MENU ZINFOS
Courrier des lecteurs

5G : Le choix technologique est fait avant le choix de société


Par Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID - Publié le Vendredi 2 Octobre 2020 à 14:44 | Lu 615 fois

Qu’on soit pour ou contre la 5G, ou même que l’on ne sache pas quoi en penser, personne ne semble se satisfaire de la qualité du débat public sur ce sujet.

D’un côté, des maires de plusieurs grandes villes demandent un moratoire sur son déploiement, dans la foulée des citoyens de la Convention sur le Climat.

De l’autre, les promoteurs de cette nouvelle génération de réseau mobile la présentent comme une évolution logique, un progrès technique dont les évidents bienfaits ne méritent pas de discussion. La caricature des oppositions a même gagné l’Élysée, puisque Emmanuel Macron est allé jusqu’à moquer ses détracteurs en déclarant : « Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine », les opposants à la 5G, prônant, selon lui un retour « à la lampe à huile ».

Il y a pourtant matière à discussion, notamment sur les conséquences environnementales de cette technologie. Mais la façon d’en débattre n’est pas à la hauteur des enjeux. Toute technologie est en soi un sujet de société, car elle incarne la validation matérielle d’un horizon politique et culturel. Les technologies n’arrivent pas toutes seules selon les lois de l’évolution : leurs définition et déploiement font l’objet de rapports de force entre différentes visions. Une fois déployée, une technologie vient valider ou amplifier l’horizon de ses promoteurs.

A ce titre, la 5G représente la société du tout numérique, telle qu’elle est en train de se dessiner. Or, depuis quelques années, cette société est de plus en plus décriée. Il y a toujours eu une critique des technologies, mais depuis l’affaire Snowden, ce rejet a pris de l’ampleur.

Désormais, tout le monde ne perçoit plus les avantages du numérique : entre la difficulté à accéder aux services publics lorsqu’ils sont 100 % dématérialisés, la désinformation des réseaux sociaux ou encore la polarisation du débat qu’ils provoquent... La 5G est donc devenue un sujet de société, sous l’effet de cette volonté de remettre « la technologie » dans l’arène politique.

Il conviendrait tout d’abord d’éviter certains écueils. Arguer de l’éternel « retard » de la France par rapport à ses concurrents étrangers, répondre aux injonctions à « s’adapter » au monde tel qu’il est… Tous ces poncifs nous laissent surtout l’impression que nous n’avons pas le choix.

Dans un même registre, on entend beaucoup dire que la 5G est indispensable à l’industrie et permettra de relocaliser l’activité. Non, la relocalisation de l’industrie relève de choix politiques. La faire dépendre uniquement de la présence d’un réseau mobile est faire preuve de déterminisme technologique.

Ensuite, un débat sain demande à abandonner toute forme de mépris. A l’inverse de la déclaration du président Emmanuel Macron qui a qualifié les opposants à la 5G d’Amish à la lampe à l’huile. Cela risque de consolider et cristalliser les oppositions, voire d’alimenter la défiance. Ce que le Président risque de récolter, c’est davantage d’antennes brûlées.

De façon pragmatique, il existe des institutions, comme la Commission nationale du débat public, pour mener des débats sur des sujets techniques et scientifiques. Elle n’a jamais été sollicitée. Des « forums hybrides » aux débats publics, en passant par les conventions citoyennes... Ces formats permettent de faire discuter des experts, des politiques, des industriels et des citoyens. Ils tendent justement à contenir les dérives complotistes.

Seulement, avec la 5G, ce travail démocratique a déjà été réalisé avec la Convention citoyenne sur le climat, et a été bafoué. Le Président de la République avait indiqué reprendre toutes les propositions de la Convention, à l’exception de 3 jokers dont la 5G ne faisait pas partie.

En déployant cette nouvelle génération de réseau, l’exécutif revient sur sa parole et balaie le travail des citoyens. C’est menteur et destructeur. Et pose indirectement la question de l’utilité des conventions citoyennes.

