Courrier des lecteurs

Chère, très chère insuffisance rénale!

Mardi 1 Mai 2018 - 09:59

L’insuffisance rénale chronique (IRC) terminale (qui nécessite dialyse ou greffe) représente en France 40000 patients qui devraient bénéficier d’un traitement de suppléance, et 82500 (données 2015) qui sont en traitement de suppléance : dialyse (46000) ou greffe (36500).

La dialyse coûte environ 70000 € par an, tous frais compris : matériels, transports, médicaments, salaires et honoraires. La greffe coûte 50000 € la première année, 15000 € les années ultérieures.

Résultats : le coût de l’IRC terminale est de 4 milliards d’€/an, soit environ 50000 €/patient/an. Le budget annuel de la Sécurité Sociale en France est d’environ 500 milliards d’€, soit 7500 €/patient/an. Un IRC dialysé ou greffé coûte sept fois plus que la moyenne d’un Français. Très chère insuffisance rénale.

A La Réunion, c’est pire : 1500 dialysés (2 fois plus en prévalence), 400 greffés (2/3 fois moins en prévalence), plus de 300 patients inscrits sur liste d’attente (on nous dit que c’est trop peu), entre 20 et 30 greffes/an, terriblement insuffisant. 

Les moyens accordés par l’état pour lutter contre ce fléau sont dérisoires, ou plutôt s’attachent à favoriser les thérapeutiques de "bout de chaîne", essentiellement la greffe. Une association de patients comme Renaloo n’arrête pas de vilipender la dialyse, comme si greffe et dialyse étaient en concurrence. Pas du tout : ces deux techniques sont complémentaires.

L’une permet d’attendre l’autre, de la suppléer en cas d’échec, l’autre offre le meilleur traitement de l’IRC, autant en termes de survie que de qualité de vie. En conséquence, favoriser la greffe, bien sûr, en étendant les possibilités de donneur vivant ou en élargissant les indications de prélèvement. Mais surtout ne pas dénigrer la dialyse, dont les améliorations techniques sont réelles ces trente dernières années. Mais où est la prévention dans tout cela ?

Car en effet, faute de prévention, on verra se ruer dans les prochaines années des patients en IRC aux portes des centres de dialyse. Or deux maladies chroniques prédominent, plus encore à La Réunion. Le diabète : environ 100000 diabétiques à La Réunion, tous ne sont pas voués à la dialyse, mais tous subiront les affres de la maladie cardio-vasculaire, à des degrés variables), et l’hypertension artérielle (HTA) : peut-être 160000 Réunionnais en souffrent. Un énorme travail de prévention pour les professionnels de santé, nous y travaillons déjà, mais nos efforts, au regard des résultats sur l’IRC, ne sont guère efficaces.

Que faire alors ? 

De l’éducation en santé publique dès le collège ? De l’éducation alimentaire dès le début de la vie ? De l’éducation parentale pour l’éducation de leurs enfants ? 

Laissez-moi pointer l’action des perturbateurs endocriniens dont les pesticides et les cosmétiques représentent la force vive. Lors du colloque sur la santé et l’environnement à Stella Matutina le samedi 14 avril 2018, plusieurs spécialistes ont montré l’action négative de ces molécules sur le système endocrine ou sur la fonction rénale. Au Sri Lanka, le nord accueille la riziculture. Forces herbicides y sont utilisés dont le premier d’entre eux, le glyphosate (Roundup de Monsanto). Cette molécule, avant d’être herbicide, a été présentée comme chélateur des métaux : pour nettoyer les canalisations d’eau. La terre nord-sri lankaise est riche en magnésium et en calcium, et on retrouve dans l’eau des puits (de la nappe phréatique, donc l’eau des boissons) un résidu sec en métaux de plus de 350 mg/l (l’OMS fixe comme norme supérieure 20 mg/l). Parmi ces composés, outre magnésium et calcium, on trouvait des métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, tous deux toxiques pour la fonction rénale. Ils étaient assemblés dans un complexe avec du glyphosate, molécule qui normalement aurait dû disparaître de la nappe phréatique en moins de 35 jours. Or, couplée aux métaux lourds, elle était présente depuis des années.

La néphropathie des ouvriers sri lankais, masculins en majorité, était superposable aux néphropathies décrites avec le cadmium ou le plomb. Les ouvriers agricoles du nord du Sri Lanka sont tous à des degrés variés touchés par l’IRC. Nombreux sont dialysés (69000, plus qu’en France, pour 23 millions d’habitants), et 24800 sont déjà morts depuis que l’on décrit l’affection (2007). Une prévalence incroyable de deux fois celle de La Réunion, pourtant la plus élevée de France. En 2015, le gouvernement sri lankais décida et maintint, malgré les pressions de toutes sortes, l’interdiction de la vente du glyphosate.

Au Nicaragua et à San Salvador, on décrit une néphropathie similaire dans les champs de canne, où le glyphosate coule à flots, la néphropathie méso-américaine : première cause de mortalité dans la population nicaraguayenne jeune et agricole. En 2016, le gouvernement de Managua interdisait le glyphosate comme désherbant.

