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Santé

Alcool et grossesse,... encore du chemin à parcourir


Aujourd’hui on « célèbre » le 23ème anniversaire de la journée mondiale de sensibilisation au syndrome d'alcoolisation fœtale, le SAF. Encore trop méconnues, les conséquences de la prise l’alcool pendant la grossesse peuvent être néfastes pour le futur enfant. Zinfos s’est entretenu avec le spécialiste Thierry Maillard qui expose la situation à La Réunion.

Par Nicolas Limbé - Publié le Vendredi 9 Septembre 2022 à 15:14

Mieux vaut prévenir que guérir

Depuis quand votre association existe-t-elle ?
 
Depuis1995, je me penche sur la problématique de l’alcool et de la grossesse. Mais j’ai créé l’association SAF OI (Syndrome de l’Alcool Fœtal) en 2011. J’ai vu tout le chemin parcouru en termes de sensibilisation et prévention. Si en 1995, à peu près 25% des femmes buvaient durant leur grossesse (1 sur 4), aujourd’hui elles ne sont plus que 11% (1 sur 10).
 

Quelles sont les actions concrètes de SAF OI ?
 

L’association fait beaucoup de prévention et de sensibilisation sur toute l’île. Nous sommes soutenus par l’ARS (Agence Régionale de Santé), la Région et la MILDECA (Mission Interministérielle Contre Les Drogues Et Contre les Addictions).

Nous intervenons dans les facs, les lycées, les entreprises, chez les professionnels de santé comme les sages-femmes. Elle se déplace aussi dans les quartiers ou aux abords des supermarchés (où ils sont d’ailleurs mal accueillis par les vigiles).


Jamais d’évènements ?

Si, il faut aussi des moments plus légers, plus récréatifs. Nous créons aussi des évènements dans les bars, en mettant en avant la consommation du mocktail et en valorisant les boissons sans alcool: il faut les rendre plus attractives. Tout cela pour éviter la pression sociale, et le binge drinking (le fait de se rendre saoul le plus rapidement possible). Avec le mocktail on montre que l’on peut faire la fête sans alcool. Ce qui est primordial pour les femmes en gestation.

Et pour finir sur la prévention, nous voyons un manque de sensibilisation sur l’abus d’alcool ainsi que le manque de respect de la loi, de la part des annonceurs ou des produits. Nous observons parfois l’absence du pictogramme mettant en garde contre la consommation d’alcool pendant la grossesse ou encore l’absence du bandeau « l'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération ».


État des lieux et trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale

Mais alors, quels sont réellement les risques de l’alcool sur la santé de l’enfant ?
 

Eh bien, exposer son enfant à l’alcool lors de la grossesse peut impliquer de nombreux risques: retard de croissance, atteinte au système nerveux central, dimorphismes caractéristiques crânio-faciaux, difficultés d'apprentissage, hyperactivité (voire, dans les cas les plus graves d'alcoolisation fœtale, malformations physiques ou dysfonctionnement du système nerveux) .

Il y a alors trois types d’atteintes: 1 enfant pour 1000 sera atteint de syndrôme d’alcoolisation fœtale (SAF). Autrement dit, il présentera des symptômes marqués et cités plus haut.

Puis 1% des enfants seront atteints de Troubles Neuro Développementaux (TND). C’est-à-dire des difficultés d’apprentissages, des retards, de l’hyperactivité, des troubles de concentration etc.

Et pour finir les cas les « moins graves », 10% des enfants qui auraient été exposés à une consommation d’alcool prénatale ne présenteront aucun affect visible mais une baisse de point QI (quotient intellectuel).

 

Mais qui sont ces femmes qui boivent pendant leur grossesse ? Elles ne sont pas au courant qu’il ne faut pas boire pendant les 9 mois de gestation ?
 
Parmi les femmes qui ont bu de l’alcool pendant leur grossesse, on peut distinguer 3 catégories : celles qui ne savaient pas que l’alcool est un risque pour leur enfant, par manque d'information, par manque d’aide et de sensibilisation. Celles qui sont alcooliques. Et enfin, celles qui sont dans le déni tout simplement. Le déni des risques liés à l’alcool et une minimisation de ses effets sur l’enfant.
 

Une fois que l’on sait tout cela, comment sont-elles prises en charge ?


Pour chaque catégorie de femme que je viens de citer, il faudrait un accompagnement spécifique. Cependant ce n’est pas forcément le cas aujourd’hui. Dans la plupart des cas, les futures mères bénéficient de la même prise en charge qu’un alcoolique normal, ce qui est complètement inadapté.


Dépistage: le flou chez les professionnels

Les professionnels de santé font-ils assez de prévention ? Sont-ils assez alertes sur ces questions ?
 

Les professionnels voient flou lorsqu’il faut détecter les troubles de l’alcoolisation fœtale. Je m’appuie sur deux thèses pour dire cela. Deux thèses rédigées par des internes en médecine, donc des travaux sérieux.

Les sages-femmes, les médecins généralistes et autres professionnels de santé ont des difficultés à évaluer le risque de l’alcoolisation prénatale. Ils minimisent le risque et lorsqu’ils sont face à une femme enceinte, ils ne posent pas de questions vis-à-vis de l’alcool. Les sages-femmes, plus prévoyantes, ont aussi du mal à prévenir, à parler et à repérer les enfants ayant un SAF. Il faut lever le déni des professionnels.
 

Mais comment est-que l’on s’en sort face au SAF à La Réunion?
 

Sur notre île, si les structures qui accompagnent les femmes alcooliques rencontrent des difficultés, elles s’en sortent mieux qu’en métropole.
 
Ah oui, on s’en sort mieux qu’en métropole ?

Eh oui, les Réunionnais et les structures réunionnaises sont très sensibilisés aux problèmes de l’alcoolisme. 

