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Santé

CHU Sud : Le corps, partie intégrante du diagnostic des patients accueillis en psychiatrie


Le centre hospitalier de Saint-Pierre compte depuis un an un médecin somaticien au sein de son pôle de santé mentale*. Une manière d'envisager le séjour des patients sous l'angle d'une analyse plus globale sur le comportement à risque qui est souvent le leur. Objectif : comprendre l'esprit en même temps que le corps. Entretien avec le Dr Constance Sarran.

Par Ludovic Grondin - Publié le Vendredi 21 Décembre 2018 à 15:43 | Lu 3278 fois

Quel est l'apport d'un médecin généraliste en psychiatrie ? 
Un patient atteint de maladie mentale a souvent un suivi psychiatrique régulier (en ville ou à l'hôpital). Mais au sein de ce suivi psychiatrique, la prise en compte des maladies somatiques (ce qui est relatif au corps, par opposition au psychisme, ndlr) passe souvent à l'as. Ce sont pourtant des patients particulièrement fragilisés.

Pourquoi cet aspect de prise en compte du corps est important ? 
Parce que les patients atteints de maladies mentales ont une espérance de vie abaissée de 15 ans par rapport à celle de la population générale. Et ce constat n'est pas en lien direct avec leur maladie mentale. Cette diminution de l'espérance de vie n'est pas du fait de suicides mais de décès précoces liés à des pathologies somatiques notamment cardiovasculaires. Avoir un médecin généraliste en psychiatrie permet de tenir compte de l'individu dans son ensemble, et de tout faire pour qu'il ait la qualité de vie la meilleure possible.

Quelle approche avoir avec eux ? 
Prenons un exemple, un patient atteint de schizophrénie : il ne va pas avoir la même facilité que Monsieur "Tout le monde" à aller consulter son généraliste. Et s'il y parvient, il n'aura pas la même facilité à exprimer ses symptômes, son mal-être. Ces symptômes seront parfois non compris par son médecin traitant. C'est cet enchaînement de difficultés qui rend le suivi d'un patient atteint de maladie mentale parfois difficile. L'approche que j'ai se doit d'être globale : et au-delà du bilan de santé somatique, il faut aborder le mode de vie car nos patients sont souvent fumeurs, certains toxicomanes. Ils sont parfois inhibés sur le plan social, on un mode de vie sédentaire qui favorise la prise de poids (prise de poids favorisée aussi par certains traitements). Tous ces éléments sont des facteurs de risque de maladies métaboliques (diabète notamment) et de décès précoces par maladies cardiovasculaires. Enfin l'approche par le corps permet d'avoir un rapport au malade qui est différent. Hospitalisé en psychiatrie, le patient verra quotidiennement une équipe de soignants spécialisés dans ce domaine (psychiatre, infirmer en psychiatrie, psychologue...). Mon approche va leur permettre aussi de parler du reste, de parler de leur corps.

En tant que généraliste, votre diagnostic offre-t-il un spectre beaucoup plus large ?
On essaye de voir large surtout lorsqu'il s'agit d'un premier contact avec la psychiatrie. Face à un patient psychotique depuis 25 ans, mon rôle sera de prévenir et de traiter d'éventuelles maladies associées comme nous en parlions avant. Mais face à un premier épisode psychotique, l'équipe médicale aura comme questionnement : s'agit-il vraiment d'une maladie psychiatrique ? Ou s'agit-il d'une maladie auto-immune, d'un problème cérébral, d'un problème hormonal ou infectieux ? Il existe de nombreuses maladies d'origine somatique qui donnent des symptômes ressemblant à des maladies psychiatriques. Ce sont des tableaux cliniques pseudo-psychiatriques. En somme : cela ressemble à une pathologie psychiatrique mais ce n'est pas ça. Et du coup il est essentiel de ne pas se tromper dans le diagnostic car la prise en charge thérapeutique n'est pas la même.

Avec toujours cette hantise de passer à côté ? 
Oui. On commence par rechercher ce qui est le plus courant, et parfois si le doute persiste, on recherche des maladies plus rares. 