Belle histoire ? Voire. A La Réunion, on utilise toujours le glyphosate (115 t de consommation annuelle) sur les champs de canne, pour 90% du glyphosate importé. Et l’on ne diagnostique pas toutes les néphropathies, loin s’en faut. Alors ? N’y aurait-il rien à faire en diagnostic et en prévention ? A quand un vrai tribunal contre Monsanto, cet empoisonneur de la planète ? Que fait l’Europe contre le glyphosate ? Que fait le Monde contre Monsanto ?
Bruno Bourgeon, président d’AID
Lu 698 fois



1.Posté par Vira le 01/05/2018 11:14 (depuis mobile)

Vira n"a eu aucun problème pour être pris en charge. Tant mieux pour lui. Et les autres ?

2 poids 2 mesures.

2.Posté par L'Ardéchoise le 01/05/2018 11:34

Monsieur Bourgeon, je ne suis pas toujours d'accord avec vos écrits, toutefois je vous lis et là, 200% pour !!!
Monsanto, et consorts, car des laboratoires qui fabriquent des poisons, il y en a un paquet, doivent être effectivement poursuivis et court-circuités.
Mais il y a tellement d'intérêts financiers et politiques en jeu !
Et tellement de différences de l'approche du problème au sein de l'UE !
L'union ferait la force, c'est la désunion qui règne, et si un pays refuse un site de fabrication, un autre lui fait un pont en or pour s'installer.

Surtout, ne pas baisser les bras et continuer de se battre bec et ongles (boycott, éducation...) !!!

3.Posté par Mardé le 02/05/2018 09:11

Mon oncle a souffert de cette maladie et en est mort, sans pouvoir trouver un rein compatible et il me semble avoir entendu que d'autre a pu bénéficier de 2. La compatibilité serait il fonction de la grosseur du porte feuille?

4.Posté par Bruno Bourgeon le 02/05/2018 09:37

Vira post 1 , j'ai organisé la greffe de Jean-Paul Virapoullé en mai 1999, en des temps autres, où la prévalence de la maladie rénale chronique était différente. De plus, M. le maire de Saint-André est du groupe sanguin B et a pu bénéficier d'une greffe rapide isogroupe (règles de l'Agence de la Biomédecine, l'Etablissement Francais des Greffes à l'époque), dans la mesure où, toujours à l'époque, il n'y avait que 4 patients de groupe B inscrits sur la liste d'attente. Bref, JPV a bénéficié de circonstances exceptionnelles, dont ont également bénéficié les 3 autres patients, greffés également rapidement, en mai 1999. De plus il y avait deux fois plus de prélèvements locaux, et en conséquence deux fois plus de greffes. Je ne dévoile pas un secret médical car JPV ne s'est jamais caché d'avoir été greffé à La Réunion.
Ce n'est plus le cas de nos jours, où la liste d'attente est constituée d'au moins 350 patients (c'est le mot).

5.Posté par Bruno Bourgeon le 02/05/2018 09:39

L'Ardéchoise, je suis bien heureux que vous agréiez à mon discours. Sachez cependant, comme toujours, que je ne fais que relater des faits réels. Peut-être est-ce l'angle de visée que je choisis qui ne vous sied pas toujours. Mais les faits sont têtus, on ne peut s'en éloigner.

6.Posté par Bruno Bourgeon le 02/05/2018 10:54

Non, Mardé, mais il n'y a pas d'équité sur la liste d'attente, parce qu'elle est impossible à obtenir, ne serait-ce que l'exigence d'une greffe isogroupe sanguin : beaucoup plus de O sur la liste d'attente, donc beaucoup plus d'attente pour les sujets de groupe O. Et effectivement certains greffés ont pu l'être plusieurs fois. Les décès sur la liste d'attente ne sont que le témoin d'une insuffisance de prélèvements au regard des besoins. C'est pourquoi la prévention doit être au premier plan, car ces besoins ne seront jamais couverts en France et en Europe, et même aux USA.

Mais la grosseur du portefeuille n'a aucune incidence sur le choix du receveur, cela ne fait pas partie des critères de sélection d'un receveur en fonction du donneur : encore heureux! Je ne dis pas que cela soit vrai partout, les contrôles d'une agence nationale comme l'Agence de la Biomédecine ne sont pas ubiquitaires. Et les punitions sont très sévères pour qui contrevient à la Loi.

7.Posté par Mardé le 03/05/2018 17:29

En résumé, mon oncle n a pas eu à bénéficier de circonstances exceptionnelles, pas de chance pour lui. Je ne connais pas son groupe sanguin, mais si la personne qui a, d après ce qu on dit, pu recevoir deux greffes, a pu par 2 fois en bénéficier, elle a une chance inouïe, qui frise l incroyable.

8.Posté par JMT97400 le 04/05/2018 19:33

pour en savoir plus: http://aid97400.re/spip.php?article36

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >