze ! Douze quand même !! Douze marmailles, douze "petits" !!! Douze gamins des rues, enfants d’engagés, enfants d’affranchis dont l’indigence gênait notre belle colonie réunionnaise et que l’on a arrachés à leur famille puis expédiés dans ce nid d’aigle éloigné de l’îlet à Guillaume pour qu’ils ne polluent plus par leur misérable  présence les élégantes villes coloniales.

N’ont-ils pas, eux aussi, comme tout "être humain", "droit au souvenir" ? N’est-ce pas intolérable, insoutenable, que leurs tombes soient gagnées par la végétation ?
Faut-il, dans notre département, s’inscrire dans les périodes clairement délimitées de l’histoire de l’esclavage pour avoir droit à la reconnaissance ?

En 2007, sous l’impulsion du secrétaire général de la préfecture de l’époque, M. Franck-Olivier Lachaud, une réhabilitation du site avait été tentée, aboutissant, début 2008, à sa protection au titre des monuments historiques. Au départ de M. Lachaud, tout le projet s’est écroulé comme un château de cartes, ce qui ne m’étonna guère tant le secrétaire général de la préfecture fut le seul à croire en un projet qui ne suscitait qu’indifférence voire dédain chez les décideurs locaux. F-O Lachaud impulsa un dernier élan à la réhabilitation en finançant le nettoyage du site par des chantiers de réinsertion. Ces jeunes ont fourni un travail… de bagnard… (que l’on m’excuse ce mauvais jeu de mot) pour un résultat nul puisque, les sentiers n’étant pas légalement ré-ouverts l’ONF n’a pu poursuivre leur œuvre. Bel exemple de travail inutile, et bel encouragement à la réinsertion pour les jeunes en question qui ont vu avec rancœur la végétation recouvrir en quelques semaines les vestiges qu’ils avaient dégagés en trois mois de travail acharné et exténuant.

Le site de l’ilet à Guillaume est propriété du conseil général, situé sur la commune de Saint-Denis, appartenant au domaine du parc national, géré par l’ONF, et utilisé par la SODIAC pour faire courir sa canalisation du Bras-Citron qui alimente le chef-lieu, canalisation qui, elle-même, loue un passage sur la passerelle du Bras-Guillaume (qui menace officiellement de s’effondrer), passerelle qui (si je ne me trompe) appartient à la ville mais est érigée sur un sol départemental. Ajoutons à cela un chiffrage astronomique de sécurisation des sentiers d’accès fixé par le BRGM, dont les impératifs de travaux sont incontournables pour permettre un lever de l’arrêté préfectoral d’interdiction (même une mobilisation associative ne peut évacuer ni contourner les conditions fixées par le BRGM).

Beaucoup de monde à mettre d’accord, certes. Mais aussi beaucoup d’acteurs qui, en s’unissant, et avec la volonté d’aboutir, pourraient désenclaver ce site hautement historique et magnifique, à deux pas du chef-lieu.

Quelques jours avant qu’il ne rejoigne la métropole, j’avais fait part à M. Lachaud de mon inquiétude de voir le projet dépérir après son départ. Il me fit répondre : "Rassurez-vous : la parole de l’État est engagée, la parole de l’État sera tenue".

Presque deux années après, on peut constater avec amertume le "progrès" suivant : la Réunion bénéficie depuis 2008 d’un nouveau site protégé au titre des monuments historiques… mais officiellement inaccessible au grand public. Les âmes oubliées des petits bagnards étouffent de plus en plus sous les ronces et les bambous qui submergent tout, jusqu’aux cailloux délimitant les sépultures. Ces mêmes ronces, en gommant toute trace des enfants martyrs, semblent hélas entraver ce qui devrait être un élan naturel de notre cœur en mémoire de marmailles ayant injustement souffert.

Au XIXe siècle, aux yeux de la justice, de la police, de la société tout entière, l’enfant était passible du même traitement qu’un prévenu adulte. L’un comme l’autre étaient des "êtres humains" jugés déviants, délinquants, auxquels on appliquait des peines longues et éprouvantes, qu’ils aient 8 ou 88 ans.
En notre XXIème siècle, il semble que l’équivalence de traitement ne soit plus de mise. L’enfant mort à l’îlet à Guillaume n’est pas considéré comme un être humain puisque lui, se voit refuser le "droit au souvenir".

Pascale MOIGNOUX
Ecrivaine




1.Posté par Bayoune le 03/11/2009 07:04

Madame merci pour ce rappel, na bokou dot lié konmsa i tonb ou i sava tonb dan l'oubli. Mi panse so ban forteress, té yapèl lékuri té i parke bann zesklav dodan à koté bann zanimo é apré bann travayèr la tèr, ralèr, dépayèr kann. Na ankor Ste Suzane, zerbe i monte dosi, personn i vé pi fé parle so bann vié mur galé tayé de 40 à 60 cm lépèsèr dosi la tèr bann groblan. A Ste Marie tou lo katier moulin mayok la été détruyi, la fé in sité dosi, tousa sé dé lié de mémware i sava, dé lié ou nout zansèt la soufer la siyèr ek lo san pou angress bann zesklavaziste, é zordi zot désandan i saf fé lotissman, pli de 3000 si mi tronpe pa sur des terres gorgées de transpiration et de sang de nos ancêtres, sans que nous ayons notre mot à dire. Et tout le monde politique i di bravo CBO ou dot société. Tous les moyens sont bons pour perler de cette MCUR virtuelle, ce qui fait à un vieux camarade, ex- plito, la MCUR, kouyon sé la mézon de mon Q - i serve pou angrèss bann prébandiers de la Région ek son famiye

2.Posté par lim le 03/11/2009 09:31

Moi aussi je veux vous remercier pour ce rappel, Madame. Encore un fait tabou que l'on veut cacher. Un peuple sans histoire est un peuple sans racine. C'est louable de réparer les erreurs.