Certains demandent désormais un référendum sur la 5G. Le référendum est un mauvais outil, car il induit une réponse binaire à un sujet complexe. Or, il y a plusieurs façons de déployer la 5G, et il nous reste du temps pour en discuter. Mais ceux qui demandent ce référendum le font car ils sont à bout. C’est la dernière option qui s’offre à eux.

L’argument de progrès présenté par les pro-5G ne veut rien dire, car la notion de progrès aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Deux idées sont à distinguer : le progrès technique est ici caractérisé par une amélioration de l’existant – le passage de la 4G à la 5G. Le progrès social, lui, est bien plus vaste. Or, le lien entre ces deux dimensions ne va plus de soi.

La 5G cristallise également une défiance envers le déploiement de projets techniques menés par l’État. La méthode des pouvoirs publics y est pour beaucoup : le choix est imposé de façon verticale, sans concertations ni avec les élus locaux ni avec les citoyens. Le choix technologique est fait avant le choix de société. La question n’est pas posée, les moyens mis avant les fins.

Nous déployons la 5G car des prévisions estiment que la consommation de données mobiles augmente sans cesse. Or cette augmentation correspond plutôt à des « prédictions », pour ne pas dire des prophéties.

Si la France ne déployait pas la 5G, on n’en connaît pas les conséquences. C’est en quelque sorte la question interdite. La poser serait pourtant très utile, car cela nous conduirait à interroger de près la notion de « limites ». Or ces limites, nous les avons bien fixées dans d’autres domaines : clonage, mines antipersonnel... Certes, la 5G n’est pas à mettre sur le même plan, mais d’une certaine manière, elle questionne aussi notre quête de puissance, notre rapport à la technique, à l’hubris. Nous ne devrions pas avoir peur d’en parler.

Si la question de la consommation d’énergie se pose, c’est bien parce que depuis plusieurs années la prise en compte de l’empreinte environnementale du numérique est montante. Il faut donc se demander si le numérique, dans son ensemble, contribue à la décarbonation de notre économie. Il n’y a pas de réponse facile à cette question. A certains endroits, le numérique permet de développer des usages vertueux, comme le covoiturage par exemple. Même si cela peut engendrer un effet rebond : ce phénomène s’observe dès qu’une amélioration permet à un produit ou un service de mobiliser moins d’énergie : au lieu de stabiliser leur usage et donc de diminuer la facture énergétique, on constate au contraire une intensification entraînant une plus grande consommation d’énergie. Mais on ne sait pas vraiment calculer son apport global. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les émissions de gaz à effet de serre dues au numérique tendent à augmenter.

La France doit diviser ses émissions de CO2 d’un facteur 6 d’ici 2050 : la 5G y contribuera-t-elle ? Comment ? C’est sans doute ainsi qu’il faudrait se poser la question. Déployer une telle technologie sans connaître précisément ses effets sur le climat, eu égard de l’impact grandissant du numérique sur les écosystèmes, peut légitimement interroger. Nous devrions prendre le temps du débat, un temps qui n’est pas toujours compatible avec celui de l’innovation.

D’après Alternatives écnomiques
Pour le Collectif anti-5G




1.Posté par JORI le 02/10/2020 15:04

Je ne me souviens plus qu'il y ait eu des débats sur la voiture électrique !! 😂 😂

