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Aviation : 08/08/1977- 08/08/2017

Il y a 40 ans démarrait la ligne régulière Réunion-Mayotte


 
Il y a quarante ans jour pour jour, le 8 août 1977, 28 passagers viennent de prendre place dans le Hawker Siddeley 748 (HS 748) immatriculé F-BSRA, qui roule doucement sur le parking de l’aéroport de Gillot à la Réunion.

Aux commandes de l’appareil, le commandant Jean-Pierre Astraud et l’inspecteur de la DGAC André Servais, sont concentrés car c’est le premier vol du HS 748 en direction de Mayotte. L’hôtesse à bord, Brigittte Lazarus même si elle a également un peu d’appréhension, sourit aux passagers et s’occupe d’eux comme jamais ces privilégiés n’ont eu l’occasion d’être chouchoutés, car auparavant c’était un austère Transall de l’armée de l’air qui effectuait ces vols entre Mayotte et la Réunion avec sept passagers seulement et une seule fois par semaine.

Autant dire que ce 8 août 1977, le confort du vol n’a rien à voir avec celui du C 160 militaire… L’avion s’aligne en bout de piste à Gillot, le commandant pousse les deux turbopropulseurs à fond. Le vénérable HS 748 de la compagnie Réunion Air Service s’ébroue, tremble, roule, sautille et enfin décolle pour cette  première liaison historique d’un appareil commercial vers Mayotte. Une page d’l’histoire de l’aéronautique de Mayotte s’est tournée définitivement ce 8 août lorsqu’à  13h30, après 5h15 de vol, le HS 748 s’est posé sur le terrain qui accueille aujourd’hui l’aéroport international de Pamandzi.

Ce premier vol, marqua le début d’une aventure extraordinaire du transport aérien dans la zone sud de l’Océan Indien. La liaison régulière entre Mayotte et la Réunion était devenue réalité avec une montée en puissance au fil des ans, qui fait que depuis 40 ans cette ligne a permis à Mayotte de se désenclaver et à Réunion Air Service de poursuivre son aventure en devenant Air Réunion, puis Air Austral, que l’on connait aujourd’hui.
 
 
Aviation : 08/08/1977- 08/08/2017


Barre engueule le préfet Lamy

Pour bien comprendre cette histoire, il faut se rappeler qu’à l’époque, Air France dessert Madagascar et Moroni ainsi que la Réunion. Les tensions sont alors vives entre Moroni et Paris au sujet de Mayotte qui est restée française. Du coup, l’île au lagon est condamnée à demeurer à la traîne en matière de développement économique et touristique, puisque les avions d’Air France participent à ce développement partout dans la zone, sauf à Mayotte, où la compagnie nationale ne voulant pas de problèmes avec les Comores, refuse de s’implanter.

Pas facile dans ce contexte géo-politique sensible, de créer une compagnie qui ne ferait pas froncer les sourcils aux comoriens qui menacent déjà Air France des pires maux si jamais elle se mettait en tête d’ouvrir une ligne sur Mayotte (Déjà à l’époque Paris baissait le froc et c’est encore vrai aujourd’hui). Raymond Barre, Premier ministre et originaire de la Réunion pique alors une crise. Il engueule l’aviation civile et Air France qui traînent des pieds.

Le préfet Lamy en poste à la Réunion n’est pas en reste et se prend une remontée de bretelles Premier ministérielle également. Raymond Barre lui laisse trois mois pour trouver une solution, afin d’ouvrir une ligne aérienne vers Mayotte. Le préfet, pas spécialiste de l’aérien pour deux sous, ne sait pas très bien comment faire. Par chance, les iles Eparses sont desservies par une petite compagnie Réunion Air Service (RAS) qui fait voler des Piper pour acheminer hommes et matériels sur ces endroits déserts de l’océan indien.

