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Courrier des lecteurs

Au temps des coups de vent


- Publié le Mercredi 1 Février 2017 à 09:20 | Lu 573 fois

Au temps des coups de vent
Un hommage à nos parents

Les cyclones sont des stars qui se font souvent désirer alors que parfois nous aimerions qu’il y en ait un, tout en souhaitant qu’il reste au loin, pour nous apporter un peu d’eau. Des échographes, avec leurs satellites, scrutent le ventre de la mer et dès qu’un embryon apparaît, la nouvelle est annoncée. Alors tout le monde attend et s’intéresse à la grossesse. Sitôt vivant et viable, il est baptisé. Dès qu’il a pris suffisamment de forces et qu’il désire visiter l’île, tous les journaux et surtout les radios s’en réjouissent tandis que les autorités sont sur le qui-vive. Afin que son accueil par la population soit à la hauteur de l’évènement, tout le monde, notamment les écoliers, est invité à rester à la maison.

Les coups de vents, leurs ancêtres, par contre n’étaient pas « people » mais évidemment diaboliques puisqu’ils n’étaient pas baptisés. Comme aucune communication ne les anticipait, à force égale, les dégâts étaient plus importants d’autant qu’ils s’attaquaient à une population très mal lotie, pas plus à la campagne qu’en ville.

Mais nos parents avaient appris à lire la nature pour essayer d’y déceler leurs futurs coups tordus et de s’y préparer. Leur comportement général était d’abord de ne jamais braver. Ainsi ne jamais dire que l’on ne craignait rien parce la case lé solide. Les souvenirs laissés par les coups de vent de trente deux et surtout celui de quarante huit qui avait découvert en partie la maison et nous avait mis en danger avaient amené maman à nous sensibiliser tôt à leurs méfaits. Un lendemain de cyclone, alors que je l’accompagnais pour préparer du bois, je lui dis que j’aimais les cyclones. Pour me faire comprendre que ce que j’avais dit était grave et que c’était braver Dieu que de parler ainsi, elle m’avait puni en m’obligeant à aller boire l’eau de barrique sous la gouttière. C’était une eau infestée de microbes, en fait des larves de moustiques, mais nous ne le savions pas. L’eau po boire, elle, était puisée à une des fontaines communales.

Mais surtout, tous les soirs, après que nous eûmes lavé notre visage, dans le grand bandège posé au centre de la cuisine et après le même rite pour les pieds dans la même eau avant d’aller nous coucher, elle se mettait dans l’embrasure de la porte de cuisine et regardait le ciel en direction du sud. Après une longue observation silencieuse, elle rentrait sans rien dire. Mais il arrivait, après une observation parfois rapide, qu’elle s’exclamât « Nana un coup de vent po nous, tit Magellan lé parti ». Puis avant de refermer la porte, comme tous les soirs en cette saison, elle nous demandait d’aller baiser la terre pour que Dieu nous protégeât ».

Il y avait une croyance qu’elle avait héritée de ses parents et qui était probablement portée par beaucoup d’autres depuis des générations. Lorsque le petit Magellan n’était plus visible c’était qu’il était allé se cacher par peur d’un coup de vent en formation et qu’il ne revenait que lorsque celui-ci s’était éloigné. Et le grand, pourquoi ne fuyait-il pas ? Maman ne le savait pas. Nous aussi, tous les soirs, essayions de le débusquer ou de nous rendre compte s’il avait fui. Alors, quand maman allait vers la porte nous lui donnions le résultat de nos recherches. Plus tard je compris que si nous ne le voyions plus c’était à cause de l’excessive humidité de l’air qui le voilait. Quelque part, c’était une prévision plus fiable que celles relatives à la position basse ou haute des nids de guêpes, à la hauteur des mâts de chokas, ou si le volcan lavé coulé ou pas.

Mais, si nous entendions dans la direction du volcan un grondement sourd et ininterrompu, notre inquiétude grandissait d’autant plus qu’en même temps, dans un ciel nuageux mais transparent, rose et lumineux, nous entendions et voyions des oiseaux de mer très haut allant se mettre à l’abri. Pour maman, c’était le volcan lui-même qui grondait. Ni elle, ni nous, n’aurions jamais pensé que c’était le vent qui soufflait de l’autre côté des montagnes alors que chez nous tout était calme.

De nos jours, plus personne n’entend ces grondements qui étaient bien réels pourtant, comme plus personne n’entend la mer ronfler, ni battre ses rouleaux comme autrefois lorsqu’elle était forte et dont le vacarme était vécu aussi puissant que si nous étions à côté alors que nous vivions à sept cents mètres d’altitude et à douze kilomètres des flots. Et quelle est la mère, illettrée ou pas, qui s’intéresse encore aujourd’hui aux nuages de Magellan ?

Jr BOYER




1.Posté par green green le 01/02/2017 10:37

excellent texte.
tant dans le fond que dans la forme.
c'est rare.

2.Posté par Métisse974 le 02/02/2017 09:21

Beau texte qui fait ressurgir des souvenirs!

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