Le journal de Paul Hoarau

Après le discours du Président Macron à Bastia : L'actualité Corse & nous


Après le discours du Président Macron à Bastia : L'actualité Corse & nous

Beaucoup de Réunionnais – citoyens lambda ou élus « responsables » - observent ce qui se passe en Corse, aux Antilles ou en Nouvelle Calédonie avec le détachement de ceux qui ne se sentent pas concernés. D'autres trépignent d'indignation et d'impatience devant ce détachement qu'ils prennent pour de l'inconscience. L'actualité corse nous offre l'occasion d'une réflexion. 

A Bastia, le 7 février, le Président de la République a prononcé un discours pour les Corses. Ce discours, replacé dans l'Histoire récente de la Nation, nous envoie des signaux.

Les commentateurs parisiens et métropolitains ont vu, dans ce discours, une fin de non-recevoir du Président aux revendications des autonomistes et indépendantistes récemment élus à la direction politique de l'île. J'y vois, plutôt, la position de l’État avant les discussions qui vont s'ouvrir.

Le discours du Président Macron s'articule autour de quatre thèmes : un investissement économique accru pour améliorer la situation des Corses ; la reconnaissance de « la personnalité corse » ; le partenariat Etat/collectivité ; l'inscription de la Corse dans la Constitution.

Un investissement accru de 480 millions d'ici à 2020, est prévu pour améliorer la situation des Corses. On retrouve là, « le Plan de Constantine » du général de Gaulle pour l'Algérie. C'est, enfin, quelque part, « le rattrapage » que nous, nous connaissons bien. Il est urgent de désamorcer le pire en infusant directement dans la poche des citoyens et dans les caisses des entreprises, des sommes d'argent importantes pour l'amélioration du pouvoir d'achat des premiers et l'allègement des charges des secondes en alignant tout sur la « Métropole ».

La reconnaissance de la personnalité corse – Après l'euphorie du Forum d'Alger autour de de Gaulle, le 4 Juin 1958 (le fameux : « Je vous ai compris! »), vient la reconnaissance de « la personnalité algérienne » lancée dans le discours de Constantine du 3 Octobre.

Dans son ouvrage « LE TORRENT ET LA DIGUE » que je viens de relire, Massu écrit « ..le général de Gaulle définit la double base politique de l'Algérie, la reconnaissance de sa personnalité et sa solidarité étroite avec la Métropole française. » « La personnalité algérienne » soulève un concert de protestations, de lamentations que Massu reproduit dans son livre. Nous retrouvons ce même concert au lendemain du discours du Président Macron à propos de « la personnalité corse »

L'objectif des partisans de « l'Algérie française » était l'intégration de la « province algérienne » dans la famille des « provinces de France ». Parler de « personnalité algérienne, provoquait une fêlure certaine dans ce rêve. « La francisation » de l'Algérie (qui était une des options de de Gaulle) n'était possible que si « la personnalité algérienne » était reconnue.

La Corse, au sein de la République, comme le veut le Président Macron, n'est possible durablement que si elle est identifiée, que si « sa personnalité » est reconnue : si la Corse est reconnue comme pays (pas seulement comme une circonscription administrative) et si les Corses sont reconnus comme peuple (pas seulement comme une population).

La position d'Olivier Fontaine, pour La Réunion, dans son ouvrage récent « HISTOIRE DE LA REUNION & DES REUNIONNAIS ; QUELQUES MISES AU POINT », est proche de la position des partisans de l'Algérie française de 1958. La Réunion, pour Olivier Fontaine, est une province française comme la Bretagne, l'Alsace ou la Provence. Il n'y a pas de différence.

Tout l'ouvrage tend à montrer et à démontrer que ce qui se passe ici est la réplique exacte et exclusive de ce qui se passe en France. À la lecture de ce livre, il n'y a rien, à La Réunion, dans le vécu réunionnais, qui évoque ce qui se passe et se vit en Inde, en Chine, en Afrique ou à Madagascar. Il n'y a pas de « personnalité réunionnaise ».

Le partenariat Etat/Collectivité corse – Dans la logique de ce qui précède, le Président Macron évoque un partenariat Etat/collectivité corse. C'est que le peuple corse a élu des politiques qui se posent en partenaires de l’État. Le Général de Gaulle aurait voulu, probablement, des partenaires « Algérie française ».

A propos des élections législatives de novembre 1958, il écrit que « le but à atteindre consiste à obtenir que se révèle librement une élite politique algérienne » et « que pourra être comblé le vide politique qui a ouvert la voie aux meneurs de la rébellion. ». Mais les partisans de l'Algérie française ne voulaient pas être partenaires. Il a dû se résigner à traiter avec ceux qui, eux, se posaient comme tels : le dirigeants de « la rébellion ».

A La Réunion, les politiciens aux affaires et ceux qui aspirent à y être, tous, malgré des discours contraires, ne veulent pas être partenaires de l’État. Cela leur conférerait des responsabilités qu'ils ne veulent pas assumer. Le responsable, le seul, l'unique, c'est l’État et doit le rester. De la même façon, et en toute logique, ils ne veulent pas de la « personnalité réunionnaise ».

Ils ne veulent pas davantage investir l'argent du « rattrapage » dans un développement local (la gestion politicienne de cet argent étant, dans l'immédiat, plus avantageuse). Pour eux, ce qui s'est passé en Algérie et ce qui se passe en Corse, ne concernent pas La Réunion.

La messe est dite. Ils comptent sur la pérennisation de l'effet soporifique des « transferts » de la solidarité nationale pour entretenir les électeurs dans la peur de perdre les avantages qu'apportent ces transferts et dans leur fidélité électorale indéfectible, à ce prix, au « système » actuel.

Paul HOARAU
Mercredi 14 Février 2018 - 17:24
Paul Hoarau
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