Cette boite est dirigée par Gérard Ethève. Il sera convoqué illico par le préfet qui lui fera part de son problème. Pour amadouer Gérard Ethève, le préfet lui raconte qu’il disposera d’un appareil plus grand et plus gros que ses Piper (qui ne peuvent de toute façon pas desservir Mayotte). Il mettra à sa disposition un HS 748 (voir encadré) et fera croire que finalement ouvrir une desserte vers Mayotte n’est pas la mer à boire.

Gérard Ethève comprend vite qu’il n’a pas trop le choix car l’armée a repris la main sur le ravitaillement des iles Eparses et sans ces activités, sa compagnie risque de battre de l’aile. Mais il sait aussi que s’il relève ce défi, ça lui ouvrira des perspectives bien plus intéressantes… Seulement voilà : Gérard Ethève connait son job et sait qu’avec les tensions actuelles entre les
Comores, la France et Madagascar, rallier Mayotte ne sera pas simple.

« Il fallait qu’ils trouvent un fou pour dire oui. Ce fou c’était moi !» confie Gérard Ethève. «A l’époque le survol de Mada était interdit, il fallait contourner le cap d’Ambre ce qui fait que le vol durait plus de cinq heures entre la Réunion et Mayotte. Vous imagnez en cas de pépin ? On n’avait aucun aéroport de dégagement puisque les autorités malgaches nous fermaient leur espace aérien ! De plus, avec le HS 748, il était interdit de voler plus de 60 nautiques sur un seul moteur en cas de panne! Mais pour le coup l’aviation civile fermait les yeux. Quand on voit aujourd’hui comment les règles doivent être respectées … A l’époque, on les violait allègrement  avec la bénédiction des autorités ! Quand ils ont besoin de vous ils vous appellent, mais quand ils n’ont plus besoin de vous, ils vous emm…», explique le dernier dinosaure de l’aviation, qui n’a pas oublié cette exceptionnelle aventure.

«Personne à l’époque ne voulait prendre de risques en ouvrant une ligne sur Mayotte. Je l’ai pris et ça a marché. C’était un partenariat gagnant- gagnant avec Mayotte. L’île a pu se développer grâce à l’ouverture de cette ligne régulière et Réunion Air Service, puis Air Réunion et enfin Air Austral ont pu se développer grâce à Mayotte» lance-t-il.

Le succès de la ligne est immédiat puisqu’entre le 8 août et le 31 décembre 1977, 1465 passagers sont transportés, preuve du succès de cette nouvelle desserte qui ne se démentira pas puisqu’en 2016 plus de 100 000 passagers ont été transportés entre la Réunion et Mayotte. IL faut noter à ce sujet que jamais depuis 40 ans Mayotte n’aura pas été desservie au moins une fois par jour, même lors de la grève de 2000, car pour Gérard Ethève Mayotte aura toujours été une priorité comme il l’a rappelé à l’occasion des 25 puis des 30 ans de la ligne. « Je sais ce Mayotte doit à Air Austral mais je sais aussi ce qu’Air Austral doit à Mayotte » disait-il en 2007.
 
 
Aviation : 08/08/1977- 08/08/2017

Du HS 748 au Fokker 28

D’entrée, l’ouverture de cette ligne aura connu un succès, ce qui permis à RAS de changer de braquet au bout de dix ans. Réunion Air Service changera de nom aussi pour devenir Air Réunion et durant l’année 1988, le HS 748 sera remplacé par un Fokker 28 immatriculé F-ODZB de 50 places qui mettra la Réunion à 2h15 de Mayotte.

