1er mai : Lutter pour un « mieux vivre ensemble »


Au moment où nous nous apprêtons à célébrer la Fête du Travail, il me semble nécessaire de porter un regard lucide et pragmatique sur le contexte économique et social à La Réunion.

Ce contexte est en effet marqué par de nombreuses difficultés auxquelles sont confrontées toutes les couches de la population, et qui fragilisent la cohésion de notre société : baisse du pouvoir d’achat, licenciements, précarité, difficultés à se loger, inégalités persistantes entre femmes et hommes, inégalités de revenus,… Nos jeunes manquent de repères et de perspectives, et nos aînés se sentent souvent abandonnés.

On constate aussi chez nos compatriotes des sentiments croissants de frustration et d’exaspération qui se matérialisent par une multiplication des conflits sociaux et des mouvements de revendications. Ils traduisent à l’évidence un profond malaise social, ici comme en Métropole d’ailleurs.

A ce contexte morose s’ajoute une remise en cause dangereuse des valeurs du vivre-ensemble réunionnais. La violence irraisonnée prend le pas sur le dialogue, la concertation et l’échange fraternel.

Cette violence est physique, les articles de presse relatant les faits de viols, de violences, intrafamiliales notamment, ou encore les accidents de la route, sont nombreux et quotidiens.

Cette violence est aussi verbale, se traduisant par des propos parfois haineux, de la division, du ressentiment, mais aussi de plus en plus par des cas de harcèlements, sous toutes ses formes (cyber harcèlement, scolaire, sexuel, etc.).

Cette violence est enfin morale. Nous assistons en fait à une perte progressive des valeurs de la République laissant place à la radicalisation, au communautarisme, aux comportements addictifs, à la consommation d’alcool, et de produits stupéfiants de plus en plus dangereux. C’est aussi bien souvent la démission de la famille, bien souvent monoparentale, qui peine à assumer son rôle d’éducation et de rempart contre l’exclusion.

Face à un tel malaise social, et même sociétal, qui pourrait à terme si nous n’y prenons pas garde, déboucher sur une explosion sociale, que faire ?

« Depuis l’aurore de notre histoire, nos malheurs furent toujours en proportion de nos divisions. Mais jamais la fortune n’a trahi une France rassemblée » disait le Général de Gaulle.

Depuis mon élection, le 18 décembre 2017, à la présidence du Conseil Départemental, et parce que je suis un homme libre, d’ouverture et de dialogue, j’ai fait le choix de l’action en mobilisant toutes les énergies au service d’un nouveau projet de société, d’un nouveau « pacte républicain », dont les deux piliers sont solidarité et unité.

La solidarité, qui joue déjà entre générations par le biais de notre système de retraites, doit s’exercer entre tous les Réunionnais sans exception, quels que soient leur âge, leur situation économique ou leur appartenance religieuse ou culturelle. Nous devons aussi nous montrer solidaires avec les autres îles de notre environnement régional, avec lesquelles nous partageons une communauté de destin indianocéanique : Mayotte, Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles.

Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé marqué par des changements politiques majeurs, des mutations technologiques qui bouleversent nos modes de vie, des conflits en tous genres, la montée des intégrismes, le repli identitaire ou encore le rejet de l’autre. L’unité que je prône vise à rassembler tous les Réunionnais autour des valeurs que nous avons en partage et qui nous ont permis de traverser les moments les plus difficiles de notre Histoire.

C’est en effet en faisant appel à ses propres ressources que notre île a surmonté ses difficultés au cours des âges. La Réunion n’a jamais été aussi forte que lorsqu’elle a pu rassembler ses femmes et ses hommes.

En ce 1er mai, jour de la Fête du Travail, symbole de rassemblement, d’unité et de lutte, nous avons, à La Réunion, une responsabilité à assumer, celle de porter collectivement les valeurs et le combat de l’unité républicaine en rassemblant toutes les forces  vives de La Réunion, autour d’un idéal commun, l’idéal réunionnais. Quel est-il ?

C’est transcender les divisions pour se retrouver sur l’essentiel, nos valeurs républicaines héritées des idéaux révolutionnaires de 1789 : Liberté, Egalité et Fraternité, et ainsi créer les conditions qui nous permettraient de passer du « bien vivre ensemble »  au « mieux vivre ensemble ».

Ce « mieux vivre ensemble » nécessite que nous retrouvions le sens des valeurs qui fondent notre Pacte républicain, le respect de l’autre et du droit à la différence, le sens du dialogue qui seul permet de résoudre durablement les conflits.

La Réunion est une île métisse en raison des origines multiples de son peuplement. Après le métissage subi au temps de l’esclavage et de l’engagisme, puis du métissage nié après la départementalisation de 1946 fondée sur le principe d’assimilation, notre île doit désormais pleinement assumer son métissage afin d’en faire un atout au service de son développement : la société réunionnaise peut devenir, aux yeux du monde, un modèle de cohérence, d’harmonie et de tolérance.

Comme le disait Paul VALERY, « Mettons en commun ce que nous avons de meilleur et enrichissons-nous de nos mutuelles différences »

Telle est l’ambition que je porte pour La Réunion et les Réunionnais.

Bon 1er mai à tous !

Cyrille Melchior
Lundi 30 Avril 2018 - 11:05
Département de La Réunion
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