2.Posté par maikouai le 02/10/2020 18:41

Débattre, argumenter, tirer la sonnette d’alarme, ne servent hélas à rien, l’attractivité des « miroirs aux alouettes » avec leurs sinistres desseins auto destructeurs, conserveront toujours l’avantage dans le choix humain.
Avec le concept : « qui n’avance pas recule », en un peu plus d’un siècle par rapport à l’âge de la terre, la plupart des ressources naturelles ont pratiquement disparu pour satisfaire les besoins toujours grandissants des nouvelles technologies et du public en général.
Probablement dans une décennie il deviendra indispensable d’installer de nouveau une « 6G » et avec elle d’avantage d’emprisonnement car avec la disparition du papier monnaie annoncée, tout devrait être désormais dématérialisé, automatisé : monnaies, transactions, déclarations, soins, commerces …, avec en prime une géolocalisation individuelle permanente et encore plus performante, bonjour la Liberté. Puis d’augmentation en augmentation viendra le jour où il n’y aura plus suffisamment de ressource pour alimenter « 1/1000 de G »
Dans la course au renouvellement perpétuel agitant le monde, la technologie sur le long terme est elle aussi bienfaitrice ? Le désastre naturel causé au Sahel par l’agronomie moderne, aurait déjà dû servir de leçon…
Alors quel dessein se cache derrière cette automatisation effrénée pourvoyeuse de chômeurs et baisse drastique du pouvoir d’achat salarial ? L’évidence en premier lieu serait d’admettre que : moins de travailleur = moins de consommateur = moins de producteur, c’est absurde, à moins que par la stratégie de « l’esprit subprime », tout deviendrait plus facilement récupérable…?

3.Posté par République le 03/10/2020 10:01

Le 03/10/20 : la qualité du débat public, voilà un sujet qui devrait intéresser les citoyens, les politiques, sans oublier les journalistes – à propos de ces derniers, ce n’est pas seulement en alignant à la télé des représentants de divers courants que l’on met en œuvre une pédagogie de l’information de façon à sortir de ce climat de populisme où seule la tactique politicienne intéresse. Il est vrai cependant que sur ce sujet la nature (sous quelque forme que ce soit) ramène parfois le balancier dans le bon sens. Par exemple : la Covid 19 a permis de montrer que même certains dans le monde médical n’avaient pas les bases du raisonnement scientifique ou ne les appliquaient pas pour des motifs politiciens : la notion de pourcentage, les paramètres et l’évaluation de leurs poids respectifs dans les différents aspects d’un phénomène ; la vérification des résultats d’une analyse en comparaison avec ceux des échantillons témoins, etc.
Il en va de même à propos du débat sur la 5G : bien éclairer les bienfaits, présents et futurs, du progrès scientifique, dans tous les domaines, et leurs intégrations dans la société, sans pour autant tout ramener à des aspects qui pourraient être nocifs. Et, surtout, la bonne mise en pratique du progrès scientifique ne s’oppose pas, mais pas du tout, à une amélioration du niveau de la démocratie. Pour peu qu’on éclaire bien tous les problèmes !

4.Posté par A mon avis le 04/10/2020 17:50

Débattre oui.
Mais où ?
Quand ?
Qui peut débattre ?

Et après le débat, vient la décision.

Et la logique démocratique voudrait que la décision soit prise par referendum.
Mais la plupart du temps, et c'est le cas de la 5G, le "citoyen moyen" n'a pas les compétences ni les connaissances techniques suffisantes pour juger de l'utilité ou/et de la dangerosité d'une innovation.

C'est au niveau du Parlement que ce débat devrait être organisé en commissions convoquant des experts (du "pour" et du "contre") pour répondre à toutes les questions que pose la mise en pratique d'une innovation, questions que pourraient poser les "citoyens moyens" à leurs députés ou sénateurs.
Et c'est le vote ultérieur des assemblées qui devrait déterminer le choix d'une décision.

(Au niveau régional, c'est le même schéma de décision qui devrait être établi. Les dérives de la NRL auraient ainsi pu être évitées, en ne permettant pas le démarrage d'un chantier avant que le projet ne soit finalisé !)

5.Posté par polo974 le 05/10/2020 06:14

1.Posté par JORI le 02/10/2020 15:04
"""
Je ne me souviens plus qu'il y ait eu des débats sur la voiture électrique !!
"""
(je reposte, vu que c'est pas passé hier...)
Sachant que la première voiture électrique a roulé longtemps avant que l'un de nous tous ne soit né (1899), il est un peu tard pour débattre de ce sujet.