Le médicament est-il parfois la seule réponse ? 
Ce n'est pas l'unique approche, il faudra souvent associer les types de prise en charge, cela dépend de la pathologie. En psychiatrie, on a la chance d'avoir des traitements dont les effets bénéfiques sont parfois miraculeux. Chez un patient schizophrène ou bipolaire par exemple, le traitement pourra totalement amender les troubles. Le patient retrouvera un rapport au monde et un contact aux autres adapté. Le médicament est une part essentielle à sa prise en charge. Chez ces patients, mon rôle va être de prévenir les effets secondaires des traitements sur le corps, afin que ce médicament, indispensable, soit le mieux toléré possible à court, moyen, et long terme. Chez un patient atteint de trouble anxieux, le médicament ne sera pas toujours la première alternative. Quoi qu'il en soit, une approche psychothérapeutique sera nécessaire.

Pourquoi le CHU Sud a voulu recruter un médecin généraliste au sein de son unité psychiatrique ? 
Le CHU était à la recherche d'un généraliste depuis plusieurs années, chose que je ne savais pas. De mon côté, j'ai toujours voulu travailler en psychiatrie. Ce sont des patients que j'affectionne, j'aime prendre soin d'eux. J'ai donc envoyé ma candidature au CHU, sans savoir qu'ils recherchaient quelqu'un... 

Comment l'hôpital public collabore avec des cliniques comme les Flamboyants ? 
On bosse ensemble ! Tous les psychiatres se connaissent. Il n'y a pas de concurrence, au contraire, on adresse des patients qui sont sortis de la période de crise. Cela permet de poursuivre la prise en charge et d'éviter que le patient rentre chez lui alors que c'est encore trop tôt. Et eux, nous en adressent aussi, quand le cadre de la structure ne suffit plus. L'hôpital dispose de peu de lits d'hospitalisation en psychiatrie par rapport au bassin de population du sud de La Réunion. Et en cette période de restriction budgétaire et de diminution du personnel, nous sommes inquiets. Nous faisons tout pour maintenir la qualité des soins.

Pourquoi vous-êtes vous orientée en psychiatrie, en tant que généraliste ? 
Durant mes études, j'ai fait des stages en psychiatrie et cela me plaisait. Plus tard, j'ai travaillé en cabinet médical. Ce cabinet se situait a côté d'un foyer d'accueil pour les personnes atteintes de maladie mentale. Les patients du foyer avaient tous tendance à venir me voir. Je les écoutais... C'est vrai que, en cabinet de médecin généraliste, on a souvent beaucoup de travail, beaucoup de patients à voir... Et voir un patient avec une maladie psychiatrique demande du temps, demande de tendre l'oreille. Certains médecins n'ont pas cette patience.

Votre thèse avait-elle déjà un lien avec la psychiatrie ?
Aucun lien avec la psychiatrie ! c'était sur la goutte ! J'ai exploré les connaissances, croyances et représentations des patients atteints de goutte. C'est une maladie très stigmatisée avec beaucoup de fausses croyances : certains pensent que c'est une maladie d'alcooliques, d'autres de ceux qui mangent trop de viande... J'ai interrogé beaucoup de patients ayant la goutte et j'ai fait un schéma de leurs représentations mentales. Il y a une telle distorsion entre l'image qu'ils se font de leur maladie et la physiopathologie que dans ce contexte le patient risque de ne pas adhérer au traitement. Si on a notre discours de médecin mais que celui-ci ne s'adapte pas aux représentations du patient, le patient sortira de la consultation, rentrera chez lui...et ne prendra pas son traitement !

La part des croyances culturelles est-elle intégrée dans la prise en charge ?
Des collègues (notamment une psychologue et un infirmier) sont en train de développer une prise en charge que l'on appelle "transculturelle". L'idée est d'apporter un regard croisé avec la psychiatrie et les représentations culturelles propres à certaines cultures.


*Au sein du CHU Sud, l'unité Corail et l'unité Lagon comptent 56 lits. Les patients peuvent y être accueillis à partir de 16 ans. Des patients qui ont en moyenne 25-30 ans




1.Posté par Clovis le 21/12/2018 22:03 (depuis mobile)

La pensée est souvent à l'origine de tous les maux.

Le corps étant seulement son expression.

Article intéressant.

2.Posté par On fait son interwiew mais on ne sait pas comment elle s appelle.... le 23/12/2018 07:30 (depuis mobile)

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