Puis l’aventure va s’accélérer au même rythme que l’augmentation du nombre de passagers, puisqu’en 1990 le Fokker 28 verra arriver le premier B 737 -500 (F-ODZJ) de 115 places qui entrera dans la flotte de la compagnie où durant l’année Air Réunion deviendra Air Austral. Pour accueillir ce nouvel appareil, la piste de Pamandzi doit être renforcée et c’est ensuite ce B 737 qui assurera la desserte de l’île au lagon bientôt rejoint par un second un B 737 -300 de 133 places (le FODZY) puis un troisième B737 QC (F-ODZZ) transformable en cargo, pour permettre un meilleur approvisionnement de l’île en fret aérien lors d’un vol de nuit sans passagers. Avec sa desserte quotidienne sur Mayotte, et sa flotte de trois avions, Air Austral pourra aussi étendre ses ailes sur toute la région, en ouvrant des lignes sur Mada, la Réunion, Les Seychelles, l’Afrique du sud, de l’Est et les Comores.

Le ciel régional s’ouvre grâce à Gérard Ethève qui a toujours été un visionnaire en ce qui concerne l’aérien. Dans notre édition du 27 juin 2007, pour fêter les 25 ans de la desserte Réunion-Mayotte, il expliquait sa vision du futur et de l’aérien en 2015 pour l’île au lagon. « Un vol quotidien en B 787 et un vol direct vers Paris et la création d’une compagnie mahoraise. Mais je ne serai plus là pour vous en parler ».

Il avait vu juste il y a dix ans, et il est toujours là, mais oublié, suite à son éviction de la compagnie en 2012. Aujourd’hui pour fêter les 40 ans de la ligne, la compagnie Air Austral n’a rien fait. Pas de fête, pas de conférence de presse, rien.
A croire qu’il faut jeter un voile pudique sur ce qu’a relevé comme défi l’ancien patron d’Air Austral, aujourd’hui cantonné au cimetière des éléphants de l’aviation.
 
Aviation : 08/08/1977- 08/08/2017

Le rôle de Mayotte

Mais cette si desserte aérienne qui s’est ouverte il y a quarante ans aujourd’hui connait le succès, c’est certes grâce à Gérard Ethève, mais aussi à Paul Issoufali qui à l’époque, n’a pas hésité à faire partie de cette aventure alors qu’il revenait des Comores qui avaient pris leur indépendance. Fort de son expérience dans l’aviation aux Comores, il a répondu présent quand Gérard Ethève lui a proposé de dévernir le partenaire de la compagnie RAS Mayotte.

L’aventure Issoufali a démarré ce 8 aout 1977 avec ce premier vol, puisque Paul Issoufali et son épouse s’occupaient de l’accueil de l’avion, des passagers et de l’intendance au sol de l’appareil, qui repartait pour la réunion le lendemain. Paul Issoufali devint tout naturellement l’agent général d’Air Austral et avec l’augmentation des passagers du fret et au fil des changements d’avions, l’entreprise aussi se transforma pour créer Mayotte Air Services, chargé des avions au sol et du fret, tout en développant l’agence de voyages.

Un travail d’équipe qui perdure encore aujourd’hui avec Moïse le fils, qui a repris le flambeau. Quarante ans après l’arrivée du HS 748 et de ses 28 passagers, c’est tous les jours qu’ils sont plusieurs centaines à descendre des B 787 et B 737-800 qui assurent les liaisons entre l’île au lagon et la Réunion.

Rendez-vous dans dix ans pour fêter le demi-siècle de cette aventure aéronautique extraordinaire.

 



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Mardi 8 Août 2017 - 09:31
Denis Herrmann
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1.Posté par bonnemémoire le 14/08/2017 20:58

Quelle aventure!
Mais valeur du jour , les coups de Chirac et Sarkozy risquent de coûter très chers à La Réunion et à La France.

2.Posté par PEC-PEC le 16/08/2017 11:26

Ethéve n'a pris aucun risque en ouvrant la ligne de Mayotte !
Vous avez oublié ou on vous a caché une information essentielle.
Que l'avion soit vide ou plein les places étaient payées par l'état et le conseil général de Mayotte. De ce fait la ligne ne pouvait que gagner de l'argent. La prise de risque était parfaitement nulle. C'est d'ailleurs avec cette pirouette qu'Ethéve est devenir riche et incontournable.

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