Justice

Buveur/chauffeur compulsif : Des séances de "sensibilisation" inefficaces !

Mardi 6 Juin 2017 - 14:26

Correctionnelle Sud – Mardi 06/06/2017


Photo d'illustration
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A.P., 38 ans, a déjà été condamné 3 fois pour conduite en état d'ivresse. Ben ça ne fait rien, il remet ça. Il ne peut s'en empêcher, il aime boire et aime conduire. Les deux font rarement bon ménage et la loi ne le voit pas d'un très bon œil. Mais sa mémoire étant sélective (pour de vrai apparemment), il conduit complètement pété et, régulièrement, se fait coincer par la maréchaussée.

S'il fallait s'en tenir à de si basses considérations... où irait-on, on se le demande un peu.

" J'aurais pu aller à pied, c'est vrai".

Le 28 janvier dernier à Saint-Joseph, à 20h45 et alors qu'il est sous le coup d'une Nième suspension de son permis, pour six mois, A.P. enfourche sa mob "pour aller chercher des cigarettes". Avec une touchante bonne volonté, il admet : " J'aurais pu y aller à pied mais j'ai voulu aller plus vite, voilà ! "

La présidente Dinot insiste sur les 6 mois de suspension en cours, suite à une condamnation pour des faits remontant à 2013. Petit haussement d'épaules modeste et naïve tentative d'explication:"C'était des cigarettes pour des amis... Ils m'avaient invité pour un dîner très arrosé. En échange, pour leur rendre service, je suis allé..."

Les trois condamnations déjà encaissées l'ont toutes été pour conduite en état de "charretisation" avancée. Ce qui lui a parfois servi de leçon ; ainsi, maintenant, cet homme qui travaille et est très bien considéré par son employeur, va au boulot en covoiturage. Il fait donc partie de ces rares Créoles ne méprisant pas ce mode de locomotion très convivial ; et meilleur marché en outre que le stupide recours à la sacro-sainte bagnole individuelle pour un oui ou un non.

Des anges gardiens champions de la patience !

Il utilise ainsi le covoiturage pour se rendre sur des chantiers parfois à l'autre bout de l'île. On notera l'effort louable.

Mais voilà... Il y a des fois où il s'oublie ; et oublie tout ce que les tribunaux lui ont enseigné. Il l'avoue d'ailleurs sans fausse pudeur :

"J'ai oublié ce qu'il en coûte, voilà ! C'était pour faire plaisir, pour rendre service".
"Comment faut-il faire avec vous ? Qu'allez-vous faire vous-même ? demande la présidente Dinot. Votre casier judiciaire compte ces trois condamnations pour des faits identiques, vous y avez réfléchi ? Vous êtes en état de récidive légale, ce qui empêche de vous accorder un nouveau sursis après tous ceux dont vous avez bénéficié jusque-là".


L'accusé, tête basse, acquiesce piteusement. Il n'est certes pas un fanfaron ; cela se voit, cela se sent. Mais il représente une dangerosité certaine pour les autres... même si les anges lui ont été favorables jusqu'à présent. Mais ils doivent être fatigués avec tout le mal qu'il leur a donné au cours des années. Sacrément entraînés, les gardiens ailés !

"Des stages pou la peau-patate !"

"La convivialité de l'alcool n'est pas en question, souligne la présidente suite à une phrase du prévenu. C'est conduire après boire qui pose problème. Vous ne nous laissez plus tellement le choix !"

Son "Désolé" était confit de sincérité mais...
"Mais vous êtes en récidive légale", a appuyé le procureur Tanguy. Insistant sur le fait que l'accusé n'a été condamné QUE pour des faits similaires ; sur la dangerosité également d'une telle conduite (!). Le procureur a réclamé une condamnation à 4 mois fermes avec possibilité d'aménagement lui permettant de continuer à travailler.

Me Virginie Von-Pine a montré que malgré son CV judiciaire, A.P. a conscience que ses actes sont répréhensibles. Homme honnête, travailleur, ayant suivi des stages de sensibilisation, ce pourquoi l'avocate a sollicité l'indulgence du tribunal. Elle a été écoutée.

Verdict : 5 mois avec aménagement (bracelet électronique et horaires adaptés), annulation du permis avec interdiction de le repasser avant 5 mois, et confiscation du scooter.

P.S. : Il a été dit et redit que l'accusé avait suivi des stages de sensibilisation. A se demander à quoi ça sert sinon aux législateurs à se donner bonne conscience. C'est comme ces slogans obligatoires contre la cigarette ou l'alcool à "consommer avec... les copains". Un stage de sensibilisation, c'est quelqu'un qui pérore devant une assemblée de pauvres types pas du tout intéressés. Au bout de la séance, ils disent merci-au-revoir... et vont siffler un coup chez Emilien.
Jules Bénard
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1.Posté par Antiflic le 06/06/2017 16:15

Pas tout a fait vrai
Ces stages rapportent pas mal de pognon à certaines auto écoles ....

2.Posté par TICOQ le 07/06/2017 07:46

Des stages obligatoires surtout pour donner bonne conscience à tout le monde : à l'Etat, qui "fait quelque chose" et à ceux qui y vont .....car c'est obligatoire. Et bien sûr les auto-écoles se font du beurre en toute légalité.

3.Posté par yab le 07/06/2017 10:02

Est ce que les assistéplanteurdecannes qui manifestent en ce moment ne pourraient pas aider ce monsieur, vu que ce dernier participe à la consommation de leur production locale de Charette.

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