Cependant la société Réunionnaise est là, pétrie dans son inertie. L'histoire s'est poursuivie. Les descendants de ceux qui ont souffert de l'esclavage, souffert des injustices liées au système marqué par le racisme légalisé occupent toujours les places peu enviables. Au 21ème siècle, ils sont toujours au dernier barreau de l'échelle sociale de la Réunion, ils sont sur-représentés dans les situations d'échec, les situations de rejet, les situations précaires.

Les injustices ne sont pas le monopole du pasé, hélas! Après l'abolition de l'esclavage, on s'est contenté d'un semblant de paix. On n'a pas oeuvré pour établir la justice, on n'a pas procédé à une répartition des biens, à une attribution effective des droits, si bien quà partir du 20 décembre 1848 la société Réunionnaise a connu un changement radical dans son mode de vie. Mais ce nouveau départ a eu lieu en l'état. Le clan des possédants, le clan des dépossédés; le clan des puissants, le clan des opprimés; le clan des instruits, le clan de ceux qui ne peuvent pas accéder à l'instruction. Aujourd'hui, cela a beaucoup changé. Cependant, avoir des droits ne signifie pas en jouir, vu qu'il n'y a pas d'égalité dans l'accession à la culture. Les plus lésés sont toujours les mêmes; ils sont sur-représentés dans les problèmes de logement, de travail, de loisirs, sur-représentés dans les prisons.

3.Posté par Denis Bigeard le 15/01/2010 20:50

bravo, merci....
vous n'intéresserez pas les foules....
ce qui ne signifie pas que vous avez tort....
cordialement...

4.Posté par Palmitate le 17/01/2010 17:35

Ilet à Guillaume.

Le sentier qui part de la Montagne au 15ème km ("La Fenêtre") et menant à ce lieu est préfectoralement fermé (interdit ? ? ?).

De retour de ce site, ce jour (25 octobre 2008), je peux vous assurer que c’est une ballade des plus sûres de l’île : AUCUN passage rock-and-roll, aucune difficulté, subséquemment TOUT MARCHEUR.

5.Posté par Aslam Assenjee le 10/01/2011 01:36

Très bon article, malheureusement site abandonné, je déconseille fortement d'aller à Ilet à Guillaume, à moins d'être casse cou, le précipice est à 5 cm, j'ai même failli tomber, à éviter!

6.Posté par andre le 24/03/2011 15:43

bjr, j'arrive de cet ilet où je pensais voir les ruines des anciens batiments. Or, à part un mur ou 2, quelques terrasses, l'ex maison forestiere et le cimetiere, il n'y a plus rien. Quel dommage, un lieu tellement chargé d'histoire, comment peut on l'oublier ! c'est à se demander, si l'on ne veut pas definitivement le rayer de la memoire des Réunnionais tant ce lieu (hors mis le cimetierre et c'est bien) est à l'abandon. Enfin pour ceux que cela interessent, c'est une rando sympa', surtout si on demarre de la route forestiere de la plaine d'Affouche. Pr le retour je suis remonté par le sentier qui mene vers la montagne ; franchement, je pense qu'il n'y aucun danger même si parfois c'est un peu aerien, mais pas plus qu'à la canalisation des orangers, le seul bemol est que parfois les galaberts sont un peu trop calins et les herbes un peu hautes par endroits, A part ces petits desagrements, ça passe sans probleme. Ciao !

7.Posté par Bilout le 25/07/2016 14:32

Nous sommes maintenant en 2016 et, aucune décision de nos élus et de leur partenaire pour la mise en valeur de ce patrimoine qu'est l'Ilet à Guillaume, et ne serait-ce une stèle en hommage à ces enfants oubliés de l'esclavage soit disant abolie à cette époque.
Peut-être, faudrait-il ajouter que les différents acteurs pour la remise en état de ce site et son entretien préfère restaurer d'autres sites plus facilement visibles à un grand nombre de badaus qui pensent soutenir des individus défendant soi-disant leur intérêts.
Descendants d'esclaves, n'oubliez pas vos origines et les lourds tribus qu'on pût payer vos ancêtres.
Ces enfants, auraient pu être vos frères ou vos enfants!!
Donnez-vous la main, pour qu'ensemble, vos voix fassent réagir vos chers élus qui, eux, ne pensent qu'à assouvir leur propre envie et à faire briller multiples paillettes là où la population est la plus dense.
Dansl'attente d'une réaction, si vous passez par là, s'il vous plait, adressez leur une prière pour le repos de leur âme et amenez leur une fleur pour embelir leur environnement empiété par les bambous et les mousses.
Merci pour Eux

8.Posté par Teddy Gérard le 07/10/2016 23:03

Bonjour. Mwin la post in video pou ésèy fé konèt in pe kosa la éspasé lontan l'îlet à Guillaume. https://www.youtube.com/watch?v=IRdkYOWfcy8

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