Avant on avait un schéma idéal lors d’une prise en charge, un véritable parcours depuis la maternité : un accueil spécifique puis une rencontre avec un spécialiste de la grossesse, un addictologue, un psychologue et enfin une assistante sociale. Mais aujourd’hui cela a disparu ou dépend de la maternité dans laquelle on va.
 

Et puis une fois que l’enfant est né et qu’il va à l’école, ce sera au tour des enseignants d’être sur le qui-vive: il faudrait que les instituteurs soient formés et sensibilisés à repérer les enfants atteints de troubles neuro-développementaux.


Les plateformes de diagnostic

Justement, comment diagnostiquer un enfant atteint d’un SAF ou autre?

Si vous avez des doutes, il faut commencer par cela: il y a 20 consultations obligatoires par an chez l’enfant! Une information peu connue mais qui est primordiale pour repérer le moindre problème chez le marmaille.

Ensuite il y a une plateforme d’orientation et de coordination qui peut vous orienter vers un institut qualifié. Il y a le C.A.M.S.P. (Centres d’Action Médico-Sociale Précoce) de Saint-Louis, le Centre Ressources des troubles du Spectre de l’Alcoolisation Fœtale (TSAF) du Père Favron (3 à 6 mois d’attente), ou tout simplement le CHU (1 an d’attente environ). L’attente est longue car les tests sont nombreux et spécifiques: le bilan complet des enfants dure une semaine.

Aussi, une fois que la pathologie est repérée, l’accompagnement des enfants pour tout ce qui est scolaire et socio-familial peut prendre jusqu’à 6 ans d’attente… 


Accompagnement des familles et de l’enfant

Effectivement c’est long! Mais une fois le diagnostic établi, comment accompagner la famille et l’enfant ?

La SAF OI accompagne des familles qui ont des enfants déjà touchés, des familles qui connaissent des difficultés avec l’alcool. Pour les aider, l’association propose un accueil social et médical pour évaluer les difficultés des familles.

Et concrètement ?

L’association organise des rencontres, des activités physiques adaptées, des marches, des randonnées, des pique-niques ou encore des rencontres informelles  dans des cafés ou des bars. Tout cela pour sortir du cadre des groupes de parole un peu trop « connotés ». Libérer la parole permet de reconnaître la maladie et permet de passer un cap. Dès lors que ce blocage est passé, cela permet de se tourner vers des structures spécifiques.


Des solutions intra familiales

Mais dans des cas compliqués, on ne place pas toujours l’enfant dans des familles d’accueil si ?

Une belle statistique à mettre en avant, c’est que pour prendre en charge l’enfant il y a toujours une solution dans la famille ! 50% des pères sont non consommateurs d'alcool, et ils sont donc assez lucides pour s’occuper des enfants. Les familles s’occupent toujours de l’enfant lorsque c’est possible. Ça c’est pour ceux qui ont de la chance.

Pour les enfants isolés et en difficulté, ils sont malheureusement souvent agités, et pas toujours diagnostiqués. Pour eux la vie est moins facile, et ces enfants sont ballottés de famille en famille. Ils souffrent d’un manque d’accompagnement.

Garder un enfant atteint de troubles neuro-développementaux dans une famille reste très difficile. Souvent les familles craquent, car les rendez-vous pour la santé de l’enfant rythment la semaine : orthophoniste, école, pédiatre etc.

La meilleure solution reste la prévention. Donc prévenez votre entourage, vos amies, vos sœurs et vos cousines !





1.Posté par Gaius Appuleius Dioclès le 09/09/2022 15:31

Encore du chemin à parcourir jusqu'à la prochaine bouteille.

2.Posté par Vache á lait le 09/09/2022 15:49

Elles fêtent simplement le futur événement et tout (€) ce que cela apportera au foyer, non?
Ils y a suffisamment de campagnes de sensibilisation, si elles ne comprennent pas que pouvons nous faire de plus ?

3.Posté par Vache á lait le 09/09/2022 15:52

https://i.f1g.fr/media/eidos/300x300/2018/09/04/INF6ce5cd2a-b048-11e8-a846-d35c1883d101-300x300.jpg
On est les champions de France

4.Posté par JESUIUNCON le 09/09/2022 16:16

GROSSESSE ET VACCIN COVID
C EST COMPATIBLE ??

5.Posté par Papillon le 09/09/2022 16:29

C est vrai que beaucoup boivent pendant leurs grossesse mais y a des femmes qui font des déni de grossesse et ce n est pas vraiment de leurs fautes et je crois que pour beaucoup elles auraient préféré savoir que contrairement à certaines qui le savent boivent quand même c est juste mon point de vue

6.Posté par Fidol Castre le 09/09/2022 21:22

Et les hommes enceintes ?

7.Posté par Menfin le 10/09/2022 10:24

Deconnez pas après les enfants roulent en seat qui boucanent et se retrouvent sur le toit.

8.Posté par MICHOU le 12/09/2022 14:10

Effectivement un travail considérable est fait à la REUNION et n'oublions pas SAF FRANCE puisque malheureusement comme dans les religions et les syndicats il y a scission mais heureusement que le travail avance sur le terrain. L'information au quotidien est indispensable et dans toutes les catégories de la population.
Un volet n'est jamais évoqué mais qu'en est il de l'allaitement?; de la consommation du père avant la conception? Le père est il associé à cet accompagnement?
La mère n'est pas devenue alcoolique par hasard.
Encore beaucoup de travail en perspective même si on peut saluer le travail des équipes sur le terrain et l'investissement des familles et des enfants
Quand aux autres, informons nous c'est primordial et ça nous concerne et nous impacte tous, ne serait ce que pour savoir de quoi il s'agit et de quoi on parle

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