4.Posté par A mon avis le 04/10/2020 17:50
La prochaine vraie question sera la mise en oeuvre du pilote automatique sur les routes...

Pour la NRL, il aurait dû y avoir blocage du projet bien en amont vu que le projet était partiel, ce qui est contraire aux réglementations, mais tout le monde s'est assis là-dessus (justice comprise!!!) (pour ceux qui font semblant d'avoir oublié, le projet ne comportait pas le raccordement au réseau routier du coté de st denis).

6.Posté par Bruno Bourgeon le 05/10/2020 11:23

à 4. AMA : il existe une commission du débat public, indépendante du Parlement (déjà très partial du fait de la majorité parlementaire), qui n'a jamais été sollicitée. Il y a eu débat dans la population tirée au sort, cela s'appelle les citoyens tirés au sort pour la Convention Citoyenne pour le Climat : que faire de plus si l'exécutif s'assoit sur les possibilités de démocratie?
Mais NON: "ils" ont décidé que ce serait fait, ils vendent les fréquences à hauteur de 2.1 milliards d'euros pour 4 opérateurs, ils ne vont pas cracher dessus, vous pensez bien... Et ces opérateurs tiennent absolument que la 5G ne soit pas réservée aux industriels : la manne à perdre serait trop violente. Pensez : rachat de je ne sais combien de millions de mobiles inadaptés, installation pour je ne sais combien de millions de milliers d'antennes-relais, location des plateformes et consommation des portables, pour un usage bien souvent peu éthique, utile ou moral. Alors qu'on pourrait faire un effet débond en limitant les usages.

7.Posté par JORI le 05/10/2020 12:58

5. Polo974. Sauf que l'essor, si on peut parler d'essor, de la voiture électrique ne date pas de 1899. Donc rien ne pouvait empêcher ou retarder un débat comme c'est demandé pour cette 5G ! 😂 😂

8.Posté par A mon avis le 05/10/2020 22:41

@ 6.Posté par Bruno Bourgeon
Oui, c'est bien pour ça que j'ai employé le conditionnel dans mon commentaire !

9.Posté par anais le 11/10/2020 13:14

moratoire justifié, car la question de l’électrosensibilité ou hypersensibilité électromagnétique (EHS) est depuis quelques temps croissante dans les discussions. Par ailleurs, une récente actualité juridique a remis le sujet à l’ordre du jour en ce qui concerne l’électrosensibilité et sa reconnaissance dans le monde du travail : https://www.officiel-prevention.com/dossier/protections-collectives-organisation-ergonomie/rayonnements/electrosensibilite-et-reconnaissance-dans-le-monde-du-travail

Nouveau commentaire :
Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
CHARTE DES COMMENTAIRES

Zinfos 974 vous offre un espace commentaires vous permettant de réagir, discuter, informer. Cet espace est ouvert aux internautes inscrits et non-inscrits au site.

Les intervenants doivent respecter les principes élémentaires du débat.

Sont proscrits :

- Les insultes, les attaques personnelles, les agressions, les propos discriminatoires sous toutes les formes - que ce soit envers les intervenants, les commentateurs ou l'équipe de Zinfos 974.

- Tout contenu contraire à la loi : l'incitation à la violence ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation, les propos homophobes, la négation des crimes contre l'humanité, ou la justification des actes violents et des attentats.

- Les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

- Merci d'éviter le hors sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations.

- La répétition d'un même commentaire, assimilée à du spam.

- La publicité. Ne soumettez pas des liens commerciaux.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de Zinfos 974 via l'adresse contact@zinfos974.com

Vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de Zinfos 974 se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l'estime nécessaire pour la bonne tenue du débat.

Zinfos 974 est seul juge des messages qu'il publie ou modère - y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessus. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant l'adresse contact@zinfos974.com, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie
Publicité
 

1F Rue de La Martinique

97490 Sainte-Clotilde

06 92 97 75 75
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales

- CGU

- Politique de Confidentialité

- Nos Journalistes